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Éducation
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00:07Le naufrage de Gourna ou naufrage de Khorna ou désastre d'Al-Khorna est la perte de
00:12nombreuses antiquités assyriennes issues de fouilles archéologiques françaises, coulées
00:15dans le Tchât et l'Arabe, à la confluence du Tigre et de l'Euphrate à Al-Khorna, en
00:19Irak actuel, le 21 ou le 23 mai 1855.
00:23Les pièces archéologiques transportées sont surtout issues des fouilles effectuées sous
00:27la direction de Victor Plas, consul de France à Mossoul, principalement sur le site de
00:31Korsabad à partir de 1851.
00:34Ces antiquités, rangées dans des caisses, rassemblent un nombre impressionnant de pièces, essentiellement
00:39de grandes sculptures, notamment deux taureaux ailés de Korsabad ou Lamassou.
00:43Beaucoup de tablettes cunéiformes sont transportées à Paris séparément par Félix Thomas.
00:47Victor Plas réussit à les faire transporter au bord du Tigre en décembre 1853, prêt
00:52à embarquer pour descendre le fleuve vers Bassora.
00:54Ces caisses restent ainsi à Mossoul, dans l'attente d'être transportées à Paris,
00:59du 5 décembre 1853 au 29 avril 1855.
01:03Victor Plas leur fait alors commencer leur voyage.
01:06De Mossoul à Bagdad, en effet, un navire français, le Manuel, doit arriver à Bassora
01:10fin avril 1855 pour récupérer ses antiquités et il ne peut y rester plus de 120 jours.
01:16Il s'agit donc d'organiser la descente de ces pièces archéologiques sur le Tigre jusqu'à
01:20Bassora, sur une flotte de radeaux ou keleks.
01:23Les keleks sont des radeaux composés d'outres de pots de boucs ou de moutons, gonflés
01:26et réunis entre elles par des pièces de bois.
01:29Ce sont des esquives très mobiles et de très faibles tirants d'eau, mais très fragiles
01:32et dont les outres doivent être changées au bout d'un mois.
01:35Parti de Mossoul avec un convoi de 8 radeaux le 29 avril 1855, Victor Plas atteint sans
01:40encombre Bagdad le 4 mai, mais doit, conformément à ses instructions, y abandonner son convoi
01:45pour retourner à Mossoul attendre son successeur au poste de consul.
01:49En effet, il est lui-même nommé sur un nouveau poste en Moldavie.
01:52Les autorités ottomanes de Bagdad cherchent à le dissuader d'organiser la suite du voyage
01:56parce qu'une digue s'est rompue et parce que des tribus sont révoltées dans le sud.
02:00Pour ces autorités, l'expédition de Plas est beaucoup trop risquée et elles le lui disent.
02:04L'assyriologue britannique Henry Rawlinson lui avait déjà fait part de ses doutes à ce sujet en février.
02:09Mais Victor Plas, pris entre des injonctions contradictoires, considère que le transport
02:14ne peut attendre, sous peine de rater le bateau à Bassora.
02:17Victor Plas fait réparer les cailex et décharger ceux qui portent les pièces les plus lourdes,
02:21pour charger celles-ci sur un voilier de 50 tonneaux.
02:24En plus de la collection qu'il a constituée, ce convoi transporte aussi des caisses d'antiquité
02:29qui proviennent des fouilles menées par Fulgence Fresnel et Jules Auper à Babylone à partir de 1852,
02:33dans le cadre de l'expédition scientifique et artistique de Mésopotamie et de Médie,
02:38soit un ajout de 40 caisses pesant 2 tonnes.
02:40Un enchaînement fatal, Victor Plas désigne un enseignant de Bagdad, à Clément, pour assurer
02:45la suite du voyage.
02:46Il lui confère le titre d'agent consulaire, organise et contemple le départ.
02:51À Clément part de Bagdad le 13 mai 1855, à la tête d'un grand voilier et de quatre
02:56radeaux, qui transportent 235 caisses d'antiquité.
02:59Même si Maurice Pillet affirme qu'il est français, à Clément est en réalité suisse.
03:03Il est installé à Bagdad depuis décembre 1853 et il entretient de bonnes relations
03:08avec les autorités locales.
03:09Nonobstant sa nationalité suisse, il accepte volontiers d'accomplir des missions pour
03:13le gouvernement français.
03:15Peu après le départ, à Clément perd le contrôle de l'équipage du navire.
03:19Le capitaine du bateau accoste pour charger une grande quantité de ballots de soie de contrebande.
03:24Il espère ainsi profiter de l'exonération de taxes dont bénéficie le transport des
03:28antiquités de Victor Plas.
03:30À Clément ne peut s'y opposer.
03:31Le bateau est trop chargé et fait haut.
03:33Le 18 mai, à Clément est malmené physiquement par un chèque local et contraint de lui donner
03:37tous les cadeaux prévus pour rémunérer les intermédiaires pendant l'ensemble du voyage.
03:41Les 20 et 21 mai le convoi est de nouveau pillé par différents groupes, qui réclament
03:45de l'argent pour les laisser passer.
03:47Le 21 mai ou le 23 mai, près de Alcorna, le bateau est encore attaqué et des pirates
03:52le mettent à sac.
03:52Le bateau heurte la rive et commence à sombrer.
