00:00Nous prenons un peu d'avance sur le second procès de l'affaire Perdrio avec l'invité d'ici matin,
00:04Louise.
00:05Ce deuxième procès qui s'ouvre lundi, puisque l'ancien maire de Saint-Etienne et deux coprévenus ont fait appel
00:11de leur condamnation.
00:12Et ce matin, on se concentre sur la ville de Saint-Etienne qui est partie civile dans ce procès.
00:17Bonjour Baptiste Bonnet.
00:18Bonjour Madame Thoman.
00:19Vous êtes le nouvel avocat de la ville de Saint-Etienne.
00:22Vous avez repris le dossier il y a à peine plus d'un mois.
00:25Je suppose que vous aviez suivi cette affaire évidemment.
00:27Mais comment vous êtes-vous approprié un dossier de 30 000 pages en si peu de temps ?
00:32Avec une bonne équipe, bien soudée, des collaborateurs et puis quelques nuits courtes qui le sont de plus en plus
00:39d'ailleurs en approche du procès.
00:41Mais vous avez bien raison de dire le terme approprié.
00:44Ce qui est difficile dans un dossier comme celui-ci, c'est qu'on a eu avec des a priori.
00:47On a suivi les médias, on a regardé ça un petit peu de l'extérieur.
00:50Et en fait, il faut entrer dans ce dossier, il faut sortir des a priori, il faut rétablir une narration,
00:55se faire une intime conviction et ensuite établir une stratégie.
00:58Et ce qui m'a frappé dans ce dossier, c'est qu'il y a quand même des zones d
01:03'ombre
01:03qui nous ont conduit à des nouvelles investigations
01:06et qui vont nous amener à une stratégie peut-être plus affûtée qu'en première instance.
01:11Pourquoi plus affûtée ? Vous allez produire de nouveaux éléments lors de ces nouvelles audiences ?
01:15Oui, on va produire de nouveaux éléments car effectivement, nous avons poussé l'enquête un peu plus loin.
01:19Nous avons pu observer des contradictions, des mensonges dans les déclarations
01:24qui ont pu être faites par les uns et les autres.
01:26Et qu'aujourd'hui, nous allons essayer plus clairement d'apporter la preuve
01:30d'un certain nombre de malversations, de manipulations.
01:34Et notamment sur les subventions versées aux associations,
01:37nous allons apporter des éléments nouveaux qui permettront, nous l'espérons,
01:41à la Cour d'appel, de mieux apprécier la situation.
01:43Dans ce dossier, entre le premier procès en septembre et celui qui va s'ouvrir lundi,
01:48il y a eu un certain nombre de chambardements,
01:51notamment les élections municipales qui sont arrivées entre-temps.
01:53La mairie a changé de bord, l'opposition a pris la mairie.
01:57Est-ce que dans la démarche qui est la vôtre, il y a un côté revanche politique ?
02:02Vraiment pas, c'est tout l'inverse.
02:04Ce que j'apprécie dans les directives qui m'ont été données par M. le maire
02:08et par Mme Dumestre qui est en charge du dossier,
02:11c'est que nous avons un seul objectif, c'est l'intérêt général,
02:14c'est le denier public, c'est les Stéphanoises et c'est les Stéphanois.
02:17Vous savez, au fond, les Stéphanoises et les Stéphanois ont la sensation
02:22qu'ils n'ont pas encore été réhabilités réellement,
02:24ils n'ont pas pu entrer dans leur résilience
02:27parce que la réhabilitation de la ville n'a pas été faite complètement.
02:31Peut-être parce que les Stéphanois considèrent que le niveau de défense de la ville
02:36n'a pas été suffisant et je suis très étonné dans ce dossier
02:40de voir que chaque jour, j'ai des gens dans la rue qui m'interpellent
02:42en me disant, allez-y maître, on compte sur vous, on a confiance,
02:46on souhaite que vous obteniez quelque chose
02:48et que la situation des Stéphanoises et des Stéphanois soit prise en compte.
02:52On rappelle que vous, votre rôle, c'est de défendre les intérêts de la ville.
02:56Il y a eu ce changement d'avocat entre la première instance et l'appel.
03:00Est-ce que c'est plus simple, au final, d'être avocat d'une ville
03:04quand le maire n'est pas sur le banc des prévenus ?
03:07Oui, c'est beaucoup plus simple.
