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L'affaire Lyhanna dans le Gers a mis au jour des dysfonctionnements et aussi la lenteur de la justice. Emilie Nolberczak avocate spécialiste en droit du travail a déjà fait condamner l'état pour des délais déraisonnables dans des affaires.
Gérald Darmanin ministre de la justice reçoit ce lundi matin tous les procureurs généraux de France. Il va leur demander de passer en revue les 70 000 plaintes concernant des enfants victimes. Cela fait suite au meurtre de Lyhanna dans le Gers. Le suspect n'avait pas été inquiété jusqu'à présent malgré plusieurs plaintes. Cette affaire met en lumière des dysfonctionnements et aussi la lenteur de la justice.
Emilie Nolberczak avocate spécialiste en droit du travail qui a déjà fait condamner l'état pour des délais déraisonnables dans des affaires est l'invitée d'ICI matin.

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Transcription
00:00D'ici maintenant, Gérald Darmanin, ministre de la Justice, reçoit ce matin tous les procureurs généraux de France.
00:07Il va leur demander de passer en revue les 70 000 plaintes concernant des enfants victimes.
00:11Cela fait suite au meurtre de Liana dans le Gers.
00:14Le suspect n'avait pas été inquiété jusqu'à présent malgré plusieurs plaintes.
00:18Cette affaire met en lumière des dysfonctionnements et aussi la lenteur de la justice.
00:22On en parle ce matin avec votre invité Sébastien Garnier, une avocate spécialiste en droit du travail.
00:27Maître Émilie Nolbert-Zach, bonjour.
00:30Merci d'être avec nous.
00:32Ces délais trop longs, ça fait un moment que vous les dénoncez, vous, notamment au Prud'homme en droit du
00:38travail.
00:40Effectivement, on constate depuis de nombreuses années des délais particulièrement insoutenables pour les justiciables.
00:47C'est la raison pour laquelle nous avons lancé en notre qualité d'avocat auxiliaire de justice des actions pour
00:53des délais déraisonnables.
00:55Pour demander à l'État d'indemniser le justiciable par rapport au délai qu'il subit.
01:00Quand on parle de délai déraisonnable, c'est de combien de temps, par exemple, au Prud'homme ?
01:04Alors, la jurisprudence nous fixe le délai qui doit être considéré comme raisonnable.
01:09Pour une action devant le Conseil des Prud'hommes, nous sommes à 12 mois.
01:13Donc 12 mois à partir du moment où on dépose la requête et l'audience de plaidoirie.
01:20D'accord. Et la réalité, c'est quoi ?
01:23La réalité, c'est facilement le double.
01:25Le double ?
01:26Environ 24 mois.
01:27D'accord. Et vous, ce que vous faites, c'est que vous attaquez l'État pour justement ces délais trop
01:32longs et vous gagnez, vous arrivez à obtenir des sous.
01:36Alors, on gagne parce qu'on attaque uniquement quand les délais sont très longs.
01:40Il faut savoir qu'en moyenne, une procédure Prud'hommale à Montpellier, comme je vous l'ai indiqué, on est
01:43à 24 mois.
01:45Ensuite, il y a un appel.
01:47On est également à 24 mois, voire plus, voire 36 mois supplémentaires.
01:52Et la jurisprudence nous dit également que c'est 12 mois.
01:54Ça veut dire que normalement, en deux ans, votre dossier doit être terminé avec les deux instances.
01:59Et dans notre cas, on est bien au-delà.
02:01On est à 5 ans, en fait, puisque vous dites jusqu'à 36 mois.
02:03On est environ à 5 ans, effectivement.
02:05Et donc, quand on dépasse ces délais, c'est là que vous vous attaquez ?
02:09Effectivement. Donc, dans ce cadre-là, on saisit la justice, donc le tribunal judiciaire, pour demander l'indemnisation des délais
02:15déraisonnables.
02:16Et nous venons d'obtenir plusieurs arrêts de la Cour d'appel de Montpellier
02:19qui confirme et qui constate le fonctionnement défectueux du service public de la justice
02:25puisqu'elle a condamné l'État, dans une trentaine de dossiers, à indemniser les justiciables.
