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  • il y a 1 an
"Je veux du sang" : La vérité des prisons pour femmes

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Sport
Transcription
00:00:00Je dis Fabienne, vous avez l'air fâchée.
00:00:01Elle dit non, je veux du sang.
00:00:05Aujourd'hui, on reçoit Marie-Annick,
00:00:06qui a travaillé pendant 37 ans au sein de la prison des femmes de Rennes.
00:00:09Elle est avec nous et elle a plein de choses à nous raconter.
00:00:12J'ai été au contact de la mort, bien évidemment.
00:00:14On nous appelle souvent les portes-clés.
00:00:16On n'est pas des portes-clés.
00:00:17Elle me regarde droit dans les yeux.
00:00:19Je vais vous dire quelque chose.
00:00:20S'il y avait eu la peine de mort, je la méritais.
00:00:21On voit le truc, je dis là, il faut y aller.
00:00:23C'est défendu dans les gouches.
00:00:26Marie-Annick, enchantée.
00:00:28Merci d'être là.
00:00:28Et merci de m'avoir invitée.
00:00:30Avec plaisir.
00:00:31Du coup, Marie-Annick, tu as été pendant 37 ans
00:00:33surveillante d'établissement pénitentiaire
00:00:35à la prison pour femmes de Rennes.
00:00:37C'est cela.
00:00:37Alors, j'ai commencé comme surveillante
00:00:39et j'ai gravi les échelons au fil de l'eau.
00:00:41Bien sûr.
00:00:42Et j'ai terminé majeure pénitentiaire
00:00:44au centre pénitentiaire des femmes de Rennes.
00:00:46Incroyable.
00:00:46Toute ta carte, tu es montée en échelon
00:00:47et tu es restée dans la même prison.
00:00:49Oui, c'est ça.
00:00:50Incroyable.
00:00:50Tu as sorti un livre, il y a deux ans, c'est ça à peu près ?
00:00:52J'ai sorti pendant le Covid.
00:00:53Il a été bloqué pendant le Covid.
00:00:55J'imagine.
00:00:56Et il est sorti après le Covid.
00:00:57Au cœur de la prison des femmes, aux éditions Talendier.
00:01:00Donc voilà, on mettra le lien dans la description
00:01:01si vous voulez vous le procurer.
00:01:03Et du coup, aujourd'hui, on va parler de ton métier,
00:01:04de ta carrière, de tes expériences.
00:01:06Ah, j'ai plein de questions.
00:01:07Oui, c'est bien.
00:01:08Mais avant de me poser des questions,
00:01:10je voudrais absolument rendre hommage
00:01:12à mes deux collègues qui ont perdu leur vie
00:01:14dans l'exercice de leur fonction le 14 mai.
00:01:17Je pense que la France a découvert
00:01:19le métier de surveillant d'établissement pénitentiaire
00:01:22avec ses avantages et ses gros inconvénients.
00:01:25Et cette situation m'a beaucoup troublée.
00:01:27Donc, je rends hommage aujourd'hui
00:01:28à M. Moello et à M. Garcia.
00:01:32On pense fort à leur famille.
00:01:33Merci.
00:01:34Marie-Annie, est-ce que tu peux te présenter
00:01:36et présenter ton métier alors ?
00:01:37Alors, je m'appelle Marie-Annie Correl.
00:01:40J'ai aujourd'hui 65 ans.
00:01:42J'ai commencé dans l'administration pénitentiaire
00:01:45à l'âge de 21 ans.
00:01:46J'ai passé des concours administratifs
00:01:48et j'ai fait le choix de rentrer en prison.
00:01:52Pourquoi ? Parce que je suis curieuse de nature
00:01:55et qu'autour de moi, personne ne travaillait en prison.
00:01:58C'est ce que j'ai demandé.
00:01:59Tu avais de la famille qui travaillait en prison ?
00:02:00Pas du tout.
00:02:00Personne, ok.
00:02:01Je ne connaissais pas la prison,
00:02:02ni d'un côté ni de l'autre.
00:02:03J'aurais pu aussi avoir des membres
00:02:04de ma famille incarcérée.
00:02:06Pourquoi pas ?
00:02:07Mais non, je ne connaissais pas.
00:02:08J'étais jeune, un peu frondeuse.
00:02:11J'aime les gens.
00:02:12J'étais très attirée par la maladie mentale.
00:02:15D'accord.
00:02:15Alors, en parallèle de la pénitentiaire,
00:02:18j'avais passé le concours
00:02:19de l'école d'infirmière de Saint-Anne à Paris.
00:02:22D'accord.
00:02:22Et j'avais également eu ce concours.
00:02:25J'ai réfléchi très rapidement.
00:02:27L'hôpital.
00:02:28L'hôpital, tu peux voir, tu peux rentrer.
00:02:30C'est facile de rentrer dans un hôpital.
00:02:32C'est moins facile de rentrer en prison.
00:02:34Et de sortir de prison aussi.
00:02:36Et de sortir aussi.
00:02:36Alors, je me suis dit, j'essaye la prison.
00:02:38De toute façon, si ça ne me plaît pas pour X raisons,
00:02:41j'ai toujours le plan B.
00:02:43J'aurai l'hôpital psychiatrique.
00:02:44Ok.
00:02:45Mais la prison m'a permis de connaître.
00:02:47Et la prison, c'est-à-dire les gens incarcérés,
00:02:50et la maladie mentale.
00:02:51Parce qu'en prison...
00:02:52Il y avait un quartier pour les personnes atteintes ?
00:02:53Pas particulièrement un quartier.
00:02:55Mais malheureusement, il y a aussi des personnes détenues
00:02:57qui ont des pathologies mentales.
00:02:59D'accord.
00:02:59Et qui sont traitées en prison.
00:03:01Puisqu'on a fermé des lits en psychiatrie.
00:03:03Ok.
00:03:04Mais nos malades mentaux, ils sont toujours là.
00:03:06Et ils rentrent en prison pour des faits graves.
00:03:09D'accord.
00:03:09Et ils sont soignés en prison ?
00:03:10Oui.
00:03:11D'accord.
00:03:11Oui.
00:03:12Il y a un hôpital ambulatoire dans les grandes prisons,
00:03:14dont je faisais partie.
00:03:16La prison de Rennes est une grande prison.
00:03:18Donc, il y a une équipe pluridisciplinaire
00:03:20avec des psychiatres et des infirmiers psy
00:03:23qui accompagnent les personnes détenues
00:03:26qui ont des pathologies mentales.
00:03:28Je ne sais pas si on l'a dit au début de la vidéo,
00:03:29mais du coup, tu étais à la prison de Rennes,
00:03:31qui est une prison 100% pour les femmes.
00:03:33Alors, exclusivement réservée aux femmes.
00:03:36Il y en a d'autres en France,
00:03:37mais ce ne sont pas des quartiers que de femmes.
00:03:40D'accord.
00:03:40Tandis que moi, j'ai eu, je dirais, la chance,
00:03:43entre guillemets, de travailler en établissement
00:03:45que pour femmes.
00:03:46Combien il y avait de femmes qui étaient prisonnières ?
00:03:48Quand je suis partie, il y en avait 257.
00:03:51Ok.
00:03:51Aujourd'hui, je ne sais pas.
00:03:53Combien vous étiez de surveillants, du coup ?
00:03:54Une centaine.
00:03:56Une centaine ?
00:03:56Une centaine.
00:03:57Tout corps confondu, c'est-à-dire surveillants,
00:03:59gradés, officiers, tout corps confondu.
00:04:02La première fois que tu es rentrée dans cette prison,
00:04:04quelles ont été les sensations que tu as ressenties un petit peu ?
00:04:06La première fois, une sensation d'étouffement.
00:04:09Ok.
00:04:10J'avais l'impression qu'on ne pouvait pas respirer tellement c'était...
00:04:13Et pourtant, la prison, elle est immense.
00:04:15Le fait d'ouvrir une cellule, peut-être,
00:04:17et de voir 9 mètres carrés,
00:04:18ce n'est pas grand, quoi.
00:04:20C'est une sensation d'étouffement.
00:04:21Le bruit, les odeurs.
00:04:24Il y a quoi comme bruit ?
00:04:25Des gens qui crient, peut-être ?
00:04:26Non, les gens, ils ne crient pas.
00:04:28Pas où je travaillais, très peu.
00:04:30C'était plutôt des bruits de clés,
00:04:32de personnel qui appellent
00:04:34pour se faire entendre le personnel par le haut.
00:04:38Beaucoup de bruits, quoi.
00:04:39Des bruits, mélange des bruits de clés,
00:04:41des bruits de portes qui claquent.
00:04:43Et on dit qu'il y a une odeur en prison.
00:04:44C'est quoi cette odeur ?
00:04:45C'est une odeur particulière, c'est vrai.
00:04:47C'est un mélange de plein d'odeurs, en fin de compte.
00:04:50L'odeur de cuisine, les odeurs de transpiration,
00:04:54les odeurs de parfum.
00:04:56Il y a de tout.
00:04:57Je ne peux pas la définir exactement,
00:04:59mais ce ne sont pas des huiles essentielles.
00:05:01J'imagine.
00:05:01C'est vraiment une odeur très particulière
00:05:04qu'on n'a pas envie de ramener chez soi.
00:05:06Où est-ce que tu logeais, toi, à ce moment-là ?
00:05:07Est-ce que tu logeais dans la prison ?
00:05:09J'ai logé dans la prison un certain temps.
00:05:11D'accord, ok.
00:05:12Par nécessité absolue de service,
00:05:14on m'avait proposé un logement que j'ai accepté.
00:05:16Tu travaillais de nuit, peut-être, j'imagine ?
00:05:18J'ai travaillé de jour et de nuit pendant une quinzaine d'années.
00:05:20Après, je suis passée en poste fixe.
00:05:22Donc là, je travaillais de 9h à 18h à peu près.
00:05:26Quand j'étais logée en nécessité absolue de service,
00:05:29on m'appelait, j'étais là pour renforcer l'équipe s'il fallait.
00:05:31Un peu comme les ÉRIS quelque part ?
00:05:33Oui, les ÉRIS aussi,
00:05:34mais ils ne sont pas logés par nécessité absolue de service.
00:05:37Eux, ils interviennent parce qu'on a besoin d'eux
00:05:39pour garantir la sécurité de l'évalissement.
00:05:42Les ÉRIS, c'est un peu une sorte de police d'élite, c'est ça ?
00:05:44Qui est à côté ?
00:05:45C'est ça, qui est une très bonne chose
00:05:47parce qu'avant, on appelait la police ou la gendarmerie.
00:05:49Les CRS intervenaient dans les prisons.
00:05:51Le temps qu'ils arrivent ?
00:05:52Oui, mais aujourd'hui, on a formé du personnel
00:05:55qu'on appelle les ÉRIS.
00:05:56Un personnel, je dirais, d'élite
00:05:58et qui reçoit une formation respectable.
00:06:02Et c'est des gars qui en veulent.
00:06:03Ils ont fait ce choix-là, ils sont choisis sur le tas.
00:06:05Ils connaissent la prison ?
00:06:06Ils connaissent.
00:06:07En général, ils ont fait quelques années de prison
00:06:10en tant que surveillants.
00:06:13Et puis après, ils font une formation
00:06:14qui est très intense et qui est très intéressante.
00:06:18Tu vous as déjà vu, toi, intervenir, les ÉRIS ?
00:06:20Oui, j'ai vu, bien sûr, chez les femmes.
00:06:22Pas souvent, parce que chez les femmes,
00:06:24on intervient moins que chez les hommes.
00:06:26Mais je les ai vus intervenir, oui,
00:06:28pour des fouilles générales,
00:06:29pour des mouvements collectifs.
00:06:31Pour calmer les tensions.
00:06:32C'est arrivé.
00:06:33Et même le fait d'avoir leur présence,
00:06:35ça rassure.
00:06:36Bien sûr.
00:06:36Parce qu'aller au contact, c'est une chose,
00:06:38mais il faut savoir aller au contact.
00:06:40Moi, je ne vais pas jouer au cow-boy, je ne sais pas.
00:06:42Je ne sais pas faire.
00:06:42Donc, quand on ne sait pas faire, on passe le relais.
00:06:44Et ces gens-là, ils savent.
00:06:46Ils savent négocier, ils savent gérer les conflits,
00:06:49ils savent gérer le stress également.
00:06:51Donc, tout ça, c'est important.
00:06:52Chacun son métier.
00:06:53C'est ce qui est bien dans l'administration pénitentiaire.
00:06:55C'est tout ce panel de métiers.
00:06:57On nous appelle souvent les portes-clés.
00:06:59On n'est pas des portes-clés.
00:07:00C'est fini d'être porte-clés.
00:07:02Oui, on a un trousseau de clés.
00:07:03Oui, on ouvre et on ferme des portes,
00:07:05mais on ne fait pas que ça.
00:07:06Et dans la pénitentiaire,
00:07:07on a cette possibilité de faire autre chose.
00:07:10C'est vrai que c'est un métier hyper varié.
00:07:12Moi, j'ai vu la chance de faire une vidéo, du coup,
00:07:13à l'école de formation.
00:07:14Très bien.
00:07:15Qui était pas loin de Toulouse.
00:07:17À Agen.
00:07:18À Agen, exactement.
00:07:19Qu'on voyait même éteindre un feu, un incendie.
00:07:21C'était hyper varié.
00:07:22Bien sûr.
00:07:22Et on a aussi aujourd'hui des surveillants
00:07:25d'établissements pénitentiaires
00:07:25et des surveillantes qui sont monitrices de sport.
00:07:28Est-ce que tu pourrais nous raconter une journée type ?
00:07:30Alors, une journée type,
00:07:31elle se divise déjà en trois parties
00:07:33parce qu'on travaille en 3-8.
00:07:36Les personnels de surveillance démarrent à 7h,
00:07:38finissent à 13h.
00:07:39Une autre équipe arrive à 13h pour finir à 20h.
00:07:42Une autre équipe arrive à 20h pour finir à 7h.
00:07:45OK.
00:07:45Donc, chaque quart est différent.
00:07:48Bien sûr.
00:07:48Le matin, quand on arrive,
00:07:50la première chose qu'on fait,
00:07:51c'est le contrôle de l'effectif
00:07:52et contrôler qu'on a bien tous nos détenus vivants.
00:07:55D'accord.
00:07:56Ah oui, ça paraît évident.
00:07:58Mais non, c'est très important.
00:07:58Parce que la nuit est passée.
00:08:00Il a pu se passer des choses la nuit
00:08:01qui ont pu malheureusement être effectuées
00:08:05en dehors des rondes.
00:08:06Une femme qui met fin à ses jours,
00:08:08qui décide de mettre fin à ses jours,
00:08:11si elle connaît bien le schéma de passage,
00:08:14elle peut le faire à un moment T
00:08:16où il n'y aura pas de personnel de surveillance.
00:08:18Et c'est déjà arrivé, toi,
00:08:19que des femmes mettent fin à leurs jours
00:08:20à la prison ?
00:08:22Oui, bien sûr.
00:08:23C'est fréquent ?
00:08:24C'est rare ?
00:08:24Je ne vais pas te dire que c'est fréquent.
00:08:27Je n'ai pas le droit de dire ça.
00:08:28Mais j'ai quand même...
00:08:29Ça arrive.
00:08:29J'ai été au contact de la mort, bien évidemment.
00:08:32J'ai décroché une personne détenue
00:08:34qui s'était pendue
00:08:35et qui est morte dans mes bras.
00:08:37Tout ça, pour moi, c'est des échecs.
00:08:40Tout ça, je l'ai vécu, oui.
00:08:42Mais je ne vais pas dire que je l'ai vécu...
00:08:44Je l'ai vécu trois fois, pour tout dire.
00:08:46Trois fois, j'ai vu la mort,
00:08:48trois fois en prison,
00:08:49dont cette personne détenue,
00:08:50dont je parle dans mon livre d'ailleurs,
00:08:52qui s'est pendue
00:08:52et que, quand je suis arrivée,
00:08:55je l'ai décrochée avec une collègue
00:08:57et elle est morte dans mes bras.
00:08:58Ça doit être des sentiments, là,
00:08:59que ça doit être inexplicable, un peu,
00:09:01ce qui peut se passer.
00:09:02C'est un sentiment d'échec
00:09:03et puis c'est aussi quelque chose
00:09:04de très troublant
00:09:05parce que tu te poses plein de questions.
00:09:07C'est ce que j'explique dans mon livre
00:09:09parce que cette femme,
00:09:10je la connaissais bien.
00:09:11Elle était condamnée à une très longue peine
00:09:12puisqu'elle avait la réclusion criminelle
00:09:14à perpétuité
00:09:15pour des faits extrêmement graves
00:09:16puisqu'elle avait tué deux enfants.
00:09:18Ces deux enfants,
00:09:19un garçon et une fille,
00:09:21c'est une femme qui se détestait.
00:09:22Elle ne se supportait pas.
00:09:23Elle ne supportait pas
00:09:24son passage à l'acte.
00:09:26Elle était debout
00:09:27parce qu'il fallait être debout,
00:09:28mais on la surveillait
00:09:29comme de l'huile sur du feu,
00:09:31si tu veux.
00:09:31Sauf que là,
00:09:32on la sentait de mieux en mieux.
00:09:34Elle était très bien intégrée
00:09:35dans une équipe de travail
00:09:36puisqu'elle travaillait
00:09:37à la cuisine centrale.
00:09:38Elle était bien entourée
00:09:39et elle faisait très bien son travail.
00:09:41En division,
00:09:42elle ne posait pas
00:09:42de problème particulier.
00:09:44Elle avait quelques copines.
00:09:45On se disait
00:09:46« Tiens, elle est pas mal ! »
00:09:47Le drame a eu lieu
00:09:48avec les deux derniers enfants
00:09:49et elle avait déjà
00:09:50deux grands-enfants
00:09:51d'un premier mariage.
00:09:52Son fils aîné lui écrit,
00:09:54il était militaire
00:09:54et il avait une permission
00:09:56et il avait décidé
00:09:57de venir voir sa maman.
00:09:58Elle n'avait pas vu son fils
00:09:59ça faisait à peu près
00:10:00un peu plus de cinq ans.
00:10:02Donc pour elle,
00:10:03c'était quelque chose
00:10:04de très fort
00:10:04de revoir son fils,
00:10:06de pouvoir discuter avec lui,
00:10:07de pouvoir,
00:10:08comme elle nous disait,
00:10:10de pouvoir lui expliquer
00:10:11pourquoi j'ai fait ça.
00:10:12Elle voulait se justifier.
00:10:13Moi, ça ne me regarde pas.
00:10:14Et donc nous,
00:10:15on était tranquilles là-dessus.
00:10:16On se dit
00:10:16« Son fils va venir la voir.