03:55À Clément est frappé et dépouillé.
03:57Le capitaine d'un navire de la flotte fluviale ottomane, isolé, n'intervient pas pendant
04:01l'attaque, mais lui fournit ensuite des vêtements et lui permet de gagner la résidence
04:05britannique de Maguille, au nord de Bassora.
04:07Sur les quatre radeaux, deux s'échouent ou coulent.
04:10Les deux autres arrivent jusqu'à Bassora avant de sombrer mais ont réussi à sauver une
04:13partie de leur cargaison, dont un des deux grands taureaux de Corsabad.
04:16La date précise de l'événement est sujette à discussion.
04:20D'après des récits locaux, Jules Hopper et Maurice Pillet le situent le 23 mai, mais
04:24Bull Jentsch s'appuyant sur les mêmes sources le date du 21 mai.
04:28Le 17 juin 1855, de Mossoul, Victor Place rédige un rapport montrant son inquiétude quant
04:33à ce transport, alors qu'il est déjà probablement au courant du désastre.
04:37Il quitte Mossoul et la Mésopotamie deux jours après.
04:40Sur les 235 caisses du chargement, seules 28 sont sauvées, comprenant un des deux taureaux
04:45aînés de Korsabad, ou Lamassou, les antiquités provenant des fouilles menées par les Anglais
04:49et quelques autres caisses appartenant à Victor Place.
04:52L'ensemble est chargé, avec difficulté, à bord du manuel qui est finalement arrivé
04:56à Bassora le 10 juin.
04:58Les autorités ottomanes participent à l'organisation de ces récupérations d'objets.
05:02Les recherches pour sauver d'autres pièces se poursuivent, sans succès, jusqu'à la fin
05:06février 1856.
05:08Les pièces sauvées et transportées par le manuel arrivent au Havre le 20 mai 1856 et entrent
05:12au Musée du Louvre le 1er juillet 1856.
05:15Le taureau ailé qui a été sauvé des eaux est actuellement conservé au Musée du Louvre.
05:20Il a été identifié par le conservateur du département des Antiquités orientales Edmond
05:24Potier.
05:25C'est le seul taureau ailé monolithe des collections du Louvre, les autres ayant été
05:29sciés en six morceaux pour leur transport.
05:31Son séjour dans l'eau a endommagé la face, la couronne et le bas, mais l'état général
05:35de conservation est bon.
05:37Victor Place n'ayant pas dressé d'inventaire préalable, les pertes sont difficiles à connaître
05:41avec précision, mais elles représentent des années de travail, non seulement des Antiquités,
05:45mais aussi des notes, des plans et de nombreux livres.
05:48La collection de Fresnel est entièrement perdue.
05:51Elle comprenait des statuettes de terre cuite, des bijoux, une quarantaine de cylindres gravés,
05:55des poteries et plus d'une centaine de tablettes.
05:58Une catastrophe archéologique.
06:00De Constantinople, Victor Place écrit au ministre, Achille Foulde, « Je ne dirai pas
06:04à votre excellence tout ce que j'ai éprouvé en sachant perdu sans retour les fruits de tant
06:08de dépenses et de travaux. L'espoir de voir notre musée enrichi par de si belles découvertes
06:12m'avait fait oublier les fatigues et les déboires que j'avais endurées pendant quatre
06:15ans. Je pensais surtout, qu'en voyant le résultat, votre excellence satisfaite, m'aurait
06:20pardonné l'espèce d'acharnement que j'avais mis à ces fouilles, et qu'elle ne regretterait
06:24pas la bienveillance et la générosité dont elle a usé envers moi.
06:27Un seul instant a vu sombrer tant de légitimes espérances et il ne me reste plus qu'à vous
06:31prier, monsieur le ministre, de vouloir bien ne pas me reprocher un désastre dont je suis,
06:35à tout prendre, le plus malheureux. Après avoir quitté Bagdad vers 1863, a Clément
06:40publié en 1866 un compte rendu de cet événement dans la revue suisse de géographie Le Globe.
06:45Il ne s'agit pas pour lui de se défendre de quelconque manquement, puisque personne
06:49ne le met en cause. Il propose plutôt le récit d'un fait curieux susceptible d'intéresser
06:53le lecteur. En 1971, une mission japonaise explore le Tchad et l'Arabe à la recherche des
06:59pièces archéologiques perdues, mais ces investigations, pourtant menées scientifiquement avec des appareils
07:04modernes, ne permettent pas de les retrouver. Cette mission, menée en collaboration avec
07:08le gouvernement irakien, dure d'octobre 1971 au 31 janvier 1972. Elle analyse le lit du
07:15Tigre de sa jonction avec l'Euphrate jusqu'à 7 km en aval en utilisant un sonar, identifiant
07:20ainsi 24 emplacements dignes d'intérêt. Ils sont ensuite examinés par dragage et par
07:25des plongeurs. Pendant ce temps, l'équipe étudie aussi les berges du fleuve et interroge
07:29les personnes âgées à la recherche d'informations sur d'éventuelles épaves ou restent submergées.
07:34Ces efforts restent vains. Les destructions causées par les fouilles et la perte des pièces
07:37archéologiques dans le Tchad et l'Arabe ont altéré la connaissance du site de Korsabad.
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