02:30À quel niveau ? Ce sont des sommes importantes ?
02:33Alors, la Cour d'appel a fixé pour la première fois en France un barème progressif
02:39qui nous fait comprendre que finalement, plus c'est long et plus c'est difficile d'attendre ces délais.
02:45Par exemple, du premier au dixième mois, c'est 150 euros par mois de retard.
02:49Par l'indemnisation. Et plus on monte dans l'attente, par exemple du 41e au 49e mois de retard,
02:55et c'est des délais qu'on retrouve, on est à 350 euros par mois de retard.
02:59En moyenne, un dossier approximatif est indemnisé 10 000 euros.
03:03Alors, ce ne sont pas des sommes considérables, mais l'État préfère payer ces sommes-là
03:09plutôt que d'investir pour essayer de raccourcir les délais ?
03:12Alors, effectivement, c'était notre volonté au début de faire comprendre à l'État
03:15que plutôt que d'indemniser les victimes, c'était, on préférait qu'elles embauchent des magistrats,
03:21des greffiers pour que le service de la justice puisse bien tourner.
03:26C'est vrai qu'au dossier individuel, ce n'est pas énorme,
03:28mais par exemple, sur les 30 dossiers, ça correspond à une somme qui est quand même très importante
03:33puisque du coup, on a 300 000 euros d'indemnisation, et avec cette somme-là,
03:37on peut embaucher des magistrats et des greffiers.
03:41Effectivement. Quel est le problème finalement avec la justice en France ?
03:45Là, on parle des prud'hommes, mais de la justice en général.
03:47Est-ce que c'est vraiment le manque de moyens ?
03:49Je lisais ce matin qu'il y a en France, je crois, ces trois procureurs pour 100 000 habitants,
03:54alors que la moyenne européenne est à 12.
03:56Donc, on comprend là déjà qu'il y a un gros delta, c'est ça le vrai problème, le manque
04:02de moyens humains ?
04:04Tout à fait, c'est vraiment le manque de moyens humains, matériels, on le voit,
04:10ils sont tous de bonne volonté, ils veulent tous très bien faire,
04:13mais effectivement, ils sont vraiment débordés, que ce soit le greffe ou les magistrats.
04:19Parce qu'on parle ce matin d'une autre affaire, l'ancien prêtre de Béziers
04:25qui est poursuivi pour une agression sexuelle sur mineurs,
04:29il officiait ces dernières années au Pays Basque.
04:32Visiblement, il y a eu un signalement en 2024, et il est entendu seulement là, début juin.
04:37Donc, on se dit, mais voilà, les cas se multiplient,
04:40et c'est seulement le manque de moyens qui explique ça ?
04:43Alors, le manque de moyens, il est à tous les niveaux, il est au niveau judiciaire,
04:46au niveau de la justice, il est également au niveau des officiers de police judiciaire,
04:53également, qui sont en sous-effectif,
04:54et c'est vrai qu'on ne s'en rend pas compte, finalement, tant qu'on n'y a pas
04:56été confronté.
04:58Ça paraît un petit peu abstrait,
04:59et c'est vrai que cette affaire permet justement à l'ensemble de la population
05:04de se rendre compte dans quel état la justice est malade aujourd'hui.
05:08Gérald Darmanin, le ministre de la Justice,
05:09dont on le disait en préambule, va réunir tous les procureurs ce matin,
05:13il a dit hier qu'il voulait éviter que les Français décident de faire justice eux-mêmes,
05:20qui avaient un risque énorme.
05:22C'est quelque chose que vous craignez aussi ?
05:24Alors, la justice est un pilier fondamental de notre société,
05:27et c'est vrai qu'avec une justice malade,
05:30ou s'il n'y a pas de justice, effectivement, on peut arriver à une guerre civile.
05:34Oui, ce qui serait évidemment catastrophique et très inquiétant.
05:38Merci beaucoup, Émilie Nolberzac,
05:40Nolberzac, vous êtes donc avocate spécialiste en droit du travail.
05:44Bonne journée à vous.
05:45Merci.
05:46En voiture, à la maison, au travail, vous écoutez Ici Hérault, il est 7h54.
05:50Ici Hérault, ici 6h, 9h.
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