00:10:18Elle est bien.
00:10:19Elle va continuer son chemin
00:10:21comme ça, tranquillement. »
00:10:22Moi, je la reçois.
00:10:23Elle demande à me voir
00:10:24entre 16 et 17 heures.
00:10:25« Oui, j'avais envie de vous voir.
00:10:27Madame Aurel, regardez.
00:10:28Elle me tend une lettre,
00:10:29la lettre de son fils
00:10:31qui lui disait
00:10:31« Maman, je vais venir te voir. »
00:10:33Je ne sais pas quand,
00:10:34mais certainement
00:10:35le mois qui vient là.
00:10:36Et puis, je lui dis
00:10:37« C'est super, ça,
00:10:38votre fils qui vient. »
00:10:39« Ah oui, oui, oui,
00:10:40je suis très contente,
00:10:40Madame Aurel.
00:10:41Oh là là,
00:10:42vraiment,
00:10:43ça me bouleverse un peu,
00:10:44mais je suis contente. »
00:10:45Je lui dis
00:10:46« Moi aussi,
00:10:46je suis contente pour vous.
00:10:47J'espère qu'on pourra
00:10:48en reparler.
00:10:49Lorsqu'il sera venu,
00:10:50on pourra refaire un point
00:10:51si vous voulez.
00:10:52Si ça vous fait plaisir,
00:10:53il n'y a pas de problème,
00:10:54ma porte reste ouverte. »
00:10:55Le temps passait.
00:10:56Il était 5h30.
00:10:57Je lui dis
00:10:57« Écoutez, je vais vous laisser.
00:10:58Je revois demain
00:11:00ou plus tard. »
00:11:01Et elle me dit
00:11:01« Bonsoir, Madame Aurel,
00:11:03mais pas demain. »
00:11:05Après, ça a tilté.
00:11:06Oui, bien sûr.
00:11:07Je me souviens
00:11:07qu'elle avait l'habitude
00:11:08de dire,
00:11:09elle avait beaucoup d'éducation.
00:11:10Toujours au revoir,
00:11:11toujours des mots
00:11:12très réfléchis.
00:11:14Elle avait de la bienveillance
00:11:16pour le personnel.
00:11:17Moi, je plie bagage,
00:11:18je range mes affaires.
00:11:20Tout d'un coup,
00:11:20l'alarme se déclenche.
00:11:21Mais l'alarme,
00:11:22au secours.
00:11:23Il y a différents niveaux d'alarme.
00:11:24Il y a différents degrés.
00:11:25Et là, pour le coup,
00:11:26c'est l'alarme,
00:11:26il faut monter tout de suite.
00:11:28J'étais prête à partir.
00:11:29On ne part pas.
00:11:31Moi, j'ai travaillé
00:11:32en centre de détention.
00:11:33C'est-à-dire que les détenus
00:11:33vaquent à leurs occupations
00:11:35diverses et variées
00:11:36de 7h le matin
00:11:37à 20h.
00:11:38Ils travaillent.
00:11:39Voilà.
00:11:39On ne ferme pas la porte.
00:11:40Par contre,
00:11:41elles ont une clé de porte.
00:11:42Elles la ferment si elles veulent.
00:11:43Moi, j'arrive.
00:11:44Une détenue vient vers moi.
00:11:45Elle me dit
00:11:45« Madame Aurel,
00:11:46allez vite, allez vite,
00:11:47allez vite dans les douches. »
00:11:48J'avais déjà une collègue
00:11:49qui était dans la douche.
00:11:50J'arrive.
00:11:51Je vois le truc.
00:11:52Tu vois le truc,
00:11:52ça veut dire que...
00:11:53Je vois le truc.
00:11:53Je dis « là,
00:11:53il faut y aller ».
00:11:54Elle s'était pendue
00:11:54dans les douches.
00:11:55Oui.
00:11:55Elle s'était pendue
00:11:56dans les douches.
00:11:57Je la soulève,
00:11:58ma collègue coupe le...
00:11:59Et la fille descend
00:12:00dans mes bras comme ça
00:12:01et puis elle décède.
00:12:03Wow.
00:12:04Elle s'était pendue...
00:12:05Elle est décédée
00:12:06assez rapidement ?
00:12:07Très rapidement.
00:12:08Oui, oui, oui.
00:12:09Tout était prêt.
00:12:10Tout était organisé.
00:12:12On n'a rien vu venir.
00:12:13C'est quoi ?
00:12:13Avec un drap,
00:12:14une corde ?
00:12:14Non, pas du tout.
00:12:15Avec son fil d'antenne de télé.
00:12:17Parce qu'elles ont la télé.
00:12:19Elles ont tout.
00:12:19Il ne faut pas que les gens disent
00:12:20« Oui, pourquoi on leur donne
00:12:21des fourchettes,
00:12:22des couteaux et ceci ? »
00:12:23Ben, il faut bien...
00:12:24Elles vivent.
00:12:24Oui, bien sûr.
00:12:25Elles sont condamnées
00:12:26à la réclusion criminelle
00:12:27à la perpétuité.
00:12:27C'est tout.
00:12:28Il y a beaucoup de gens
00:12:29des fois qui disent
00:12:30que c'est le Club Med un petit peu.
00:12:31Non, c'est pas...
00:12:32Moi, je n'appelle pas
00:12:33la prison un Club Med.
00:12:34Dans la mesure où
00:12:35on retire la liberté à quelqu'un,
00:12:37la liberté d'aller et venir
00:12:39à quelqu'un,
00:12:39pour moi, c'est déjà assez.
00:12:41Pour moi.
00:12:42Parce que quand on est obligé
00:12:43de s'adresser toujours à quelqu'un
00:12:45pour faire quelque chose,
00:12:46pour obtenir quelque chose,
00:12:48une détenue,
00:12:48elle ne sort pas de sa cellule
00:12:49en disant « Youpi, tralala,
00:12:51tiens, aujourd'hui,
00:12:51j'ai envie d'aller m'acheter
00:12:53des produits de beauté. »
00:12:53Non, ça ne se passe pas comme ça.
00:12:55Non, non, ce n'est pas le Club Med.
00:12:56S'il y a des gens
00:12:57qui pensent que c'est le Club Med,
00:12:58je respecte, je respecte,
00:13:00mais je les invite
00:13:01à venir passer...
00:13:02Visiter, oui.
00:13:03...un moment où d'aller rencontrer,
00:13:05je ne sais pas à quel titre,
00:13:06mais d'aller écouter
00:13:07ce qui se passe en prison.
00:13:09Quand on est en maison d'arrêt,
00:13:10dans une cellule
00:13:11qui fait 11 mètres carrés,
00:13:12trois femmes là-dedans,
00:13:13un toilette, un lavabo,
00:13:15une télé,
00:13:16ils sont trois.
00:13:17Elles doivent,
00:13:18excuse-moi l'expression,
00:13:19pisser et chier
00:13:20devant les copines.
00:13:21Cohabiter avec des gens
00:13:22qui ne sont pas leurs copines.
00:13:24Bien sûr.
00:13:25Elles ne sont pas copines,
00:13:26elles ne se connaissent pas,
00:13:27mais il faut charger.
00:13:28On n'a pas le choix.
00:13:29On n'a pas le choix.
00:13:30On incarcère des gens,
00:13:31il faut les incarcérer.
00:13:32Pas de problème,
00:13:33donc on charge.
00:13:34On essaye de mettre
00:13:35les gens du voyage,
00:13:37on va les mettre ensemble,
00:13:38inévitablement.
00:13:39Les Africaines,
00:13:40on va essayer
00:13:41de les mettre ensemble.
00:13:42Les us et coutumes,
00:13:43on essaye quand même
00:13:44d'avoir un peu de respect
00:13:45pour les us et coutumes.
00:13:46Mais néanmoins,
00:13:47quand tu te retrouves
00:13:47à trois dans 11 mètres carrés,
00:13:49tu dois cohabiter.
00:13:50Le programme télé,
00:13:51si toi tu aimes bien
00:13:52écouter les informations
00:13:53et que l'autre,
00:13:54elle n'en a rien à carrer
00:13:55de l'information,
00:13:56si elle a plus de caractère,
00:13:57ça se termine en baston.
00:13:59Donc merci.
00:14:00Moi, je crois que
00:14:01tant qu'il n'y aura pas
00:14:01d'encellulement individuel,
00:14:04parce qu'on en entend parler ça,
00:14:05moi ça fait 37 ans
00:14:06que j'entends en parler,
00:14:07oui, il faudrait
00:14:08que les détenus
00:14:08soient incarcérés individuellement.
00:14:11Mais en maison d'arrêt, non.
00:14:12En centre de détention,
00:14:13c'est la loi.
00:14:14Elles étaient combien
00:14:14par chambre à la prison ?
00:14:15Moi, en centre de détention,
00:14:17elles sont seules par cellule.
00:14:19Seules par cellule, oui.
00:14:20Elles sont seules,
00:14:21donc leur intimité est respectée.
00:14:23Mais en maison d'arrêt.
00:14:24C'est l'étape avant ça,
00:14:25quand on attend d'être jugé des fois.
00:14:26Quand on attend d'être jugé,
00:14:27exactement.
00:14:28Il n'y a pas de maison d'arrêt
00:14:29où on est seul en cellule,
00:14:30moi je n'en connais pas.
00:14:31La dernière maison d'arrêt
00:14:32à laquelle j'ai travaillé,
00:14:33c'est à la maison d'arrêt de Rennes,
00:14:35puisqu'il y a un quartier maison d'arrêt.
00:14:36À l'époque,
00:14:37il y avait une cinquantaine de places,
00:14:39je dis bien à l'époque,
00:14:40parce que si les choses ont changé,
00:14:41excusez-moi,
00:14:42mais moi j'ai terminé en 2017.
00:14:44Après ce qui se passe
00:14:44dans la prison des femmes,
00:14:46ça ne me regarde pas.
00:14:47Moi, je n'ai pas connu,
00:14:48j'ai connu trois par cellule.
00:14:49Trois par cellule,
00:14:50en plein été,
00:14:51même si en Bretagne,
00:14:52on nous dit qu'il pleut tout le temps,
00:14:53je l'ai vécu la canicule, moi.
00:14:55Avec trois par cellule.
00:14:56Et les filles,
00:14:57elles arrosaient par terre
00:14:58pour se rafraîchir,
00:14:59prenaient des saudes,
00:15:00eau froide,
00:15:00et je t'ai pour avoir de l'oeuvre.
00:15:02Je pense que c'est bien
00:15:02de le rappeler effectivement
00:15:03que ce n'est pas le Club Med.
00:15:05Non, ce n'est pas le Club Med.
00:15:06Si moi ce soir,
00:15:07j'ai envie de manger une pizza,
00:15:08je me mange ma pizza,
00:15:10la détenue,
00:15:11si elle a envie de se faire plaisir,
00:15:12non, elle ne se fait pas plaisir.
00:15:13Elle bouffera ce qu'on lui mettra
00:15:14à la gamelle.
00:15:15Et si elle a de l'argent,
00:15:16par contre,
00:15:16elle pourra acheter des choses
00:15:18à la cantine
00:15:18pour se faire plaisir.
00:15:20Mais qui dit argent,
00:15:21dit travail.
00:15:22Moi, je parle des femmes,
00:15:23ce n'est pas les familles
00:15:23qui donnent de l'argent aux femmes.
00:15:25D'accord.
00:15:25Est-ce débrouille toute seule ?
00:15:26Les femmes sont très vite abandonnées.
00:15:28Très, très vite.
00:15:28À la différence des hommes,
00:15:30les femmes sont plus vite
00:15:31abandonnées par leurs proches ?
00:15:32Moi, c'est...
00:15:32Exactement.
00:15:33Moi, c'est toujours ce qui m'a fait...
00:15:34qui m'a toujours interpellée.
00:15:35Lorsqu'on va dans une prison,
00:15:37prenons la prison de Fleury-Mérogis,
00:15:39les années 80.
00:15:40C'est là que j'ai compris.
00:15:41Les hommes,
00:15:42c'était blindés
00:15:43au niveau des attentes de parloirs.
00:15:44Mais alors, blindés de chez blindés.
00:15:46Les mères,
00:15:47les sœurs,
00:15:48les frères,
00:15:49tout le monde vient voir
00:15:50les copains en prison.
00:15:52Chez les femmes,
00:15:53il y a beaucoup moins de monde.
00:15:54Les unités de vie familiale
00:15:56à Rennes,
00:15:57elles ne faisaient pas le plein.
00:15:59Et c'est quand les proches
00:15:59peuvent venir voir, c'est ça ?
00:16:01Quand les proches
00:16:01peuvent venir passer
00:16:02quelques heures
00:16:03ou quelques jours
00:16:05dans des studios aménagés...
00:16:07Voilà, pour l'intimité.
00:16:08Pour l'intimité.
00:16:09Puis aussi,
00:16:09pour le lien familial,
00:16:10pour les enfants.
00:16:12Ça a été un grand tournant,
00:16:13ça, dans l'administration pénitentiaire
00:16:14en 2003.
00:16:15On ne faisait pas le plein.
00:16:16D'accord.
00:16:17Donc, à la différence des hommes,
00:16:18les femmes...
00:16:18Les femmes sont très vite oubliées.
00:16:19Très vite oubliées.
00:16:20Le dernier Noël
00:16:21que j'ai passé en prison,
00:16:22257 détenus,
00:16:2392 dons d'indigence,
00:16:26des décès,
00:16:27des colis de Noël
00:16:28préparés par le secours catholique,
00:16:3092,
00:16:31tu fais le ratio
00:16:31sur 257 détenus.
00:16:33Ouais, ouais.
00:16:33Ça veut dire que 92 détenus
00:16:35n'avaient rien.
00:16:36Pas de famille,
00:16:37pas rien.
00:16:38Rien.
00:16:38Que le fruit de leur travail.
00:16:39Pour en venir à la personne
00:16:40qui avait tué ses deux enfants,
00:16:42qu'est-ce qui pousse une personne,
00:16:43de par ton expérience,
00:16:44ce qu'a t'ont raconté,
00:16:45qu'est-ce qui pousse une femme
00:16:46à tuer ses deux enfants ?
00:16:48Cet exemple-là,
00:16:49je peux en parler
00:16:49puisqu'elle m'en a parlé.
00:16:51Elle a eu deux vies maritales.
00:16:53Mariée,
00:16:53premier mariage,
00:16:54deux enfants.
00:16:55Elle divorce.
00:16:56Socialisée,
00:16:57une fille qui avait un boulot,
00:16:58un bon boulot,
00:16:59pas de problème.
00:17:00Et elle rencontre quelqu'un d'autre.
00:17:01Et elle a deux enfants.
00:17:02Et le couple,
00:17:03au bout de huit ans
00:17:04de vie commune,
00:17:06bat de l'aile
00:17:06parce que lui avait
00:17:07quelqu'un d'autre.
00:17:08D'accord.
00:17:09Donc,
00:17:09elle,
00:17:10elle a compris
00:17:11qu'il se passait quelque chose.
00:17:12Elle a compris
00:17:12qu'elle allait être abandonnée
00:17:14par ce monsieur
00:17:15qui avait rencontré
00:17:16quelqu'un d'autre
00:17:17et puis qui allait
00:17:18se séparer
00:17:18tout en gardant du lien
00:17:20pour les enfants.
00:17:21Il y a des enfants.
00:17:22Donc,
00:17:22le lien,
00:17:23il est pratiquement obligatoire.
00:17:25Il ne l'abandonnait pas complètement.
00:17:26Sauf que
00:17:27cette fille
00:17:28avait eu déjà
00:17:29dans son enfance
00:17:30des ruptures.
00:17:31Une maman
00:17:31présente
00:17:32mais pas de père
00:17:33ou presque pas présent.
00:17:35Des frères et sœurs
00:17:36un peu dispersés.
00:17:37Pas de famille
00:17:38solide.
00:17:41Syndrome abandonique
00:17:42un peu.
00:17:42Et quand elle a senti
00:17:45qu'elle allait se retrouver
00:17:46toute seule
00:17:46avec ses deux enfants,
00:17:48elle a perdu
00:17:49complètement pied.
00:17:50Elle a dit
00:17:50« Je ne peux pas accepter
00:17:51de me retrouver seule
00:17:52avec deux enfants. »
00:17:53Elle a donc
00:17:54fait du mal
00:17:55à ses deux enfants.
00:17:56Je ne vais pas dire
00:17:57comment elle l'a fait
00:17:58parce que
00:17:58je n'ai pas envie.
00:18:00Et elle s'est fait du mal
00:18:01à elle aussi.
00:18:02Quand le papa est arrivé,
00:18:03le papa des enfants,
00:18:04c'est le papa des enfants
00:18:05qui a trouvé
00:18:06ses enfants morts.
00:18:07Et il a trouvé
00:18:08aussi son ex-compagne
00:18:10carrément dans le coltard
00:18:11puisque le Samu est arrivé
00:18:12elle a quand même été
00:18:13quelques temps
00:18:14à l'hôpital.
00:18:15Elle voulait mourir.
00:18:16Elle voulait mourir
00:18:17avec ses enfants
00:18:17sauf qu'elle n'est pas morte.
00:18:19Ça, elle n'acceptait pas.
00:18:20Elle voulait partir
00:18:21avec ses enfants
00:18:22pour faire du mal
00:18:23à son ex-compagnon.
00:18:25Et c'est souvent
00:18:26un peu
00:18:26des histoires
00:18:28un peu comme ça.
00:18:29Ok.
00:18:29Lié à son passé, etc.
00:18:31Oui.
00:18:31Est-ce que selon toi,
00:18:32c'est plus dur
00:18:32d'être une femme en prison
00:18:33qu'un homme en prison ?
00:18:34Pour moi,
00:18:35c'est plus dur
00:18:35d'être une femme en prison
00:18:37qu'un homme.
00:18:38Pourquoi ?
00:18:38Parce que le ministère
00:18:40pense plus
00:18:41pour les hommes
00:18:42que pour les femmes.
00:18:43Pourquoi ?
00:18:43La réponse,
00:18:44elle est simple.
00:18:453,5 de femmes incarcérées.
00:18:47D'accord.
00:18:48Pour tous ces bons hommes
00:18:49qui sont incarcérés.
00:18:51Inévitablement,
00:18:52quand on sort quelque chose,
00:18:53quand on pense
00:18:54à une amélioration,
00:18:55on va tout de suite penser
00:18:56homme,
00:18:57clic, clic, clic.
00:18:58Et par contre,
00:18:59les femmes,
00:18:59on va les oublier.
00:19:00Mais elles sont là.
00:19:01Elles existent.
00:19:02Elles aussi,
00:19:02elles voudraient des formations.
00:19:03Elles aussi.
