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  • il y a 9 heures
Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, convoque vendredi matin l'ambassadeur de la Russie en France après la chute d'un drone russe, dans la nuit, sur un immeuble résidentiel en Roumanie. Deux personnes sont blessées. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20/le-grand-entretien-du-vendredi-29-mai-2026-8356368

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Transcription
00:00Un grand entretien ce matin au lendemain d'une réunion des ministres des affaires étrangères de l'Union Européenne à
00:06Chypre
00:07d'où il revient tout juste avec Marion Lourd.
00:10Nous recevons le ministre de l'Europe et des affaires étrangères.
00:13Vos questions, réactions amis auditeurs au 0145 24 7000 ou l'application Radio France.
00:20Bonjour Jean-Noël Barraud.
00:21Bonjour Ali Badou.
00:22Bonjour.
00:22Bienvenue, on vient de l'entendre dans le journal de 8h.
00:25La Roumanie, pays membre de l'OTAN, a dénoncé, je cite, une grave et irresponsable escalade
00:31après qu'un drone russe a chuté sur un immeuble résidentiel faisant deux blessés légers.
00:37Quelle est votre réaction ce matin en septembre dernier après que des drones russes avaient traversé l'espace aérien polonais
00:43puis roumain ?
00:44Vous aviez rappelé l'ambassadeur russe, vous allez le faire ?
00:46Je veux d'abord condamner cet acte irresponsable de la Russie qui vise, comme vous l'avez rappelé,
00:51un pays ami, un pays de l'Union Européenne et un pays de l'OTAN qui a fait deux blessés.
00:56Dire que nous avons convoqué, j'ai convoqué à 9h45 ce matin l'ambassadeur de la Russie en France
01:02pour lui dire que les frappes massives du week-end dernier contre les civils,
01:06que les menaces qui pèsent sur les diplomates français et européens à Moscou
01:10et que cet nouvel acte irresponsable sont autant d'intimidations qui sont inconséquentes
01:15mais qui sont vaines car elles ne nous détourneront en aucun cas de notre soutien à la résistance ukrainienne.
01:21Des intimidations vaines, ces incursions dans l'espace aérien des pays baltes, de la Pologne ou d'autres
01:26ont pour but de masquer l'échec russe et tenter d'intimider les Européens
01:31ou de faire baisser ou d'affaiblir le niveau de leur soutien.
01:34Ce sont vos propres mots Jean-Noël Barraud.
01:37C'était le 31 octobre 2025.
01:39Est-ce que vous faites la même analyse ce matin ?
01:41Est-ce que cette transgression ultime est encore de l'ordre d'un échec ?
01:47C'est une tentative désespérée de Vladimir Poutine pour masquer son échec.
01:53Je crois qu'hier, on a dépassé pour la guerre d'agression russe en Ukraine la durée de la Seconde
01:59Guerre mondiale.
02:00Et après plus de 4 ans, la guerre coloniale de Vladimir Poutine est un échec cinglant.
02:05L'Ukraine reprend du terrain sur le front.
02:08L'Ukraine est en train de gagner la guerre des drones.
02:11La Russie perd 35 000 hommes sur le front plus qu'elle ne parvient à en recruter.
02:16Et de toute évidence, le doute s'est installé à Moscou.
02:18Le doute peut-être, mais vous étiez hier à Chypre pour une réunion des ministres des Affaires étrangères de l
02:23'UE.
02:23Et il était notamment question de l'avenir des négociations avec la Russie.
02:28On reprend cette question qui ne cesse de revenir depuis 3 ans ou 4 ans maintenant.
02:32Faut-il parler à Vladimir Poutine ?
02:34Pas le moment pour la chef de la diplomatie lituanienne.
02:36Il faut se préparer, dit la ministre autrichienne des Affaires étrangères.
02:40Et vous ?
02:40D'abord, pourquoi est-ce que cette question revient ?
02:43Au fond, parce que Vladimir Poutine refuse depuis des années de dialoguer directement avec Volodymyr Zelensky, le président de l
02:50'Ukraine.
02:51Volodymyr Zelensky l'a redit encore récemment.
02:53Je suis prêt à dialoguer directement avec Poutine.
02:55Et c'est Poutine qui s'y refuse.
