- il y a 7 minutes
CODE SOURCE LE TALK. La mort de Lyhanna, 11 ans, a provoqué une vague d’indignation nationale. Le ministre de la justice Gérald Darmanin reconnaît un « immense échec » de l’institution judiciaire. Nos journalistes Ronan Folgoas et Damien Delseny font le point sur cette affaire.
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00:00C'est un drame qui a bouleversé le pays, l'enlèvement et le meurtre de la petite Liana, 11 ans,
00:05à Florence, dans le Gers.
00:07Elle était scolarisée en 6e. Dans cette affaire, un suspect a rapidement été interpellé.
00:12Cet homme qui est donc mis en examen clame son innocence.
00:15Ce qui a entraîné beaucoup de réactions, c'est le fait que cet homme avait fait l'objet de plusieurs
00:19plaintes,
00:19dont une pour viol sur une enfant d'une dizaine d'années au mois d'août 2025.
00:25Et dans le cadre de cette affaire, précisément, il aurait pu être interpellé à partir du mois de février.
00:31On fait le point sur cette affaire et sur la polémique qui a suivi avec deux journalistes du Parisien.
00:36D'abord, Ronan Folgoas, reporter police-justice, qui s'est rendu sur place.
00:40Et dans un deuxième temps, avec Damien Delseny, le chef du service police-justice du Parisien.
00:46Bienvenue, c'est Côte-Source le Talk.
00:49Bonjour Ronan.
00:50Bonjour Jules.
00:51Tu es journaliste au service police-justice du Parisien.
00:53Toi, quand tu arrives sur place, le mardi 2 juin, Liana est toujours portée disparue.
00:59Un suspect vient d'être mis en examen.
01:02On va revenir en détail sur sa personnalité et sur ses antécédents, sur les alertes dont il avait fait l
01:08'objet.
01:09D'abord, on est où ? A quoi ça ressemble Florence dans le Gers ?
01:12Alors, Florence, c'est une commune rurale au beau milieu du Gers,
01:16située sur l'axe entre Agen au nord du département et Auch au sud.
01:21Autour de la commune, ce sont des champs, des champs de blé, des champs de maïs et des bois.
01:27Beaucoup de bois, c'est ce qui me frappe assez rapidement.
01:29C'est que c'est une zone où, effectivement, il y a des forêts et une végétation assez dense, finalement,
01:36avec la rivière, le Gers qui traverse également la commune.
01:39Et puis, quand j'arrive, je me rends compte que les parents de Liana ne sont pas cloîtrés chez eux.
01:46Ils sont là, ils sont dehors.
01:48Ils sont près du rond-point, en tout cas le papa de Liana, que je rencontre très rapidement en arrivant.
01:53Et là, avec quelques amis qui sont regroupés autour de lui, solidaires et taciturnes,
02:00pour tenter de le soutenir dans cette épreuve.
02:02Comment tu fais pour rentrer en contact avec lui ?
02:05J'imagine que c'est particulier dans un moment si angoissant pour lui.
02:08Au moment où les recherches se poursuivent, il y a 200 gendarmes qui sont mobilisés dans la nature.
02:13Tu disais que c'est boisé, etc.
02:15Comment tu fais pour aller à sa rencontre ?
02:18Très simplement et avec le maximum de délicatesse possible.
02:23Je me présente, je me fais connaître auprès de ses amis.
02:26En réalité, je ne sais pas exactement de qui il s'agit.
02:29Il s'appelle Martial, le papa de Liana.
02:32Et dans ce groupe d'hommes, je ne sais pas exactement de qui il s'agit.
02:37Donc je pose la question et puis très simplement, les choses se passent.
02:40Et je comprends aussi qu'il est déjà épuisé.
02:44Épuisé par probablement trois ou quatre nuits sans sommeil.
02:46Épuisé par cette angoisse qui monte d'heure en heure.
02:51Et puis peut-être ce désespoir qui déjà arrive en lui.
02:54Donc je, voilà, très simplement, je pose quelques questions.
02:59Et puis lui me répond qu'il a envie de comprendre, il a envie de savoir.
03:04Et il a envie d'avoir accès au dossier.
03:06Puisque là, à ce moment-là, le mardi 2 juin, un homme a déjà été mis en examen.
03:11C'est Jérôme Barré là.
03:12Et donc son avocat peut, dans les jours qui viennent, accéder à la procédure.
03:18Et c'est son espoir de comprendre les choses.
03:20Et peut-être d'avoir accès à quelques éléments d'enquête qui permettront peut-être d'orienter les recherches.
03:25Et de savoir où est le corps de sa fille.
03:27On va parler de Jérôme Barré là dans un instant.
03:29D'abord parlons de Liana.
03:30Qu'est-ce que l'on sait sur la victime au départ, cette fillette de 11 ans ?
03:34Il y a eu un avis de recherche diffusé par les gendarmes.
03:37On sait qu'elle est vêtue d'un débardeur à grosses rayures noires et blanches.
03:40D'un short noir.
03:41Qu'elle porte aussi des chaussettes jaunes du manga One Piece.
03:45Qu'est-ce qu'on sait sur elle au départ ?
03:46Pas grand-chose. Sinon qu'elle est scolarisée au collège Hubert-Rive de Florence.
03:52Elle vit avec ses parents et son petit frère dans un village éloigné de quelques kilomètres à l'extérieur de
03:59Florence.
04:00Donc elle a l'habitude de se rendre au collège avec un bus.
04:06Et puis parfois ses parents aussi la conduisent dans son collège.
04:10Voilà, à part sa description physique, au départ on ne sait pas grand-chose d'elle finalement.
04:16Et donc son papa, il te dit surtout qu'il a envie d'accéder au dossier pour avoir plus d
04:19'éléments d'informations, c'est ça ?
04:21Pour comprendre, pour comprendre ce que aussi Jérôme Barrella a pu dire.
04:25Comment il a pu se défendre.
04:29Quels mensonges ont été mis en évidence.
04:32Puisqu'en réalité il connaît cet homme.
04:34Il connaît cet homme.
04:35Il sait que sa fille s'est rendue déjà à son domicile de Montestruc-sur-Gers.
04:41Donc là, Montestruc, c'est la commune où réside la famille Barrella depuis une dizaine d'années.
04:46Elle est située à 5-6 kilomètres au sud de Florence.
04:49Yana a fait une soirée pyjama chez les Barrella parce qu'elle est camarade de classe de la fille de
04:55Jérôme Barrella, c'est ça ?
04:56C'est une camarade de sa classe de 6e, mais c'est même l'une de ses meilleures amies de
05:00ce que l'on comprend.
05:01Donc elles ont, les deux fillettes ont une véritable affinité.