00:19:04Des métiers.
00:19:05Bien sûr.
00:19:06Profiter de la prison
00:19:07pour que la prison
00:19:07soit un levier
00:19:08pour éviter la récidive.
00:19:10Bien sûr.
00:19:10C'est ça l'objectif.
00:19:11Il y a eu
00:19:12au centre pénitentiaire de Rennes
00:19:14des passages différents
00:19:15de personnels de direction
00:19:16qui ont mis
00:19:17beaucoup d'impulsions
00:19:18pour justement
00:19:19que ces femmes
00:19:20ne soient pas oubliées.
00:19:21Qui ne fassent pas
00:19:22que de la couture
00:19:22toute la journée.
00:19:23Voilà.
00:19:23Parce que le ministère,
00:19:25il pense,
00:19:26prison,
00:19:26ils ne vont pas...
00:19:27On a des exemples
00:19:28assez rigolos,
00:19:29je dirais.
00:19:30Mais bon.
00:19:30Comme quoi, par exemple ?
00:19:31Comme le kit arrivant.
00:19:33Dans un kit arrivant,
00:19:34on oublie qu'il y a des femmes.
00:19:36On met des serviettes périodiques
00:19:37qui ne sont pas du tout adaptées.
00:19:39Par exemple.
00:19:39on met la mousse à raser
00:19:42avec le rasoir.
00:19:43C'est pas...
00:19:44C'est important.
00:19:46C'est pas adapté pour les femmes.
00:19:47C'est pour ça que,
00:19:48heureusement,
00:19:49il y a des chefs d'établissement
00:19:50avec son staff
00:19:51qui pensent
00:19:52et qui mettent en place
00:19:54des tas de trucs.
00:19:55Et aujourd'hui,
00:19:55ça bouge pas mal quand même.
00:19:56Heureusement.
00:19:57Heureusement.
00:19:57Est-ce que t'as déjà rencontré
00:19:59des femmes
00:19:59qui étaient foncièrement
00:20:00mauvaises en prison ?
00:20:02Oui.
00:20:03Ça existe alors ?
00:20:04Oui.
00:20:04Des femmes qui sont
00:20:05de grandes manipulatrices.
00:20:07Et avant de comprendre
00:20:09qu'elles sont foncièrement
00:20:10méchantes,
00:20:11tu te fais avoir.
00:20:12Même avec de l'expérience.
00:20:14T'as un exemple ?
00:20:14J'ai quelques exemples,
00:20:15oui.
00:20:16Alors,
00:20:16des femmes condamnées
00:20:18à des longues peines.
00:20:19Moi,
00:20:19je pense à une,
00:20:20entre autres,
00:20:20qui avait commis
00:20:21un acte extrêmement grave
00:20:22avec la complicité
00:20:23de son fils.
00:20:24Ça,
00:20:24déjà,
00:20:25quand tu commets
00:20:26un acte grave
00:20:27avec ton enfant
00:20:28comme complice,
00:20:30déjà,
00:20:31ding-dang-dong quand même.
00:20:32Mais très lisse,
00:20:34très agréable,
00:20:35avec beaucoup d'éducation,
00:20:37des échanges très corrects.
00:20:38Et puis,
00:20:38d'un seul coup,
00:20:40ça t'arrive en boomerang,
00:20:42tu comprends pas pourquoi.
00:20:43D'un seul coup,
00:20:44tu découvres le personnage
00:20:45et tu vois que le personnage
00:20:46n'est pas si sympa que ça,
00:20:47en fin de compte.
00:20:48D'accord.
00:20:49Un peu tordu,
00:20:50quoi.
00:20:50Pour arriver à ses fins.
00:20:52T'as senti que dans la discussion...
00:20:53Oui,
00:20:53pour arriver à ses fins,
00:20:55sur les autres détenus,
00:20:56on va balancer
00:20:57quelques conneries
00:20:57pour être la meilleure
00:20:58de la classe.
00:20:59Ok.
00:21:00C'est-à-dire,
00:21:00moi, vous savez,
00:21:01moi, je fais pas ça.
00:21:01Mais là,
00:21:02là, il y a de la drogue.
00:21:02Là, il y a de la drogue
00:21:03qui rentre,
00:21:04c'est sûr.
00:21:04On vient vous raconter ça.
00:21:06C'est une forme
00:21:06de manipulation, quoi.
00:21:07Bien sûr, ok.
00:21:08Moi, je suis bien.
00:21:09Moi, je suis que bien.
00:21:10Ben non,
00:21:11t'es pas bien, madame.
00:21:12Si t'es là,
00:21:13t'es pas que bien.
00:21:14Est-ce qu'on peut dire
00:21:14ce qu'avait commis
00:21:15cette personne ?
00:21:16Cette personne avait
00:21:17utilisé son fils
00:21:19et un copain de son fils
00:21:20pour faire tuer son mari.
00:21:22D'accord.
00:21:23Parce que son mari
00:21:23avait de l'argent
00:21:24et en plus
00:21:25de très belles assurances-vie,
00:21:27donc elle voulait récupérer
00:21:28l'argent du mari
00:21:29et les assurances-vie avec.
00:21:30Voilà, totale.
00:21:31Elle a été condamnée
00:21:32à une peine très importante,
00:21:35une grosse peine,
00:21:36et elle n'a pas terminé sa peine.
00:21:38Elle est décédée
00:21:38d'un cancer en prison.
00:21:39Est-ce qu'il y avait souvent
00:21:40des règlements de compte
00:21:40ou des bagarres en prison ?
00:21:42Alors, chez les femmes,
00:21:43c'est complètement différent
00:21:44que chez les hommes.
00:21:45Les hommes,
00:21:46ils vont se taper dessus
00:21:46et puis ça va y aller
00:21:47jusqu'au sang.
00:21:49Chez les femmes,
00:21:49on se tape dessus,
00:21:50mais c'est différent.
00:21:52C'est beaucoup plus sournois.
00:21:53Ok.
00:21:54Les femmes,
00:21:55elles vont raconter
00:21:56des histoires,
00:21:57les unes sur les autres,
00:21:58des vrais commères.
00:21:59Entre autres,
00:22:00quand il y a
00:22:01Fête entrer l'accusé,
00:22:02par exemple,
00:22:03pour citer cette émission-là,
00:22:04le lendemain,
00:22:05c'est règlement de compte
00:22:06au Quai Coral.
00:22:06C'est-à-dire que la détenue
00:22:08qui est passée à la télé
00:22:09a fait pire que les autres.
00:22:11Les autres,
00:22:12elles oublient
00:22:12pourquoi elles sont là,
00:22:13des fois.
00:22:14Là, il faut remettre
00:22:14les pendules à l'heure.
00:22:15On dit non,
00:22:15écoutez,
00:22:16vous arrêtez là,
00:22:17vous arrêtez de juger
00:22:18votre co-détenue,
00:22:19vous n'êtes pas là pour rien.
00:22:20C'est ça,
00:22:21chez les bonnes femmes,
00:22:22c'est un peu ça.
00:22:22Ok, ok,
00:22:23c'est qu'on décolle un petit peu.
00:22:24C'est un peu,
00:22:25voilà,
00:22:25la cour de récréation,
00:22:26des conneries.
00:22:27Et je te raconte des histoires
00:22:29sur ton dos,
00:22:30mais oui,
00:22:30toi,
00:22:31quand tu étais en maison d'arrêt,
00:22:32il s'est passé ci,
00:22:33il s'est passé ça.
00:22:34Des histoires,
00:22:35on n'en peut finir.
00:22:35Qu'on traîne
00:22:36pendant des lustres,
00:22:37on traîne,
00:22:38on traîne.
00:22:39Ok,
00:22:39donc ça fait des histoires.
00:22:40La prison des femmes,
00:22:41c'est des histoires.
00:22:42Alors,
00:22:42c'est une pelote de laine,
00:22:44vous tirez la pelote de laine
00:22:45et il y a des nœuds.
00:22:46Et le nœud,
00:22:47il faut essayer de comprendre
00:22:48pourquoi Madame Attel
00:22:49ne regarde pas Madame Attel,
00:22:51pourquoi Madame Attel
00:22:52dit du mal de Madame Attel.
00:22:54D'accord.
00:22:54Et toi,
00:22:54du coup,
00:22:55j'imagine que tu devais essayer
00:22:56de calmer un peu les tensions,
00:22:58de trouver des solutions.
00:22:58C'est ça,
00:22:59c'est régulé.
00:23:00Médiateur.
00:23:01Régulé,
00:23:01régulé constamment.
00:23:02Ok.
00:23:03C'est épuisant,
00:23:04mais on peut écrire un livre.
00:23:07Bien sûr.
00:23:08C'est ça qui est intéressant.
00:23:09Et on peut prendre plein de notes.
00:23:10Et sur l'être humain,
00:23:11on en découvre.
00:23:12Qu'est-ce que tu as découvert
00:23:13de l'être humain, toi ?
00:23:14Qu'il n'est pas toujours simple
00:23:15et qu'il est parfois
00:23:17très, très compliqué
00:23:18et il peut décevoir.
00:23:19Il n'y a plus grand-chose
00:23:20qui m'étonne
00:23:20sur l'être humain.
00:23:21Est-ce que dans les prisons,
00:23:22vous êtes armée
00:23:23quand vous vous promenez
00:23:24pour votre sécurité ?
00:23:25Heureusement.
00:23:26Non, on n'est pas armée.
00:23:27Pourquoi heureusement
00:23:28et qu'est-ce que vous avez ?
00:23:29Une arme,
00:23:30ça peut se retourner contre nous.
00:23:32C'est vrai, c'est vrai.
00:23:33Un manque de vigilance,
00:23:34un manque de...
00:23:35On te l'arrache.
00:23:35On te l'arrache.
00:23:36Et puis tiens,
00:23:37ça arrive bien
00:23:38chez les policiers.
00:23:38Donc non, non,
00:23:39on n'est pas armé.
00:23:40Le personnel pénitentiaire
00:23:42est armé dans les Miradors
00:23:43et au moment
00:23:44des extractions judiciaires.
00:23:46D'accord.
00:23:46Et toi,
00:23:47qu'est-ce que tu as
00:23:47pour te protéger alors
00:23:48ou pour faire appel
00:23:49à quelqu'un
00:23:49si tu es en danger ?
00:23:50Alors moi,
00:23:51j'ai terminé
00:23:51avec une alarme portative
00:23:53qui est très plate
00:23:55et qu'on a sur le côté.
00:23:56Donc tu tapes sur l'alarme
00:23:57et ça déclenche direct au...
00:23:58Et ça déclenche au PCI
00:24:00et au PCI,
00:24:01au poste de contrôle.
00:24:02Et là,
00:24:03le personnel
00:24:04vient à notre rescousse
00:24:05tout de suite.
00:24:06C'est un travail d'équipe,
00:24:07un travail de surveillant.
00:24:08Bien sûr.
00:24:08Un surveillant, d'abord,
00:24:09ne doit pas travailler tout seul
00:24:10parce qu'il se met en danger.
00:24:11Est-ce qu'il y avait
00:24:12une grosse cohésion d'équipe,
00:24:14justement,
00:24:14entre collègues,
00:24:15un lien fort ?
00:24:16Moi,
00:24:16j'ai travaillé
00:24:17dans très bonnes conditions
00:24:18et je rends hommage
00:24:19à mes collègues
00:24:20parce que j'avais des collègues
00:24:21vraiment très sympas.
00:24:22Mais je crois
00:24:23qu'il y a beaucoup de travail
00:24:24à faire là-dessus.
00:24:24Sur la cohésion d'équipe
00:24:26et le respect des grades,
00:24:28on est là pour faire équipe.
00:24:29On est là pour respecter
00:24:31les règles.
00:24:31Chacun sa place.
00:24:32Il y avait de la cohésion
00:24:33mais ça peut être amélioré.
00:24:34Oui, tout à fait.
00:24:35Il y a beaucoup de travail
00:24:36à faire.
00:24:36Est-ce que les détenus
00:24:37ont le droit d'avoir
00:24:38des objets sur eux,
00:24:39des objets personnels ?
00:24:40Qu'est-ce qu'ils ont le droit
00:24:41d'avoir sur eux ?
00:24:42C'est-à-dire ?
00:24:42Je ne sais pas,
00:24:43leur papier d'identité...
00:24:44Ils ont une carte
00:24:45d'identité interne.
00:24:46La pénitentiaire
00:24:47leur fournit
00:24:48une carte de circulation.
00:24:49C'est-à-dire qu'à tout moment,
00:24:51on peut contrôler
00:24:52l'identité d'un détenu.
00:24:53Sur lui, toujours.
00:24:54Sur lui,
00:24:54il doit toujours l'avoir.
00:24:56Est-ce que les détenus
00:24:56ont un téléphone portable ?
00:24:58Normalement, non.
00:24:59Il paraît qu'il y en a
00:25:00partout maintenant.
00:25:00D'accord.
00:25:01Maintenant,
00:25:01officiellement, non.
00:25:02Officiellement, non.
00:25:04Officiellement, non.
00:25:04Mais apparemment...
00:25:05Parce que des fois,
00:25:06je vois moi sur TikTok,
00:25:07des fois quand je me balade,
00:25:07il y a des lives TikTok
00:25:08et il y a des gens
00:25:09qui filment depuis
00:25:10les cellules de prison,
00:25:12la cour par exemple.
00:25:13Oui, bien sûr.
00:25:14Je ne vais pas te dire
00:25:15que les téléphones portables
00:25:19il y a des téléphones portables.
00:25:20Bien sûr,
00:25:21il y a de la cam en prison.
00:25:22Bien sûr, voyons, voyons.
00:25:23On se réveille là
00:25:24parce qu'il y a eu un drame
00:25:25et on se pose plein de questions.
00:25:27Mais les questions,
00:25:29il fallait se les poser
00:25:29bien avant.
00:25:30Et est-ce que des fois,
00:25:31est-ce que quelquefois,
00:25:32ce n'est pas mieux
00:25:32qu'il y ait un peu de cam
00:25:33qui circule
00:25:34pour calmer un peu les tensions ?
00:25:35Normalement, non.
00:25:36Est-ce que quand vous voyez
00:25:37de la cam,
00:25:37vous confisquez systématiquement ?
00:25:38Systématiquement.
00:25:40Systématiquement.
00:25:40Vous ne vous laissez pas
00:25:40un petit peu parce qu'il est gentil ?
00:25:42Non, systématiquement.
00:25:43Et on doit faire
00:25:44un rapport circonstancié
00:25:46et qui va souvent
00:25:47chez le procureur.
00:25:48D'accord, donc ça monte.
00:25:49La cam, elle arrive,
00:25:49elle arrive de quelque part.
00:25:50Bien sûr.
00:25:51Des fois par-dessus les murs,
00:25:52ça, ils jettent des fois par-dessus.
00:25:54Oui, bien sûr.
00:25:54C'est quoi les trucs
00:25:55les plus fous
00:25:55que tu as vus
00:25:56dans les cellules de prison ?
00:25:57Des objets un petit peu inédits
00:25:59ou des trucs ?
00:26:00Je n'ai pas été choquée.
00:26:01Ok.
00:26:02Je n'ai pas été choquée.
00:26:04Les objets du quotidien ?
00:26:04Oui, les objets du quotidien
00:26:06ne m'ont pas dérangée.
00:26:07Non, franchement.
00:26:08Une directrice
00:26:09a mis en place
00:26:09des gaux de michel
00:26:13et elle a accepté
00:26:14que des gaux de michel
00:26:15rentrent.
00:26:15Moi, si, si, les femmes...
00:26:17Ok, donc c'est parti
00:26:17de l'intimité de la personne.
00:26:19Ok, ok.
00:26:19Sans commentaire.
00:26:21C'est sympa.
00:26:22Est-ce que pour les détenus
00:26:22qui se comporteraient mal,
00:26:24il existe une sorte d'isolement ?
00:26:26Il n'y a pas
00:26:26de quartier d'isolement.
00:26:28Enfin, jusqu'en 2017,
00:26:29il n'y avait pas
00:26:29de quartier d'isolement
00:26:31au centre pénitentiaire
00:26:32des femmes de Rennes.
00:26:33Mais il y avait des mesures
00:26:34qui étaient prises
00:26:35et qui sont certainement
00:26:36toujours prises
00:26:37pour des détenus
00:26:37qui étaient un peu déviantes,
00:26:40plus, plus,
00:26:40ce qu'on appelle
00:26:41le confinement,
00:26:42les cellules de confinement.
00:26:43C'est-à-dire qu'elles ne sont plus
00:26:45dans la règle
00:26:46des autres détenues.
00:26:47Elles ont un régime particulier.
00:26:49Ouverture,
00:26:49fermeture de porte,
00:26:50accompagnement par du personnel
00:26:51de surveillance
00:26:52dans tous leurs déplacements.
00:26:53Et du coup,
00:26:54ils faisaient leur promenade
00:26:55à part, c'est ça ?
00:26:55À part, oui, à part.
00:26:56Ok.
00:26:57Qu'est-ce qu'elles font,
00:26:57les femmes en promenade
00:26:58à l'extérieur ?
00:26:59Qu'est-ce qu'elles font ?
00:27:00Du sport,
00:27:00comme on voit dans les films ?
00:27:01Alors, elles marchent beaucoup.
00:27:02Elles marchent, ok.
00:27:02Elles tournent, elles tournent,
00:27:03elles tournent,
00:27:03toujours dans le même sens.
00:27:04Ok, elles font des parts.
00:27:05Ouais, elles tournent.
00:27:07Elles se regroupent.
00:27:08Je l'explique dans mon livre,
00:27:09d'ailleurs.
00:27:10C'est assez impressionnant
00:27:11de regarder une cour de promenade.
00:27:13Il se passe beaucoup de choses
00:27:13sur une cour de promenade.
00:27:15Alors, elles se regroupent
00:27:16en communauté.
00:27:16Les toxicos,
00:27:17entre elles,
00:27:18à faire leur trafic
00:27:19divers et varié.
00:27:20Parce que,
00:27:21si elles ne trouvent pas de drogue,
00:27:22il y a les médocs.
00:27:23Ok.
00:27:24Alors, les médicaments,
00:27:25je te passe un médicament,
00:27:27je te le mélange avec un autre,
00:27:28je te fais un bon cocktail.
00:27:29Ah, mais c'est des chimistes, là.
00:27:30Ah, on a des chimistes,
00:27:32mais alors là, c'est pas la peine
00:27:33de faire des études de médecine.
00:27:34Ah ouais ?
00:27:35On a des personnes détenues,
00:27:36il faut voir un peu
00:27:37les cocktails qu'elles font.
00:27:39Elles rentrent en promenade.
00:27:40Elles sont raides,
00:27:41elles sont bien.