02:57C'est bien qu'il est l'obstacle principal à la paix.
02:59Mais ça pourrait être le rôle des Européens.
03:00Oui, quant à nous, on a toujours dit que par principe, on n'excluait pas d'avoir un dialogue avec
03:05Vladimir Poutine et la Russie dans la mesure où c'est coordonné avec l'Ukraine et dans la mesure où
03:12nos intérêts, notre sécurité est en jeu.
03:16Si l'Ukraine souhaite que nous puissions participer de manière plus active à ce processus de négociation, il n'y
03:22a aucune raison que nous nous dérobions.
03:24Si l'Ukraine ou si la Russie le souhaite ?
03:25Non, non, ce n'est pas la Russie de décider.
03:26Parce que le président français avait annoncé en décembre vouloir renoncer à des échanges directs avec Vladimir Poutine.
03:32Son conseiller diplomatique s'était rendu en Russie en février.
03:36Et pourtant, la France n'est pas positionnée pour dialoguer avec l'Ukraine.
03:39On parle plutôt d'Angela Merkel, par exemple, qui pourrait parler au nom de l'Union européenne avec la Russie.
03:44Non, non, ce que je dis c'est que si l'Ukraine souhaite qu'on prenne une part plus importante
03:47dans les négociations, il n'y a aucune raison qu'on se dérobe.
03:50Et j'ai entendu récemment le président Zelensky appeler les Européens à prendre une part plus importante.
03:55Ensuite, les modalités de ces négociations, c'est une discussion que nous devons avoir entre nous.
04:00Nous avons commencé à le faire entre les ministres des Affaires étrangères hier.
04:03C'est au chef d'État et de gouvernement de décider.
04:04Il y a la question aussi quand même de la réponse de l'OTAN à ce drone qui est tombé
04:09sur un immeuble résidentiel.
04:10C'est une première pour un immeuble résidentiel.
04:13On a entendu Ursula von der Leyen dire qu'une limite avait été franchie.
04:17Et la Roumanie qui demande un transfert de moyens de lutte anti-drone vers son pays.
04:23Est-ce que ça, vous y êtes favorable ?
04:25L'OTAN se prépare.
04:27Chacun le sait.
04:29L'année dernière, des décisions importantes ont été prises pour faire face à l'augmentation de la menace.
04:34La réponse de l'OTAN est toujours très ferme, mais aussi très proportionnée.
04:38Et s'agissant de la Roumanie plus particulièrement,
04:40il est important de savoir que nous avons 1500 militaires français
04:44qui participent en Roumanie à la défense de l'Est de l'Europe et de l'OTAN
04:50et qui participent régulièrement à des exercices communs d'ailleurs avec les militaires roumains
04:56et d'autres militaires européens.
04:58Mais très proportionnées.
04:59Ça veut dire quoi ?
05:00Ça veut dire qu'effectivement, il faudra peut-être débloquer des moyens ?
05:03Ça veut dire qu'on en est carrément à l'article 5
05:05qui est une attaque contre un membre de l'OTAN ?
05:07Vous voyez bien ce que ça veut dire.
05:08Ça veut dire que l'OTAN a toute une palette de réponses possibles.
05:11Et donc là ?
05:12Que si la sécurité d'un pays de l'OTAN est engagée,
05:15la réponse peut être dévastatrice.
05:17C'est l'alliance de sécurité la plus puissante du monde.
05:23Mais au-delà du mot...
05:25Est-ce que là on a une attaque contre un membre de l'OTAN ou pas ?
05:27Pardon ?
05:28Est-ce que là on a une attaque contre un membre de l'OTAN ?
05:30Est-ce que ça justifie un recours à l'article 5
05:31qui oblige les autres pays à être solidaires de ce paiement ?
05:35On a un acte irresponsable avec un drone et ce n'est pas la première fois.
05:38Mais ce n'est pas une attaque ?
05:39Puisque ces derniers mois, à plusieurs reprises,
05:41des drones russes, des vecteurs russes se sont égarés
05:44dans le ciel de l'Union Européenne et de l'OTAN.
05:47Mais à chaque fois la réponse a été très nette, très forte et très ferme.
05:50Je n'ai pas, à ce stade, tous les éléments des éclaircissements
05:53seront demandés à l'ambassadeur russe ce matin au Quai d'Orsay.
