- il y a 21 heures
Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des affaires étrangères, était l'invité de BFM Politique sur BFTMTV.
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00:00Jean-Noël Barraud, ministre des Affaires étrangères, mais aussi de l'Europe, merci d'être avec nous.
00:04À mes côtés, Amandine Attalaya, éditorialiste politique BFM TV, et Jules Pecknard de la Tribune dimanche, notre partenaire.
00:09On le disait, victoire du PSG hier, malheureusement, ternie par ses affrontements, comme l'année dernière, en marge de ses
00:16célébrations.
00:17Des images qui ont fait le tour du monde. Elon Musk lui-même a repris sur son compte X des
00:22images d'affrontements hier dans les rues de Paris.
00:25Est-ce que vous avez peur que ça vienne assombrir l'image de la France dans le monde ?
00:29Je crois que l'image qui sera retenue plus largement, c'est celle de cette victoire historique du PSG pour
00:35la deuxième année consécutive.
00:36Pour ma part, comme la plupart des Français, j'ai ressenti une immense fierté à l'issue de ce match
00:42de légende,
00:43qui nous a tenus en haleine jusqu'au dernier tir au but, et que nous n'oublierons jamais.
00:47Ensuite, je veux aussi déplorer, évidemment, les violences qui ont fait suite à ce match,
00:53violences qui sont le fait de voyous et non pas de supporters du PSG,
00:57qui, partout dans le pays, par ailleurs, ont célébré cette victoire historique,
01:00et puis salué le travail des forces de l'ordre, sous l'autorité du ministre de l'Intérieur,
01:05dans un contexte extrêmement difficile, qu'on procédait à presque 800 interpellations.
01:0957 d'entre eux ont été blessés, fonctionnaires de police, je veux leur dire toute ma solidarité.
01:14Mais néanmoins, vous voyez bien à quel point, quand même, ça donne une image aussi de la France
01:18qui peut être difficile à regarder, vu de l'étranger, et certains étrangers peuvent même se dire
01:24qu'ils ont peur de venir en France, par exemple, dans des circonstances telles que celle-ci,
01:29pour des soirées comme ça.
01:30Il y a toujours des tentatives, par ceux qui n'aiment pas l'Europe et n'aiment pas la France,
01:34d'amplifier ce type d'événements.
01:36Mais je retiens, moi, l'image de cette victoire sportive historique,
01:41qui n'est pas sans nous rappeler le moment si important pour notre pays
01:48qu'a été l'accueil des Jeux Olympiques 2024,
01:52au cours duquel le monde entier est venu à Paris à admirer la capacité de notre pays
01:59à accueillir des manifestations sportives internationales.
02:01– Monsieur le ministre, Marine Le Pen, sur X, a réagi, donc, la chef du Rassemblement national,
02:08elle a écrit « Il n'y a qu'en France où la victoire d'un club de foot provoque
02:12des émeutes,
02:13il n'y a qu'en France où chacun se sent obligé de s'enfermer chez soi un soir de
02:16victoire
02:16pour éviter d'être confronté à des violences ».
02:17Alors, on peut débattre sur est-ce qu'il n'y a qu'en France qu'on voit ce genre
02:20d'image,
02:20mais néanmoins, il y a beaucoup de gens qui lisent ça et qui se disent
02:23« Bah oui, c'est quand même anormal qu'en France, systématiquement,
02:26quand il y a des moments qui devraient faire consensus,
02:29il y a ce genre d'image de violence ».
02:31– Systématiquement, pardonnez-moi, mais rappelez-vous,
02:34j'évoquais les Jeux olympiques de Paris 2024 qui se sont remarquablement passés,
02:38alors même que des choix très audacieux avaient été faits,
02:41que les manifestations puissent se devenir en excès.
02:43Oui, mais pardon, moi je ne fais pas partie de ceux qui, comme Marine Le Pen,
02:48dénigrent systématiquement notre pays, considèrent qu'il a déjà perdu,
02:51qu'il doit baisser les bras.
02:52Moi, je vois dans la soirée d'hier avant toute chose,
02:55et je n'accepte pas que des voyous tentent par tout moyen
02:58de gâcher cette fête.
02:59Je vois une grande victoire française
03:01à laquelle beaucoup de Français se sont sentis associés.
03:03– Monsieur le ministre, donnons-en à ce conflit au Proche-Orient.
03:07Très clairement, on sent qu'on entre dans des heures décisives.
03:11Des deux côtés, on étudie le projet d'accord de mémorandum.
03:14Il y a quelques heures, c'est Donald Trump, le président américain,
03:17qui, dans une interview à Fox News, se dit, je cite,
03:19« proche d'un très bon accord ».
