00:00Oui, sujet glissant sur lequel s'aventure le chef de l'État, il a été poussé notamment par Christiane Taubira
00:04qui, on le sait, est très engagée dans le débat parlementaire sur la question de la mémoire de l'esclavage.
00:09Et notamment, elle soutient cette proposition de loi qui est maintenant dans le débat depuis quelques années, qui vise à
00:15abolir symboliquement le code noir au motif qu'il n'aurait jamais été complètement, définitivement abrogé dans le droit français.
00:23C'est une mesure évidemment symbolique puisque bien sûr le code noir n'est plus en vigueur depuis des siècles,
00:27mais c'est une mesure qui retient l'attention des parlementaires.
00:30Emmanuel Macron l'a évoqué hier. Il a évoqué donc aussi cette question des réparations de l'esclavage.
00:35Alors, il dit certes qu'elles ne pourront jamais être complètes, qu'il s'agit essentiellement d'une reconnaissance, mais
00:40tout de même le mot réparation est posé et on se demande avec beaucoup de perplexité ce qu'il peut
00:45bien pouvoir recouvrir.
00:46Car au fond, ce terrain est très glissant, réparation envers qui ? De quel montant ? Comment même les évaluer
00:52?
00:52Et puis, il a laissé donc Christiane Taubira évoquer aussi une résolution de l'ONU qui a été votée à
00:57l'ONU et qui revient sur l'esclavage, une résolution qui, à mon sens, est pourtant très dangereuse.
01:03Que dit cette résolution de l'ONU, Paul ?
01:05Le principe est simple, évidemment, elle condamne l'esclavage en décrétant que c'est déjà le pire crime contre l
01:10'humanité de toute l'histoire.
01:12C'est la raison pour laquelle la France s'était abstenue.
01:14Il n'est pas question pour la France de hiérarchiser les crimes contre l'humanité.
01:17Qui peut dire que l'esclavage, par exemple, serait pire que la Shoah ou l'inverse ?
01:21Donc, déjà, cette question de hiérarchie est très compliquée.
01:25Surtout, au-delà de ce point, le principal problème que pose cette résolution de l'ONU, qui est à l
01:29'initiative du Ghana, c'est son asymétrie complète.
01:32Elle n'évoque que la traite négrière pratiquée par les Occidentaux, qui certes est une page honteuse de notre histoire,
01:38mais elle ne dit pas un mot, par exemple, de la traite arabo-musulmane, qui pourtant est maintenant attestée par
01:43les historiens,
01:44ni même du rôle aussi qu'ont joué certaines ethnies africaines dominantes dans la traite négrière.
01:49Alors, sur ce second point, le fait est maintenant établi.
01:51On sait que les acheteurs d'esclaves étaient pour la plupart européens, mais que les vendeurs étaient africains, lors du
01:57commerce triangulaire,
01:57et que des ethnies dominantes de plusieurs actuels pays d'Afrique, dont le Ghana, ont joué un rôle tout aussi
02:03déplorable que les Européens dans cette traite négrière.
02:05Et quant à la traite arabo-musulmane, c'est un tabou absolu.
02:08Vous n'en entendez pratiquement jamais parler.
02:10Et pourtant, tous les historiens sérieux du sujet, eux, en parlent.
02:13Elle commence dès la fin du 7e siècle, 20 ans après la mort de Mahomet, lors du début de l
02:18'expansion de l'islam.
02:19L'islam des origines part à la conquête de l'Afrique du Nord, après avoir conquis l'Egypte.
02:22Et les premiers musulmans ont imposé, par exemple, aux chrétiens de Nubie, par un traité, la livraison de 360 esclaves
02:28par an.
02:29Puis ensuite, ils se sont éloignés en direction du Maghreb.
02:32Et là, ils ont implanté de nombreux marchés d'esclaves.
02:34Il y avait, par exemple, un marché d'esclaves à Alger, qui était une plaque tournante du marché d'esclaves.
02:39Ce sujet est très largement tabou aujourd'hui.
02:41Et les grandes résolutions internationales, comme celle de l'ONU, n'en parlent pas.
02:44C'est le silence complet.
02:46Et Emmanuel Macron n'en a pas dit un mot hier soir.
02:48Il semble hanté, lui, par la repentance de la France.
02:51Oui, alors Emmanuel Macron est certes le président de la France et pas d'un pays du Maghreb.
02:54Mais il pourrait avoir une vision complète de la question de l'esclavage, ce qu'il se refuse à faire.
02:58Et par ailleurs, on note qu'il entretient un rapport particulier avec l'histoire.
03:02Emmanuel Macron s'est toujours entouré d'historien.
03:04Il y a des historiens, très régulièrement, qui viennent le consulter à l'Élysée,
03:08lui prodiguer des conseils, parfois aider à la rédaction de discours.
03:11Il affectionne, on le sait aussi, beaucoup les commémorations.
03:13En fait, c'est comme si, en ayant un temps envisagé de marquer l'histoire,
03:17et voyant qu'il peine à cela, il se réfugiait dans la mémoire.
03:20On le sait, il rend des hommages à Tour de Bras, panthéonise autant que faire se peut,
03:24continue aussi de se battre la coulpe.
03:26Déjà, il y a dix ans, il déclarait que la colonisation était un crime contre l'humanité.
03:30Aujourd'hui, il continue encore.
03:31Et après avoir essayé de s'excuser au nom de tout le pays,
03:35il voudrait maintenant s'excuser au nom de tout un continent pour les errements du passé,
03:39et donc en l'occurrence l'esclavage,
03:41sans que l'on comprenne toujours le bénéfice politique qui l'escompte cette fois en tirée.
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