05:57Et puis nous en tiendrons avec nos partenaires roumains
06:01et des discussions auront lieu au sein de l'OTAN
06:03pour clarifier ces points, nous préparer à répondre à toute nouvelle incursion.
06:09Je n'ai pas de détails à ce stade à vous donner.
06:13Alors il y a aussi évidemment la question du Moyen-Orient.
06:16Beaucoup de dossiers à aborder avec vous ce matin, Jean-Noël Barrault.
06:19Les Etats-Unis et l'Iran ont établi un cadre d'accord
06:23en vue de mettre fin à la guerre au Moyen-Orient
06:25qui est entrée dans son quatrième mois,
06:28ont indiqué hier à l'AFP des sources américaines.
06:32Un accord entre l'Iran et les Etats-Unis, est-ce qu'il est envisageable ?
06:36L'Iran dément, parle d'un texte qui n'est pas encore finalisé.
06:40La réouverture du détroit d'Hormuz, ça reste un mirage ?
06:44Les Etats-Unis et l'Iran doivent en tout cas tout faire pour mettre fin à cette situation
06:49qui est insoutenable et qui ne fait que des perdants,
06:52à commencer par les Françaises et les Français, nous-mêmes,
06:55qui ressentons vivement à la pompe et dans beaucoup de dimensions de nos vies quotidiennes.
07:01Mais qu'est-ce que vous savez des négociations en cours et de cet accord ou de ce qu'il
07:03contient ?
07:04Qu'un accord est à portée de main et qu'il faut maintenant le conclure
07:06pour que ce détroit puisse s'ouvrir et que la circulation des navires puisse reprendre.
07:10Quand bien même les Iraniens refusent toute discussion préalable sur le nucléaire
07:14pour négocier, discuter, éventuellement parvenir à un cessez-le-feu et à la réouverture du détroit ?
07:20D'abord un cessez-le-feu et l'ouverture du détroit,
07:23permettant le démarrage de négociations qui encadreront le programme nucléaire iranien.
07:28Jean-Noël Barraud, quand même, ça fait depuis le début de la semaine qu'on parle de cet accord imminent.
07:33Les frappes, elles n'ont jamais été aussi intenses, notamment de la part des Etats-Unis.
07:36Ce n'est pas illusoire de se dire qu'un accord va être réellement conclu,
07:40que le détroit d'Ormose va être rouvert aujourd'hui ?
07:43Les Etats-Unis et l'Iran, je le redis, doivent tout faire pour mettre fin à cette situation
07:46qui ne fait que des perdants.
07:47L'Iran et les Etats-Unis n'ont aucun intérêt à ce que cette situation se prolonge.
07:52Mais votre situation aujourd'hui, c'est que la question nucléaire ne doit pas être abordée tout de suite.
07:56Elle peut être reléguée dans un deuxième temps ?
07:58La discussion doit démarrer, mais je crois que, vous savez,
08:01un accord sur l'encadrement du programme nucléaire iranien,
08:04ça prend nécessairement quelques semaines, sinon quelques mois.
08:07Je crois que nous ne pouvons plus attendre pour l'ouverture de ce détroit,
08:11car les approvisionnements en hydrocarbures, mais aussi en engrais,
08:17sont essentiels pour que l'économie mondiale ne se trouve pas à l'arrêt.
08:23On voulait vous parler aussi ce matin, Jean-Noël Barraud,
08:25de la situation au Proche-Orient,
08:27et notamment concernant le traitement des membres de la flottille pour Gaza.
08:31Vous vous souvenez des images qu'on avait vues,
08:33ces militants agenouillés, les mains liées qui avaient été diffusées,
08:35notamment par le ministre israélien d'extrême droite, Itamar Bengvir.
08:39Le Premier ministre avait dit qu'il envisageait de saisir la justice française.
08:45Vous avez reçu, je crois, les avocats des militants français qui étaient concernés.
08:51Vous allez la saisir, la justice ?
08:53Lorsque j'ai eu connaissance des agissements inqualifiables du ministre Itamar Bengvir,
08:58j'ai d'abord convoqué l'ambassadeur d'Israël en France,
09:01pour lui faire part de notre vive condamnation,
09:04et pour obtenir des éclaircissements.