05:04Elles ont des habitudes, elles se côtoient régulièrement.
05:07Et donc Yana, dans ce contexte-là, a été invitée au moins une fois, de ce que l'on sait,
05:12au domicile de la famille Barrella.
05:14Et cette soirée pyjama, eh bien, déjà avait déclenché une sorte d'alerte pour les parents de Yana
05:21puisque la fillette avait fait état de chatouilles que Jérôme Barrella aurait faites sur sa personne.
05:31Des chatouilles, des jeux, enfin, une affinité physique déplacée
05:37qui déjà avait résonné pour les parents de Yana comme une alerte.
05:41Et donc ils lui avaient demandé expressément, c'est ce qu'ils ont expliqué par la suite,
05:46ils ont demandé à leur fillette de ne pas côtoyer Jérôme Barrella,
05:50de s'en éloigner et de se méfier de lui.
05:53Et concrètement, Jérôme Barrella, est-ce qu'on sait s'il a eu des contacts avec Liana après cette soirée
05:58pyjama ?
05:59Alors, ce que l'on ignore, c'est si les parents entre eux se sont parlés
06:03et si les parents de Liana ont exprimé leur grande réserve auprès de Jérôme Barrella, a priori non.
06:12Mais Jérôme Barrella, lui, en tout cas, n'a pas cessé d'entretenir le contact et la relation avec Liana
06:19puisque, à la sortie du collège, il avait l'habitude d'offrir le goûter à Liana
06:25et puis à d'autres camarades de classe de sa fille aussi.
06:29Et avait quand même une attention portée, semble-t-il, focalisée sur Liana
06:34qui serait devenue, on parle au conditionnel, qui serait devenue une sorte d'obsession pour lui.
06:41Alors, on en vient à la personnalité du suspect qui est donc, toi, quand tu es sur place, il vient
06:46d'être mis en examen.
06:47Jérôme Barrella, d'abord, quel est son profil ? Il a quel âge ? Il fait quoi dans la vie
06:51?
06:51Il a 41 ans. Son activité professionnelle sur ces dernières années pose question.
06:57Je n'ai pas de réponse très précise à vous apporter, sauf que, au village à Montestruc-sur-Gers,
07:04les gens pensent qu'il était dernièrement sans emploi.
07:07Pourquoi ils disent cela ? Eh bien, parce qu'il était très disponible pour les allées et venues de sa
07:13fille à l'école primaire
07:15pour conduire ses filles, puisqu'il a deux filles.
07:18L'une est scolarisée cette année en classe de 6e, on l'a dit, elle était dans la même classe
07:23que Liana
07:23et l'autre est en classe de CP.
07:25Et donc, il faisait, comme ça, c'était vraiment le papa poule qui faisait les allées et venues le matin
07:30et le midi, l'après-midi.
07:32Donc, ça fait dire aux habitants de Montestruc qu'il était sans emploi.
07:35Auparavant, on sait qu'il a travaillé comme agent d'entretien dans un lycée, sur une période qui va de
07:412018 à 2021.
07:42Et auparavant, il a été ouvrier agricole pour des coopératives agricoles de la région,
07:49notamment Val-de-Gascogne, cette coopérative agricole dont on a beaucoup entendu parler
07:53par la suite, sur une période allant de 2012 à 2018.
07:57Le jour de la disparition de Liana, le jour où les parents ont signalé sa disparition aux gendarmes,
08:03donc le vendredi 29 mai, il a été établi, grâce à des images de vidéosurveillance,
08:07qu'il a fait monter à bord de sa voiture la fillette.
08:10Oui, et d'ailleurs, c'est un élément capital, évidemment, dont les enquêteurs prennent connaissance rapidement.
08:16Mais ce qui les intrigue encore plus, c'est que Jérôme Barrella, lorsqu'il est entendu pour la première fois
08:22comme simple témoin, pas mis en cause, simple témoin,
08:25eh bien il va dire aux gendarmes qu'il n'a pas vu Liana au cours de cette journée du
08:30vendredi 29 mai,
08:33qu'il est inquiet, évidemment, comme tout le monde, mais qu'il ne l'a pas vu.
08:36Et donc il est contredit immédiatement par les gendarmes,
08:38qui, avec l'appui des images de vidéosurveillance, sont capables de lui dire
08:41« Monsieur Barrella, il y a un problème quand même, là on vous voit prendre en charge Liana dans votre
08:48voiture. »
08:49Et là, il fait machine arrière.
08:50Là, il fait immédiatement machine arrière, il s'adapte,
08:53et il entend « Oui, c'est vrai, il finit l'amnésie,
08:55et il dit « Oui, effectivement, maintenant que vous m'en parlez,
08:58oui, je l'ai prise en voiture, mais je l'ai simplement conduite à la piscine municipale. »
09:02Et je l'ai déposée là, et après, je n'ai plus vu Liana du reste de la journée.
09:06Et à partir de là, il ne va plus changer de version ? Il reste là-dessus ?
09:09De ce que l'on peut en savoir pour le moment, oui.
09:13C'est-à-dire qu'il a nié en bloc être impliqué de près ou de loin dans la disparition
09:18de Liana.
09:18Pour lui, la dernière fois qu'il voit la fillette, c'est autour du parking
09:24qui borde la piscine et la base de loisirs de Florence.
09:28Il est donc 15h15 environ, ce vendredi 29 mai.
09:31Et le vendredi 29 mai, au soir, donc le jour de la disparition de Liana,
09:35il a participé à une fête, c'est ça, où il y avait du monde ?
09:37Plusieurs témoignages font état d'une apparition au moment de la fête de l'école annuelle.
09:44On parle là de l'école primaire de Montestruc-sur-Gers,
09:46où sa deuxième fille est scolarisée en classe de CP.
09:49Il est là, comme tous les parents, à prendre des photos, des vidéos.
09:54Il est visiblement détendu, il est environ 18h30.
09:57D'autres témoignages, moi, que j'ai pu recueillir à Montestruc-sur-Gers,
10:00à prendre, évidemment, avec beaucoup de précaution, cela reste des témoignages,
10:04me font part d'une présence de Jérôme Barrella à la sortie de l'école primaire à 16h30.
10:11Donc, 1h15 après le dernier contact supposé, selon sa version, avec Liana.
10:19Voilà, je prends avec précaution, évidemment, ce témoignage qui réduirait le laps de temps
10:24dont Jérôme Barrella disposerait pour, eh bien, commettre les faits qui lui sont reprochés.
10:32Mais on est sur ce créneau horaire de 15h15 à 16h30,
10:37ou alors, dans une autre version, de 15h15 à 18h30.