03:21Est-ce que vous jugez, vous aussi, que la fin de la guerre n'a jamais été aussi proche ?
03:24– Je crois, en tout cas, que l'Iran et les États-Unis doivent désormais tout faire
03:28pour trouver un accord, car la situation est insoutenable
03:32et ne fait que des perdants.
03:33L'Iran, les États-Unis, mais nous aussi,
03:36puisque les conséquences du blocage du détroit d'Hormuz,
03:38nous les ressentons au quotidien, à la pompe,
03:42et plus généralement avec son impact sur l'économie mondiale
03:46et sur l'économie française.
03:47Donc il faut que ça cesse.
03:47– L'Iran n'approuvera aucun accord avec Washington,
03:50sans garantie sur ses droits.
03:51C'est une information qui vient tout juste de nous parvenir,
03:54dit le négociateur iranien.
03:55L'Iran n'approuvera aucun accord avec Washington,
03:57sans garantie sur ses droits.
03:58– Ça fait plusieurs semaines que les États-Unis et l'Iran
04:01négocient un protocole qui doit conduire à ce que le détroit d'Hormuz
04:06soit réouvert pour que le trafic maritime puisse reprendre
04:08et que s'engagent des négociations portant notamment
04:11sur le programme nucléaire iranien pour qu'il puisse être encadré.
04:15– Question, peut-être pas évidente, mais vous êtes optimiste ou pessimiste ?
04:18– J'essaye d'être ni optimiste ni pessimiste,
04:21mais d'être concentré et de pousser, comme nous le faisons à tous les niveaux,
04:24les deux parties à conclure cet accord le plus rapidement possible.
04:27– Donald Trump a expliqué, a affirmé que l'Iran se serait engagé
04:32à ne pas se doter de l'arme nucléaire ou à ne pas en fabriquer une.
04:36Est-ce que vous avez très concrètement les mêmes informations
04:38de la part de vos homologues iraniens ?
04:40– L'Iran a déjà dit qu'il ne se doterait pas de l'arme nucléaire.
04:44Mais il y a les mots, et puis ensuite, il y a les engagements
04:47et la précision dans laquelle ils sont formulés.
04:50C'est pourquoi l'ouverture du détroit d'Hormuz est une priorité absolue,
04:54parce que nous n'avons aucune intention de continuer à payer
04:57pour cette guerre et ses conséquences, cette guerre qui n'était pas la nôtre.
05:00Mais ensuite, cette négociation qui va s'engager est essentielle,
05:04car il est évidemment inacceptable que l'Iran puisse disposer d'un programme nucléaire.
05:10Nous l'avons négocié il y a dix ans, cet accord sur le nucléaire iranien,
05:15dans un document de 160 pages.
05:17Vous voyez, il ne suffit pas de faire une déclaration,
05:18il faut ensuite rentrer dans les détails,
05:20quelles sont les limites qui sont fixées aux capacités d'enrichissement,
05:25quelles sont les conditions de la vérification par les agences internationales habilitées,
05:31du respect par l'Iran des engagements qui sont pris.
05:33C'est dans le détail qu'il faudra mesurer la robustesse de cette question.
05:36Amandine.
05:36Mais si on comprend bien, pour vous, la priorité,
05:39c'est quand même la réouverture du détroit d'Hormuz,
05:41quitte à ce que les négociations sur l'uranium et le nucléaire se poursuivent après, c'est ça ?
05:47C'est de cette manière-là que s'est structurée la discussion entre les deux parties,
05:51l'Iran et les États-Unis.
05:52Ouverture du détroit d'Hormuz et cessation des hostilités sur tous les fronts,
05:56y compris le Liban, permettant l'ouverture de négociations pendant plusieurs semaines.
06:03qui doivent aboutir à un encadrement strict et négocié du programme nucléaire iranien.
06:08Et comme je l'ai dit, nous poussons les deux parties à conclure cet accord le plus rapidement possible,
06:13parce que nous n'acceptons pas d'avoir à payer le prix et les conséquences d'une guerre que nous
06:18n'avons pas choisie.
06:19Vous dites que les Iraniens disent qu'ils ne veulent pas se doter de l'arme nucléaire.
06:23Donald Trump affirme qu'il a obtenu des garanties.
06:25Vous dites les mots, c'est bien, il faut des actes.
06:27Est-ce que vous les croyez, les Iraniens, quand vos homologues vous disent
06:30nous ne cherchons pas à nous doter de cette arme-là ?
06:32Est-ce que vous croyez les Iraniens ?