09:06Sur la base de ces éclaircissements,
09:09j'ai décidé de prendre des sanctions à l'encontre de M. Itamar Bengvir,
09:12en l'interdisant d'accès au territoire français.
09:15Puis, sur la base d'un rapport que j'ai demandé à notre consul général en Turquie,
09:20qui m'a fait état de violences sexuelles,
09:23d'expositions au froid, de coups,
09:25mais aussi d'humiliations répétées à l'encontre de ressortissants français,
09:31autant de faits qui sont susceptibles de qualifications pénales,
09:34j'ai décidé hier de saisir la procureure de la République
09:38en vertu de l'article 40 du Code de procédure pénale.
09:41C'est désormais donc une affaire qui est entre les mains de la justice.
09:43Mais ces avocats, eux,
09:44ils dénoncent un simulacre de condamnation d'Israël par la France,
09:49donc par vous-même, par le Quai d'Orsay.
09:51Pourquoi ?
09:53Interrogez-les, je viens de vous répondre, j'ai saisi la justice.
09:55C'est une dépêche qui vient de tomber en l'occurrence.
09:57Ils refusent de vous rencontrer pour évoquer la question
10:00et parlent effectivement de simulacre de ces condamnations.
10:02Pourquoi ce refus-là ?
10:04C'est à eux qu'il faut poser la question.
10:06Ma seule priorité, c'est celle de la sécurité de nos ressortissants
10:11lorsqu'ils se trouvent à l'étranger,
10:12y compris lorsqu'ils s'engagent dans des démarches,
10:14comme celle de la flottille,
10:15que nous avons très fermement désapprouvées.
10:17Mais qu'est-ce qu'elle peut faire à la justice ?
10:20Engager des poursuites, puisque je vous l'ai dit,
10:22les faits qui m'ont été rapportés par nos agents sur place
10:25qui ont accueilli les participants de la flottille
10:27après leur détention par les forces de sécurité israéliennes,
10:32m'ont fait part de faits qui sont susceptibles de qualifications pénales.
10:35Et donc maintenant, c'est à la justice de décider ou non d'engager des poursuites.
10:39La France organisera dans deux semaines, le 12 juin à Paris,
10:42une réunion internationale consacrée à la solution à...
10:46Deux États.
10:47Deux États.
10:48La paix au conflit israélo-palestinien.
10:51C'est étrange de prononcer ces mots alors qu'on est en pleine guerre.
10:55Est-ce que vous n'avez pas la crainte qu'après la destruction,
10:58il y ait maintenant l'annexion de Gaza
11:00après les discours de certains ministres israéliens ?
11:03Alors d'abord, sur la conférence internationale
11:07qui se tiendra le 12 juin à Paris,
11:09elle réunira des centaines d'Israéliens et de Palestiniens
11:11qui, comme nous, continuent de croire à la solution à deux États
11:15qui est la seule susceptible de ramener la paix et la sécurité dans la région.
11:19Deux États reconnus et respectés dans leurs droits
11:22vivant côte à côte en paix et en sécurité.
11:25Dans quelques mois, nous pourrons déclarer que nous avons gagné.
11:27Gaza sera totalement détruite.
11:29C'est ce que déclarait le ministre des Finances israéliens, Smotrich.
11:32Comment parler de paix dans ces conditions-là ?
11:35En donnant la parole à celles et ceux qui, au quotidien,
11:39en Israël comme en Palestine,
11:41travaillent à construire des ponts et à créer les conditions de la paix.
11:44Ceci étant dit, je veux dire que lundi prochain,
11:47le gouvernement israélien s'apprête à publier les appels d'offres
11:51pour un projet de colonisation illégale qui s'appelle E1,
11:54qui comporte 3400 logements qui permettraient d'accueillir 15 000 personnes
11:59qui couperaient en deux la Cisjordanie
12:01et qui sépareraient la Cisjordanie de Jérusalem.
12:04C'est une violation du droit international,
12:06c'est une violation du droit international humanitaire
12:08et je le dis avec beaucoup de gravité,
12:11toute entreprise qui répondrait à ces appels d'offres
12:15s'exposerait à des sanctions internationales
12:17car elle violerait à son tour le droit international.