10:40Pour être clair, aujourd'hui, il y a encore un flou, en tout cas pour ce que l'on en
10:44sait, nous, journalistes,
10:45sur le déroulé des faits, c'est-à-dire, ne serait-ce que le moment où la petite Liana a
10:50été tuée ?
10:51Ça, on ne le sait pas ?
10:52Bien sûr, là, le scénario criminel reste à préciser, à définir précisément,
10:57puisque l'heure de la mort de Liana, par exemple, n'est pas connue avec certitude.
11:02Son corps a été retrouvé six jours plus tard.
11:05Il est donc très compliqué d'établir sur la base des premières constatations médico-légales
11:10un horaire précis entre le vendredi après-midi ou le vendredi soir.
11:16Tout reste ouvert à ce stade.
11:18Jérôme Barrella, lui, a probablement les réponses.
11:22Peut-être que d'autres types de constatations permettront de déterminer le mode opératoire
11:29qui a été employé pour tuer la petite Liana.
11:34Peut-être que cela permettra de renseigner sur le scénario, mais tout reste possible.
11:38Il est, par exemple, envisageable, pourquoi pas, que Liana ait été séquestré dans un premier temps,
11:43puis tué dans un deuxième temps.
11:45Peut-être que tout cela s'est passé dans une continuité très rapprochée
11:48et que le corps de Liana ait été déposé à l'endroit où on l'a retrouvé dès ce vendredi
11:53après-midi.
11:55Le reste de l'enquête et de l'instruction permettra de le déterminer.
11:59Alors cet homme, Jérôme Barrella, il a des antécédents.
12:01D'abord, il a fait l'objet d'une plainte pour viol déposée au mois d'août 2025.
12:06Une plainte déposée par les parents d'une fillette de 11 ans.
12:09Oui, c'est ce qui apparaît quelques jours après sa mise en examen.
12:16En effet, la maman d'une fillette qui a envie de se faire connaître,
12:21y compris sur le plan médiatique, et qui raconte son histoire,
12:25puisqu'elle est terrible, son histoire.
12:26Alors, elle raconte qu'elle a déposé plainte au nom de sa fille en août 2025
12:31pour des faits de viol répétés.
12:34Pas forcément sur une seule soirée.
12:37Une seule soirée pyjama, par exemple.
12:39Non, c'est des viols qui auraient lieu de manière répétée au domicile de Jérôme Barrella
12:43à Montestruc-sur-Gers, sur une période comprise entre 2024 et 2025.
12:48Et elle a déposé plainte en août 2025 dans le département de Haute-Garonne.
12:55Raison pour laquelle cette plainte a été orientée vers le parquet de Toulouse.
13:00Mais comme les faits auraient été commis à Montestruc-sur-Gers,
13:05il y a une navette qui est faite entre le parquet de Toulouse et le parquet d'Auche.
13:11Plusieurs semaines sont donc perdues.
13:13Et ensuite, le parquet d'Auche, qui évidemment était au centre de cette gigantesque polémique,
13:22a expliqué avoir prescrit des actes d'enquête dans le courant du mois de janvier 2026.
13:29Parmi ces prescriptions, il y avait la garde à vue de Jérôme Barrella.
13:33Mais ces prescriptions n'ont été suivies visiblement.
13:36Et ça, c'est l'enquête aussi, l'inspection qui permettra de le déterminer de manière certaine.
13:40Mais ces prescriptions n'auraient été suivies d'aucun effet.
13:43Ce que l'on sait, en revanche, c'est que cette plainte a été prise au sérieux en Haute-Garonne.
13:47Puisque des constatations médico-légales ont été faites sur la petite fille,
13:51qui ont mis en évidence l'existence de lésions, des lésions de nature sexuelle,
13:55qui accréditaient donc la plainte de la fillette.
13:59Mais que pour autant, par la suite, la procédure n'a pas été suivie avec suffisamment de diligence.
14:05Alors, on va revenir dans quelques minutes sur cette plainte qui aurait pu, dû, aboutir à une interpellation.
14:11On va détailler ce qu'il s'est passé encore plus.
14:14Il y a eu de nombreuses réactions de colère dans la société civile, dans la classe politique.
14:18On va en parler dans la deuxième partie de ce podcast.
14:21Ronan, si on remonte un peu plus dans le temps,
14:23en 2017, une mère inquiète a signalé Jérôme Barrella
14:27parce qu'à ce moment-là, il avait une relation avec sa fille de 17 ans.
14:32Oui, c'est ce que la procureure d'Auch nous apprend.
14:36Donc, on est le mercredi 3 juin.
14:40Et la procureure d'Auch révèle qu'il y a eu une procédure engagée à l'époque contre Jérôme Barrella,
14:47mais que cette jeune fille de 17 ans a été entendue à l'époque
14:53et qu'elle avait expliqué être consentante.
14:57Et compte tenu de ce consentement et de son âge, 17 ans,
15:01eh bien, l'enquête n'était pas allée plus loin
15:04et elle avait été classée sans suite.
15:07En 2022, une autre procédure est ouverte
15:10après le dépôt d'une plainte le visant
15:12pour un viol commis sur une fillette de 7 ans.
15:15Là encore, les faits auraient été commis au domicile de Jérôme Barrella
15:19à Montestruc-sur-Gers.
15:21Et là, on ne parle pas d'une jeune fille de 17 ans.
15:25Là, c'est une fillette de 7 ans
15:28qui, donc, aurait fait état de faits,
15:32possiblement, de nature sexuelle et même de viol.
15:37Et cette procédure, eh bien, a été classée sans suite en 2024
15:43parce que l'infraction aurait été insuffisamment caractérisée.
15:47C'est la formule consacrée pour dire
15:49lorsqu'il y a une sorte de parole, contre-parole
15:52entre la victime et la mise en cause
15:53et qu'aucun élément matériel ne permet de trancher.
15:57Dans ce cas-là, eh bien, le doute profite aux mises en cause, quelque part.
16:00Et c'est ce qui s'est produit, donc, dans le cadre de cette procédure.
16:03Autre affaire, en 2020, Jérôme Barrella a été licencié
16:06de la cité scolaire où il travaillait, à Lectour,
16:09dans le département du Gers,
16:10en raison, je cite, d'une relation inappropriée avec une lycéenne.
16:14Oui, et là, j'ai pu recueillir le témoignage
16:16d'une ancienne lycéenne de cet établissement
16:19qui explique qu'en fait, Jérôme Barrella était connu
16:23des lycéennes en particulier
16:25pour être une sorte de dragueur un peu lourd,
16:32toujours à l'affût, toujours sur la réserve aussi,
16:36pas très communiquant avec les autres adultes,
16:38mais très tactile à l'égard des lycéennes,
16:42très proche d'elle.
