00:00Bienvenue à l'heure des livres Bernard Zeller.
00:03Merci beaucoup de me recevoir.
00:05Alors vous êtes, on le disait avant, vous êtes un peu inclassable parce que vous êtes ingénieur de formation,
00:10vous avez travaillé dans les industries de défense, de l'espace, mais vous avez aussi écrit déjà plusieurs livres,
00:17notamment L'autre visage d'Edmond Michelet, Le procès du commandant de Saint-Marc,
00:21et là vous venez de publier un nouveau livre qui s'appelle Un carteron de généraux avant le putsch,
00:26un livre qui est paru chez Perrin. Alors cette expression, le carteron de généraux,
00:32en fait très exactement le carteron de généraux en retraite, c'est une référence évidemment au discours
00:39qu'a prononcé le général de Gaulle, c'était le 23 avril 1961, c'était au lendemain de ce qu
00:46'on appelait le putsch d'Alger,
00:49putsch perpétré principalement par quatre généraux, les généraux Schal, Zeller, Joux et Salan.
00:55Alors évidemment au général Zeller.
00:57C'est mon père.
00:58C'est votre père, voilà. Est-ce que c'est pour cela, j'imagine que oui, que vous avez entrepris
01:04ce travail de recherche
01:06assez considérable pour en savoir plus, pour comprendre ?
01:12Exactement, c'est exactement ça.
01:15Mon père avait une carrière militaire longue de 43 années. Il était passé par les plus hauts postes de l
01:23'armée de terre.
01:25Et quand même, avoir un père qui rompt avec la légalité et qui va avec trois autres généraux,
01:34comme vous l'avez rappelé, prendre le pouvoir Alger, avant le coup de creuser un peu les raisons pour lesquelles
01:43il a fait ce geste incroyable
01:46dans l'histoire même des quasiment 200 dernières années de la France.
01:53Alors oui, donc c'est ça qui a motivé pour en savoir plus.
01:57Est-ce que vous en avez parlé avec lui ? Est-ce que ça ne devait pas être évident d
02:02'évoquer cette période ?
02:03Non, vous savez, quand mon père est... J'ai 48 ans de moins que mon père, donc j'étais un
02:10galopin.
02:11Mon maman me n'est plus que j'avais 14 ans.
02:14Et alors j'étais déjà quand même politiquement un peu sensibilisé.
02:22Mais c'était assez primaire.
02:25Ensuite, il a été cinq ans en détention à Tulle, principalement à Tulle.
02:32Et quand nous allions les voir, ou quand j'allais les voir, c'était une fois tous les trois mois,
02:38à Bac à Noël et puis aux grandes vacances peut-être deux fois, on ne parlait pas vraiment de ça.
02:44Alors en fait, ce que j'ai appris sur lui, beaucoup, c'est par son journal d'un prisonnier.
02:52Le titre a été repris depuis, qui a été publié chez Talendier.
02:58Et dans lequel il a noté au fur et à mesure toutes les réflexions de toute nature.
03:05Politique, historique, spirituelle, parce que c'est un catholique pratiquant et vraiment croyant.
03:13Et là, j'ai appris.
03:16Et dedans, on ne trouve pas la trace d'un remords d'avoir fait ce qu'il a fait.
03:23Oui, parce que c'est d'autant plus étonnant, et d'ailleurs c'est ce que vous retracez à travers
03:27ce livre,
03:28en ce qui concerne les trois autres généraux dont on parle aussi,
03:33c'est que rien ne le prédisposait à ce coup d'éclat.
03:38En plus, dans votre famille, votre grand-père était polytechnicien, militaire, vous-même vous êtes militaire,
03:43votre père avait entamé une préparation polytechnique, il s'est engagé,
03:49il a demandé à son père de s'engager à 17 ans, lors de la Première Guerre mondiale.
03:57L'engagement militaire, c'était quelque chose qui avait un vrai sens dans la famille, et pour lui.
04:04Tout à fait, tout à fait.
04:06Alors, on peut les resituer d'ailleurs un peu les quatre, parce qu'ils viennent,
04:10ils ont des parcours différents, ils viennent de milieux différents.
04:12Alors, mon père, c'est peut-être le seul qui soit le représentant, au point de vue sociologique,
04:19de la droite catholique, mais d'une liberté de pensée très large,
04:25puisque en prison, il a commencé à rassembler des éléments pour écrire un livre sur les hommes de la commune.
04:31On voit rarement des hommes, entre guillemets, mettre droite, écrire sur la commune,
04:35et ce livre qui a été tout à fait, y compris par des marxistes, considéré comme un bon livre.
04:40Donc, voilà. Le général Salon, lui, vient d'un milieu, son père, plus modeste, si on peut dire.
04:51Son père s'occupait de l'Octroi à Nîmes, était fonctionnaire, mais enfin petit fonctionnaire de l'Octroi,
04:58et était adhérent à la section française de l'International Ouvrière,
05:02avant l'institution du Parti communiste, donc une SFIO, pas celle de Guy Maudet.
05:09Et donc ça, c'est Salon, et son frère était communiste, le docteur Salon.
05:16Donc c'est plutôt, d'ailleurs, Françoise Giroud dira, après l'attentat du Bazooka,
05:21je ne suis pas entré dans les détails, mais enfin, il a été l'objet,
05:25mais c'est son chef de cabinet qui a été tué à Alger.
05:28Françoise Giroud écrira, le général Salon eut-il été tué lors de cet attentat ?
05:35On eut dit qu'un général républicain et de gauche avait été assassiné.