12:20Mais donc quand vous voyez ce projet,
12:21quand vous entendez Benjamin Netanyahou qui demande à son armée
12:24d'occuper 70% de Gaza,
12:26quand il déclare zone de guerre une grande partie du Liban Sud
12:30et dans les deux cas concernant le Liban et concernant la bande de Gaza,
12:34ça contrevient au cessez-le-feu en vigueur.
12:36Comment vous la définissez, cette politique israélienne ?
12:40C'est une fuite en avant
12:42qui est contraire aux engagements pris par les autorités israéliennes,
12:46cessez-le-feu, notamment au Liban le 17 avril.
12:49Donc il est égal ?
12:49Cessez-le-feu à Gaza
12:51puisque une résolution du Conseil de sécurité a mis fin à la guerre à Gaza.
12:56C'est une violation,
12:57ou c'est contraire au droit international, bien évidemment,
13:00de déclarer zone de combat le sud du Liban
13:04ou de déclarer que 70% de la bande de Gaza va être reprise.
13:08Et c'est contraire à l'intérêt et à la sécurité d'Israël
13:11parce que chaque village qui est démoli,
13:13chaque civil qui est tué au sud du Liban,
13:16c'est le Hezbollah qui en sort renforcé et enraciné.
13:20Et chaque fois que l'armée israélienne progresse à Gaza,
13:24accroît son emprise,
13:25et bien là encore, c'est autant de forces qui sont données au Hamas
13:30qui doit pourtant être désarmée.
13:32Mais il vous arrive de vous demander
13:34à quoi peuvent bien servir ces déclarations de cessez-le-feu ?
13:38Vous savez, la paix, c'est un travail de long terme
13:44et les diplomates ont l'habitude de ne pas pouvoir obtenir instantanément,
13:49immédiatement des résultats.
13:50Le travail des diplomates, c'est de semer patiemment les graines
13:55qui, à un moment donné, permettent à la paix de s'enraciner durablement.
13:59Jean-Noël Barraud, la semaine dernière,
14:01la ministre de l'Agriculture, Annie Gennevar,
14:03participait à un déjeuner auquel était convié Xenia Fedorova.
14:07Je rappelle que c'est l'ancienne patronne du média pro-russe RT
14:10qui est devenue l'un des visages du groupe Bolloré.
14:13Elle est régulièrement présente sur CNews, dans le JD News.
14:15Elle a contesté à plusieurs reprises l'agression russe contre l'Ukraine.
14:20C'était une erreur pour elle de s'y rendre.
14:23Et Xenia Fedorova devait-elle avoir une carte de séjour
14:27qui a été renouvelée par l'administration française,
14:29donc sous l'autorité politique de votre gouvernement ?
14:32D'abord, ce n'était pas mon gouvernement,
14:34mais Mme Fedorova, c'est effectivement une propagandiste patentée
14:38qui sert de relais à la désinformation du Kremlin.
14:47Chacun est libre de sa ligne éditoriale,
14:50mais ouvrir à cette dame ses plateaux et ses colonnes,
14:54c'est tout simplement servir la soupe de Vladimir Poutine.
14:56Non, mais c'est que je cite Edouard Philippe sur cette antenne.
14:59Cette dame a une carte de séjour et vient parler en France
15:02contre le gouvernement français,
15:03contre la position française,
15:05et se faisant le relais à dessein ou non des positions russes,
15:08je trouve ça curieux.
15:09Curieux qu'elle soit en France.
15:11Qu'avez-vous à lui répondre ?
15:12D'abord, Mme Fedorova n'est pas la seule à critiquer le gouvernement français,
15:16c'est ce qu'on appelle la démocratie.
15:17Quant aux conditions de l'octroi à son titre de séjour,
15:22nous avons un état de droit, il y a un certain nombre de règles.
15:25C'est ce qui fait d'ailleurs la différence, remarquez-le,
15:27entre la France, l'Union Européenne et la Russie.
15:31On peut, dans une démocratie, proférer des mensonges
15:35sans être envoyé dans un goulag ou une colonie pénitentiaire.
15:38C'est d'ailleurs la raison pour laquelle tant de pays de l'ex-Union soviétique
15:42veulent rejoindre l'Union Européenne
15:43et qu'aucun pays du monde ne veut rejoindre la Russie aujourd'hui.