16:43Et dans cette période, il aurait focalisé son attention
16:47sur l'une d'entre elles en particulier.
16:50Il aurait obtenu son numéro de téléphone,
16:53son compte Snapchat.
16:54Snapchat, c'est ainsi qu'il procède par familiarité,
16:58et puis parfois, il profite, semble-t-il,
17:00de cette familiarité pour aller beaucoup plus loin.
17:02Et là, il aurait profité de ce lien
17:08qu'il avait tissé avec cette lycéenne
17:09pour engager une conversation,
17:14une relation avec des écrits
17:16qui auraient été à connotation sexuelle.
17:19Ces faits seraient remontés à la direction d'établissement,
17:22une procédure disciplinaire a été engagée
17:25et a provoqué un licenciement.
17:28Pour autant, ces faits n'auraient pas été judiciarisés.
17:32En tout cas, la procureure d'Hoche m'a confirmé
17:34qu'aucune procédure pénale n'avait été engagée
17:37à cette époque contre Jérôme Barrella.
17:40Ronan, toi, tu as eu des infos qui laissent penser
17:42que Jérôme Barrella s'intéresse aux adolescentes
17:46ou aux fillettes depuis encore plus longtemps que ça.
17:49Oui, ce centre d'intérêt de nature pédophile,
17:53voire pédocriminel, ne date pas d'hier ou d'avant-hier.
17:57Il est en réalité beaucoup plus ancien.
17:59C'est en tout cas le sens d'un témoignage
18:01que j'ai pu recueillir auprès d'une personne
18:05qui vivait à Hoche au début des années 2010.
18:08Elle était adolescente à l'époque.
18:10Elle avait 15, 16 ans.
18:11Et l'une de ses amies vivait à proximité immédiate
18:16de l'appartement que Jérôme Barrella occupait
18:19avec sa femme, la femme qui allait devenir
18:21la mère de ses enfants quelques années plus tard
18:24dans un petit appartement du centre-ville d'Hoche.
18:26Et déjà à l'époque, Jérôme Barrella
18:28se serait comporté de manière très lourde, très insistante
18:32pour essayer d'obtenir les faveurs de cette adolescente
18:36qui avait 15, 16 ans.
18:39Tout ceci dans le dos de sa compagne
18:43qui était présentée et qui m'a été aussi présentée
18:47à plusieurs reprises lorsque j'ai rencontré
18:49des gens à Montestruc-sur-Gers.
18:50C'est comme une personne très effacée sur la réserve.
18:54Vraiment, voilà, à peine un bonjour, à peine un bonsoir.
18:57C'est une personne, la compagne de Jérôme Barrella,
19:01décrite comme très effacée.
19:02Le soir du jeudi 4 juin, le corps d'une enfant
19:05dont les vêtements correspondent à ceux de Liana
19:07est retrouvé dans un silo sur une exploitation agricole.
19:11Sans attendre la confirmation de l'identité de la victime
19:13avec l'ADN, la famille de Liana publie un communiqué
19:17communiqué qui évoque l'effroi de cette découverte
19:20et qui ajoute, dans l'attente de l'autopsie,
19:23le temps est maintenant au recueillement et au deuil.
19:25Dans ce communiqué, la famille remercie toutes les personnes
19:28qui ont participé aux recherches.
19:30Ronan, le lieu de la découverte du corps de Liana
19:34relie encore un peu plus le suspect à la victime.
19:37Oui, en réalité, c'est un silo à grains.
19:39Ce n'est pas sur une ferme ou une exploitation agricole
19:44où il y aurait des étables.
19:46Non, c'est un lieu très restreint
19:48avec un silo, donc un silo vertical
19:52qui fait peut-être une quinzaine de mètres de haut,
19:55un petit local qui jouxte ce silo
19:59et puis un hangar à proximité,
20:02un lieu relativement restreint
20:05qui est fermé par une simple barrière
20:08qui est très facile d'enjamber,
20:09on le voit sur les photos,
20:12puis qui est en bordure d'une petite route départementale
20:15très peu empruntée.
20:16On est là à plusieurs centaines de mètres
20:19des plus proches habitations,
20:21donc un lieu très isolé.
20:23Et Jérôme Barrella, effectivement,
20:25a travaillé sur ce site plusieurs années auparavant
20:29lorsqu'il est employé d'une coopérative agricole.
20:32Il connaît donc très bien les lieux.
20:34Et on peut supposer que dans ce moment
20:38du vendredi 29 mai
20:39ou alors dans la nuit du vendredi au samedi,
20:41sa enquête permettra de le déterminer,
20:43il est venu sur ce lieu
20:44qui était désaffecté depuis plusieurs années,
20:47c'est-à-dire que plus personne n'utilisait ce silo à grains.
20:50C'était un lieu totalement vide,
20:52un lieu dont ils connaissaient les accès
20:55et les cachettes.
20:57Est-ce qu'on sait ce qui a révélé l'autopsie ?
20:59La première autopsie
21:00n'a pas permis
21:03de déterminer les causes de la mort.
21:08Et donc, c'est une autopsie
21:10qui laisse à penser
21:11que l'IANA ne portait pas
21:14les stigmates évidents
21:16de blessures par arme blanche, par exemple.
21:20Ça ouvre la voie
21:21à l'hypothèse
21:22peut-être d'une strangulation,
21:24mais ça, c'est encore
21:26beaucoup trop tôt pour le dire.
21:27Des expertises complémentaires
21:28doivent être réalisées
21:29pour justement déterminer
21:32les causes de la mort
21:32et puis l'existence éventuellement
21:34de possibles
21:35sévices sexuels
21:37subis par l'enfant.
21:38Jérôme Barrella est présumé
21:39innocent, bien sûr,
21:42aux yeux de la justice.
21:43Comment est-ce qu'il se défend ?
21:43Est-ce que tu as pu avoir accès
21:44à ses avocats ?
21:45Ses avocates, en l'occurrence,
21:48refusent obstinément
21:49tout contact avec la presse
21:51pour le moment.
21:51Le peu que l'on sait,
21:52c'est qu'il a nié en bloc
21:54et qu'il a choisi
21:56de garder le silence
21:58par la suite,
21:59y compris devant
22:00les juges d'instruction.
22:02Il conteste les faits,
22:03mais on sent aussi
22:04que c'est le profil
22:06d'un suspect qui s'adapte,
22:07qui s'adapte aux éléments
22:09qui lui sont soumis,
22:09de la même manière
22:10qu'il s'est adapté
22:11lorsqu'on lui a soumis
22:12l'existence d'images
22:13de vidéosurveillance.