03:08Ça évite une schizophrénie, ça permet d'être totalement au clair
03:12sur les objectifs qui sont les nôtres
03:16et ça permet aussi d'aller dans le sens des valeurs de la municipalité en place
03:21qui sont des valeurs d'éontologie, d'éthique
03:26et qui conduisent à savoir exactement ce que nous demandons
03:30et pourquoi nous le demandons.
03:31Et justement, qu'est-ce que vous allez demander ?
03:32Parce qu'en première instance, il y a eu un certain nombre de choses
03:36qui ont été accordées à la ville.
03:37Elle a été reconnue dans sa qualité de victime.
03:40Il y a eu un préjudice moral.
03:41Il y a eu des indemnités qui ont été versées.
03:45C'est quoi que vous allez chercher à récupérer ?
03:47C'est ces 20 000 euros, par exemple,
03:48deux fois 20 000 euros de subventions qui ont été accordées,
03:52soupçonnées d'être l'argent qui a servi à financer le tournage de la vidéo ?
03:56Oui, absolument.
03:57C'est-à-dire que ce qui a été oublié dans les indemnités,
04:00c'est ces 40 000 euros de subventions publiques,
04:03de deniers publics pris dans la poche des Stéphanois.
04:05Il faut que vous compreniez que la ville,
04:08elle incarne quelque chose.
04:09Elle incarne un intérêt général.
04:11Et par conséquent, quand on prend 40 000 euros
04:14pour rétribuer une malversation,
04:16en réalité, on prend cet argent dans la poche des Stéphanois.
04:18Donc les Stéphanois, ils disent quoi ?
04:19Ils disent, nous, on paye des impôts, on travaille,
04:21on est bénévole dans les associations.
04:22Et pendant ce temps, on va récupérer cet argent sur notre dos
04:27pour payer une série B indigne,
04:32et ce, par les élus en lesquels on a eu confiance.
04:35Donc c'est insupportable.
04:36Donc si vous voulez, il y a une dimension symbolique et financière.
04:38Et sur ce point, très précisément,
04:40nous allons essayer de frapper beaucoup plus fort.
04:43Et une dernière question, justement, sur cette dimension symbolique.
04:46On a peu parlé, au final, en première instance,
04:48de l'impact sur l'image de la ville,
04:50puisque maintenant, Saint-Etienne, dans l'esprit de beaucoup,
04:52s'est associé à une sextape, à un maire mis en cause.
04:56C'est ça aussi que vous allez essayer de mettre en avant ?
05:00Oui, c'est ça qu'on va essayer de mettre en avant de manière plus précise.
05:02Et puis en plus, là, vous avez un avocat stéphanois,
05:04donc on comprend quand même un petit peu mieux la ville.
05:06Votre confrère était lyonnais en première instance.
05:08En tout cas, moi, je suis stéphanois, je vis à Saint-Etienne,
05:11j'y suis né, j'observe que l'avocat de Gilles Artigues est stéphanois,
05:13lui aussi, c'est intéressant à observer.
05:15Il y a quand même des compétences sur ce territoire.
05:16Mais ce qu'on veut mettre en exergue ici,
05:19c'est que le préjudice d'image,
05:21il est catastrophique pour la ville de Saint-Etienne.
05:23Tapez sur Google, vous tapez Saint-Etienne,
05:25désormais, Saint-Etienne, c'est le scandale.
05:28Alors que Saint-Etienne, c'est les valeurs travail.
05:30Saint-Etienne, historiquement, c'est le courage,
05:32c'est la détermination, c'est pas le scandale.
05:33Donc l'association de Saint-Etienne et du scandale,
05:36c'est insupportable pour la ville et pour les stéphanois.
05:40Et j'ajouterais que le déferlement médiatique a été incroyable,
05:43y compris dans la presse internationale.
05:44Vous avez 250, 300 occurrences qui associent la ville au scandale.
05:50Donc le préjudice d'image, il est catastrophique
05:52et il faut qu'on sorte de cela.
05:54Et c'est l'intention de la municipalité d'aujourd'hui.
05:57Et on entend que c'est ça que vous allez plaider
06:00lors de ce nouveau procès qui s'ouvre lundi en appel à Lyon.
06:03Merci Baptiste Bonnet, avocat de la ville de Saint-Etienne,
06:06doyen de la faculté de droit à Saint-Etienne,
06:08d'être venu dans nos studios ce matin.
06:10Je rappelle qu'en attendant les décisions de ce second procès en appel,
06:14les prévenus sont toujours considérés innocents.
06:17Sous-titrage Société Radio-Canada
06:17Merci.
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