00:27:41Elles ont les yeux bien ouverts, tout.
00:27:43La promenade se termine.
00:27:45Ouais.
00:27:46Il faut une civière.
00:27:47Waouh !
00:27:48Elles sont complètement explosées.
00:27:50Elles sont shootées.
00:27:51Complètement.
00:27:51On a fait des mélanges
00:27:52de médicaments.
00:27:54Là, tu ne les reconnais plus.
00:27:55Ok.
00:27:56Autant le matin,
00:27:56tu discutais avec elles
00:27:58et puis tu arrivais
00:27:58à avoir une conversation
00:27:59presque intéressante.
00:28:01On arrivait à les mettre
00:28:01au boulot.
00:28:02On avait quand même
00:28:03des perspectives.
00:28:04Ah, mais une fois
00:28:05que les médocs sont pris,
00:28:06alors là,
00:28:07shootées à main,
00:28:08voire très agressives.
00:28:10Obligées d'utiliser la force
00:28:11quelques fois pour certaines.
00:28:13Ah oui.
00:28:13Combien de temps
00:28:13durait la promenade ?
00:28:15La promenade peut durer
00:28:15l'été deux heures,
00:28:16deux heures et demie.
00:28:17Le matin, c'est un peu compliqué
00:28:19parce que les personnes détenues
00:28:20travaillent et sont très occupées.
00:28:22L'après-midi,
00:28:22c'est les activités.
00:28:23Donc, dans les activités,
00:28:25on met la promenade.
00:28:27Donc, une détenue
00:28:27qui veut rester deux heures
00:28:28à la promenade
00:28:29peut rester deux heures
00:28:29à la promenade.
00:28:30Vous aviez une salle de sport
00:28:31de musculation ?
00:28:32On a un grand gymnase
00:28:33au centre pénitentiaire
00:28:34des femmes de Rennes
00:28:35qui a été construit
00:28:36par les compagnons du devoir
00:28:38avec des détenus.
00:28:39C'est une très belle histoire.
00:28:41Ok, super.
00:28:42Sauf qu'ils ont oublié
00:28:43de mettre le chauffage.
00:28:44Ça, c'est embêtant.
00:28:45L'hiver, je peux te dire
00:28:46qu'ils se les pèlent.
00:28:46J'imagine.
00:28:48Alléluia.
00:28:49Il faut être solide.
00:28:50J'imagine.
00:28:50Mais par contre,
00:28:52la démarche était vraiment
00:28:53très intéressante.
00:28:54Les compagnons du devoir
00:28:55avec une dizaine de détenus
00:28:57et les détenus
00:28:58ont validé leur acquis.
00:29:00Il y en a qui faisaient
00:29:01de la menuiserie,
00:29:02de la plomberie,
00:29:03de l'électricité.
00:29:05Franchement,
00:29:05c'était une très belle expérience.
00:29:07Année 90.
00:29:07Valider les acquis,
00:29:08c'est important
00:29:09pour la réinsertion après ?
00:29:10Bien sûr,
00:29:10pour trouver du boulot.
00:29:11Et puis même pour continuer.
00:29:13Une fille qui avait travaillé le bois,
00:29:16parce que les compagnons du devoir,
00:29:17chapeau bas quand même.
00:29:18C'est des messieurs.
00:29:19Une fille qui a travaillé le bois,
00:29:20qui a envie d'en faire quelque chose.
00:29:22Une fois qu'elle est sortie de prison.
00:29:24Une fois qu'elle est sortie de prison,
00:29:25si elle a envie d'aller en apprentissage,
00:29:27pourquoi pas chez un menuisier ?
00:29:29Moi, j'ai connu,
00:29:30on avait 10, 12 détenus à peu près
00:29:32qui travaillaient là-dedans
00:29:33à faire ce gymnase.
00:29:35Et j'en ai connu au moins deux,
00:29:37au moins deux qui sont partis
00:29:38vers des métiers du bâtiment.
00:29:39D'accord.
00:29:40C'est pas mal.
00:29:41Super.
00:29:41Quel type d'activité elle peut faire
00:29:43au sein de la prison ?
00:29:44Alors moi,
00:29:44on a parlé de la couture,
00:29:45de la menuiserie.
00:29:46Il y avait de la couture
00:29:47parce qu'on est une grande régie.
00:29:49Les femmes faisaient beaucoup de couture,
00:29:51les uniformes des personnels.
00:29:53Ok.
00:29:53Avec Saint-Martin-de-Ré
00:29:54chez les hommes
00:29:55et puis un autre établissement.
00:29:56Il y avait la cuisine aussi,
00:29:57tu me disais.
00:29:58Oui, la cuisine,
00:29:58oui, bien sûr.
00:29:59C'est les femmes qui préparent le repas
00:30:01avec une équipe pluridisciplinaire
00:30:03de personnel technique.
00:30:04On ne laisse pas les détenus comme ça
00:30:06faire à manger
00:30:07à 200 détenus.
00:30:09Il y a quand même du personnel qualifié
00:30:11et chapeau bas d'ailleurs
00:30:12parce que vous savez,
00:30:13dans une prison,
00:30:14la température,
00:30:15c'est beaucoup la bouffe.
00:30:16Oui, l'ambiance.
00:30:18Alors quand la bouffe n'est pas bonne,
00:30:20c'est compliqué.
00:30:22Est-ce que la bouffe était bonne ?
00:30:23Franchement,
00:30:25chapeau bas ce personnel
00:30:26parce qu'en plus,
00:30:27ils innovaient beaucoup de choses.
00:30:29Ils innovaient
00:30:29et il y avait des moments
00:30:30où les détenus
00:30:31s'impliquaient beaucoup
00:30:33dans la façon
00:30:35de présenter
00:30:36les plateaux repas.
00:30:37C'est important.
00:30:38C'est important.
00:30:38C'est important.
00:30:39Est-ce que les détenus
00:30:40peuvent choisir
00:30:41ce qu'il y a mangé
00:30:43ou c'était imposé,
00:30:44c'était un plat standard ?
00:30:45Non, c'est un plat standard
00:30:46comme à la cantine.
00:30:47Ok, comme à la cantine.
00:30:48Exactement comme à la cantine,
00:30:49comme dans une cantine scolaire.
00:30:50Pas mieux, pas pire.
00:30:52Par contre,
00:30:53les régimes,
00:30:53on les respecte.
00:30:54Ou halal,
00:30:55je ne sais pas, peut-être.
00:30:56Oui, les religions
00:30:58sont respectées également.
00:30:59Les sans-por,
00:31:00ça c'est du sans-por
00:31:01et puis c'est tout.
00:31:02On ne discute pas,
00:31:03c'est l'application de la loi.
00:31:04Quel type de profil
00:31:05il y avait comme femme
00:31:07dans cette prison ?
00:31:07Moi, j'ai eu tous les profils.
00:31:09Parce qu'en prison,
00:31:10le riche qui rentre riche,
00:31:13il reste riche.
00:31:13Le pauvre,
00:31:14il s'appauvrit.
00:31:15Et la prison, en fait,
00:31:17c'est un lieu de rencontre
00:31:18où des riches et des pauvres
00:31:19se sont rencontrés.
00:31:20Ils ont fait même union.
00:31:22Et s'ils n'étaient pas venus en prison,
00:31:23les uns comme les autres,
00:31:24ils ne se seraient jamais rencontrés dehors.
00:31:26Ça, c'est sûr.
00:31:27Donc, la prison,
00:31:27j'ai rencontré de tout.
00:31:29Des jeunes,
00:31:29des moins jeunes,
00:31:30des vieux,
00:31:31des...
00:31:31Ça allait de quel âge
00:31:32à quel âge ?
00:31:3215 ans et demi.
00:31:33Ah, il y avait des femmes
00:31:34de 15 ans et demi ?
00:31:35Bien sûr.
00:31:35Moi, j'en ai gardé
00:31:37à 15 ans et demi.
00:31:38Mineurs, je pensais que...
00:31:39Mineurs.
00:31:39Un quartier mineur,
00:31:40il y avait cinq places
00:31:41jusqu'en 2017.
00:31:42Qu'est-ce qu'elles ont fait
00:31:43pour être en prison
00:31:44à 15 ans et demi ?
00:31:44À un moment donné,
00:31:45quand un juge est pour enfant,
00:31:46il ne peut plus,
00:31:47il ne peut plus,
00:31:47il ne peut plus.
00:31:48Quand tu voles avec violence,
00:31:50quand tu tapes sur des vieux,
00:31:51quand tu utilises un couteau
00:31:53et que tu es ta mère,
00:31:54ton père ou ton frère,
00:31:55à un moment donné,
00:31:56le juge,
00:31:56il n'a plus de ressources.
00:31:58Il a utilisé
00:31:58toutes ses cartouches.
00:31:59Il n'apprécie pas
00:32:00de mettre...
00:32:01Moi, j'en ai eu
00:32:02au téléphone
00:32:02des juges pour enfants.
00:32:04Il n'apprécie pas,
00:32:05mais c'est leur dernière cartouche.
00:32:06Quand ces filles
00:32:07de 15 ans et demi
00:32:08arrivent en prison
00:32:08après avoir commis
00:32:09autant de délits,
00:32:10comment elles sont ?
00:32:11Elles ont une grande gueule ?
00:32:13Elles vous répondent
00:32:14ou au contraire,
00:32:15ça les calme de suite ?
00:32:16Elles sont ingérables.
00:32:18Elles n'ont peur de rien.
00:32:19Elles n'ont peur de rien.
00:32:20Quand j'entends aujourd'hui
00:32:21à la télé
00:32:21qu'on s'étonne
00:32:23que des jeunes de 15 ans
00:32:24volent des voitures,
00:32:26refusent d'obtempérer
00:32:27auprès de la police
00:32:28ou de la gendarmerie,
00:32:29écrase des gens
00:32:30et les laisse pour mort.
00:32:31Tout le monde semble se dire
00:32:33mais ce n'est pas possible,
00:32:34mais ce n'est pas possible
00:32:34à 15 ans.
00:32:35Ben si, c'est possible.
00:32:36Moi, dans les années 90,
00:32:38je les avais déjà,
00:32:38ces jeunes-là.
00:32:39Des jeunes filles
00:32:40qui volaient des bagnoles,
00:32:41qui tapaient,
00:32:42qui couraient après les vieux.
00:32:44Les personnes âgées
00:32:45allaient au distributeur automatique
00:32:46pour aller chercher
00:32:47leur malheureuse retraite.
00:32:48Les jeunes attendaient
00:32:49bingo
00:32:50et puis je te prends ton sac
00:32:51et je te laisse là.
00:32:52Mais ingérable.
00:32:54Ingérable.
00:32:54Jamais eu autant de mal
00:32:56à gérer
00:32:57des conflits.
00:32:59Et d'ailleurs,
00:33:00j'en ai une.
00:33:00Je l'ai connue,
00:33:01elle avait 15 ans et demi.
00:33:02Un bébé.
00:33:02Mais un bébé
00:33:03qui faisait des tas de conneries.
00:33:04Mais des tas de conneries.
00:33:06Aujourd'hui,
00:33:06elle a un peu plus de 30 ans.
00:33:07Elle est passée aux assises
00:33:08en 2017.
00:33:09Je suis allée à ces assises.
00:33:11Je l'ai regardée.
00:33:12Elle a 30 ans.
00:33:13Je lui ai dit
00:33:13mais quand est-ce que
00:33:14tu vas te mettre
00:33:15dans le chemin ?
00:33:16Ben oui, je sais.
00:33:17Je sais.
00:33:18Vous m'avez déjà dit ça,
00:33:19maire Morel.
00:33:19Mais en prison,
00:33:20je suis bien en prison.
00:33:21Ben oui,
00:33:22mais il a fallu du temps.
00:33:23Je rentre,
00:33:23je sors,
00:33:24je rentre,
00:33:24je sors.
00:33:25Et puis je me réinsère,
00:33:26ma Morel.
00:33:26Elle est travaillée,
00:33:27il n'y a pas de problème.
00:33:28Elle est rentrée.
00:33:29Oui, oui.
00:33:29Puis j'ai trouvé un copain.
00:33:31Ah ben oui,
00:33:31heureusement,
00:33:32j'ai trouvé un copain.
00:33:32Tu parles du copain.
00:33:34Et je reviens en prison.
00:33:35Mais ce n'est pas de ma faute,
00:33:35c'est la faute du copain.
00:33:37Parce qu'il m'a mis dans le shit.
00:33:38Et tout est comme ça.
00:33:39Ok.
00:33:39Elle devrait sortir.
00:33:40Elle ne devrait pas tarder à sortir.
00:33:42J'espère qu'elle va enfin
00:33:43se calmer.
00:33:44Mais c'était impressionnant.
00:33:46Qu'est-ce que tu faisais
00:33:47pour réussir à les calmer
00:33:48les temps pérés au bout d'un mois ?
00:33:49C'est quoi ?
00:33:50C'est le temps ?
00:33:50Il faut travailler
00:33:51en équipe pluridisciplinaire.
00:33:53On ne peut pas tout seul.
00:33:54Il faut parler,
00:33:54il faut parler,
00:33:55il faut parler.
00:33:55Moi, j'avais beaucoup de chance.
00:33:56J'ai eu des cheveux gris
00:33:57à 35 ans.
00:33:58Donc, c'est pas mal.
00:33:59Je n'aime pas crier.
00:34:01T'étais cool,
00:34:02t'étais cool.
00:34:02Je dis,
00:34:03allez, vas-y.
00:34:03T'as envie de...
00:34:04T'en as après tout le monde,
00:34:05là, moi avec.
00:34:07Allez, vas-y.
00:34:07Vite ton sac.
00:34:08Et puis,
00:34:08à un moment donné,
00:34:09je ne sais pas ce qu'il faisait,
00:34:10elle se calmait.
00:34:11Et puis,
00:34:12elle se mettait à pleurer.
00:34:13Et quand elle pleurait,
00:34:14j'arrivais à tirer un peu les ficelles
00:34:16en lui disant,
00:34:16mais est-ce que c'est un comportement ?
00:34:18Regardez le comportement
00:34:19que vous avez.
00:34:20Regardez.
00:34:21Vous avez entendu
00:34:22tout ce que vous m'avez dit, là ?
00:34:23Ouais, c'est vrai,
00:34:24c'est pas bien, maman.
00:34:25C'est pas bien.
00:34:26Non, mais ça ne va pas.
00:34:27Ça ne va pas.
00:34:27J'en ai marre.
00:34:28Puis, je n'ai pas de tabac.
00:34:29Je n'ai pas de tabac.
00:34:29Ça commence.
00:34:30T'avais le rôle d'un parent,
00:34:31un petit peu ?
00:34:32Je pense que pour elle, oui.
00:34:33Je me souviens,
00:34:34je vais vous parler d'une anecdote,
00:34:36c'était en 2017.
00:34:37La dernière fois que je l'ai vue,
00:34:39elle sortait de garde à vue,
00:34:40trois jours de garde à vue
00:34:41pour avoir planté une fille,
00:34:43bien plantée.
00:34:44Donc là,
00:34:44elle partait pour les assises.
00:34:46Je lui dis,
00:34:47là, c'est les assises,
00:34:48ma petite fille.
00:34:49Au temps avant,
00:34:50c'était le tribunal correctionnel.
00:34:52Là, vous êtes au bout du bout.
00:34:55Elle dit, oui,
00:34:55ça n'est pas alcoolisé,
00:34:57pendant,
00:34:58drogué.
00:34:59Héroïne.
00:35:00On n'est plus au cannabis.
00:35:01Et on est avec un port d'armes sur elle,
00:35:05un couteau,
00:35:05un cran d'arrêt.
00:35:06Une engueulade avec sa copine.
00:35:08Elles n'étaient pas d'accord.
00:35:09Une copine,
00:35:10copine du moment certainement,
00:35:11clac, clac, clac,
00:35:12elle s'engueule,
00:35:13coup de couteau dans l'œil.
00:35:14La fille perd un œil.
00:35:15Donc là, c'est les assises.
00:35:16On ne discute même pas.
00:35:17Et je lui dis,
00:35:18là, vous êtes bien.
00:35:20Là, vous partez pour quelques années quand même.
00:35:22Et je crois que c'est la seule fois
00:35:23où je l'ai vue déstabilisée complètement.
00:35:27Déstabilisée complètement.
00:35:28Je lui dis,
00:35:29moi, je pars à la retraite.
00:35:30Donc, on ne va pas être
00:35:31longtemps ensemble.
00:35:33Néanmoins, je vous connais
00:35:34depuis toute petite.
00:35:3615 ans et demi,
00:35:37c'est inoubliable.
00:35:38Il dit, je vais vous aider.
00:35:40C'est-à-dire que je vais vous trouver des vêtements
00:35:41parce que quand tu arrives de garde à vue...
00:35:43Et puis, ce n'est pas sur sa mère
00:35:44qu'il fallait qu'elle compte.
00:35:45Elle a été élevée par l'aide sociale à l'enfance.
00:35:47Sa maman est présente,
00:35:49mais sa maman n'est pas capable,
00:35:50n'a pas été capable de l'élever,
00:35:52de lui montrer le chemin.
00:35:53Et le papa est inexistant.
00:35:54Il y a des frères et sœurs.
00:35:55Elle est l'aînée d'une fratrie.
00:35:56Très, très compliqué, son histoire.
00:35:58Il y a des mains qui se sont tendues,
00:36:00aussi bien à la ZEU qu'à la prison.
00:36:02Lors d'une de ses énièmes incarcérations,
00:36:04elle est sortie,
00:36:05elle avait un logement,
00:36:06elle avait un travail
00:36:07que son travailleur social pénitentiaire
00:36:09lui avait trouvé.
00:36:10Elle a préféré les copains, la CAM.
00:36:12Après, on n'a pas de jugement à faire,
00:36:14mais je pense qu'il y a quand même
00:36:15une grande souffrance derrière tout ça.
00:36:17Elle ne m'a pas vue très longtemps
00:36:18lorsqu'elle est arrivée pour la dernière fois.
00:36:20Néanmoins, je lui ai dit,
00:36:21je vais vous aider.
00:36:22Pas d'aide à l'extérieur,
00:36:23ce n'est pas le copain qui va venir la voir.
00:36:24Je lui ai trouvé des vêtements,
00:36:25au même titre que les autres.
00:36:27Mais bon, elle était attachante.
00:36:29Elle faisait partie de mon histoire.
00:36:30C'est une gamine avec qui
00:36:32j'ai fait un sacré bout de chemin quand même.
00:36:34Bien sûr.
00:36:35Je lui disais souvent,
00:36:36toi, tu es une attachante.
00:36:38Je lui dis, parce que tu me fais chier.
00:36:39On n'a pas le droit de dire ça.