22:14Peut-être va-t-il s'adapter
22:16lorsque, eh bien,
22:17on va lui soumettre
22:18les constatations
22:20médico-légales
22:21et c'est ainsi,
22:23peut-être,
22:23qu'il va procéder
22:24par étapes.
22:25Merci Ronan,
22:26Ronan Foulgoas.
22:27Le dimanche 7 juin,
22:29une marche blanche
22:30a été organisée
22:31à Florence
22:31à la mémoire du Liade.
22:38L'enlèvement
22:38et le meurtre
22:39de la fillette
22:39et le fait que le suspect
22:40avait fait l'objet
22:41de plusieurs plaintes,
22:42on vient de le voir,
22:43plusieurs plaintes
22:44sans aboutir
22:45à son arrestation
22:45ont entraîné
22:46une grande émotion
22:47dans le pays.
22:48Il y a même eu
22:48des manifestations
22:49un peu partout en France
22:51le lundi 8 juin
22:52devant les tribunaux.
22:53L'ensemble
22:54de la classe politique
22:55a condamné
22:56à en résumer
22:57les dysfonctionnements
22:58de la justice
22:58dans ce dossier.
22:59Bonjour Damien Delceni.
23:01Bonjour.
23:01Tu diriges le service
23:02police-justice du Parisien.
23:04Le ministre de la justice
23:06lui-même,
23:07Gérald Darmanin,
23:07a parlé d'un immense échec.
23:09Il dit que l'institution judiciaire
23:11n'a pas su protéger la fillette.
23:14Oui, il a même présenté ses excuses,
23:16ce qui est rarissime
23:17venant de la part
23:18d'un ministre de la justice,
23:18d'un garde des Sceaux.
23:20Oui, lui, il a assez vite compris
23:22que derrière cette affaire,
23:24derrière ce fait divers,
23:25il y avait quelque chose
23:25de beaucoup plus profond
23:26et de beaucoup plus grave
23:27qui engageait en réalité
23:29le fonctionnement même
23:30de la justice
23:31et qui mettait le doigt
23:33sur un certain nombre
23:33de dysfonctionnements
23:34probablement individuels
23:35mais aussi certainement systémiques
23:38comme l'expression
23:40est beaucoup utilisée
23:40ces temps-ci.
23:41Alors, on va prendre le temps
23:42avec toi de revenir en détail
23:43sur cette plainte
23:44qui avait été déposée
23:45au mois d'août 2025
23:46par les parents
23:48d'une fillette de 11 ans.
23:50D'abord,
23:50qu'est-ce qu'on sait
23:51de cette affaire ?
23:51Alors, cette fillette,
23:53c'est une amie
23:53de la fille de Jérôme Barrella
23:56et elle va signaler
23:58des faits d'abord
23:58à ses parents
23:59en disant qu'elle a été violée
24:00pendant un certain temps
24:02c'est-à-dire que ce n'est pas un viol
24:03c'est des viols
24:04qui s'écoulent
24:04sur plusieurs mois
24:06donc ses parents
24:07vont décider
24:08d'aller déposer plainte
24:09tout ça va se passer
24:10à Toulouse
24:12donc prise de plainte
24:13on entend
24:14cette jeune victime
24:15elle est vue
24:16par un médecin
24:17il y a une expertise médicale
24:18qui confirme
24:19qui confirme
24:20les viols
24:21et il y a une expertise
24:23faite par un psychologue
24:24également
24:25c'est souvent la procédure
24:26d'ailleurs
24:26qui est là pour juger
24:28en quelque sorte
24:28de la crédibilité
24:29du discours
24:30de la victime
24:31c'est un exercice
24:31assez compliqué
24:32mais lui
24:33il va en fait
24:34refaire raconter
24:35cette histoire
24:36par la jeune victime
24:37et il va estimer
24:38à la fin de son expertise
24:39que le récit
24:40est crédible
24:41que donc l'expertise médicale
24:42plus l'expertise psychologique
24:44permettent de dire
24:44qu'en tout cas
24:45il y a moyen de croire
24:48et il faut croire
24:48ce que dit cette jeune fille
24:49donc cette plainte
24:51elle est très crédible
24:52solide
24:53on comprend
24:53qu'est-ce qu'il se passe
24:54ensuite
24:54alors ce qui se passe
24:55c'est que
24:56en plus cette jeune fille
24:57elle va nommer
24:58son violeur
24:59son agresseur
24:59ce qui n'est pas toujours le cas
25:00là elle va donner son nom
25:01il se trouve que c'est une personne
25:03on le sait
25:04Ronan l'a expliqué
25:04qui est connue
25:05déjà des services de police
25:07et de gendarmerie
25:07pour des précédents
25:08il n'a jamais été condamné
25:09mais il est quand même connu
25:10pour des faits
25:11d'autres plaintes
25:12pour viol ou agression sexuelle
25:14donc ce qui va se passer
25:15c'est qu'à ce moment là
25:16le parquet de Toulouse
25:17a donc en sa possession
25:19des auditions
25:20des expertises
25:20simplement
25:21les faits se sont passés
25:22à Hoche dans le Gers
25:24l'auteur potentiel
25:25habite à Hoche dans le Gers
25:27et donc
25:27pour une histoire
25:28de compétence géographique
25:30le parquet de Toulouse
25:31va décider de transmettre
25:32ce dossier
25:33au parquet de Hoche
25:34c'est la règle en fait
25:35c'est pas une exception
25:36c'est pas quelque chose
25:38qui n'arrive jamais
25:38ça arrive tout le temps
25:39dans la justice française
25:40et là concrètement
25:41comment ça marche
25:41c'est par la poste ?
25:42alors c'est là où
25:43on est tous un peu très surpris
25:45à l'ère du numérique
25:46c'est que
25:46ce dossier
25:47il va être mis dans une enveloppe
25:48il va être envoyé
25:49par voie postale
25:50il va mettre 13 jours
25:51à faire 80 kilomètres
25:53entre le tribunal de Toulouse
25:54et le tribunal de Hoche
25:55et surtout
25:56il n'est pas doublé
25:57d'un coup de fil
25:58ou d'un mail
25:59pour dire
25:59attention
26:00on vous envoie un dossier
26:01criminel
26:02assez grave
26:02il faut le traiter
26:03avec célérité
26:04non on envoie juste un dossier
26:05et on laisse après
26:06le tribunal d'Hoche
26:07se débrouiller en quelque sorte
26:08avec
26:08bon ce dossier
26:09il a bien été reçu
26:11récupéré
26:11et là il se passe quoi ?