06:33Ce que je sais, c'est qu'il y a dix ans, nous avons négocié âprement un accord avec l
06:40'Iran
06:40sur l'encadrement de son programme nucléaire et que nous avons obtenu, à l'issue de cet accord,
06:45un recul vérifié, significatif des capacités nucléaires iraniennes.
06:51Donc c'est possible, mais à nouveau, ça suppose d'aller au-delà des grandes déclarations de principe
06:55et de rentrer dans les détails.
06:57Quelles sont les limites qui sont fixées aux activités liées au programme nucléaire ?
07:01Quelles sont les conditions de vérification ?
07:03Et c'est à tout cela que nous serons extrêmement vigilants.
07:06Vous le disiez, il y a la question nucléaire, il y a bien sûr la question du détroit d'Hormuz.
07:09On sent que la situation reste extrêmement tendue dans ce détroit,
07:12puisqu'il y a quelques jours, les Américains ont affirmé qu'ils avaient intercepté par un tir de missile
07:16un cargo qui se dirigeait vers un port iranien.
07:19Il y a une douzaine de mines qui auraient été repérées dans ce détroit,
07:22selon les renseignements américains.
07:25Comment vous qualifiez la situation dans ce détroit ?
07:28Elle reste inflammable, elle est apaisée. Comment vous la qualifiez ?
07:31Elle reste tendue.
07:33Ça a été une zone de guerre de très haute intensité pendant des mois.
07:36Et c'est la raison pour laquelle le président de la République,
07:39avec le Premier ministre britannique, ont pris tous les deux une initiative,
07:43celle de constituer une mission internationale,
07:45qui a vocation à être strictement pacifique et défensive,
07:51et à déployer des capacités le moment venu, quand les conditions le permettent,
07:55pour restaurer la liberté de navigation et la sécuriser,
07:59puisqu'après une période de telles tensions,
08:02il est important de pouvoir donner des garanties aux opérateurs de services maritimes,
08:07aux navires qui transportent des hydrocarbures.
08:09– Monsieur le ministre, vous nous confirmez donc que cette mission
08:11qui a été proposée par le président français et le Premier ministre britannique
08:14est toujours sur la table.
08:16– Bien sûr.
08:16– Combien de temps il faudrait pour la mettre en œuvre à partir du moment
08:18où le conflit s'arrêterait ?
08:20– Très rapidement, les travaux de planification sont avancés.
08:23Plusieurs dizaines de pays, une cinquantaine de pays a exprimé un intérêt.
08:28Plusieurs dizaines de pays ont d'ores et déjà proposé d'y contribuer très concrètement.
08:34Et donc, elle peut très facilement et très rapidement se déployer
08:37dès que les conditions le permettront.
08:38– Et est-ce que des discussions à ce sujet sont en cours en ce moment
08:41avec les Américains et les Iraniens ?
08:43– Absolument, puisque, évidemment, s'agissant des deux principales parties au conflit,
08:48il est important que nous puissions leur expliquer l'esprit de cette démarche.
08:52C'est ce que nous faisons depuis plusieurs semaines déjà,
08:55en parallèle du travail conduit par les militaires sur la planification de cette mission.
08:59– Vous échangez actuellement avec les responsables américains, avec les responsables iraniens ?
09:03– Absolument.
09:04– Comment vous qualifiez les relations avec nos amis américains aujourd'hui ?
09:06– Eh bien, sur ce sujet en particulier, je constate qu'il y a un intérêt très significatif
09:13pour cette mission internationale, car les États-Unis, comme la France et les pays européens,
09:19souffrent de ce blocage en matière de prix de l'énergie et en matière de ralentissement de leur économie.
09:26Et donc, ils ont tout intérêt, si vous voulez, à ce que le trafic puisse reprendre le plus rapidement possible.
09:31Et ils voient bien la plus-value que peut apporter cette mission.
09:35Ils nous sont reconnaissants de l'avoir conçue.
09:37– Vous parliez de la sécurisation du Détroit, ça, ça viendrait après la fin du conflit.
09:41Dans un premier temps, il va falloir nettoyer, si j'ose dire, ce Détroit.
09:45On le disait, d'après les renseignements américains, une douzaine de mines.
09:47Est-ce que, très concrètement, la France est prête à assurer ce déminage du Détroit ?
09:50– Cette mission internationale, elle a vocation, justement, à créer les conditions pour la reprise du trafic.
09:55– Y compris à faire le déminage ?
09:56– Ça fait partie des sujets qu'elle est prête à prendre en charge.
09:59– La France est prête à prendre en charge le déminage du Détroit ?