00:36:41Mais je lui dis, à un moment donné,
00:36:42tu vas...
00:36:43Non, il n'y a pas moyen.
00:36:44Non, non, non, ça a été l'échec.
00:36:46Il n'y a rien à faire avec...
00:36:47J'espère pour elle qu'elle s'en sortira,
00:36:49mais elle est très abîmée
00:36:50par l'alcool,
00:36:51par les produits stupéfiants.
00:36:53Donc à mon avis,
00:36:54ça va être difficile pour elle,
00:36:56mais j'espère pour elle.
00:36:57Est-ce qu'en prison,
00:36:58ce sont des hommes ou des femmes,
00:37:00des femmes en l'occurrence,
00:37:01comme vous et moi,
00:37:02qu'on croise dans la vie de tous les jours ?
00:37:03Est-ce que c'est monsieur et madame tout le monde
00:37:04qu'on a en prison ?
00:37:05Bien sûr.
00:37:06Ou alors, est-ce qu'ils ont tous
00:37:07des cicatrices à l'œil ?
00:37:09C'est monsieur et madame tout le monde.
00:37:10D'ailleurs, quand je suis rentrée à 21 ans
00:37:12pour la première fois en prison,
00:37:14que j'ai vu, franchement,
00:37:16je suis rentrée en 1980.
00:37:18La première fois que j'ai vu des détenus devant moi,
00:37:20j'étais avec ma tutrice,
00:37:21parce qu'à l'époque,
00:37:22on avait une tutrice,
00:37:23et elle me dit,
00:37:23on va rentrer dans un atelier.
00:37:25Tu me suis ?
00:37:26Moi, je ne faisais rien.
00:37:27J'étais en période d'observation.
00:37:29Donc, je suis ma tutrice,
00:37:30je regarde.
00:37:31J'avais une trentaine de détenus devant moi.
00:37:34J'étais anéantie.
00:37:36Anéantie.
00:37:36Je les trouvais belles.
00:37:37Mais je vous assure,
00:37:39je les trouvais belles.
00:37:40Alors, je me dis,
00:37:40mais qu'est-ce que c'est ?
00:37:42Qu'est-ce que je suis ?
00:37:43Pourquoi j'ai pensé
00:37:44qu'elles étaient tordues,
00:37:45qu'elles avaient des têtes de monstres ?
00:37:48Pourquoi j'ai pensé ça ?
00:37:49Je m'en suis voulue après.
00:37:50Et puis, en discutant,
00:37:52tranquillement avec elles,
00:37:54condamnées à 20 ans,
00:37:55condamnées à 15 ans,
00:37:56condamnées à 10 ans.
00:37:58Alors, chez les femmes,
00:37:58c'est beaucoup des histoires
00:37:59intrafamiliales.
00:38:01Infanticides, par exemple, souvent ?
00:38:02Infanticides, conjoints ou la conjointe.
00:38:05D'accord.
00:38:06Beaucoup d'affaires de stupéfiants.
00:38:08Donc, oui, c'est des gens
00:38:08qu'on peut trouver dans la rue,
00:38:10en fait, on pourrait les croiser.
00:38:12Ça peut être ma voisine,
00:38:13ça peut être une collègue de travail.
00:38:16Tout le monde...
00:38:16Oui, elles n'ont pas
00:38:17une étiquette particulière.
00:38:20Est-ce que quand les détenus
00:38:20sont condamnés à vie,
00:38:22ils peuvent quand même sortir
00:38:23au bout d'un moment ?
00:38:24Ou alors, non, à vie,
00:38:25ça veut dire à vie ?
00:38:26Je ne connais pas
00:38:26de détenus condamnés à vie,
00:38:28ça n'existe pas.
00:38:29Il y a toujours un moment
00:38:29au bout de 15 ans, 20 ans...
00:38:31J'ai côtoyé des détenus
00:38:32condamnés à des peines
00:38:33de réclusion criminelle
00:38:34à perpétuité.
00:38:35Elles sont toutes sorties.
00:38:37Au bout d'un moment,
00:38:38on leur donne une seconde chance.
00:38:40Il y a une justice qui repasse.
00:38:42Il y a un magistrat
00:38:43qui siège
00:38:44avec une équipe pluridisciplinaire.
00:38:46Si la détenue présente
00:38:48un dossier qui tient la route
00:38:50et si elle a fait
00:38:51une détention...
00:38:53Exemplaire.
00:38:54Oui, je ne dirais pas
00:38:55exemplaire parce qu'il y a
00:38:57toujours des petites choses
00:38:58qui ne vont pas.
00:38:59Et puis, il y a un suivi médical,
00:39:02socio-judiciaire.
00:39:03On ne sort plus comme ça.
00:39:05On doit rendre des comptes
00:39:06quand même.
00:39:06Et heureusement.
00:39:07Je connais une détenue
00:39:08condamnée à la réclusion criminelle
00:39:09à perpétuité qui est sortie
00:39:10en 2010, de mémoire.
00:39:12Elle a repris contact avec moi
00:39:14lorsque mon livre est sorti
00:39:15par l'intermédiaire
00:39:16des éditions Talendier.
00:39:18Elle m'a écrit une longue lettre.
00:39:20J'estime que quand on m'écrit,
00:39:22j'ai pour politesse de répondre.
00:39:24Donc, j'ai pris contact avec elle
00:39:25et ça fait dix ans
00:39:26qu'elle est sortie
00:39:27et dix ans qu'elle continue
00:39:28à rendre des comptes
00:39:29au juge d'application des peines.
00:39:31D'accord.
00:39:31Dix ans.
00:39:32Donc, à rendre des comptes,
00:39:32ça veut dire que tu vas te dire...
00:39:33Elle est convoquée.
00:39:34Elle est convoquée.
00:39:35Faire un point.
00:39:36Oui, avec des justificatifs.
00:39:38La loi a évolué quand même là-dessus.
00:39:40Ok.
00:39:40Ça reste sévère,
00:39:42mais bon, tant mieux quelque part aussi.
00:39:43Et tant mieux,
00:39:44tant mieux pour la société.
00:39:45Tant mieux.
00:39:46Mettre des gens comme ça dehors
00:39:47après 25 ans d'incarcération
00:39:49prend des risques quand même.
00:39:51Il y a des faits divers
00:39:52qui sont un peu troublants,
00:39:53qui nous résonnent dans...
00:39:54Ça me résonne là,
00:39:55des mecs qu'on a mis dehors
00:39:57et puis qui se sont vite dépêchés
00:39:58de recommencer pour...
00:40:00Peut-être que pour eux,
00:40:00la prison était sécuritaire aussi.
00:40:02Peut-être.
00:40:03Est-ce qu'il y a des femmes
00:40:03qui se sentent mieux en prison aussi,
00:40:05qui se sentent bien en prison ?
00:40:07Eh bien, moi, j'ai souvent entendu...
00:40:08Enfin, souvent entendu des femmes me dire
00:40:11« La prison a mis un frein à mes conneries. »
00:40:14Premier point.
00:40:15Une autre qui m'a dit
00:40:16« La prison m'a sauvée. »
00:40:17Ok.
00:40:18Bah bon ?
00:40:19Alors, pourquoi elle vous a sauvée ?
00:40:20Parce que mon mari m'aurait tuée.
00:40:23Alors, je l'ai tuée, c'est sûr.
00:40:24Mais il m'aurait tuée.
00:40:25Donc, la prison m'a sauvée.
00:40:27Et la troisième chose qui m'a touchée,
00:40:30la prison m'a permis de me reconstruire.
00:40:32Ok.
00:40:33De trouver un métier,
00:40:34d'avoir des horaires fixes,
00:40:36un cadre.
00:40:36D'être libre.
00:40:38Non mais, non mais,
00:40:39il faut l'entendre ça.
00:40:40Ah ouais.
00:40:40Et je raconte pas de conneries.
00:40:42Je revois la détenue qui m'a dit...
00:40:44Il y a moins deux détenues qui m'ont dit ça,
00:40:45mais dont une que je revois,
00:40:48c'était une fille et une bretonne,
00:40:49qui me dit
00:40:50« Grâce à la prison,
00:40:51je me suis reconstruite.
00:40:53Je suis libre. »
00:40:54Ce que j'ai pu, mon bonhomme,
00:40:56qui m'empêche de vivre
00:40:57et de respirer.
00:40:58Et elle m'a donné en effet des exemples.
00:41:00Elle n'avait pas la main sur le budget.
00:41:02Elle n'avait pas la main sur ses vêtements.
00:41:04Enfin bref, c'était...
00:41:05D'accord, elle était mieux en prison
00:41:06que dans son couple à l'extérieur.
00:41:08Mais je lui ai dit
00:41:08« Vous auriez pu faire autrement quand même.
00:41:10Vous auriez pu vous séparer. »
00:41:12Ah ben non, c'était pas possible.
00:41:14J'imagine qu'il y a des maris hyper violents.
00:41:16Après, elle me dit ce qu'elle veut.
00:41:17Moi, je connais pas le mari.
00:41:19Donc, elle me dit ce qu'elle veut.
00:41:20Mais elle me l'a dit.
00:41:21Elle s'est sentie libre en prison.
00:41:23Faut le faire quand même.
00:41:24Faut le faire.
00:41:25Est-ce qu'il faut avoir du caractère
00:41:26pour être surveillant de prison ?
00:41:28Ben ça, il en faut.
00:41:29De l'autorité.
00:41:29Il en faut sous la casquette.
00:41:31Du bagout, du répondant.
00:41:32Faut du répondant.
00:41:33Faut avoir une personnalité très, très, très carrée.
00:41:36On n'est pas là pour rigoler.
00:41:37On se conditionne.
00:41:38On se conditionne.
00:41:39On a affaire à des personnes
00:41:41qui sont sorties du cadre,
00:41:42qui sont sous main de justice.
00:41:44Donc, on doit avoir une tenue.
00:41:45Déjà, une tenue exemplaire.
00:41:46L'uniforme de la République,
00:41:48on le porte pas n'importe comment.
00:41:49Et déjà, l'uniforme met la distance.
00:41:52Inévitablement.
00:41:52La tenue doit être correcte.
00:41:54Le langage doit être correcte.
00:41:56Et on met la distance.
00:41:57Et après, ça roule.
00:41:58Tu as déjà dû calmer des tenues ?
00:42:01Entre elles.
00:42:02Entre elles ou qui étaient vers toi,
00:42:04un petit peu trop haut teint ou violent vers toi ?
00:42:07Bien sûr, mais c'est normal.
00:42:09C'est tout à fait normal.
00:42:10Madame, vous ne me parlez pas sur ce ton-là.
00:42:12Je vous parle correctement.
00:42:14Est-ce que j'ai élevé le ton ?
00:42:15Non.
00:42:15Est-ce que je vous ai mal parlé ?
00:42:17Non.
00:42:18Alors, parlez-moi correctement.
00:42:19Et ne me tutoyez pas, s'il vous plaît.
00:42:21On ne se connaît pas.
00:42:22Vous voyez ? Il faut poser le cadre.
00:42:24On peut parler de tout avec une détenue.
00:42:26Elle vous parle de son passage à l'acte.
00:42:28Pas de problème.
00:42:29On ne va pas lui dire ce que vous avez fait.
00:42:31La madame, ce n'est pas bien.
00:42:32On ne va pas la rabaisser.
00:42:33Non.
00:42:33Ce n'est pas notre boulot, ça.
00:42:34Elle est passée en cours d'assise.
00:42:36Elle sait pourquoi elle est là.
00:42:37Et si la personne détenue me dit,
00:42:38vous en pensez quoi ?
00:42:39Je n'en pense rien, madame.
00:42:40Ce n'est pas mon boulot, ça.
00:42:42Et ça, c'est avec l'expérience.
00:42:44Bien sûr.
00:42:44L'expérience.
00:42:45Et puis, le respect des vieux aussi.
00:42:48Moi, j'ai appris mon métier avec les anciens.
00:42:50Les anciennes, elles m'ont passé des messages.
00:42:52Je les ai respectées, même si je n'étais pas toujours d'accord,
00:42:55qu'elles me pompaient des fois.
00:42:56Mais ça ne fait rien.
00:42:57Ce n'est pas un problème.
00:42:58On apprend.
00:42:58Elles ont du vécu.
00:43:00Elles ont de l'expérience.
00:43:01On apprend avec l'ancien.
00:43:03Un jour, j'ai un jeune gradé qui arrive.
00:43:05On le met en doublure avec moi.
00:43:06Il y avait une trentaine d'années.
00:43:08Moi, j'approchais de la retraite.
00:43:09J'avais peut-être trois ans de la retraite, à peu près.
00:43:11Il veut m'apprendre à moi mon boulot.
00:43:13Je lui dis, écoute, tu es gentil.
00:43:15Tu es gentil, tu es officier.
00:43:16Moi, je ne suis pas officier.
00:43:17Tu es officier, OK.
00:43:18Tu viens en doublure avec moi.
00:43:20Mais tu ne vas pas m'apprendre mon boulot, garçon.
00:43:21Tu feras ton boulot comme tu l'as pensé.
00:43:24Mais tu iras droit au mur.
00:43:25Tu iras droit au mur.
00:43:26Parce qu'un détenu, ça se respecte.
00:43:28C'est tout.
00:43:29Ils voulaient faire le cow-boy un petit peu ?
00:43:30Le cow-boy de service, exactement.
00:43:32D'accord, OK.
00:43:33Alors moi, les cow-boys de service, je les contourne.
00:43:36Je n'ai même pas envie de discuter avec eux.
00:43:38Je n'ai pas envie.
00:43:38Ça ne m'intéresse pas.
00:43:39Qu'est-ce qui est le plus dur dans ce métier, selon toi ?
00:43:43Le plus dur, c'est vrai que ça m'est arrivé souvent.
00:43:46C'est qu'on a des filles qui sont pas mal devant nous,
00:43:49qui sont sympas, avec qui on peut avoir de la conversation.
00:43:51Moi, j'aime beaucoup lire.
00:43:52J'ai souvent échangé avec des détenus sur de la lecture.
00:43:56Vous sentez que vous avez des points communs.
00:43:58Vous voyez ce que je veux dire ?
00:43:59Il se crée une petite relation.
00:44:00Bien sûr.
00:44:01On est sur la même longueur d'onde, je dirais.
00:44:03Un film, c'est pareil.
00:44:06Inévitablement, il y a quelque chose qui passe.
00:44:08Il y a des petites choses comme ça.
00:44:09J'ai même dit une fois à une détenue,
00:44:11elle était sympa, je lui dis,
00:44:13« Qu'est-ce que j'aurais bien voulu vous avoir comme copine ?
00:44:16Qu'est-ce qu'on aurait rigolé ? »
00:44:17Alors, elle me répond, « Mais on a le droit de rire, Ma Morel,
00:44:19ce n'est pas interdit. »
00:44:20Je lui dis, « Oui, mais bon, c'est vrai que… »
00:44:23Le cadre fait qu'on est obligé de mettre de la distance quand même.
00:44:26Mais franchement, j'ai rencontré des belles personnes.
00:44:29C'est dingue.
00:44:30C'est dingue.
00:44:31Et donc, ce qui est dur, c'est qu'il y a ce contact-là,
00:44:33mais qu'il y a une distance à respecter ?
00:44:34C'est ça le plus dur.
00:44:35Et c'est ce qu'il faut passer comme message aux jeunes,
00:44:38aux futurs recrues.
00:44:39Ce n'est pas facile.
00:44:41Ce n'est pas facile de rester à sa place.
00:44:43On peut vite glisser.
00:44:45Vous voyez ce que je veux dire ?
00:44:46Bien sûr.
00:44:47Il y a aussi des gens tordus, des détenus.
00:44:49Des manipulateurs.
00:44:50Des grands manipulateurs qui peuvent vous tirer.
00:44:53Malheureusement, j'ai des exemples de collègues
00:44:55qui sont tombés dans leur griffe.
00:44:57Et c'est dommage.
00:44:57C'est dommage parce que c'était des bons agents.
00:45:00Mais bon…
00:45:00Tomber dans leur griffe, dans quel sens ?
00:45:02J'ai connu, par exemple, une surveillante
00:45:05qui était un très bon agent
00:45:06et qui a demandé sa mutation chez les hommes.
00:45:09Donc, elle part.
00:45:10Elle est mutée chez les hommes
00:45:11en vue d'une promotion sociale.
00:45:12Elle en avait marre de travailler chez les femmes.
00:45:14C'est vrai que chez les femmes,
00:45:16c'est dur, il faut être solide.
00:45:19Et elle me dit,
00:45:20tiens, j'ai eu ma mutation chez les hommes.
00:45:22Je ne vais pas le dire dans quel établissement.
00:45:24On fait un pot de départ, tout ça.
00:45:25Je la regrettais parce qu'elle était sympa, cette fille-là.
00:45:28Et puis, on déconnait bien.
00:45:29C'était bien.
00:45:30Un an et demi après, j'apprends.
00:45:31Oh !
00:45:32Alors, je suis tombée de ma chaise.
00:45:33Elle est tombée amoureuse d'un détenu.
00:45:35Oh !
00:45:36Ah, puis, c'est parti.
00:45:37C'est parti en cacahuètes, quoi.
00:45:39Bon, ben, elle est tombée dans les griffes de ce détenu-là.
00:45:42Wow !
00:45:43Et puis, bon, ben, elle s'est fait serrer.
00:45:45Bien sûr, c'est normal.
00:45:47Là, elle n'est plus à sa place, pour le coup.
00:45:48Bien sûr.
00:45:49Et elle a été virée.
00:45:51La ligne, elle est…
00:45:53Il faut faire attention.
00:45:54Bien sûr.
00:45:55Tu parles dans ton livre
00:45:56de la solitude des femmes en prison.
00:45:57Qu'est-ce que tu veux dire
00:45:58par solitude des femmes en prison ?
00:46:00Quand je parle de la solitude,
00:46:01c'est qu'elles sont abandonnées.
00:46:02On en a déjà parlé tout à l'heure.
00:46:04Elles sont abandonnées,
00:46:05c'est qu'elles ont peu de parloir
00:46:07par rapport aux hommes.
00:46:08Et leurs enfants viennent les voir
00:46:10quand ils sont mineurs,
00:46:11quand ils sont accompagnés
00:46:13par des personnels de la ZEU.
00:46:14L'aide sociale à l'enfance.
00:46:16Parce que l'aide sociale à l'enfance,
00:46:17c'est copier-coller avec la prison.
00:46:19Malheureusement,
00:46:20souvent, dans l'histoire de la détenue,
00:46:22elle est passée par la case à ZEU.
00:46:23Donc, les enfants de ces dames
00:46:26sont placés souvent au ciel à la ZEU.
00:46:28Puis abandonnés.
00:46:29Oui.