26:12alors là il se passe
26:13plusieurs phases
26:14qui vont prendre
26:14beaucoup de temps
26:15et beaucoup trop de temps
26:16d'abord le tribunal d'Hoche
26:18va devoir enregistrer
26:19c'est la règle
26:19il faut donner un numéro
26:20à une procédure
26:21alors sauf que ça prend
26:22normalement quelques minutes
26:24quelques jours
26:25tout au plus
26:25là ça va prendre
26:26plusieurs semaines
26:26pour l'enregistrer
26:27après une fois que ce dossier
26:28est enregistré
26:29on va désigner un magistrat
26:31pour le suivre
26:32ça ça va encore prendre
26:33un peu de temps
26:33et puis ce magistrat
26:34il n'est pas enquêteur
26:35il faut qu'il nomme
26:36un service d'enquête
26:36il faut qu'il désigne
26:37un service d'enquête
26:38c'est la règle
26:38c'est la procédure
26:39et donc lui
26:40il va désigner
26:41la brigade de gendarmerie
26:43de Lectour
26:43dans le Gers
26:44alors qui a la particularité
26:45d'être la plus petite brigade
26:47de gendarmerie du Gers
26:48alors le Gers
26:48c'est déjà un département
26:49peu criminogène
26:50donc un département
26:51qui n'est pas suréquipé
26:52en moyens d'enquête
26:53donc là on choisit
26:54cette brigade
26:55et ça encore
26:55ça prend encore
26:56plusieurs semaines
26:56donc en fait
26:57le dossier
26:57il arrive entre les mains
26:59des gendarmes
26:59de Lectour dans le Gers
27:00au début du mois de janvier
27:022026
27:02et au mois de février
27:03le 14 février précisément
27:05il y a un échange téléphonique
27:07entre les gendarmes
27:07et le parquet d'Auch
27:09alors ce qui est aussi
27:10assez traditionnel
27:11le parquet d'Auch
27:11il a désigné
27:12ce service d'enquête
27:15des nouvelles de la procédure
27:16pour savoir où on en est
27:17et là
27:18au terme de cette discussion
27:19entre le procureur
27:21et les gendarmes
27:21effectivement le procureur
27:22aurait dit aux gendarmes
27:24on n'a pas de preuves écrites
27:25pour l'instant
27:25mais ça a été rapporté
27:26aurait dit aux gendarmes
27:27bon le dossier en l'état
27:29il est costaud
27:30entre guillemets
27:30maintenant il faut passer
27:31à une autre phase
27:31la phase
27:32c'est l'interpellation
27:33de Jérôme Barrella
27:34et son placement garde à vue
27:35donc là on est le 14 février
27:37que se passe-t-il ensuite ?
27:38plus rien
27:38plus rien du tout
27:39c'est-à-dire que ce dossier
27:41pour une raison
27:41totalement inconnue
27:42et indéterminée
27:43il va rester en l'état
27:45jusqu'à ce qu'on reparle
27:47de Jérôme Barrella
27:48malheureusement
27:48à la fin du mois de mai
27:50donc pour toi
27:51est-ce qu'on peut désigner
27:53un responsable
27:54un fautif
27:55dans cette affaire
27:55sur le fait
27:56qu'il ne se soit rien passé
27:57après le 14 février ?
27:58alors il y en a plusieurs
27:59alors entre le 14 février
28:01et le mois de mai
28:02les principaux fautifs
28:03ce sont les gendarmes
28:03puisque c'est eux
28:04qui sont chargés de l'enquête
28:05c'est eux à qui
28:06un magistrat a dit maintenant
28:08il faut interpeller
28:09et placer en garde à vue ce monsieur
28:10donc eux
28:10s'ils font rien
28:11ils sont les premiers
28:12à être responsables
28:12mais ce qu'on constate
28:14dans cette affaire
28:14c'est que les dysfonctionnements
28:16ils ont commencé avant
28:17et ils se sont
28:18en quelque sorte poursuivis
28:19vous savez souvent
28:19les professionnels
28:20parlent de chaîne pénale
28:21c'est-à-dire
28:22il y a plusieurs maillons
28:23il y a des magistrats
28:24il y a des enquêteurs
28:25police ou gendarmerie
28:26là tous les maillons
28:27quelque part
28:27ont dysfonctionné
28:28ça a dysfonctionné
28:29au moment de la transmission
28:30du dossier de Toulouse
28:31vers Hoche
28:31ça a dysfonctionné
28:33quand Hoche a été saisi
28:34du dossier
28:34et ça a dysfonctionné
28:35ensuite
28:36quand les gendarmes
28:37n'ont pas pris
28:38les mesures suffisantes
28:39qui leur étaient demandées
28:39dans le cadre de cette affaire
28:41et là depuis le début
28:42qu'une polémique
28:44a éclaté en France
28:45suite à la mort de Liana
28:46ce sont souvent
28:47les procureurs
28:48qui sont montrés du doigt
28:49et eux
28:49ils veulent se défendre aujourd'hui
28:51oui alors
28:51ça tient aussi au fait
28:53que assez tôt
28:54Gérald Darmanin
28:54a pris la main
28:55politiquement sur ce dossier
28:56sans doute parce qu'il a senti
28:58et qu'il savait
28:59qu'il y avait dans cette affaire
29:00pas mal de choses
29:01qui ne fonctionnaient pas
29:02et qu'il a sans doute
29:03préféré prendre les devants
29:04mais en prenant les devants
29:05il a exposé
29:06sa propre administration
29:07c'est-à-dire la justice
29:08lui il n'est pas comptable
29:09de ce qu'ont fait les gendarmes
29:10ou de ce qu'ont pas fait les gendarmes
29:11ça c'est le ministère de l'intérieur
29:12mais lui
29:13il s'est évidemment mis en avant
29:15et donc
29:15il a ciblé quelque part
29:17ceux qui étaient aux manettes
29:18et ceux qui étaient aux manettes
29:19en l'occurrence à Hoche
29:20c'était la procureure
29:21c'était à elle
29:22à la fois d'engager les poursuites
29:23et à la fois aussi quelque part
29:24de contrôler l'activité
29:26des services d'enquête
29:27parce qu'il ne faut quand même pas oublier
29:28qu'à ce stade là
29:30celui ou celle qui dirige l'enquête
29:31c'est le procureur
29:32on est dans une phase d'enquête préliminaire
29:38c'est de ne pas avoir surveillé
29:39l'avancée de cette enquête suffisamment
29:41de ne pas avoir peut-être
29:42insisté auprès des gendarmes
29:43et sur le suivi
29:44de ce qu'ils faisaient
29:45ou de ce qu'ils ne faisaient pas
29:46ça c'est une partie des responsabilités
29:48mais il y a évidemment
29:49une partie des responsabilités
29:50qui incombe
29:51au service enquêteur
29:52c'est à dire aux gendarmes
29:53Alors le président de la république
29:54Emmanuel Macron
29:54a dit qu'il ne voulait pas
29:56entendre parler
29:56de manque de moyens
29:58dans cette affaire
29:59comme réponse à ce qui s'est passé
30:01mais factuellement
30:01la France est l'un des pays
30:03sur le continent européen
30:04où il y a le moins de procureurs
30:06on est 43ème
30:07sur 44
30:08d'après une étude
30:10de la commission européenne
30:11pour l'efficacité de la justice
30:12c'est un organisme officiel
30:14qui dépend du conseil de l'Europe
30:15clairement on manque de procureurs
30:16aujourd'hui en France ?