10:01– La mission internationale à laquelle participent plusieurs dizaines de pays à nos côtés.
10:04– Mais au plan technique, est-ce que la France est prête ?
10:07– Oui, au plan technique, ça ne pose aucune difficulté.
10:09D'ailleurs, il faut savoir que, sur ces compétences-là en particulier,
10:13les Européens, au sens large, pas uniquement la France,
10:15disposent non seulement d'une expertise particulière,
10:18mais aussi d'équipements particuliers que d'autres régions du monde,
10:21y compris les États-Unis, n'ont pas nécessairement à porter de la main.
10:24– Les gardiens de la Révolution disent qu'il y a, ces dernières heures,
10:2728 navires qui sont passés dans le Détroit d'Hermouz.
10:30Est-ce que nous, Français, nous discutons avec les Iraniens
10:32pour faciliter le passage des bateaux français ?
10:34Est-ce que c'est ce que vous faites ?
10:35– Ça a pu arriver, puisqu'il y a des bateaux français qui sont passés,
10:39mais une nouvelle fois, je le dis, vous avez parlé de situations inflammables,
10:43j'ai parlé de situations tendues.
10:44Vous imaginez bien que pour le propriétaire d'un navire,
10:47ou pour un opérateur de services paritimes,
10:49aujourd'hui, c'est extrêmement risqué de s'aventurer dans un Détroit,
10:53alors même que la cessation des hostilités n'est pas encore intervenue.
10:57C'est pourquoi, je le disais tout à l'heure, en introduction,
11:00l'Iran et les États-Unis doivent désormais sceller cet accord
11:02pour que nous puissions avancer et surtout restaurer la circulation.
11:06– Après la réouverture du Détroit d'Hermouz, question très simple,
11:09est-ce qu'un Détroit d'Hermouz avec un péage, un droit de passage,
11:12serait acceptable ?
11:13– Ni péage, ni blocage, ni chantage.
11:15Un Détroit, ça fait partie de ce qu'on appelle les eaux internationales,
11:20qui sont un bien commun de l'humanité qui ne peut en aucun cas être entravé
11:24d'aucune manière et par quiconque.
11:25– On est dans une époque différente, avec beaucoup de tensions, beaucoup de…
11:28– Certes, mais on a le droit de, quand même, continuer à défendre
11:30un certain nombre de grands principes qui sont essentiels.
11:33Imaginez qu'on accepte, ou que quiconque accepte qu'il puisse y avoir blocage
11:37ou péage sur un Détroit du monde, tous les autres Détroits commenceraient à se bloquer.
11:42Et alors là, c'est l'économie mondiale qui se paralyserait, puisque, vous le savez,
11:46la circulation des biens, et même, d'une certaine manière, des personnes,
11:50elle transite très largement par le trafic maritime.
11:53– Quoi qu'il en soit, ça va prendre du temps, vous parlez justement de l'économie,
11:56même si ce Détroit finit par être débloqué, est-ce que vous pensez que les prix,
12:00notamment du pétrole, de l'essence, vont mettre beaucoup de temps maintenant
12:03à redescendre ? Est-ce que les Français doivent se préparer à payer encore très longtemps,
12:07très cher, leur plein lorsqu'ils vont dans les stations ?
12:10– Alors d'abord, pour éviter que ça prenne du temps, on a très en amont conçu
12:15cette mission internationale qui pourrait se déployer pour faciliter la reprise
12:19la plus rapide possible du trafic.
12:21– Deuxièmement, je crois que la priorité, c'est évidemment d'éviter que cette situation
12:27n'ait d'impact trop négatif sur les Français, sur nous, et sur nos entreprises.
12:33– C'est déjà le cas.
12:33– C'est tout l'objet des décisions qui ont été prises par le Premier ministre
12:37pour soutenir notamment les secteurs ou les personnes qui sont les plus impactées.
12:41Mais je crois qu'au-delà de ça, ce qu'il nous faut faire, et ce sur quoi il nous
12:45faut
12:45nous concentrer, et c'est peut-être ce sur quoi nous devrions débattre ce matin,
12:49c'est comment faire en sorte que plus jamais, lorsqu'une guerre se passe loin de chez nous,
12:54nous ayons à en subir les conséquences.
12:55Et c'est pour ça que la réunion qui a eu lieu cette semaine avec le Président de la République
12:59et le Premier ministre sur l'électrification de nos usages pour nous chauffer,
13:04pour nous déplacer, est absolument essentielle.
13:08car ne croyons pas qu'il s'agit là d'épisodes ou de parenthèses.
13:15Ces conflits, ces crises, ces catastrophes vont continuer à se manifester
13:20avec une fréquence de plus en plus régulière car le monde se durcit.