00:46:30Alors, ils sont mineurs,
00:46:31ils viennent voir leur maman
00:46:32parce qu'il y a des obligations aussi.
00:46:34Juge des enfants,
00:46:35souhaitent le lien familial.
00:46:37Mais après, ça, c'est pur.
00:46:39Quand ils grandissent,
00:46:40ils ne veulent plus venir voir leur mère.
00:46:41Quand ils deviennent grands ados,
00:46:42ils n'ont plus envie.
00:46:43D'ailleurs, il n'y a pas les téléphones portables,
00:46:45il n'y a pas la PlayStation.
00:46:47Oh là là là là !
00:46:47S'il n'y a pas ça,
00:46:48mais ils sont...
00:46:49Non, non, non.
00:46:50Je me souviens d'une UVF
00:46:52avec deux ados.
00:46:53UVF, c'est...
00:46:54Alors, unité familiale.
00:46:55Unité de vie familiale.
00:46:57Les fameux appartements de 2003.
00:46:59Oui.
00:46:59Et j'avais deux ados
00:47:01avec leur tante
00:47:03qui étaient venues voir leur mère.
00:47:04Ils venaient pour une journée.
00:47:05Au bout de six heures,
00:47:07la détenue a déclenché l'alarme.
00:47:09Elle a dit
00:47:09« Mes garçons, ils ne veulent pas rester. »
00:47:11Ah bon, ils ne veulent pas rester ?
00:47:12Ben non, il n'y a pas de PlayStation,
00:47:13il n'y a pas de téléphone portable.
00:47:15La limite de la génération Z, c'est ça ?
00:47:18Non, non, non.
00:47:19Là, ils étaient au bout de leur vie.
00:47:22Mais la maman a bien compris
00:47:23et c'est comme ça.
00:47:25Est-ce qu'il y a un profil type de détenue
00:47:27que tu retrouvais régulièrement ?
00:47:29C'est-à-dire un parcours de vie assez similaire ?
00:47:31Pas mal de détenus ont grandi
00:47:32sans l'image maternelle.
00:47:34Sans figure maternelle ou paternelle.
00:47:35Ou paternelle, oui.
00:47:37Qui ont manqué de cadre.
00:47:37Un grand vide.
00:47:38Un grand vide familial.
00:47:40Une prise en charge par la ZE,
00:47:42un parcours d'SDF.
00:47:44Ou alors une femme élevée
00:47:47par son père et sa mère,
00:47:48mais avec un père violent et alcoolique.
00:47:51Donc avec des souffrances dans l'enfance.
00:47:53Mais elle se met en ménage
00:47:55avec un violent et un alcoolique.
00:47:57Elle reproduit le schéma.
00:47:58Il y a tout un truc là-dessus.
00:48:00Il y a des médecins
00:48:01qui ont réfléchi à tout ça.
00:48:02Et c'est vrai.
00:48:04J'ai entendu souvent des femmes me dire
00:48:06mon père battait ma mère
00:48:07parce que mon père était alcoolique.
00:48:09Mais moi, je n'ai pas choisi mieux.
00:48:11J'ai choisi un homme alcoolique.
00:48:12Et souvent, toxico.
00:48:14On rajoute du toxico.
00:48:15Bien sûr.
00:48:16Est-ce que la prison,
00:48:17c'est une micro-société ?
00:48:18Oui.
00:48:18Qu'est-ce que tu veux dire
00:48:19par micro-société ?
00:48:20Complètement.
00:48:21C'est-à-dire que dans la prison,
00:48:23on retrouve ce qu'on retrouve
00:48:24dans le petit village.
00:48:25Il y a l'église.
00:48:27OK.
00:48:28Il y a l'épicerie.
00:48:29Ben oui, il faut bien...
00:48:30Qu'est-ce qu'elles peuvent acheter ?
00:48:31Tout.
00:48:32Enfin, tout.
00:48:32Je m'entends.
00:48:33Il y a des cigarettes,
00:48:34des magazines.
00:48:35Bien sûr.
00:48:35Il y a les magazines,
00:48:36il y a l'alimentaire,
00:48:38il y a les journaux.
00:48:40Tout, quoi.
00:48:41Tout ce qu'on trouve
00:48:42dans une petite supérette.
00:48:43Sauf qu'elles,
00:48:44elles ne vont pas à la supérette.
00:48:45Elles ont des bons
00:48:46et elles remplissent les bons.
00:48:47OK.
00:48:48Et chaque jour égale à...
00:48:50Par exemple,
00:48:50je dis n'importe quoi.
00:48:51Le lundi, c'est l'alimentaire.
00:48:53Le mardi, c'est les cigarettes.
00:48:54Le mercredi,
00:48:55c'est les produits d'hygiène
00:48:56et d'entretien.
00:48:57Le jeudi, ça va être les revues.
00:48:59Le vendredi, ça va être
00:49:00la viande rouge, par exemple.
00:49:02Si elles ont envie
00:49:02de s'offrir de la viande rouge.
00:49:04Dans ces prisons,
00:49:05il y a des cantines.
00:49:06Oui.
00:49:06Et les femmes peuvent acheter
00:49:07de la nourriture, par exemple.
00:49:08Oui, de tout.
00:49:09Et il paraît que ces produits
00:49:10sont plus chers
00:49:11qu'à l'extérieur.
00:49:12C'est vrai.
00:49:13Ça a fait polémique
00:49:14à une époque
00:49:14parce qu'il y a des fournisseurs
00:49:16qui se graissaient.
00:49:17Mais justement,
00:49:18il y a des directeurs
00:49:19qui sont montés au créneau
00:49:20pour rétablir les choses.
00:49:22Et maintenant,
00:49:23tout passe par une centrale.
00:49:25OK.
00:49:25Qui dit centrale,
00:49:26dit prix régulier.
00:49:28D'accord, ça aligne les prix.
00:49:29Ça aligne les prix.
00:49:30Mais c'est vrai
00:49:30qu'à un moment donné,
00:49:32tout comme les téléphones,
00:49:33d'ailleurs,
00:49:34parce qu'il y a des cabines
00:49:35de téléphones en prison.
00:49:36OK.
00:49:36Les personnes détenues
00:49:38peuvent téléphoner.
00:49:39Et là, pour le coup,
00:49:40c'est régulé,
00:49:41c'est acté,
00:49:42il n'y a pas de problème.
00:49:42C'est sur les coûts,
00:49:43j'imagine ?
00:49:44Accessible.
00:49:44Pas pour tous les détenus.
00:49:46OK, c'est du cas par cas.
00:49:47C'est du cas par cas.
00:49:48Ça, c'est un autre registre.
00:49:49Mais l'accès libre au téléphone,
00:49:51oui,
00:49:52mais sous contrôle
00:49:53de l'administration pénitentiaire.
00:49:54Eh bien,
00:49:55il y avait des fournisseurs,
00:49:56et peut-être même encore aujourd'hui,
00:49:58qui se graissent en passant,
00:49:59au niveau du coût.
00:50:01Donc là,
00:50:01il faut remettre de l'ordre.
00:50:02Il n'y a pas de raison
00:50:06Quel est ton meilleur souvenir en prison ?
00:50:09Un souvenir extraordinaire.
00:50:12Dans les années 90,
00:50:13au moment du Cid Action,
00:50:15on a reçu la chanteuse Barbara.
00:50:17Barbara Streisand ?
00:50:18Non, Barbara.
00:50:19Barbara.
00:50:20OK.
00:50:21Mon époque, là.
00:50:22On mettrait un extrait.
00:50:23Ah, ben,
00:50:24l'aigle noir.
00:50:25Alors là,
00:50:26comme ça,
00:50:26ça ne me dit rien.
00:50:27Mais je suis sûr
00:50:28que si je l'écoute,
00:50:29je vais la voir.
00:50:30OK, on mettrait un extrait.
00:50:31Ah, il y a intérêt.
00:50:32Alors, Barbara,
00:50:33on a reçu cette femme
00:50:34qui est une femme extraordinaire.
00:50:36La chanson française,
00:50:36c'est comme François Zardy,
00:50:38c'est pareil.
00:50:39OK, OK.
00:50:40Elle faisait partie
00:50:40avec d'autres artistes
00:50:42du groupe Cid Action
00:50:43dans les années 90.
00:50:44Elle est venue
00:50:45à la prison des femmes de Rennes
00:50:47faire un concert.
00:50:48Wow.
00:50:49Elle a fait livrer un piano
00:50:50parce que c'était une femme
00:50:52extraordinaire
00:50:53qui jouait du piano.
00:50:54Et elle a accepté
00:50:55que dix détenus
00:50:56viennent autour d'elle
00:50:58chanter
00:50:58« Dis,
00:51:00quand reviendras-tu ? »
00:51:01OK.
00:51:02C'est une détenue
00:51:03qui lui a demandé
00:51:03« J'étais heureuse. »
00:51:05Extraordinaire.
00:51:05C'est une détenue
00:51:06qui est allée la voir
00:51:07et qui lui a dit
00:51:07« Barbara,
00:51:09mais est-ce qu'on pourrait
00:51:10chanter avec vous ? »
00:51:12Elle aurait pu refuser.
00:51:13Elle aurait pu refuser.
00:51:13Elle a accepté tout de suite.
00:51:14Elle a dit « Oui,
00:51:15quelle chanson voulez-vous ? »
00:51:16et la détenue lui dit
00:51:17« Dis,
00:51:18quand reviendras-tu ? »
00:51:19Parce qu'elle avait un message
00:51:20à passer à ses enfants.
00:51:22D'accord.
00:51:22Et il y a eu
00:51:23une petite douzaine
00:51:25de détenus
00:51:25qui se sont mis
00:51:26autour du piano
00:51:27et qui ont chanté
00:51:28avec elle.
00:51:29Et moi,
00:51:29j'étais là en spectatrice
00:51:30parce que j'étais là
00:51:31en surveillance.
00:51:32Bien sûr.
00:51:33Je m'étais bien arrangé
00:51:34pour y être.
00:51:35Quand on m'a dit
00:51:36« Barbara,
00:51:36viens à la prison. »
00:51:37Alors là,
00:51:38qu'est-ce que je n'aurais pas fait
00:51:38pour bosser ce jour-là ?
00:51:39Et d'être là,
00:51:40je l'adore.
00:51:41Ah, j'ai dit
00:51:41« C'est pas possible. »
00:51:46« Je suis dans une prison.
00:51:48Je n'ai jamais vu
00:51:48de ma vie Barbara. »
00:51:50« Je l'ai devant moi
00:51:51à trois mètres
00:51:52avec des détenus autour
00:51:54qui chantent
00:51:55« Dis,
00:51:55quand reviendras-tu ? » »
00:51:57Incroyable.
00:51:57Mais c'est mon plus beau souvenir.
00:51:59Il y a souvent
00:52:00des artistes qui viennent.
00:52:01Bien sûr.
00:52:01On a eu
00:52:02Yannick Noah,
00:52:03« Pieds Nus ».
00:52:03Ok.
00:52:05« Pieds Nus »,
00:52:05c'est important.
00:52:06Ah, très important.
00:52:07Et c'est quoi
00:52:08ton pire souvenir en prison ?
00:52:09Mon pire souvenir,
00:52:10j'en ai déjà parlé.
00:52:11C'est d'avoir
00:52:12décroché une détenue
00:52:14qui est morte dans mes bras.
00:52:15J'en ai d'autres.
00:52:16des pires souvenirs.
00:52:17Une détenue pareille
00:52:18que j'ai connue
00:52:18à l'âge de 16-17 ans,
00:52:20condamnée par les assises
00:52:22des mineurs.
00:52:22Elle a dû prendre
00:52:23une dizaine d'années.
00:52:24Elle fait 10 ans,
00:52:25elle repart.
00:52:26Bon, elle fait sa peine,
00:52:27on n'en parle plus.
00:52:29Elle était mineure,
00:52:30elle a dû partir,
00:52:31elle devait avoir
00:52:3125-26 ans.
00:52:33En 2015,
00:52:34on avait des transferts
00:52:35réguliers de détenus
00:52:37et je regarde
00:52:38la liste des détenus
00:52:39qui arrivaient
00:52:40dans le courant
00:52:41du mois de juin.
00:52:42Je regarde,
00:52:42je vois un nom,
00:52:43bien sûr,
00:52:44que j'ai connu.
00:52:44Oh, ce n'est pas possible,
00:52:45elle revient, elle.
00:52:46Je l'ai eue
00:52:47quand elle était gamine,
00:52:48quand elle avait 15-16 ans.
00:52:50À l'arrivée du transfert,
00:52:51elle est bien là ?
00:52:53Oui, elle est arrivée, oui.
00:52:54J'ouvre sa cellule,
00:52:55elle me regarde,
00:52:56je la regarde.
00:52:57Je dis, on se connaît ?
00:52:58Oh, Madame Morel,
00:52:59vous n'avez pas changé.
00:53:01Je lui dis,
00:53:01vous déconnez ou quoi ?
00:53:02Je lui dis,
00:53:02vous avez vu mes cheveux,
00:53:03ils ne sont plus gris,
00:53:03ils sont blancs ?
00:53:04Et je lui dis,
00:53:04je porte des lunettes maintenant.
00:53:06Je lui dis,
00:53:06vous ne trouvez pas
00:53:06que j'ai changé ?
00:53:07Ah non, vous êtes toujours
00:53:08la même.
00:53:09Ah bon ?
00:53:10Je lui dis,
00:53:10ça va, ça me rassure.
00:53:11Je lui dis,
00:53:11ça fait quand même 20 ans
00:53:12qu'on ne s'est pas vus.
00:53:13Oui, c'est vrai qu'elle me dit,
00:53:14ça fait 20 ans.
00:53:15Elle était déformée,
00:53:17déforme, difforme.
00:53:19Elle s'était rasée les cheveux,
00:53:20elle était bouffée,
00:53:21bouffée par l'alcool,
00:53:23la cam.
00:53:24Mais je lui dis,
00:53:24dis donc,
00:53:25vous êtes là pour un certain temps,
00:53:26je lui dis,
00:53:27on ne va pas finir ensemble,
00:53:28je lui dis,
00:53:28je pars bientôt.
00:53:29Ah, pas tout de suite,
00:53:29qu'elle me répond.
00:53:30Je lui dis,
00:53:30non, en 2017.
00:53:31Je lui dis,
00:53:31on est en 2015.
00:53:32Alors elle me dit,
00:53:33je suis là pour perpète,
00:53:35j'ai pris perpète,
00:53:35ma amorelle.
00:53:36Je lui dis,
00:53:36oui, je sais,
00:53:37j'ai vu,
00:53:37mais elle me dit,
00:53:38vous savez,
00:53:38je vais vous dire quelque chose.
00:53:39Puis elle me regarde
00:53:40droit dans les yeux,
00:53:41je vais vous dire quelque chose.
00:53:42S'il y avait eu la peine de mort,
00:53:44je la méritais.
00:53:45Waouh !
00:53:46Elle me l'a dit.
00:53:46Après, j'ai regardé le dossier,
00:53:48je lui dis,
00:53:48oui, il n'est pas beau,
00:53:48en effet.
00:53:49Est-ce que vous pouvez dire
00:53:50un petit peu ce qu'elle avait fait ?
00:53:51C'était une fille
00:53:52qui était marginalisée complètement.
00:53:55Elle vivait avec un de ses fils
00:53:56qui était camé.
00:53:58On n'en dira pas plus.
00:53:59Ils étaient hébergés
00:54:00chez un copain
00:54:01qui touchait
00:54:02l'allocation d'adultes handicapés.
00:54:05Ça représente 900 euros
00:54:06à peu près par mois,
00:54:07je crois.
00:54:07Et eux,
00:54:08ils vivaient du RSA,
00:54:09bien sûr,
00:54:09ou de pas grand-chose.
00:54:11Bon, ils vivaient chez le copain.
00:54:12Alors, ils s'étaient carrément
00:54:13installés chez le copain
00:54:14et tout.
00:54:15Et puis, au fil de temps,
00:54:16ce n'était plus la maison du copain,
00:54:18c'était leur maison.
00:54:18Puis quand le copain,
00:54:19il a voulu commencer
00:54:20à se défendre,
00:54:21le pauvre bonhomme,
00:54:23il s'est retrouvé
00:54:24à être martyrisé.
00:54:26Séquestré.
00:54:27Séquestré,
00:54:28martyrisé,
00:54:29acte de torture
00:54:29et de barbarie
00:54:30pendant plusieurs mois.
00:54:33Et il a terminé
00:54:34vraiment dans un état
00:54:35où il faisait 30 kilos
00:54:36quand ils l'ont trouvé.
00:54:38Puis il l'avait fapé
00:54:39et tout ça.
00:54:39Enfin, ce n'était pas joli.
00:54:40Bon, elle me dit ça.
00:54:41Elle me dit,
00:54:41de toute façon,
00:54:42vous savez,
00:54:42Mme Morel,
00:54:42j'ai pris la réclusion criminelle
00:54:44à la perpétuité,
00:54:45mais si la peine de mort
00:54:46avait été toujours en France,
00:54:48je l'aurais eue.
00:54:48Je ne fais pas de commentaire,
00:54:49moi, là-dessus.
00:54:50Ce n'est pas mon problème.
00:54:51Mais je l'accompagne
00:54:52au fil du temps.
00:54:53Je l'accompagne,
00:54:54bien évidemment.
00:54:58Qu'est-ce qu'il y a aujourd'hui ?
00:54:59Toujours pareil,
00:55:00aussi froide que d'habitude,
00:55:02toujours très droit dans les yeux.
00:55:04Elle me dit,
00:55:04Mme Morel,
00:55:05je vous apprends
00:55:05que j'ai un cancer du poumon,
00:55:06je n'en ai plus pour trois mois.
00:55:09Je lui dis,
00:55:09que vous ayez un cancer du poumon,
00:55:11j'entends.
00:55:11Mais que vous ayez plus
00:55:12pour trois mois,
00:55:13je ne sais pas qui vous a dit ça
00:55:14parce que je ne connais pas de médecin
00:55:16et je suis bien placée
00:55:17pour vous le dire
00:55:18parce que je suis concernée
00:55:19par la maladie autour de moi.
00:55:22Je ne connais pas de médecin
00:55:23qui est capable de vous dire
00:55:24qu'il vous reste trois mois à vivre.
00:55:26Elle me dit,
00:55:26moi, il ne m'en reste pas pour...
00:55:27Je suis pourrie.
00:55:29C'est logique, quoi.
00:55:30Pour elle, c'était logique.
00:55:32J'ai fait du mal,
00:55:33j'ai été condamnée
00:55:33à la réclusion criminelle,
00:55:35je dois crever en prison.
00:55:36Je lui dis,
00:55:36on ne laisse pas...
00:55:37Je suis désolée.