30:17On manque de magistrats
30:18au sens large
30:19des procureurs
30:20des juges d'instruction
30:20des greffiers
30:21on manque de tout
30:22dans la justice française
30:23c'est pas depuis hier
30:24ça fait des années que ça dure
30:25il faut reconnaître simplement
30:27que le budget de la justice
30:28il a plutôt augmenté
30:29ces dernières années
30:29alors qu'on est plutôt
30:30dans une période
30:31d'économie budgétaire
30:32il a plutôt augmenté
30:33mais il reste très inférieur
30:35j'allais dire
30:36en proportion
30:37par rapport à d'autres pays européens
30:38de la même taille
30:39à peu près que nous
30:40je pense à l'Allemagne notamment
30:41qui a un budget bien supérieur
30:42et beaucoup plus de magistrats
30:43donc oui
30:44cette pénurie de magistrats
30:45elle existe depuis très longtemps
30:47il y a aussi une pénurie
30:48au niveau des services d'enquête
30:49en gendarmerie
30:50et en police
30:51donc oui
30:51tout ça existe
30:52et forcément
30:53ça ressort
30:53à l'occasion de cette affaire là
30:55simplement
30:55ce que défendent comme thèse
30:57et Emmanuel Macron
30:59et Gérald Darmanin
31:00c'est que précisément
31:01dans l'affaire Liana
31:02c'est pas tellement
31:03un manque de moyens
31:04c'est un manque de compétence
31:06un manque de célérité
31:07de certains agents
31:08mais c'est pas en fait
31:09c'est pas une surcharge de travail
31:11le parquet de hoches
31:12il n'est pas noyé
31:13sous les procédures criminelles
31:14et il est bon de rappeler aussi
31:15que la brigade de l'Ectour
31:16en question
31:17celle qui devait enquêter
31:18sur cette plainte de 2025
31:20elle avait un seul dossier criminel
31:22en stock
31:22c'était celui-là
31:23elle n'en avait pas d'autre
31:24donc elle ne peut pas dire
31:25on est submergé
31:26on a fait le tri
31:26il n'en avait qu'un
31:27ils ne l'ont pas traité
31:28Alors le ministre de la justice
31:29Gérald Darmanin
31:30a demandé au parquet
31:32de réexaminer
31:3370 000 plaintes
31:35en souffrance
31:35c'est à dire
31:36qu'ils n'ont pas été traitées
31:37des plaintes
31:37qui concernent
31:38des affaires criminelles
31:39sur mineurs
31:40il demande ça
31:41avant le 14 juillet
31:43est-ce que c'est possible ?
31:44Alors certains magistrats
31:45disent que oui
31:46après ce qui est quand même
31:46très surprenant
31:47c'est d'abord
31:48d'où vient ce chiffre
31:4970 000 plaintes
31:50c'est quand même colossal
31:51comme chiffre
31:52ça veut dire quoi ?
31:53ça veut dire
31:53c'est des enquêtes
31:54qui ont été négligées
31:56c'est des enquêtes
31:56qui ont été classées
31:57qu'on va reprendre
31:58pour voir si on a bien fait
31:59de les classer
31:59on n'a pas tellement
32:00le détail
32:00de ces 70 000 plaintes
32:02mais c'est quand même
32:03beaucoup beaucoup
32:04beaucoup de travail
32:05à mener en un mois
32:06et on a envie de dire
32:06comment en un mois
32:07des magistrats
32:08vont réussir à faire
32:09ce qu'ils n'ont pas fait
32:10peut-être en plusieurs mois
32:11ou en plusieurs années
32:12D'après une estimation
32:13donnée par la civise
32:15la commission indépendante
32:16sur l'inceste
32:16et les violences sexuelles
32:17faite aux enfants
32:18chaque année en France
32:20160 000 enfants
32:21sont victimes
32:22de violences sexuelles
32:23on rappelle que c'est
32:24une estimation
32:24violences sexuelles
32:25dans la grande majorité
32:26des cas de la part
32:27de proches
32:28au sein même des familles
32:29on dirait que la société
32:30n'a pas pris la mesure
32:31de ce fléau
32:32qui concerne
32:33beaucoup de monde
32:34beaucoup de familles
32:35alors la société
32:36peut-être pas
32:36le système judiciaire
32:37ça fait longtemps
32:38qu'il est au contact
32:39de cette réalité
32:40qui est que
32:41la criminalité sexuelle
32:43en France
32:43est un crime de masse
32:45depuis très longtemps
32:46depuis des années
32:46depuis même peut-être
32:47des décennies
32:47un crime de masse
32:48c'est-à-dire que
32:49vous allez par exemple
32:50en cours d'assises
32:51sur 10 affaires
32:52il y en a 8
32:53qui concernent des viols
32:548 sur 10
32:55c'est colossal
32:56c'est énorme
32:56donc il y a beaucoup plus
32:57de violeurs
32:58que de braqueurs
32:59ou que d'assassins
32:59en France
33:00les violeurs
33:01représentent la plus grosse
33:02quantité de criminels
33:03en France
33:03effectivement
33:04comme tu viens de le dire
33:06ces crimes de viol
33:07ils se commettent
33:08la plupart du temps
33:09dans la sphère familiale
33:11alors ça peut être
33:11les parents
33:12les grands-parents
33:12les oncles
33:13les tantes
33:13mais ça se passe vraiment
33:14dans ce huis clos familial
33:15là
33:15et puis effectivement
33:16il y a des violences sexuelles
33:17qui se produisent
33:17à l'occasion
33:18à l'école
33:19pendant des vacances
33:21à l'occasion
33:22d'activités sportives
33:22ça on sait
33:23on traite suffisamment
33:24d'affaires comme ça
33:24mais c'est pas une découverte
33:26la criminalité sexuelle
33:27en France
33:27elle n'est pas plus élevée
33:29qu'avant
33:29simplement
33:29la grosse différence
33:30c'est que
33:31la parole s'est libérée
33:32y compris chez les plus jeunes enfants
33:34qu'on écoute aussi un peu mieux
33:35les services d'enquête
33:36ils écoutent aussi un peu mieux
33:38alors on dit qu'ils écoutent pas assez
33:39pas assez bien
33:39c'est sans doute vrai
33:40mais il y a eu beaucoup de progrès fait
33:42par rapport à il y a 15 ou 20 ans
33:43où on entendait les gens
33:44pas n'importe comment
33:45mais où la prise de parole
33:47des victimes était très mauvaise
33:48là on a commencé à adapter
33:49à avoir des outils
33:50un peu plus fins
33:51le problème encore une fois
33:52c'est de traiter la masse
33:54quand vous avez 160 000
33:55peut-être enfants
33:56victimes par an
33:57il faut trouver des policiers
33:58à mettre en face
33:59pour les entendre
34:00il faut trouver après
34:00des magistrats
34:01pour instruire les dossiers
34:02enfin tout ça
34:02est extrêmement lourd quand même
34:04le lundi 8 juin
34:05la présidente de l'assemblée
34:06Yael Brown-Pivet
34:07a dit vouloir un examen rapide
34:08à l'assemblée
34:09d'une grande loi transpartisane
34:11inspirée par une coalition féministe
34:14qui avait formulé 140 recommandations
34:16ce texte est censé s'attaquer
34:18globalement au fléau
34:19des violences sexuelles
34:20que ce soit au sein des foyers
34:22à l'école
34:23dans les associations
34:24est-ce qu'on peut relever
34:26une ou deux propositions
34:27concrètes de ce texte ?
