00:00Aujourd'hui on reçoit Marie-Anique qui a travaillé pendant 37 ans au sein de la prison des femmes de
00:04Rennes.
00:04Elle est avec nous et elle a plein de choses à nous raconter.
00:06Est-ce que tu peux te présenter, présenter ton métier alors ?
00:09Alors je m'appelle Marie-Anique, j'ai 65 ans.
00:11J'ai commencé donc dans l'administration pénitentiaire à l'âge de 21 ans.
00:15C'était à la prison de Rennes, qui est une prison 100% pour les femmes.
00:19Alors exclusivement réservée aux femmes.
00:21Il y en a d'autres en France, mais ce ne sont pas des quartiers que de femmes.
00:25Combien il y avait de femmes qui étaient prisonnières ?
00:27Quand je suis partie, il y en avait 257.
00:30Combien vous étiez de surveillants du coup ?
00:32Une centaine.
00:33Une centaine ?
00:34Une centaine.
00:34Tous corps confondus, c'est-à-dire surveillants, gradés, officiers, tous corps confondus.
00:40La première fois que tu es rentrée dans cette prison, quelles ont été les sensations que tu as ressenties un
00:44petit peu ?
00:44La première fois, une sensation d'étouffement.
00:47J'avais l'impression qu'on ne pouvait pas respirer tellement c'était...
00:51Et pourtant la prison elle est immense.
00:52Le fait d'ouvrir une cellule peut-être et de voir 9 mètres carrés, ce n'est pas grand.
00:57C'est une sensation d'étouffement.
01:00Le bruit, les odeurs...
01:02Il y a quoi comme bruit ? Des gens qui crient peut-être ?
01:04Non, les gens ne crient pas.
01:05Pas où je travaillais, très peu.
01:07C'était plutôt des bruits de clés, de personnel qui appellent pour se faire entendre le personnel par le haut.
01:15Beaucoup de bruit quoi, mélange des bruits de clés, des bruits de portes qui claquent.
01:20Et on dit qu'il y a une odeur en prison, c'est quoi cette odeur ?
01:23C'est une odeur particulière, c'est vrai.
01:25C'est un mélange de plein d'odeurs en fin de compte.
01:28L'odeur de cuisine, les odeurs de transpiration, les odeurs de parfum.
01:33Il y a de tout.
01:34Je ne peux pas la définir exactement, mais ce n'est pas des huiles essentielles.
01:38J'imagine.
01:39C'est vraiment une odeur très particulière qu'on n'a pas envie de ramener chez soi.
01:43Où est-ce que tu logeais, toi, à ce moment-là ? Est-ce que tu logeais dans la prison
01:46?
01:46J'ai logé dans la prison un certain temps.
01:49D'accord, ok.
01:49Par nécessité absolue de service, on m'avait proposé un logement que j'ai accepté.
01:54Tu travaillais de nuit, peut-être, j'imagine ?
01:55J'ai travaillé de jour et de nuit pendant une quinzaine d'années.
01:58Après, je suis passée en poste fixe.
02:00Donc là, je travaillais de 9h à 18h à peu près.
02:04Quand j'étais logée en nécessité absolue de service, on m'appelait.
02:07J'étais là pour renforcer l'équipe s'il fallait.
02:09Un peu comme les ZERIS, quelque part ?
02:11Oui, les ZERIS aussi, mais ils ne sont pas logés par nécessité absolue de service.
02:14Eux, ils interviennent parce qu'on a besoin d'eux pour garantir la sécurité de l'évalidissement.
02:19Les ZERIS, c'est un peu une sorte de police d'élite, c'est ça, qui est à côté ?
02:22C'est ça, c'est ça.
02:23Qui est une très bonne chose parce qu'avant, on appelait la police ou la gendarmerie.
02:27Les CRS intervenaient dans les prisons.
02:29Le temps qu'ils arrivent ?
02:30Oui, mais aujourd'hui, on a formé du personnel qu'on appelle les ZERIS, un personnel, je dirais, d'élite
02:36et qui reçoivent une formation respectable.
02:39Et c'est des gars qui en veulent, ils ont fait ce choix-là, ils sont choisis sur le tas.
02:43Ils connaissent la prison ?
02:44Ils connaissent. En général, ils ont fait quelques années de prison en tant que surveillants.
02:50Et puis après, ils font une formation qui est très intense et qui est très intéressante.
02:56Tu vous as déjà vu, toi, intervenir les ZERIS à la prison pour femmes ?
02:59Oui, je les ai vu, bien sûr, chez les femmes.
03:00Pas souvent, parce que chez les femmes, on intervient moins que chez les hommes.
03:03Mais je les ai vu intervenir, oui, pour des fouilles générales, pour des mouvements collectifs.
03:09Pour calmer les tensions.
03:10C'est arrivé.
03:11Et même le fait d'avoir leur présence, ça rassure.
03:13Bien sûr.
03:14Parce qu'aller au contact, c'est une chose, mais il faut savoir aller au contact.
03:17Moi, je ne vais pas jouer au cow-boy, je ne sais pas.
03:19Je ne sais pas faire.
03:20Donc, quand on ne sait pas faire, on passe le relais.
03:22Et ces gens-là, ils savent.
03:23Ils savent négocier, ils savent gérer les conflits, ils savent gérer le stress également.
03:28Donc, tout ça, c'est important.
03:29Chacun son métier.
03:30C'est ce qui est bien dans l'administration pénitentiaire.
03:32C'est tout ce panel de métiers.
03:35On nous appelle souvent les portes-clés.
03:37On n'est pas des portes-clés.
03:38C'est fini d'être porte-clés.
03:40Oui, on a un trousseau de clés.
03:41Oui, on ouvre et on ferme des portes, mais on ne fait pas que ça.
03:44Et dans la pénitentiaire, on a cette possibilité de faire autre chose.
03:48C'est vrai que c'est un métier hyper varié.
03:49Moi, j'ai vu la chance de faire une vidéo à l'école de formation.
03:52Très bien.
03:52Qui était pas loin de Toulouse.
03:55À Agen.
03:55À Agen, exactement.
03:56Qu'on voyait même éteindre un feu, un incendie.
03:58C'était hyper varié.
04:00Bien sûr.
04:00Et on a aussi aujourd'hui des surveillants d'établissements pénitentiaires
04:03et des surveillantes qui sont monitrices de sport.
04:06Est-ce que tu pourrais nous raconter une journée type ?
04:08Alors, une journée type, elle se divise déjà en trois parties parce qu'on travaille en 3-8.
04:13Les personnels de surveillance démarrent à 7 heures, finissent à 13 heures.
04:17Une autre équipe arrive à 13 heures pour finir à 20 heures.
04:20Une autre équipe arrive à 20 heures pour finir à 7 heures.
04:22OK.
04:23Donc, chaque quart est différent.
04:25Bien sûr.
04:26Le matin, quand on arrive, la première chose qu'on fait, c'est le contrôle de l'effectif
04:30et contrôler qu'on a bien tous nos détenus vivants.
04:33D'accord.
04:33Ah oui, ça paraît évident.
04:35C'est très important.
04:36Parce que la nuit est passée.
04:38Il a pu se passer des choses la nuit qui ont pu malheureusement être effectuées en dehors des rondes.
04:44Une femme qui met fin à ses jours, qui décide de mettre fin à ses jours.
04:48Et si elle connaît bien le schéma de passage, elle peut le faire à un moment T où il n
04:54'y aura pas de personnel de surveillance.
04:55C'est très important.
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