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  • il y a 13 heures
Le chef de file des Insoumis Jean-Luc Mélenchon s'est exprimé, ce dimanche, lors de son premier meeting de campagne organisé à Saint-Denis. Il a accusé le Rassemblement national de "porter le suprémacisme" en France.

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Transcription
00:00D'abord l'image politique du jour, si vous voulez bien, ça se passe à Saint-Denis, tout près de
00:04Paris, c'est le lancement officiel,
00:05enfin le deuxième lancement de la campagne de Jean-Luc Mélenchon, aujourd'hui à Saint-Denis,
00:11ville que les Insoumis ont gagné aux élections municipales, et je voudrais, vous qui aimez l'histoire de France,
00:17peut-être dire un mot du lieu précis à Saint-Denis.
00:20Évidemment, c'est une ville conquise par M. Bagayoko il y a quelques semaines, donc il est chez lui, il
00:26est dans son nouveau fief,
00:26mais Jean-Luc Mélenchon choisit de faire ce discours devant la basilique de Saint-Denis, qui est aussi la nécropole
00:32des rois de France.
00:33Est-ce que c'est bien vu de sa part, lui qui se fait attaquer par une partie de ses
00:36adversaires sur la Nouvelle-France,
00:39qui inquiète d'aller faire son premier discours devant le bâtiment, je vais me faire gronder par Alain Duhamel,
00:46parce que la royauté ce n'est pas toute l'histoire de France, mais ça en est quand même une
00:48importante,
00:49d'aller faire ce premier discours devant le symbole des rois de France. C'est malin, non ?
00:54Je ne sais pas si c'est malin. Ce qui est certain, c'est que Saint-Denis, c'est la
00:59ville la plus importante que détiennent les insoumis.
01:04Bon, ça c'est un fait. C'est une ville de plus de 100 000 habitants, c'est leur plus
01:07grande ville.
01:08Donc ils organisent des rassemblements là, je ne peux pas dire que ça m'étonne.
01:11Il aurait pu mettre la caméra dans l'autre sens, on n'aurait pas vu la basilique.
01:14Alors maintenant, devant la nécropole, peut-être que dans l'inconscient de ceux qui ont organisé ça,
01:22il y a le fait qu'ils représentent eux-mêmes une légitimité,
01:26qui est un nouveau type de légitimité par rapport à celle qui existait avant la révolution.
01:31Peut-être qu'ils ont ça en tête, je n'en sais rien.
01:34Si je crois Alain Duhamel, je me suis trompé, je me suis planté dans la lecture.
01:36– Disons que c'est un paradoxe, en fait, relativement comique, sans doute délibéré,
01:46dont je ne suis pas sûr que tous ceux qui étaient là pour écouter Jean-Luc Mélenchon
01:50aient d'abord pensé au nécropole.
01:52– Il aurait pu aller à Roubaix ?
01:53– Non, non, mais je ne dis pas le contraire.
01:55Je ne dis pas le contraire, ils pouvaient le faire dans le bois de Vincennes s'il en avait envie.
01:59Bon, c'est leur plus grande ville, c'est un fait.
02:02Bon, il était devant, bon, c'est amusant puisqu'il est considéré lui-même,
02:08Jean-Luc Mélenchon, comme une sorte de monarque dans son propre parti.
02:15Donc, après tout, c'est peut-être une couronne subliminale.
02:20– Alors, je pense qu'il n'y a là aucune forme d'inconscient.
02:25Il y a une parfaite maîtrise des symboles.
02:28Jean-Luc Mélenchon sait très exactement ce qu'il fait
02:31et le but est atteint puisque vous avez remarqué,
02:35vous vous êtes fait vous-même la remarque,
02:36qu'il essayait d'envoyer un message.
02:37– Je suis tout seul sur ce plateau, donc ça m'inquiète toujours.
02:39– Non, pas du tout, c'est un message.
02:42– C'est quoi le message ?
02:43– Le message, c'est celui d'ailleurs qu'avait prononcé Bali Bagayoko
02:47quand il a été élu,
02:48Saint-Denis, ville des rois morts et du peuple vivant.
02:52Et sauf que c'est une façon pour Jean-Luc Mélenchon
02:55d'installer un duel, qui est son obsession,
02:57parce que ça le sert, avec le Rassemblement National.
03:00C'est une façon de dire,
03:02le Rassemblement National explique qu'il existerait un grand remplacement.
03:08Eh bien moi, je vous dis, en effet,
03:10et d'ailleurs il ne cesse de jouer avec ça,
03:13voici la Nouvelle France,
03:15et la Nouvelle France vient,
03:16alors c'est toute l'ambivalence de Jean-Luc Mélenchon.