13:23Et donc si nous ne voulons pas à nouveau nous retrouver dans cette situation,
13:26il est impératif de nous défaire de ces dépendances aux hydrocarbures,
13:30de ces servitudes qui nous ramènent ou qui nous font payer les conséquences
13:34de conflits auxquels nous ne sommes pas partis.
13:36– Monsieur le ministre, le porte-avions Charles de Gaulle est présent dans la région.
13:40Jusqu'à quand il a vocation à y rester ?
13:41Vous allez me dire, je ne suis pas ministre des Armées,
13:43mais ça participe de la diplomatie française, on le sait.
13:46Jusqu'à quand le Charles de Gaulle a vocation à rester dans la région ?
13:48– Ça, je n'ai pas de réponse à vous donner.
13:49Ce que je puis néanmoins affirmer, c'est que le déploiement très rapide
13:53du Charles de Gaulle, de son escorte de capacités militaires françaises
13:58dès le début de la guerre dans la région, a été salué par nos partenaires
14:02que nous avons protégés grâce à ses capacités militaires,
14:06qu'il s'est désormais rapproché effectivement de la zone du détroit d'Hormuz
14:13pour être en capacité, le moment venu, de contribuer à cette mission internationale
14:19que j'évoquais tout à l'heure.
14:20– Alors ce qui est particulièrement marquant dans ce conflit,
14:22c'est qu'il y a plusieurs fronts, on le disait bien sûr,
14:25l'affrontement entre l'Iran et les États-Unis, la question du détroit d'Hormuz
14:28et bien sûr aussi l'affrontement entre le Liban et Israël.
14:31Et là, rien n'a l'air de se stopper, M. le ministre,
14:34puisque ce matin, il y a tout juste quelques minutes,
14:36l'armée israélienne a annoncé que son opération au Liban, je cite,
14:39est en train de s'étendre à d'autres zones après avoir traversé le fleuve Litani.
14:44L'armée israélienne qui affirme avoir planté même le drapeau israélien
14:47sur une forteresse médiévale à Beaufort.
14:49Est-ce que la France juge cela acceptable ?
14:51– Non, et c'est la raison pour laquelle j'ai demandé une réunion d'urgence
14:55du Conseil de sécurité des Nations Unies.
14:57Pourquoi ? Parce que si nous reconnaissons le droit d'Israël,
15:01comme de tout pays, à la légitime défense,
15:04à se défendre contre les attaques du Hezbollah,
15:05qui le 2 mars dernier a choisi d'entraîner le Liban dans la guerre,
15:09rien ne peut justifier la prolongation des opérations militaires israéliennes au Liban
15:14et son occupation de plus en plus profonde dans le territoire libanais.
15:18J'ajoute qu'il s'agit là, pour Israël, d'une faute majeure.
15:22Car cette prolongation des opérations militaires,
15:26cette avancée sur le territoire libanais,
15:28est non seulement contraire aux engagements d'Israël,
15:30puisque depuis le 17 avril, nous avons un cessez-le-feu au Liban,
15:34c'est contraire aux droits internationaux
15:36et à toutes les résolutions qui prévoient
15:39que le Liban doit pouvoir disposer de sa pleine intégrité territoriale,
15:42mais c'est aussi contraire aux intérêts et à la sécurité d'Israël.
15:46Car chaque village bombardé, chaque village occupé,
15:50chaque civil qui est tué, renforce le Hezbollah dans la durée.
15:54Donc vous qualifiez ces actions d'inacceptables, c'est ça ?
15:56Bien sûr.
15:57Mais pourquoi on ne passe pas à l'étape des sanctions plus rapidement
16:00à l'encontre d'Israël, si c'est parfaitement inacceptable
16:02sur le plan du droit international et des principes de la France notamment ?
16:05Mais ce que nous voulions, c'est qu'à partir du 17 avril,
16:09lorsqu'un accord de cessez-le-feu a été trouvé,
16:12et bien qu'Israël s'engage de bonne foi dans le dialogue historique
16:19avec le gouvernement libanais pour agréer ensemble d'une méthode
16:22pour désarmer le Hezbollah et pour qu'Israël puisse se retirer
16:26de manière ordonnée du pays.
16:27Un cessez-le-feu dont j'admets très volontiers
16:30qu'il a été extrêmement fragile, puisque je veux simplement rappeler
16:33quelques chiffres.
16:34Au Liban, depuis le 2 mars dernier, c'est-à-dire les frappes
16:38du Hezbollah contre Israël, c'est 3 000 Libanais qui ont perdu la vie,
16:4210 000 qui ont été blessés.