15:45Mais votre collègue du gouvernement, Annie Gennevar,
15:48elle a eu tort de participer à ce repas ?
15:50Je ne vais pas commenter les agendas de mes collègues du gouvernement.
15:56Je crois d'ailleurs que ce n'est pas le plus important dans cette affaire.
15:59Pourquoi la France ne soutient-elle pas l'initiative Sky Shield
16:02demandée par l'Ukraine et par de nombreuses ONG ?
16:04Vous demande Jean-Paul sur l'application Radio France.
16:06Nous avons, avec plusieurs dizaines de pays,
16:10constitué une coalition des volontaires
16:12pour qu'une fois la paix conclue, elle puisse être garantie.
16:15Ça marche comment ?
16:16Eh bien, pour la première fois dans leur histoire,
16:18hors de l'OTAN,
16:20ces plusieurs dizaines de pays ont décidé
16:22de mettre en commun leurs capacités militaires
16:23et de les déployer,
16:24mais une fois la paix conclue,
16:26à la fois dans le ciel, en mer et sur terre,
16:28pour dissuader toute nouvelle agression de l'Ukraine.
16:30C'est sur cette copie-là que nous travaillons à ce jour.
16:33Question de François également sur l'application Radio France.
16:35Va-t-il y avoir un changement d'attitude vis-à-vis de l'Algérie
16:38qui se montre très agressif de nos jours ?
16:40Nous avons un dialogue franc, mais exigeant, avec l'Algérie.
16:44Nous refusons de nous laisser entraîner
16:46dans des polémiques ou des bras de fer stériles
16:51parce que ce qui compte pour nous,
16:53ce qui compte pour le gouvernement français,
16:54c'est d'obtenir des résultats
16:55en matière de lutte contre le narcotrafic,
16:57d'expulsion des Algériens en situation irrégulière,
17:01d'obtenir, bien sûr, la libération de notre compatriote Christophe Glaze
17:05et d'obtenir une reprise de la coopération économique
17:08avec ce pays voisin, grand pays d'Afrique,
17:11avec lequel nous avons intérêt à avoir des relations normalisées.
17:14Mais vous avez des relations, des nouvelles de Christophe Glaze ?
17:18Nous continuons à plaider pour sa libération,
17:20en lien étroit avec sa famille,
17:21qui fait d'ailleurs preuve d'une très grande dignité
17:23dans cette épreuve que je veux saluer.
17:25D'ailleurs, est-ce qu'il sera question de lui la semaine prochaine
17:28puisque le ministre de l'Intérieur algérien va être à Paris,
17:32ce qui est aussi un signe du réchauffement
17:34que vous souhaitez voir advenir entre Paris et Alger.
17:37Il va être question de lui, de ce dossier,
17:39de ce journaliste qui est emprisonné depuis longtemps ?
17:41Alors d'abord, nous ne cherchons pas le réchauffement pour le réchauffement.
17:43Vous aurez compris que ce que nous recherchons,
17:44ce sont des résultats.
17:46Oui.
17:46Pour la sécurité, notamment, mais pas seulement,
17:49des Françaises et des Français.
17:50Et donc, est-ce qu'ils vont parler de lui, de Christophe Glaze ?
17:52Sa situation sera nécessairement abordée.
17:54Vous le savez, depuis que j'ai pris mes fonctions,
17:57il y a à peu près un an et demi,
17:58j'ai obtenu la libération de 31 personnes françaises,
18:02détenues arbitrairement ou retenues en otage.
18:04Donc j'ai bon espoir que nous parvenions à obtenir la libération de Christophe Glaze.
18:06La ligne Retailleau, c'était une erreur ?
18:08Le bras de fer, ou en tout cas le rapport de force,
18:12doit toujours être mis au service du dialogue
18:14et pas s'y substituer.
18:16Mais sans langue de bois.
18:18Un rapport de force qui n'a pas pour objectif d'obtenir les résultats,
18:22en général, est voué à l'échec.
18:25En tout cas...
18:26Donc c'était une erreur ?
18:27C'était un choix politique.
18:29Vous parliez de polémique tout à l'heure, Jean-Noël Barraud.