05:40Et on voit ce qu'il a fait à Hanoï, il connaissait très bien Giappe et Okémune,
05:46il a discuté avec eux pendant des heures.
05:49Donc, non plus, ce n'est pas l'image...
05:52Ce n'est pas du tout lié, oui.
05:53Alors, Charles, c'est quelqu'un qui est plutôt, il se définit lui-même comme centre-gauche.
06:01Il est, alors c'est plutôt centre-gauche, là, Borgès-Maud-Nauri-Guy Maudet.
06:05Il les a beaucoup appréciés quand il était major général des armées.
06:11Et puis, Jouot, alors on dit que c'est le pied noir, donc il y a des images toutes faites.
06:16C'est un gros travailleur, c'est un garçon qui réfléchit beaucoup et qui, physiquement, est aussi extrêmement actif.
06:24Et qui vient, son père est directeur d'une école à Boussphère, peut-être d'abord, et puis à Oran,
06:34excusez-moi.
06:36Et sa mère est institutrice.
06:38Donc, on ne peut pas dire qu'ils sont des représentants du gros colonne, du gros capital, etc.
06:43Et il y a aussi la ratitude pendant la Seconde Guerre mondiale, qui est aussi un fracœur.
06:48Alors, à des degrés différents, l'engagement dans la résistance, à des endroits et des périodes différentes.
06:55Ce qui montre bien que c'est souvent une question d'opportunité.
07:00On se trouve dans cette telle situation et on réagit comme ça.
07:04Donc, ils se sont battus.
07:05Alors, les deux, parce que Chal et Jouot sont de l'armée de l'air, et Zeller et Salan sont
07:12de l'armée de terre, mais différents.
07:13Un artilleur métropolitain, si on peut dire, et un infanterie colonial.
07:17Alors, ces deux-là se battent sur les terrains en 40, etc.
07:21Mon père se bat en Tunisie, en Italie et en France de nouveau.
07:27En Tunisie, complètement oublié.
07:29Avec un combat très dur.
07:31Salan se bat surtout en Provence et puis toute la campagne de France et d'Alsace en 44-45 et
07:40en Allemagne.
07:41Alors, pendant ce temps-là, Chal, lui, finalement ne s'est pas battu en 40.
07:46Il est furieux, furieux de ne pas s'être battu en 40.
07:50Et Jouot, lui, a été dans l'aviation de reconnaissance, s'est battu.
07:54Et ils se retrouvent tous les deux, mais à des titres quand même divers.
07:58Dans la résistance, Chal recrée un service de renseignement aérien extraordinaire
08:03qui a fourni l'ordre de bataille des grandes unités de l'armée allemande en avril 44 à Londres.
08:11Donc, c'est quelque chose, d'ailleurs, il est commandeur du British Empire.
08:18Alors, bon, pour De Gaulle, ce sont des faits qui comptent,
08:20mais enfin, ça n'entraînera pas sa clémence pour autant.
08:24Ah non ?
08:24Puisque, bon, déjà, sa réaction et au lendemain du putsch et du discours,
08:30lui dit le recours à l'article 16 qui lui confère les pleins pouvoirs.
08:33Oui.
08:34Vous dites que votre père n'a pas eu de remords.
08:37En tout cas, vous n'avez pas dans ses mémoires trouvé ça.
08:40Est-ce que les autres en ont eu ?
08:41Non, ils ne sont aucun.
08:43Et finalement, pardon, parce qu'il ne nous reste pas beaucoup de temps,
08:46finalement, avez-vous compris quel était leur ressort ?
08:50Le ressort, c'était commun aux quatre qui les a rassemblés.
08:54C'était de tenter, mais c'était trop tard sans doute,
08:57d'éviter que l'Algérie soit abandonnée au FLN.
09:01Donc, on savait ce qu'il était.
09:03Le FLN, en 1955, a commis des actes du même style que le Hamas,
09:10le 13 novembre en 2023, c'est ça ?
09:16En octobre, le 7 octobre.
09:17En Israël.
09:17Le 7 octobre.
09:18Octobre, oui, je confonds avec les différents.
09:21Non, non, c'est pas grave.
09:22Oui, oui.
09:23Donc, oui, c'est ce qu'ils voulaient.
09:24Mais c'était ça, l'élément commun.
09:27Et ils s'étaient sentis trahis par De Gaulle ?
09:29Complètement.
09:30Mais il ne faut pas croire qu'ils étaient, pour l'Algérie française, bloqués comme ça, etc.
09:36Qui étaient évidemment finis.
09:39En tout cas, je vous conseille de lire ce livre.
09:42Ça s'appelle donc Un carton de généraux avant le Pouche.
09:45Peut-être juste dernière, dernière question.
09:46Finalement, le plus difficile, est-ce que ça n'a pas été après ?
09:50Parce que là, vous évoquez la période avant pour les quatre généraux.
09:52Mais pour eux, c'est la vie après.
09:55C'est-à-dire la prison et puis un peu des...
09:59Non, mais ça dépend.
10:01Ils sont bien rebondis, tous les quatre.
10:04Et non, ce qui a été difficile, c'est pour les épouses pendant la détention.
10:08Ça, c'était...
10:09Je rends hommage à ma mère.
10:12Donc, je reviens sur ma conclusion.
10:15Donc, il faut lire ce livre, Un carton de généraux avant le Pouche.
10:17C'est un livre qui est paru chez Perrin.
10:19Merci beaucoup, Bernard Zeller.
10:20C'est moi qui vous remercie.
10:22Sous-titrage Société Radio-Canada
10:25Sous-titrage Société Radio-Canada
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