00:55:38Je lui dis,
00:55:38on ne laisse pas les gens mourir en prison.
00:55:40On va vous soigner comme les autres
00:55:41si je veux,
00:55:42qu'elle me réponde.
00:55:43Je lui dis,
00:55:43oui, c'est certain.
00:55:45Mais ce n'est pas avec moi
00:55:45qu'il faut discuter de ça.
00:55:47C'est avec le personnel de santé.
00:55:48Vous discutez de ça
00:55:49avec le personnel de santé
00:55:50puis vous verrez après.
00:55:51Un protocole de chimiothérapie
00:55:53est mis en place.
00:55:54Elle fait une séance,
00:55:55deux séances,
00:55:56trois séances.
00:55:56La quatrième séance,
00:55:57elle envoie chier tout le monde
00:55:58et elle dit,
00:55:59c'est moi qui décide,
00:56:00on ne me soignera plus.
00:56:01Ok.
00:56:01Terminé.
00:56:02Et elle est morte en prison.
00:56:03D'accord.
00:56:04Donc là-dessus,
00:56:05les prisonniers peuvent ou pas
00:56:06décider d'être soignés ?
00:56:08Comme le citoyen lambda
00:56:09à l'extérieur.
00:56:09Bien sûr, oui.
00:56:10Quelqu'un qui ne veut plus
00:56:11son protocole,
00:56:12il est en droit de dire
00:56:13au médecin,
00:56:14accompagnez-moi
00:56:15vers une fin douce.
00:56:19Elle n'a même pas demandé ça.
00:56:20Elle a dit,
00:56:20terminez votre protocole.
00:56:23Puis elle était...
00:56:23Le caractère, ouais.
00:56:24C'était quelqu'un
00:56:25qui était extrêmement difficile
00:56:26à gérer.
00:56:27La prison,
00:56:28elle connaissait.
00:56:29Je peux vous dire
00:56:29que la délinquance,
00:56:30elle connaissait.
00:56:31Elle était comme à la maison
00:56:32un petit peu.
00:56:33Comme à la maison.
00:56:34Mais là aussi,
00:56:34ça m'a...
00:56:36C'est pas...
00:56:37C'est un échec un petit peu.
00:56:38C'est un échec, quoi.
00:56:39On revient en prison.
00:56:42C'est horrible.
00:56:43C'est une vie de merde.
00:56:44Une vie de merde.
00:56:46Ouais.
00:56:47Et elle a embringué son fils,
00:56:49elle aussi.
00:56:49Ouais.
00:56:50Est-ce que tu t'es déjà fait
00:56:51agresser, toi, en prison ?
00:56:52Alors, c'est arrivé.
00:56:53Je me suis fait agresser
00:56:54une fois,
00:56:55assez violemment,
00:56:56dans les années 80.
00:56:59J'étais jeune surveillante
00:57:00avec une polytoxicomane.
00:57:02D'accord.
00:57:02Une fille qui était...
00:57:04qui scamait énormément,
00:57:05qui était en manque.
00:57:06Parce qu'aujourd'hui,
00:57:07les histoires de manque,
00:57:08ça n'existe presque plus.
00:57:10Puisqu'il y a le médicament
00:57:11de substitution.
00:57:12D'accord.
00:57:12On leur donne du subutex,
00:57:14entre autres.
00:57:14On leur donne un dérivé
00:57:16d'héroïne, cocaïne.
00:57:17Donc, en médicament,
00:57:19bien sûr.
00:57:19Ok.
00:57:20Donc, on n'a plus
00:57:20tellement de femmes en manque
00:57:23puisqu'elles ont ça.
00:57:24Mais dans les années 80,
00:57:25elles arrivaient,
00:57:26quelqu'un qui picolait,
00:57:27je peux te dire
00:57:28que pendant quatre jours,
00:57:29elle crevait.
00:57:30Elle crevait.
00:57:31Elle n'avait pas son pinard.
00:57:33Eh bien, je peux te dire
00:57:34qu'elle se cognait la tête
00:57:35et que...
00:57:35Mais il n'y avait rien.
00:57:36On ne leur donnait rien
00:57:37à cette époque-là.
00:57:38La toxico, c'est pareil.
00:57:40Elle était bourrée de...
00:57:41Au bout de tout.
00:57:42Elle était polytoxicomane.
00:57:43C'était une grande...
00:57:45Un grand cheval.
00:57:46Je me rappelle une femme.
00:57:47Oh mon Dieu,
00:57:47elle était grande, costaud.
00:57:48Une fille qui n'était pas du tout
00:57:50dans le profil
00:57:50du centre pénitentiaire de Rennes.
00:57:52Mais on avait...
00:57:53À cette époque-là,
00:57:54il y avait eu un problème
00:57:54à Fleury-Mérogis.
00:57:55Il y avait eu une mutinerie
00:57:56à Fleury-Mérogis
00:57:57chez les femmes.
00:57:58Et on nous avait expédié
00:57:59ces bonnes femmes-là.
00:58:00Donc, elle faisait partie
00:58:02du convoi, celle-là.
00:58:03Et elle était au quartier
00:58:04Accueil.
00:58:05On appelait ça
00:58:05le quartier Accueil
00:58:06à l'époque.
00:58:07Et moi, j'étais seule
00:58:08ce jour-là.
00:58:09J'étais jeune surveillante.
00:58:10Pas assez aguerrie, quoi.
00:58:12Le début, c'est le début.
00:58:13Maladroite,
00:58:13certainement maladroite.
00:58:15Je me l'accorde
00:58:15parce que je pense
00:58:16qu'avec 10 ans de bouteille,
00:58:18je n'aurais pas fait ça, quoi.
00:58:19J'ouvre la porte
00:58:19et puis elle m'envoie chier.
00:58:21Alors moi, ça ne me plaît pas, ça.
00:58:22Dis donc,
00:58:22tu ne vas pas me parler comme ça.
00:58:23Enfin, on est où, là ?
00:58:24Alors, je lui dis,
00:58:25je suis allé vers elle,
00:58:26ce que je n'aurais jamais dû faire.
00:58:27Je lui dis,
00:58:28mais il faut qu'il vous prenait.
00:58:29Non, mais vous avez vu
00:58:29comment vous me parlez et tout.
00:58:31Jamais,
00:58:32quand tu as deux ans
00:58:33d'administration pénitentiaire,
00:58:34tu as tout à apprendre.
00:58:35Pour le coup,
00:58:36j'étais le cow-boy de service
00:58:37et j'avais 0 sur 10.
00:58:39Et puis là,
00:58:39évidemment,
00:58:41ce que j'ai eu,
00:58:41je l'ai presque mérité.
00:58:43Elle m'a envoyé une droite.
00:58:45Ah, tu as pris une droite.
00:58:45Elle m'a envoyé une droite, carrément.
00:58:47Oui,
00:58:47qu'est-ce que vous venez faire là ?
00:58:49Oui,
00:58:50puis c'est parti en cacahuètes, quoi.
00:58:53L'auxiliaire de service,
00:58:55qui était une détenue,
00:58:56l'auxiliaire de service
00:58:57m'a défendue, en fait.
00:58:59C'est une détenue
00:59:00qui est venue à ma rescousse.
00:59:01Dingue.
00:59:01À cette époque-là,
00:59:03parce qu'on n'avait pas d'alarme,
00:59:04on avait le sifflet.
00:59:04Alors, je pouvais toujours siffler.
00:59:07Le temps qu'on m'entend.
00:59:09Je pouvais toujours siffler.
00:59:10Alors, c'est une détenue
00:59:11qui est venue à mon aide.
00:59:13Dingue.
00:59:14Et puis, elle a coincé la porte avec moi.
00:59:16On était deux sur la porte.
00:59:18J'ai claqué la porte.
00:59:19Ça serait souvenir, ça, aussi.
00:59:20Oui, oui.
00:59:21Et puis, j'ai appelé la collègue,
00:59:23elle a gradé pour lui dire
00:59:25« Est-ce que vous pouvez venir ? »
00:59:26Parce que je viens de me prendre une droite
00:59:27avec une détenue.
00:59:29Mais ce n'était pas une grosse droite.
00:59:31Tu l'as sentie un petit peu.
00:59:32Je l'ai sentie,
00:59:32puis j'étais bleue, quand même, après.
00:59:34Mais il n'y avait pas de psychologue,
00:59:36à l'époque.
00:59:37C'est une autre époque.
00:59:38Je n'ai pas pu libérer ma parole,
00:59:40comme on dit aujourd'hui.
00:59:41Il faut libérer la parole.
00:59:42Je ne l'ai pas libérée.
00:59:43Je n'ai pas libéré la parole.
00:59:45J'ai terminé mon service.
00:59:46Il était 4 heures de l'après-midi.
00:59:48Je suis restée comme ça.
00:59:49Oh, si on m'a donné un pain de glace,
00:59:50dans un gant.
00:59:51C'était élevé à la dure.
00:59:52Et puis, c'est tout.
00:59:54On ne m'a pas dit « Alors, ça va ? »
00:59:56Tu peux rentrer à la maison.
00:59:57On ne m'a pas brossée dans le sens du poil.
00:59:59Aujourd'hui, quand il y a quelqu'un d'agressé,
01:00:01et tant mieux, et tant mieux.
01:00:03Moi, je fais partie des dinosaures.
01:00:05Quelqu'un se reconnaîtra.
01:00:07Quand on parle de moi,
01:00:08que j'ai écrit un bouquin,
01:00:09et qu'une charmante personne
01:00:10dit de moi que je suis un dinosaure.
01:00:13Mais un dinosaure qui a du vécu, madame.
01:00:16Tu lances une pique à quelqu'un ?
01:00:17Oui, je...
01:00:19Elle se reconnaîtra.
01:00:20Très bien.
01:00:21Elle se reconnaîtra.
01:00:22Elle se reconnaîtra.
01:00:22Alors, le dinosaure, bien évidemment,
01:00:25est revenu travailler le lendemain.
01:00:27Mais maintenant, quand on me dit
01:00:28qu'il y a toute une prise en charge,
01:00:30c'est très bien.
01:00:31C'est une très belle avancée.
01:00:32Ça vit des traumatismes, peut-être.
01:00:34Merci, la pénitentiaire.
01:00:35Parce que des trucs comme ça,
01:00:37il faut les dénuer.
01:00:38Il faut en parler.
01:00:39C'est là que tout à l'heure,
01:00:40tu me demandais s'il y avait un esprit d'équipe.
01:00:43Oui.
01:00:44Là, j'ai trouvé mes collègues.
01:00:46Et ce sont mes collègues qui m'ont aidée.
01:00:48Qui t'ont fait parler, etc.
01:00:49Qui m'ont fait parler,
01:00:50avec qui j'ai pris un pot le soir.
01:00:51Et j'ai vidé mon sac.
01:00:54J'ai même eu une collègue qui m'a dit
01:00:55tu ne rentres pas chez toi ce soir,
01:00:57tu rentres chez moi.
01:00:58Tu viens chez moi.
01:00:58Ça s'est bien fait, mais heureusement.
01:01:00Tu viens chez moi.
01:01:01La maison, elle est ouverte.
01:01:02Elle est toujours ouverte, d'ailleurs.
01:01:04Super.
01:01:04Je parle d'elle dans mon livre.
01:01:06Elle s'appelle Nicole.
01:01:07Elle va se reconnaître.
01:01:08Tu viens chez moi, toi, ce soir.
01:01:09Tu ne rentres pas chez toi.
01:01:10Super.
01:01:11Et elle était enceinte de six mois.
01:01:13Génial.
01:01:13Et elle était, elle aussi, au boulot.
01:01:15Je rebondis là-dessus.
01:01:16Est-ce qu'il y a des femmes enceintes en prison ?
01:01:18Des détenues enceintes ?
01:01:19Bien sûr.
01:01:20Comment on fait ?
01:01:21Comment elles accouchent ?
01:01:21Il y en a même qui apprennent
01:01:22qu'elles sont enceintes en prison.
01:01:24Elles arrivent à l'écrou.
01:01:25Je parle des maisons d'arrêt.
01:01:26Je ne vais pas parler des centres de détention.
01:01:28C'est autre chose.
01:01:29Une personne qui attend d'être jugée
01:01:31arrive en prison.
01:01:33La loi dit qu'elle doit être vue
01:01:34par un médecin dans les 24 heures.
01:01:36C'est une obligation.
01:01:37C'est très bien.
01:01:38Prise de sang,
01:01:40tac ou fin.
01:01:41Des fois, on découvre des trucs aussi.
01:01:43Des maladies, des trucs...
01:01:44Dans une prise de sang,
01:01:45des fois, tac, il se passe des choses.
01:01:47La détenue arrive.
01:01:48Madame, vous êtes enceinte.
01:01:51Ah bon, je suis enceinte ?
01:01:52Je ne savais pas.
01:01:53Il a fallu qu'elle vienne en prison
01:01:55pour découvrir qu'elle était enceinte.
01:01:59Après, tout se met en route.
01:02:02Du coup, il y avait des femmes
01:02:03qui devaient accoucher en prison ?
01:02:04Moi, dans toute ma carrière,
01:02:06je n'ai jamais connu de femmes
01:02:08qui ont accouché en prison.
01:02:09Tu as fait accoucher des femmes en prison ?
01:02:11Non.
01:02:11Elles ont porté leur bébé en prison,
01:02:13ça c'est sûr.
01:02:14Mais il y a une équipe pluridisciplinaire
01:02:16qui prenait la grossesse en charge.
01:02:19Un médecin, une chasse-femme.
01:02:21Et l'équipe de la PMI.
01:02:22Donc la PMI, c'est la protection maternelle infantile.
01:02:26Ces femmes enceintes étaient suivies en prison
01:02:28mais accouchaient à l'hôpital de Rennes.
01:02:31D'accord.
01:02:32Il y avait vraiment un suivi.
01:02:34Donc on connaissait la date.
01:02:35Oui, bien sûr.
01:02:36Plus ou moins, quand même.
01:02:37Donc la détenue savait ce qu'elle avait à faire.
01:02:40Elle déclenchait tout de suite l'alarme.
01:02:41Nous, on était en relation directe avec le SAMU.
01:02:44Bien sûr.
01:02:44Le SAMU arrivait.
01:02:45Et si bébé devait arriver tout de suite,
01:02:48c'était le SAMU qui gérait.
01:02:50Ok.
01:02:50Et en effet, on a eu une petite fille.
01:02:52Qui est née en prison.
01:02:53Qui est née sous le porche de la prison.
01:02:56Incroyable.
01:02:56Sous le porche de la prison.
01:02:57Le SAMU est arrivé.
01:02:59Le médecin a fait son travail.
01:03:01Nous, on n'est pas...
01:03:02Ce n'est pas notre domaine, c'est attention.
01:03:04Mais néanmoins, on accompagne la détenue.
01:03:06Bien sûr.
01:03:06Et une de mes collègues était dans l'ambulance
01:03:10pour accompagner la détenue.
01:03:11Elle a été témoin de l'accouchement de cette petite fille
01:03:14sous le porche de la prison.
01:03:15Oh là là, quel début de vie !
01:03:17Oh là là !
01:03:18Aujourd'hui, cette gamine-là,
01:03:19elle doit avoir une douzaine d'années.
01:03:21D'accord.
01:03:22Peut-être qu'elle regardera la vidéo.
01:03:23On ne sait jamais.
01:03:23Oui, je ne sais pas.
01:03:24Est-ce que quand on fait ce métier,
01:03:25il faut aimer les gens ?
01:03:26Ah, si on n'aime pas les gens,
01:03:27il ne faut surtout pas faire ce métier.
01:03:29Il faut aimer les gens.
01:03:30Et ne pas les juger.
01:03:31Prendre les gens comme ils sont.
01:03:33Le pauvre, le riche,
01:03:34le beau, le pas beau,
01:03:36le gentil, le pas gentil.
01:03:37Il faut accepter les gens tels qu'ils sont.
01:03:39En étant toujours,
01:03:41ce que je te disais tout à l'heure,
01:03:42la distance, chacun à sa place,
01:03:45le port de l'uniforme,
01:03:46la distance.
01:03:47Il n'y a pas de souci.
01:03:48Si tu n'aimes pas les gens...
01:03:49Ce ne sera pas patient.
01:03:50Si tu viens là pour régler tes comptes
01:03:52et pour juger,
01:03:53porter un jugement
01:03:54sur quelqu'un qui a commis un acte grave.
01:03:56Oui, mais j'ai souvent dit, moi,
01:03:58je n'ai jamais gardé des monstres.
01:04:00J'ai gardé des gens
01:04:01qui ont commis des choses monstrueuses.
01:04:03C'est différent.
01:04:04Est-ce qu'on peut dire
01:04:05quel est l'acte le plus monstrueux
01:04:06qu'un détenu ait commis ?
01:04:09Il y a plusieurs versants pour moi.
01:04:11Lorsqu'on est capable
01:04:12d'inventer des choses
01:04:15et de faire mettre en prison
01:04:16des innocents
01:04:17l'affaire Outreau pour la cité
01:04:20qui a quand même mis 17 personnes en prison
01:04:22sur des mensonges.
01:04:23Sur un tissu de mensonges.
01:04:25Ça fait 20 ans, cette histoire-là.
01:04:27Mais c'est inoubliable.
01:04:28Pour moi, c'est monstrueux.
01:04:30Détruire la vie des gens.
01:04:31Est-ce qu'on peut rappeler l'affaire ?
01:04:33Alors, c'est de l'affaire Outreau.
01:04:34Alors, c'est une famille
01:04:36qui habitait dans une cité à Outreau
01:04:39et qui avait monté tout un scénario
01:04:42en disant que certaines personnes
01:04:44de la région
01:04:45abusaient de leurs enfants.
01:04:47Une infirmière, on l'a accusée
01:04:48d'avoir violé ses enfants.
01:04:50Un huissier, une boulangère,
01:04:51un chauffeur de taxi,
01:04:53un curé, et j'en passe.
01:04:55Un handicapé physique.
01:04:56Le pauvre garçon.
01:04:57Il ne pouvait pas se déplacer tout seul.
01:04:59C'est sa mère qui le soutenait régulièrement.
01:05:01Ils ont menti, ils ont fini en prison.
01:05:03Bien sûr.
01:05:03Un couple de menteurs
01:05:04a inventé tout un scénario
01:05:06dans une petite cité HLM.
01:05:08Et puis, pa, pa, pa, pa,
01:05:10ça a fait toute une toile d'araignée.
01:05:12Un juge d'instruction s'est laissé un peu,
01:05:15je dirais, embobiné
01:05:16par un personnage très médiatisé.
01:05:18Pour moi, c'est monstrueux d'avoir fait ça.
01:05:21Waouh, dingue.