18:32Vous-même, vous êtes la cible des attaques de la presse algérienne.
18:34Oui, je ne vais pas les commenter.
18:36Vous savez, de part et d'autre...
18:37Qui vous accuse, alors on va quand même dire pourquoi,
18:38parce qu'ils vous accusent d'avoir pris une position favorable au Maroc
18:41sur le dossier du Sahara occidental.
18:43Est-ce qu'on peut vraiment dialoguer avec un pays
18:45dont la presse utilise ces mots à votre égard ?
18:48Oh, mais vous savez, il y a une certaine presse en France
18:50qui ne retient pas ses critiques contre l'Algérie.
18:53Moi, je refuse de céder, si vous voulez,
18:57à cette conflictualité que certains veulent entretenir
18:59ici en France vis-à-vis de l'Algérie,
19:01en Algérie vis-à-vis de la France,
19:02parce que ça dessert les intérêts des Français.
19:04Moi, ce qui m'importe, c'est qu'on puisse retrouver,
19:06neutraliser les narcotrafiquants,
19:07qu'on puisse expulser les Algériens en situation irrégulière,
19:10que nos entreprises, notamment l'agroalimentaire
19:12et nos agriculteurs puissent avoir des débouchés en Algérie
19:14et qu'on puisse libérer Christophe Glaze.
19:16Alors, il y a une question importante
19:18qui est celle de la présidentielle.
19:19La campagne a commencé à peu près 300 jours
19:22avant le premier tour.
19:24Vous êtes membre du Modem.
19:26Au centre, Jean-Noël Barraud,
19:27il y a dans ce bloc central
19:30Gabriel Attal, Édouard Philippe.
19:32Ils sont nombreux à avoir annoncé leur candidature.
19:36Comment est-ce que votre parti compte peser
19:39et est-ce que vous aurez un candidat ?
19:40Mon parti, c'est le centre historique
19:42qui n'a pas de candidat sur la ligne de départ,
19:45mais qui a vocation à présenter un projet devant les Français.
19:48Qui a vocation à leur présenter une vision.
19:50Mais qui l'incardera ?
19:51Eh bien, c'est chacun d'entre nous.
19:53Parce qu'on n'a pas besoin d'être candidat à l'élection présidentielle
19:55pour pouvoir s'exprimer.
19:57On n'est pas condamné à se taire.
19:58Et vous voyez, je crois d'ailleurs,
20:00que dans un moment où le débat voudrait être confisqué
20:04par l'extrême droite et l'extrême gauche
20:06qui veulent éclipser les vrais sujets,
20:08les sujets fondamentaux
20:09qui entravent la capacité peut-être de notre pays
20:12à s'engager avec enthousiasme vers l'avenir,
20:15eh bien, c'est notre responsabilité
20:17de militants, mais aussi de citoyens,
20:19de donner de la voix.
20:20Mais il n'y a pas trop de candidats pour vous ?
20:22Et notamment au centre ?
20:23Dans cet espace qui est le vôtre ?
20:26D'abord...
20:26Centre droit, centre gauche, Macronie ?
20:29D'abord, l'affirmation de chacun
20:31dans sa singularité, dans sa radicalité.
20:34Et puis ensuite, viendra le moment du rassemblement.
20:37Pas les rassemblements de partis politiques ou de candidats,
20:39mais le rassemblement de tous les Français.
20:41Et d'ailleurs, j'invite toutes celles et ceux
20:44qui, comme moi, croient à la démocratie,
20:46ont confiance dans la France et dans l'Europe
20:48et refusent que l'extrême droite et l'extrême gauche
20:50confisquent que le débat public
20:52éclipse les vrais sujets,
20:53notamment l'essentiel, les générations à venir.
20:55Vous les invitez dans un mois ?
20:56Dans un mois, le 28 juin, à Versailles,
20:58pour la fête de la démocratie.
20:59La fête de la démocratie, c'est un congrès du modem,
21:02pour le dire rapidement.
21:03Non, c'est un rassemblement
21:04et un moment d'expression festif,
21:08collectif et non partisan
21:10qui sera donc ouvert
21:11à tous ceux qui partagent les convictions
21:13que je viens d'énoncer.
21:14Faites la démocratie.fr,
21:16inscrivez-vous, je vous attends.