16:43Depuis le cessez-le-feu intervenu le 17 avril, c'est 800 personnes
16:47qui ont perdu la vie et près de 2 000 blessés.
16:50Donc je parle de cessez-le-feu.
16:50Précisément, pourquoi pas de sanctions ?
16:53Des sanctions, nous n'avons jamais hésité à en prendre.
16:56Nous en avons prise ces dernières semaines au niveau européen.
17:00J'en ai décidé au niveau national.
17:03La réunion du Conseil de sécurité, la réunion d'urgence
17:06que j'ai demandé ce matin, nous permettra de rappeler Israël
17:11à ses responsabilités, puisque si des discussions se sont tenues…
17:14Vous avez l'impression que ça change quelque chose,
17:15un rappel aux responsabilités ?
17:16Non, mais j'ai l'impression que l'accord qui est en passe
17:22d'être trouvé entre les États-Unis et l'Iran prévoit une cessation
17:27des hostilités au Liban.
17:31Et ça doit être respecté, sinon je ne vois pas comment cet accord
17:35entre les États-Unis…
17:36Est-ce que la France serait prête, comme vous le dit Amandine,
17:37au-delà même de l'ONU, à prendre des sanctions en son nom ?
17:40Mais nous n'avons jamais écarté cette possibilité-là.
17:43Donc c'est possible que la France prenne des sanctions
17:45en raison des opérations d'Israël ?
17:46Par principe, je n'écarte pas cette possibilité.
17:48Mais là, le principal…
17:49Qui pourrait être de quelle nature ?
17:51Le principal, c'est qu'en prolongeant ces opérations,
17:54je vous ai parlé des raisons pour lesquelles j'ai demandé
17:58cette réunion d'urgence, mais je crois que ces opérations
18:00fragilisent aussi l'accord dont nous voulons qu'il puisse être trouvé
18:04entre les États-Unis et l'Iran, qui prévoit une cessation des hostilités
18:08sur tous les fronts, y compris au Liban.
18:10L'eurodéputé Rima Hassan, eurodéputé de la France Insoumise,
18:15très engagé, comme vous le savez, sur la question israélo-palestinienne,
18:18elle a publié sur X une photo d'une carte montrant un seul et même territoire
18:25recouvrant la bande de Gaza, la Cisjordanie et tout le territoire d'Israël,
18:29en écrivant, en commentant cette carte, en disant
18:31« Pour 15 millions de Palestiniens, la Palestine, c'est cela,
18:34et aucune chancellerie n'y changera rien ».
18:36– Comment est-ce que vous qualifiez cette prise de position ?
18:40– Qu'elle est contraire à la position de la France depuis le général de Gaulle.
18:44Et vous avez là une propagatrice de haine qui ne reconnaît pas
18:51le droit d'Israël à la sécurité et à l'existence, dont je récuse les propos
18:58de la même manière que je recuse ceux qui en Israël,
19:01ou les propos de ceux qui en Israël nient le droit…
19:06– Qui existent.
19:07– Bien sûr, le droit du peuple palestinien à l'existence et à la sécurité.
19:12La position historique de la France, celle qui s'est concrétisée
19:15par la décision prise l'année dernière de reconnaître l'État de Palestine,
19:19c'est deux États reconnus et respectés dans leurs droits,
19:22vivant côte à côte, en paix et en sécurité.
19:24Donc toute autre solution nous conduit inévitablement à la guerre,
19:28à la déstabilisation de la région, avec toutes les conséquences
19:31que ça peut avoir pour l'Europe et pour la France.
19:33Et donc non seulement c'est inconséquent et contraire à la position historique
19:37de la France, mais en plus ce sont des positions dangereuses,
19:39parce que ce sont des appels à la haine.
19:41– Israël va aussi publier demain un appel d'offres pour construire
19:43de nouvelles colonies en Cisjordanie.
19:46Est-ce que vous avez un message à passer si d'éventuels entrepreneurs français
19:50souhaitaient répondre à cet appel d'offres et participer ?
19:52– Cet appel d'offres est extrêmement préoccupant dans la mesure où il concerne
19:573 400 logements qui pourraient héberger jusqu'à 15 000 personnes sur une zone de 12 hectares
20:03qui sépare la Cisjordanie en deux, qui sépare la Cisjordanie de Jérusalem
20:08et qui donc met un coup quasiment fatal à la solution à deux États.
20:13C'est une violation du droit international, violation du droit international humanitaire également,
20:19car ce projet immobilier conduirait à des expulsions massives de Palestiniens.