03:19– Oui, parce que c'est vraiment pas évident de dire
03:20la Nouvelle France, c'est justement la Nécropole des rois.
03:24– Mais c'est l'inverse, cher Alain, c'est l'inverse.
03:27C'est de venir dire, cette Nouvelle France vient remplacer l'ancienne,
03:33celle de la Nécropole des rois.
03:35Et quand Jean-Luc Mélenchon vous dit,
03:38vous tout blanc, tout moche, c'est ça qu'il dit.
03:42Il ne cesse d'envoyer ces signaux-là.
03:44C'est-à-dire que ça, c'est un message à destination de son public.
03:48Et il essaye de galvaniser ce public-là,
03:51à qui il envoie ce message,
03:53vous êtes la Nouvelle France.
03:56S'il y a une Nouvelle France, c'est qu'il y en avait une ancienne.
03:59Profondément, tout cela est profondément, je termine,
04:01tout cela est profondément dangereux.
04:04C'est-à-dire que cet affrontement,
04:06cette mise en scène d'un choix obligatoire
04:10qu'auraient les Français
04:11entre la vision du Rassemblement national
04:14et celle de Jean-Luc Mélenchon et des Insoumis,
04:18est une façon de fracturer le pays
04:21et d'abandonner ce qui était absent, en fait,
04:25entre cette basilique, Nécropole des Rois
04:27et la vision des Insoumis.
04:30Il manquait juste une chose entre les deux.
04:32C'est 1789, c'est le peuple souverain
04:35et c'est l'universalisme républicain.
04:37Je crois qu'il était sur la place Victor Hugo, cela dit.
04:39Oui, Victor Hugo doit quand même trouver ça
04:44un petit peu fort de café.
04:46Et moi, j'ai une pensée pour Victor Hugo,
04:48qui est l'auteur du plus grand discours social
04:51qui ait jamais été écrit.
04:53C'est dans L'Homme qui rit.
04:55Et c'est ce discours de Gwynplaine
04:57qui dit aux lordes anglais
04:59« Vous avez tout et ce tout se compose du rien des autres ».
05:03Ça, c'est la France.
05:04Vous voyez, quand un écrivain, l'écrivain français
05:06est capable de dire ça au monde entier.
05:08Vous allez me trouver très terre à terre
05:09après une citation de Victor Hugo ?
05:11Oui, bien sûr, j'allais vous relancer.
05:12D'accord.
05:13Allez-y, là.
05:13Allez-y.
05:14Parce que je ne le voyais pas venir.
05:16Bien la première fois.
05:19Alors, en ce qui concerne la transmission
05:23de la tradition britannique et de la tradition française,
05:26franchement, ça n'a rien à voir.
05:27En France, la coupure, c'est 1789.
05:30En Grande-Bretagne, ils ont eu un système
05:31beaucoup plus sophistiqué
05:33et au bout du compte, à mes yeux,
05:35beaucoup plus démocratique
05:35qui est une évolution sur des siècles et des siècles
05:40commencés cinq siècles avant nous
05:42et qui n'a jamais cessé de se produire.
05:44Ce qui explique qu'à mes yeux,
05:46je ne dis pas que j'ai raison,
05:48mais qu'à mes yeux, en tout cas,
05:49la démocratie britannique
05:51correspond à une culture de la démocratie
05:54sensiblement plus solide
05:55et mieux enracinée
05:57que c'est le cas en France.
05:58Pour en revenir à Jean-Luc Mélenchon
06:00et à Saint-Denis
06:01et à la Nécropole des Rois,
06:03je pense qu'il ne faut pas non plus surinterpréter.
06:06Il n'est pas venu là pour dire
06:08qu'il y a eu les monarques de droit divin
06:12s'appuyant sur l'Église catholique
06:14et sur la noblesse
06:16et moi, je suis celui qui arrive
06:17et qui s'appuie sur le tiers État
06:20pour être ceci ou cela.
06:22Il est un leader et un tribun
06:26de très grand talent
06:28qui sait ce qu'il fait
06:29mais qu'il le fait, le cas échéant,
06:32avec d'assez gros sabots.
06:34On sait très bien que quand il prend la parole,
06:37il sait trouver des endroits.
06:38Il faut se rappeler ce qui s'est passé,
06:40place de la République,
06:41à la Bastille, etc.
06:43C'est un très bon metteur en scène de lui-même
06:45mais ça fait partie des qualités politiques.
06:47Moi, je ne lui reproche pas de se mettre en scène
06:48plutôt de façon plus maligne
06:50ou plus méthodique que les autres.
06:53Ça ne veut pas dire que ce qu'il dit
06:54et qu'en général, il exprime bien
06:56soit pour autant vrai.
06:57Sous-titrage Société Radio-Canada
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