21:17À propos de l'élection présidentielle,
21:19il y a quand même une menace
21:20qui pèse sur cette élection future,
21:22c'est celle des ingérences étrangères.
21:24D'ailleurs, le parquet de Paris
21:24vient d'ouvrir une enquête
21:25sur une éventuelle ingérence étrangère
21:27d'une entreprise israélienne
21:28aux dépens de candidats LFI
21:30aux élections municipales.
21:32Vous les redoutez ?
21:33Vous allez faire quoi pour les empêcher ?
21:34Ce que je peux vous dire,
21:35c'est qu'effectivement,
21:36dans la période électorale
21:37qui vient de se passer,
21:41des ingérences électorales
21:42ont été détectées par Viginium,
21:44ce service que nous avons créé en 2021.
21:47Plusieurs ont été détectés.
21:48Un rapport complet
21:49qui couvrira l'ensemble de la période
21:51sera présenté par les services
21:53du gouvernement très prochainement
21:55qui feront état
21:56de l'ensemble de ces ingérences.
21:57Donc vous en connaissez un peu la teneur ?
22:00Il y a des ingérences russes,
22:02on les connaît.
22:03Est-ce qu'il y a une ingérence israélienne ?
22:04Mais ce qui est très important,
22:05c'est que la France,
22:06dès 2021,
22:07et c'était la volonté
22:08du président de la République,
22:08s'est dotée de cette capacité
22:10de détection.
22:11Et on est un des rares pays du monde
22:12à en disposer.
22:13Parce que quand on détecte,
22:15on est capable aussi
22:16de mieux protéger
22:17l'intégrité de nos processus électoraux
22:19qui sont menacés
22:21par des ingérences.
22:22Et vous vous souvenez
22:22qu'en Roumanie,
22:23une élection présidentielle
22:25a dû être annulée
22:26parce que la Russie
22:27s'y est invitée au travers de TIC.
22:28Alors, il y a une question de Salah
22:30qui vous demande
22:31si la diplomatie française
22:33va aller plus loin
22:35que la seule reconnaissance
22:37d'un État palestinien
22:39et ouvrir une ambassade française
22:41en terre de Palestine.
22:43Question de Salah.
22:44Ça fait partie, évidemment,
22:46des sujets auxquels on réfléchit.
22:48Aujourd'hui, on a un consulat général
22:50qui a beaucoup travaillé
22:51ces dernières années
22:52pour soutenir l'autorité palestinienne,
22:55pour soutenir nos partenaires
22:56en Palestine
22:57qui sont soumis à rude épreuve,
22:58comme je le disais tout à l'heure.
22:59Mais vous n'avez pas l'intention
23:00d'ouvrir une ambassade ?
23:02Ce n'est pas imminent.
23:03Ce n'est pas imminent.
23:04Et si vous l'ouvrez,
23:05ce sera à Tel Aviv ou à Jérusalem ?
23:06C'est un sujet auquel on réfléchit.
23:08Même si Tel Aviv
23:09est la capitale reconnue
23:10officiellement de l'État d'Israël ?
23:11Vous savez, l'essentiel,
23:12c'est que le plan de paix
23:15qui renvoie...
23:16Ce n'est pas net et ce n'est pas clair.
23:17Qui renvoie...
23:18Mais si !
23:18Vous savez,
23:20la solution à deux États,
23:22et c'est pour ça que j'invite
23:23des centaines de représentants
23:25israéliens et palestiniens
23:26dans deux semaines à Paris,
23:27pour qu'ils nous disent,
23:28aujourd'hui,
23:30notamment sur la question des territoires,
23:32comment on fait
23:32pour concrétiser cette solution
23:34à deux États,
23:34avec deux pays,
23:36deux peuples côte à côte
23:37qui se respectent
23:38et qui se reconnaissent
23:41l'un et l'autre.
23:42Et donc,
23:42moi, je n'ai pas toutes les réponses
23:43et j'attends en partie
23:44qu'elles viennent
23:45des Israéliens et des Palestiniens
23:46qui, comme nous,
23:47croyons à cette solution.
23:48Merci Jean-Noël Barraud
23:49d'avoir été l'invité
23:50de France Inter
23:51et bonne journée.
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