20:23Et donc je le dis aux entreprises françaises, mais aussi européennes,
20:27si certaines d'entre elles allaient contribuer, répondre à ces appels d'offres,
20:32elles s'exposeraient à des sanctions internationales, car à leur tour,
20:36elles violeraient le droit international.
20:37– Quel type de sanctions ?
20:38– Vous savez, des sanctions comme des gels d'avoir, bref, les gels d'actifs,
20:42comme on le fait lorsque des entreprises violent le droit international.
20:47– Monsieur le ministre, ça ne vous a pas échappé que plusieurs de vos collègues du gouvernement
20:51et amis politiques se sont déjà lancés dans la course à l'élection présidentielle.
20:53Les premiers meetings ont même eu lieu.
20:56Hier, c'est Gabriel Attal.
20:57Je rappelle que vous, vous êtes vice-président du Modem,
20:59membre du Modem, le parti de François Bayrou.
21:01Hier, c'est Gabriel Attal qui a tenu un premier meeting présidentiel.
21:05Vous n'y étiez pas ?
21:06Est-ce que ça veut dire qu'à vos yeux, Gabriel Attal n'est pas le meilleur candidat du Bloc
21:09central ?
21:09– C'est le candidat de Renaissance, c'est même le secrétaire général de Renaissance,
21:16et je crois qu'il est très utile dans ce moment que chacun puisse exprimer sa vision pour le pays.
21:22Nous sommes dans une phase d'affirmation, y compris dans une forme de singularité et de radicalité.
21:30Le secrétaire général de Renaissance, Gabriel Attal l'a fait hier,
21:34Édouard Philippe, peut-être d'autres le feront également.
21:37Quant à ma famille politique, le centre, le centre démocrate,
21:39il a vocation, lui aussi, à présenter une vision devant les Français.
21:44– Et à présenter un candidat ?
21:45Ça, ça n'est pas tout à fait à l'ordre du jour, mais c'est pas parce qu'on
21:48n'a pas un candidat à présenter qu'on doit se taire.
21:52Au contraire, on doit affirmer ce qu'est notre vision du pays, de son avenir,
22:00comment le projeter avec enthousiasme dans les années qui viennent.
22:04C'est notre responsabilité, et je crois que c'est une responsabilité qui est partagée plus largement.
22:08Chacun d'entre nous, comme citoyens et militants, dans la situation que nous vivons aujourd'hui,
22:13où tout est remis en question, nous devons dire ce que sont les problèmes de la France et comment les
22:17résoudre.
22:17– Avec le risque d'une dispersion des voix pour le Bloc central,
22:19il y a eu par exemple un sondage pour RTL Harris Interactive,
22:24qui montre que dans l'hypothèse où Gabriel Attal, Édouard Philippe et Bruno Retailleau
22:27seraient tous trois candidats au premier tour,
22:29aucun ne passerait le cap du premier tour, ne se qualifierait.
22:32Et c'est Jean-Luc Mélenchon qui serait le qualifié pour le second tour
22:36face à Jordan Bardella ou Marine Le Pen pour le Rassemblement national.
22:40Est-ce qu'il faut pour vous un candidat unique du centre et de la droite pour éviter cela ?
22:45– Alors la première des choses, c'est que tout à l'heure,
22:46vous me demandiez si j'étais optimiste ou pessimiste sur la réouverture du Détroit d'Ormouz.
22:52Mais alors les sondages présidentiels à un an de l'échéance,
22:55je crois qu'il faut éviter de les extrapoler ou de les surinterpréter.
23:01Deuxième élément, effectivement, ces sondages montrent
23:04que les extrêmes de droite comme de gauche sont aujourd'hui relativement hauts.
23:09Et ce que je veux dire, c'est qu'ils ont en commun d'être les nouveaux conservateurs,
23:13ceux qui considèrent que, comme je le disais tout à l'heure,
23:16la France a déjà perdu, qu'elle est condamnée au déclin
23:19et qui n'ont, comme ils ont perdu tout espoir,
23:23comme seul projet politique de dresser les Français les uns contre les autres
23:27et de désigner des boucs émissaires.
23:28– Mais s'agissant de votre camp et de la droite.
23:30– Exactement, et donc notre camp, si l'on peut dire,
23:33ou en tout cas il existe à mon avis une majorité de Français
23:35qui n'ont pas envie de baisser les bras
23:37et qui continuent de croire en la France et de croire en l'Europe
23:40et qui considèrent qu'elle n'a pas perdu et qu'elle peut rebondir.
23:43Ce que je vous dis, c'est que le moment du rassemblement,
23:46le temps du rassemblement viendra.