01:05:22Mais ça a été prouvé après
01:05:23parce qu'il y a eu une enquête.
01:05:25Mais enfin, ces gens-là,
01:05:26ils ont quand même fait de la prison.
01:05:27Quand on fait de la prison,
01:05:28pour rien.
01:05:28C'est horrible.
01:05:29Bien sûr.
01:05:30Horrible.
01:05:31La femme était chez vous ?
01:05:32Oui, oui, oui.
01:05:33On l'a eu quelques années.
01:05:35Ça, ça m'a un peu dérangée
01:05:37dans le relationnel.
01:05:39Bien sûr.
01:05:39J'avais en copier-coller
01:05:40quand je l'avais devant moi.
01:05:41Tu vois, j'avais l'huissier,
01:05:43j'avais l'infirmière,
01:05:44j'avais...
01:05:45À cause d'elle,
01:05:45parce qu'elle a raconté des conneries, quoi.
01:05:47Pour le coup, ça a été prouvé.
01:05:48Ce n'est pas moi qui le dis.
01:05:49C'est la justice qui dit
01:05:50que c'était mensonge.
01:05:51D'ailleurs, elle est repassée aux assises
01:05:53et elle s'est excusée
01:05:55et elle a dit qu'elle avait menti.
01:05:56Ok, donc elle a avoué.
01:05:57Mais le mal était fait.
01:05:58Bien sûr.
01:05:59C'est quoi le truc le plus fou
01:06:00que tu aies vu en prison ?
01:06:02Le plus fou ?
01:06:03Ben, des fous.
01:06:04Ok.
01:06:05Parce que malheureusement,
01:06:06la maladie mentale,
01:06:07elle est présente en prison.
01:06:09Et on voit, on voit toutes sortes de gens.
01:06:11Moi, je me souviens d'une schizophrène.
01:06:12J'arrivais à 9h.
01:06:13J'avais à peine ouvert la porte de mon bureau.
01:06:16Le téléphone sonne.
01:06:17Madame Morel,
01:06:17il y a Madame Antel qui veut vous voir.
01:06:20Je dis, elle ne peut pas attendre un quart d'heure.
01:06:21Je dis, je viens d'arriver, quoi.
01:06:22Je pose mes affaires.
01:06:23Et la surveillante insiste.
01:06:24Elle me dit, non,
01:06:26ça serait bien que vous la receviez.
01:06:27Je trouve qu'elle n'est pas bien du tout.
01:06:28Bon, ben, je dis, allez,
01:06:29faites l'avenir et venez avec elle.
01:06:30Parce que...
01:06:31Ce qui est important dans notre métier,
01:06:34c'est de la parole donner.
01:06:35Quand vous dites quelque chose,
01:06:36quand la surveillante d'État dit,
01:06:38oui, je vais appeler le cabinet médical.
01:06:40Comptez sur moi, je vais le faire.
01:06:41Il faut qu'il y ait un suivi.
01:06:42Tu vois ce que je veux dire ?
01:06:43Une parole donnée, c'est important.
01:06:45Parce que le détenu, il n'a rien, lui.
01:06:46Il ne peut pas aller à l'infirmerie.
01:06:47Il attend.
01:06:48Il attend, il attend, il attend, il attend.
01:06:50Alors la détenue, elle m'attendait depuis 8h le matin.
01:06:52Mais moi, je commence à 9h.
01:06:53Je m'excuse, je ne vais pas changer mes horaires
01:06:55pour une schizophrène.
01:06:56Pas encore.
01:06:57Alors donc, je me pointe.
01:06:58Je lui dis, mais qu'est-ce qui se passe ?
01:07:00Alors elle, je l'appelais par son prénom.
01:07:02Parce que c'était une schizophrène,
01:07:03une grande malade mentale.
01:07:05Et il fallait savoir la prendre tranquillement.
01:07:09Il fallait prendre son temps
01:07:10et ne pas trop la perturber.
01:07:12Alors à 9h le matin,
01:07:14si elle n'avait pas dormi de la nuit,
01:07:15vous imaginez le tableau.
01:07:17Je la reçois.
01:07:18Elle s'assoit en face de moi
01:07:19et elle met ses bras comme ça sur mon bureau.
01:07:22Et sa tête comme ça.
01:07:24Déjà la posture...
01:07:25Je lui dis, Fabienne, ce n'est pas une tenue quand même.
01:07:28Je lui dis, je vous en prie.
01:07:28Je lui dis, vous en fallez pas sur mon bureau.
01:07:30Comme ça quand même.
01:07:31Je fais ce que je veux qu'elle me réponde.
01:07:33Je lui dis, non, on ne fait pas ce qu'on veut.
01:07:35Je lui dis, Madame Morel,
01:07:35ne veut pas que vous vous en fallez comme ça sur le bureau.
01:07:38Je lui dis, alors vous reculez un petit peu.
01:07:39Alors elle recule, puis elle se fait comme ça après.
01:07:42Elle est fâchée.
01:07:44Je lui dis, Fabienne, vous avez l'air fâchée.
01:07:45Elle dit, non, je veux du sang, qu'elle me dit.
01:07:48Ah, je lui dis, ah bon ?
01:07:49Du sang ?
01:07:50Je lui dis, qu'est-ce que c'est que votre histoire là encore ?
01:07:52Je vais tuer quelqu'un aujourd'hui, Madame Morel.
01:07:54Bon, je lui dis, c'est pas le moment.
01:07:55Et puis je commence à tourner un peu à la dérision.
01:07:58Mais on a eu des formations dans l'administration pénitentiaire.
01:08:01Il y a des choses qu'on dit, il y a des choses qu'on ne dit pas.
01:08:04La maladie mentale, il faut l'apprivoiser, il faut faire attention.
01:08:07Je n'allais pas la contrarier.
01:08:08Donc je vais dans son sens.
01:08:10Je lui dis, vous voulez du sang.
01:08:11Mais c'est quoi votre histoire là ?
01:08:15Ben j'ai décidé que j'allais tuer quelqu'un.
01:08:16Qu'elle me dit, puis je...
01:08:17Parce qu'on m'a dit, on m'a dit.
01:08:19Mais qui ?
01:08:20Il vous a dit, ben mes voix.
01:08:21J'ai parlé cette nuit et on m'a dit de tuer quelqu'un.
01:08:24Alors je lui dis, bon, vous allez pouvoir peut-être me dire, Fabienne, sans vous contrarier,
01:08:29qui vous avez décidé de tuer ?
01:08:30Parce que moi je pensais à ma pomme.
01:08:32Je me dis, ben ça y est, ça va être mon tour quoi.
01:08:34J'étais pas tranquille.
01:08:35Mais entre temps, je travaillais avec un chef à cette époque-là.
01:08:38J'étais sa collègue, on travaillait en binôme.
01:08:41Mon collègue était en face de moi.
01:08:43Bureau, mon bureau là, lui son bureau en face.
01:08:46Et puis lui, il faisait semblant de rien.
01:08:47On connaît la peluche, il avait 25 ans de bouteille, j'allais pas lui apprendre son métier.
01:08:52Il connaissait très bien son métier.
01:08:53Donc il fait semblant de rien, il range ses petites affaires, il allume son ordinateur.
01:08:58Mais je lui dis, ben dites-moi, je lui dis, je le répéterai pas.
01:09:02Je lui dis, dites-moi qui vous voulez tuer quand même.
01:09:04Parce que c'est ça, on rigole pas la Fabienne.
01:09:07Elle me fait, trois fois, le chef.
01:09:14Vous voyez un peu ?
01:09:15Vous voyez jusqu'où on est arrivé là.
01:09:18Alors mon chef, il a compris, il s'est éclipsé tranquillement.
01:09:23Il est parti et bien sûr, il a déclenché le plan hors sec, vous imaginez.
01:09:27L'alarme là.
01:09:27Plus que l'alarme, plus que l'alarme, la camisole.
01:09:32Là on appelle, parce que cette fille, elle était incarcérée pour une très longue peine,
01:09:36mais elle était reconnue schizophrène.
01:09:38Donc elle avait un très gros suivi psychiatrique.
01:09:41Et dès qu'elle était en crise, en commun accord avec l'équipe médicale,
01:09:46elle partait immédiatement en psychiatrie.
01:09:48On n'est plus capable de gérer à un moment donné.
01:09:50On n'est plus capable.
01:09:52C'est tout à fait normal.
01:09:53Chacun son boulot, comme je disais tout à l'heure.
01:09:55Néanmoins, elle et moi, on ne s'entendait pas trop mal.
01:09:58On discutait un petit peu.
01:10:00Elle aimait beaucoup dessiner.
01:10:01Je lui donnais des papiers, enfin du papier, pour qu'elle fasse des dessins.
01:10:05Ça l'occupait.
01:10:05Puis après, il y a eu des vitraux, vous savez, qu'on colorie.
01:10:09Ça détend, ça détend énormément.
01:10:12Je lui enfilais.
01:10:13On avait avec le secours catholique.
01:10:14Tiens, Fabienne, vous allez faire ça, ça va vous détendre.
01:10:17Je n'ai plus de crayon de couleur.
01:10:18J'ai dit, ce n'est pas un problème, vous en aurez demain.
01:10:19On arrivait, vous voyez, à créer un petit peu de lien, comme ça.
01:10:22Elle est venue me voir.
01:10:24J'ai été franche avec elle.
01:10:25Il ne faut pas mentir non plus.
01:10:27Je lui ai dit, Fabienne, vous n'êtes pas bien.
01:10:28Vous n'êtes pas bien du tout, vous êtes en crise.
01:10:30Je vous le dis, je le sais.
01:10:31Ce que vous venez de me dire là, c'est très grave.
01:10:33Donc, vous allez partir à l'hôpital.
01:10:35C'est la procédure, là.
01:10:37Ce que vous m'avez dit là, vous ne retournez plus dans votre cellule.
01:10:39Vous êtes en danger, mais vous mettez aussi les autres en danger.
01:10:43Dans l'heure, vous allez partir à l'hôpital.
01:10:46Mais je veux le tuer, quelqu'un me répond.
01:10:47Je lui ai dit, non, non, non, on va penser à autre chose.
01:10:50Je peux vous dire que là, vous ne rigolez pas.
01:10:52Là, vous ne rigolez pas.
01:10:53Elle était sérieuse, elle.
01:10:54Bien sûr, elle était dans son trip.
01:10:56C'est normal, elle était dans son trip.
01:10:58Et elle est partie à l'hôpital.
01:11:00Elle a été soignée, camisole chimique et compagnie.
01:11:03Elle est revenue trois semaines après, parce qu'en général, c'est 20 jours.
01:11:07Pour le coup, mon chef l'a appelée quand elle est revenue.
01:11:09Et il lui a dit, mais Fabienne, mais qu'est-ce que vous aviez après moi ?
01:11:13Vous pouvez me dire ce que vous m'avez...
01:11:14Qu'est-ce que je vous ai fait pour que ce jour-là, vous disiez à Mme Morel que vous vouliez me tuer ?
01:11:19Expliquez-moi.
01:11:20Eh bien, elle est incapable de s'en rappeler.
01:11:22Wow.
01:11:23Elle m'a dit, mais moi, je vous aime bien.
01:11:24Qu'est-ce qu'elle répondu ?
01:11:25Ok, t'es vraiment en crise, quoi.
01:11:26T'es en crise.
01:11:27Wow.
01:11:27Et on a ça en prison.
01:11:28Faut le savoir.
01:11:29Ouais, ouais.
01:11:30Si le citoyen français le sait pas, bah moi, je vous le dis.
01:11:32On a ça en prison, chez les hommes comme chez les femmes.
01:11:35Et qu'est-ce qu'on fait ?
01:11:36Eh bien, on fait avec.
01:11:37Ça aussi, c'est des choses qu'on met sous le tapis.
01:11:39Il y a beaucoup de non-dits, tu penses ?
01:11:41Bah, bien sûr.
01:11:42Bah, bien sûr.
01:11:43Nos deux collègues, là, qui sont décédés dans l'exercice de leur fonction,
01:11:47il y a plein de choses qui remontent, là.
01:11:49Il y a plein de choses.
01:11:50Plein.
01:11:50Qui auraient pu être évitées, des choses mises en place.
01:11:52Évidemment.
01:11:53Mais la maladie mentale, elle prend beaucoup de place en prison.
01:11:57C'est quoi ton avis, toi, sur la peine de mort ?
01:12:01Moi, quand la peine de mort a été supprimée,
01:12:04j'ai trouvé ça tout à fait normal.
01:12:06Dans un pays comme la France, on va laisser la peine de mort ?
01:12:09Non.
01:12:10Malgré les atrocités que, des fois, des gens commettent ?
01:12:12Bien sûr.
01:12:13Quand on prend perpète, qu'on est enfermé,
01:12:15qu'on est obligé de demander à toujours, à l'agent pénitentiaire,
01:12:19le détenu, il n'est pas libre.
01:12:21On a enlevé la liberté de quelqu'un.
01:12:23On l'a mis en prison.
01:12:24Il doit cohabiter avec des gens.
01:12:25Il doit se plier à une règle.
01:12:28Il est parti pour plusieurs années.
01:12:30Il enlève la liberté à quelqu'un.
01:12:31La liberté d'aller et de venir.
01:12:33La liberté de plein de choses.
01:12:35C'est intéressant d'en parler, parce que souvent, ce débat revient.
01:12:38De temps en temps, est-ce qu'il ne faudrait pas remettre la peine de mort ?
01:12:40Et comme toi, tu as vraiment vécu dans le milieu carcéral,
01:12:44c'était important d'avoir ton avis là-dessus.
01:12:45Moi, si on me demandait mon avis, je dirais non.
01:12:47La prison, ça suffit.
01:12:48Mais il y a beaucoup de choses à changer dans la prison.
01:12:51Énormément de choses.
01:12:52Qu'est-ce qu'on pourrait améliorer en prison ?
01:12:54Ce qu'on peut améliorer, déjà, c'est d'arrêter de mélanger les détenus.
01:12:57On fait du remplissage, du remplissage, du remplissage.
01:12:59Entre les différentes peines, c'est ça ?
01:13:01Parce qu'après, des fois, il se monte la tête.
01:13:03Même pas peine, surtout passage à l'acte.
01:13:06Un type qui tue sa femme et qui se retrouve avec un toxico jusqu'au trognon.
01:13:11Qu'est-ce qu'il a à faire ?
01:13:13Essayons de réfléchir sur la classification des établissements.
01:13:17Essayons de réfléchir à ça, déjà.
01:13:19Essayons de réfléchir pourquoi la prison, apparemment, il réfléchit ça un peu plus, là.
01:13:24Parce qu'il n'y a plus de place.
01:13:25Donc, les bracelets électroniques.
01:13:27Avec des règles strictes, là, aussi.
01:13:29Réfléchissons à ça.
01:13:30Une femme qui revient en prison, mais régulièrement,
01:13:32parce que conduite en état d'ivresse, parce que refus d'obtempérer,
01:13:35parce que blessée, grave.
01:13:37J'en ai vu quand même défiler.
01:13:39Souvent les mêmes.
01:13:40Et malheureusement, après, on ne les voit plus parce qu'elle meurt d'une cirrhose du foie.
01:13:42Mais ces femmes-là, en prison, mettez-les dans les hôpitaux au service des urgences.
01:13:48Envoyez-les voir ce qui se passe au service des urgences.
01:13:52Quand il y a un accident de la route et qu'il y a de la drogue et qu'il y a de l'alcool.
01:13:56Mettez-les en face de la réalité.
01:13:58Elles ne se rendent pas compte.
01:13:59Elles ne se rendent pas compte.
01:14:00À picoler comme elles font.
01:14:01Elles prennent leur voiture avec 3 grammes.
01:14:04Mettez-les devant la réalité des choses.
01:14:05Vous avez tué quelqu'un, là, madame ?
01:14:07Ben oui, mais vous n'auriez pas bu, vous ne l'auriez pas tué.
01:14:09Et puis mettons en place des choses pour que ça provoque un déclic, un choc.
01:14:14On les met en prison avec ces femmes-là.
01:14:16Première chose, on voit le médecin.
01:14:18On est bourré de médocs.
01:14:19Donc on est sevré grâce aux médocs.
01:14:21On passe toute sa détention au lit.
01:14:24À quoi sert la prison ?
01:14:26À faire du gardiennage ?
01:14:27Et puis après, la fille, elle ressort.
01:14:28Qu'est-ce qu'elle va faire ?
01:14:29Elle va reprendre la bouteille.
01:14:30Elle n'a pas été soignée pendant sa peine.
01:14:31Mais bien sûr.
01:14:32Il faut absolument mettre en place des choses.
01:14:35Il y a moyen de réfléchir.
01:14:36Il y a une réflexion à faire autour de ce fléau-là, quand même.
01:14:41La drogue, l'alcool, il y a moyen.
01:14:43Il y a encore plein de choses à améliorer.
01:14:45Plein.
01:14:46N'hésitez pas à laisser des suggestions dans les commentaires.
01:14:48On sait jamais.
01:14:49On est à l'écoute.
01:14:50Est-ce que tu aurais peut-être un conseil à donner pour les jeunes qui nous regardent
01:14:53et qui veulent peut-être faire ce métier-là ?
01:14:55Moi, je leur dirais que c'est un beau métier.
01:14:57Un très beau métier.
01:14:58Et ils peuvent démarrer en bas de l'échelle et terminer directeur.
01:15:01Et je salue mon ami Corse, Félix, qui se reconnaîtra,
01:15:05qui a démarré surveillant quelques mois avant moi
01:15:08et qui a terminé directeur, mais vraiment haut du haut.
01:15:12Donc, c'est un beau métier.
01:15:14Il faut essayer.
01:15:15Mais par contre, celui qui essaye et qui ne trouve pas sa place
01:15:18et qui ne se sent pas bien, mais ne restez pas.
01:15:21Allez-vous-en.
01:15:22Même si, en fin de carrière, on n'est pas malheureux,
01:15:26il ne faut pas y aller pour le casse-croûte.
01:15:27OK, je comprends.
01:15:28Il y a autre chose à faire.
01:15:29On passe un bonjour à toutes les personnes
01:15:31qui travaillent dans le milieu carcéral et qui verront la vidéo.
01:15:33Merci pour tout et merci pour leur métier.
01:15:35Et merci, Marie-Annick, pour ce magnifique témoignage.
01:15:38Pleine réussite.
01:15:38Merci à toi.
01:15:39J'en profite pour rappeler le livre que tu as sorti,
01:15:41Au cœur de la prison des femmes, aux éditions Talandier,
01:15:44livre dans lequel il y a encore plus d'histoires à découvrir.
01:15:46N'hésitez pas, je mettrai un lien dans la description.
01:15:48Merci pour tout.
01:15:49Merci.
01:15:49Merci.
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