34:29alors cette loi
34:30c'est ce que
34:31ceux qui l'ont pensé
34:32appellent une loi intégrale
34:34pourquoi ils disent
34:34loi intégrale ?
34:35parce qu'elle n'a pas
34:36qu'un volet policier
34:38ou répressif
34:39ou judiciaire
34:39elle a aussi un volet
34:40avec l'éducation nationale
34:42avec les services de santé
34:43c'est-à-dire qu'on essaie
34:44de créer quelque chose
34:45qui soit
34:46qui permette une prise en charge
34:48aussi des victimes
34:48avant, pendant
34:50et après les plaintes
34:50pas seulement une prise en charge judiciaire
34:52mais une prise en charge
34:53médicale, psychologique
34:54qui n'existe pas vraiment
34:55et qui là serait en quelque sorte
34:57gravée dans la loi
34:58après sur les
34:59les mesures concrètes
35:01qui sont proposées
35:01entendons-nous bien
35:02c'est une loi
35:03qui n'est pas encore votée
35:04qui sera probablement amendée
35:06on ne sait pas
35:06quand exactement
35:07elle sera votée
35:07et quand elle sera
35:08en exercice
35:09entre guillemets
35:11il y a la demande
35:12de création
35:12de brigades de police
35:13spécialisées
35:14alors ça existe déjà
35:15les brigades de mineurs
35:16existent déjà dans la police
35:17et sont déjà spécialisées
35:18dans le traitement
35:19de ce type de criminalité
35:20ou de délinquance
35:21mais là il serait vraiment
35:22question de créer
35:23dans les gendarmeries
35:24et dans les commissariats
35:25des enquêteurs
35:26qui ne feraient que ça
35:27car ils seraient spécialisés
35:28dans le recueil des plaintes
35:29et ensuite dans le traitement
35:31de ces affaires
35:31il y a aussi une volonté
35:33de spécialiser la justice
35:34d'avoir des parquets
35:35qui soient
35:36des procureurs
35:37qui soient spécialisés
35:37dans chaque tribunal
35:38sur ces violences sexuelles
35:40et sexistes
35:41faites à l'encontre des enfants
35:42l'idée c'est d'avoir
35:43une expertise locale
35:45dans chaque département
35:45que ce soit au niveau
35:46des services d'enquête
35:47ou des services de justice
35:48pour justement avoir
35:49évité cette déperdition
35:51peut-être
35:51et avoir des gens
35:53qui ont l'habitude
35:54encore une fois
35:54d'entendre des victimes
35:56et d'avoir les bons réflexes
35:57après pour pouvoir
35:58éventuellement poursuivre
35:59les auteurs
35:59Est-ce que tu penses
36:00qu'il va forcément
36:01y avoir une nouvelle loi
36:02suite à la mort de Liana ?
36:04Il y a souvent
36:05des nouvelles lois
36:06après des affaires
36:07qui marquent l'opinion publique
36:08c'est pas toujours
36:08une bonne chose
36:09parce qu'on a un mauvais réflexe
36:10en France
36:11qui est d'additionner
36:12et d'empiler
36:12les textes réglementaires
36:14ce qui part d'un bon sentiment
36:16parce qu'on a l'impression
36:17qu'on va corriger
36:18quelque chose
36:18qui n'est pas bien
36:19dans la loi actuelle
36:20le seul problème
36:21c'est que sur l'affaire Liana
36:22en particulier
36:24il y a déjà
36:24tout l'arsenal législatif
36:26c'est-à-dire que
36:27si on avait voulu
36:28que cette plainte de 2025
36:29elle soit suivie des faits
36:30on n'a pas besoin
36:31d'une nouvelle loi
36:31tout existe déjà
36:32dans l'arsenal
36:33et c'est souvent
36:34le reproche là
36:35qu'on peut faire
36:35c'est que les politiques
36:37au sens large
36:39donnent l'impression
36:39de répondre
36:40à quelque chose
36:41en disant
36:41on va faire une nouvelle loi
36:42parce qu'il y a des failles
36:43il y a des trous
36:44en réalité c'est pas toujours le cas
36:45c'est-à-dire qu'en réalité
36:46souvent quand on épluche
36:47ce qui existe dans le code pénal
36:48ou dans le code de procédure pénale
36:50les outils on les a déjà
36:51simplement
36:52voter des lois c'est très bien
36:53après il faut les appliquer
36:54et derrière
36:55il ne faut jamais oublier
36:56que ce sont des gens
36:57qui les appliquent
36:58des êtres humains
36:58des magistrats
36:59des policiers
37:00des gendarmes
37:01et que s'ils ne l'appliquent pas bien
37:02ou s'ils n'ont pas envie
37:05voter toutes les lois qu'on veut
37:06ça ne changera pas grand chose
37:07Merci Damien Delseni
37:09et merci à Ronan Folgoas
37:10qui était à ta place
37:11juste avant
37:11on va continuer à suivre
37:13cette actualité
37:14avec vous
37:14sur leparisien.fr
37:16CodeSource
37:17c'est un podcast audio
37:18chaque soir de la semaine
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