23:47Aujourd'hui c'est le temps de l'affirmation.
23:49Il viendra parce que la convergence est nécessaire,
23:51elle est même indispensable pour gagner.
23:53J'ajoute même que ce n'est pas uniquement des rassemblements de candidats ou de partis,
23:56mais l'objectif est bien de rassembler tous les Français.
23:59Mais aujourd'hui, laisser aux forces politiques
24:03qui envisagent avec optimisme l'avenir de ce pays s'exprimer sur leur vision.
24:08C'est d'ailleurs ce que je vais faire à mon niveau
24:09puisque le 28 juin prochain, à Versailles,
24:12j'organise Faites de la démocratie, faiteladémocratie.fr,
24:15qui sera l'occasion pour celles et ceux qui ont cet optimisme,
24:19qui ont cette confiance dans la capacité de la France à rebondir,
24:21de donner de la voix et de ne pas laisser les extrêmes,
24:24M. Mélenchon, M. Bardella, Mme Le Pen,
24:26confisquer le débat présidentiel.
24:27M. le ministre, est-ce que ça veut dire qu'à vos yeux,
24:29il faut donc, à l'issue de cette campagne,
24:31un seul candidat de la droite et du centre à l'élection présidentielle ?
24:36Retailleau, Philippe, Attal, est-ce qu'il n'en faudra qu'un à la fin ?
24:38Je crois qu'en tout cas, si nous voulons battre ces extrêmes
24:42qui veulent enfermer la France dans le déclin,
24:44nous aurons besoin d'avoir le moins de candidats possibles
24:47sur la ligne de départ, mais nous n'en sommes pas là.
24:49La première des questions, c'est quel est, vous,
24:52qu'est-ce que vous considérez comme étant les problèmes principaux des Français ?
24:56Je vous le dis, je pense que des questions qui ne sont pas abordées
25:00aujourd'hui par la plupart des candidats,
25:02et surtout ceux des extrêmes, comme le poids de la technocratie,
25:05la folie centralisatrice dans notre pays qui entrave la capacité du pays
25:09à se projeter avec enthousiasme dans l'avenir,
25:11le sacrifice de la jeunesse qui avance dans la vie avec des boulets aux pieds,
25:15le déclin du civisme, la fragmentation de l'espace public,
25:19l'intoxication par les réseaux sociaux,
25:21voilà des questions que nous sommes très nombreux dans le pays
25:23à vouloir voir aborder.
25:25Vous jugez que Bruno Retailleau est dans le même camp que vous ?
25:27Ou pas ? Quand il faudra choisir.
25:29Certains disent, Gabriel Attal, Bruno Retailleau, c'est incompatible,
25:31y compris au Modem, certains disent Bruno Retailleau, jamais.
25:32Bruno Retailleau est le candidat de la droite.
25:36Moi je suis issu de la famille du centre,
25:38donc permettez-moi d'imaginer qu'il puisse y avoir des différences entre nous.
25:43Et permettez-moi aussi de souhaiter que chacun,
25:46dans sa liberté, sa singularité, sa radicalité,
25:49à ce stade de la campagne, puisse s'exprimer.
25:52Je crois qu'à droite comme à gauche d'ailleurs,
25:54les partis traditionnels, les républicains, le parti socialiste,
25:57vont devoir clarifier leur positionnement vis-à-vis des extrêmes,
26:01dont on voit bien qu'ils progressent et qui créent un certain nombre d'hésitations dans leur rang.
26:04– Un dernier mot, l'un des potentiels candidats, Jordan Bardella,
26:07a été interrogé il y a quelques jours sur la présence,
26:09ou pas parce que ça fait partie de l'international de cette campagne évidemment,
26:11de Vladimir Poutine dans les prochains rendez-vous internationaux.
26:14Est-ce qu'il faut le réintégrer, Vladimir Poutine, au G7 et refaire un G8 ?
26:17– Je crois que la question aujourd'hui n'est pas encore là,
26:20puisque vous voyez bien que s'agissant de l'Ukraine,
26:22Volodymyr Zelensky a répété à plusieurs reprises
26:24qu'il était prêt à un dialogue avec Vladimir Poutine,
26:27qu'il s'y refuse et qu'il se place en obstacle à la paix.
26:31Est-ce qu'il faut refuser de dialoguer avec Vladimir Poutine ?
26:35Non, nous avons toujours dit que nous étions disposés à le faire,
26:38en lien étroit avec les Ukrainiens,
26:40et si les Ukrainiens souhaitent que nous ne renions une part plus importante
26:43dans ces négociations, pas question que nous nous dérobions.
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