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  • 3 months ago
C’est peut-être l’œuvre tragique la plus puissante du répertoire français et, avec elle, la promesse d’une expérience marquante ! Pour cette nouvelle production, l’Opéra de Rouen invite Tiphaine Raffier, acclamée pour l’intensité de ses mises en scène au théâtre. Accompagnée d’une distribution française, elle signe ici sa première mise en scène lyrique attendue. Elle nous fait ressentir les doutes, le courage et la force libertaire des carmélites alors que règne la Terreur et que menace la silhouette de la guillotine. La sublime musique de Poulenc capture l’angoisse et la détermination collective des religieuses. Elle laisse en nous une empreinte indélébile qui perdure longtemps après le dernier accord, auréolé de silence.
Transcript
00:00Donc c'est un cauchemar jusqu'au bout.
00:01Ok.
00:02C'est un, voilà, c'est un cauchemar.
00:04Mais on s'amuse beaucoup.
00:06Mais on s'amuse.
00:06Bonjour, je suis Constance Arnoux du Média Culturel, l'éloge.
00:09Aujourd'hui, je vous emmène à l'Opéra de Rouen
00:11pour découvrir le tout premier opéra de Tiffen Raffier,
00:15notre éloge de la mise en scène 2023.
00:17Bienvenue dans les coulisses des dialogues des carmélites.
00:21C'est le chaos !
00:27Nous sommes devant la porte pour entrer en répétition.
00:30Je vous emmène avec moi.
00:31Allez, silence.
00:37Vous pouvez vous raconter un peu l'histoire
00:38pour me donner une petite carte contexte.
00:41Alors, c'est l'histoire de Blanche de La Force,
00:43qui est une aristocrate.
00:44Cette femme a un problème, elle est terrorisée.
00:47Le monde, la vie, lui fait peur.
00:49Et donc, la première scène, ça s'ouvre.
00:51C'est ce qu'on est en train de faire.
00:53Elle dit à son père qu'elle veut aller au Carmel, en fait.
00:55Elle n'y arrive pas.
00:55Elle se dit qu'elle va être en sécurité, là-bas.
00:57Et en fait, c'est le pire moment pour aller au Carmel.
01:00Ça se passe en 1789.
01:01C'est un moment de l'histoire
01:02où les religieux vont être très inquiétés.
01:06Donc, en fait...
01:06Pire idée.
01:07Pire idée.
01:09En réalité, si on doit résumer l'œuvre,
01:11c'est une femme qui va essayer d'apprendre à mourir.
01:16C'est un opéra, finalement.
01:18Et justement, c'est ta première mise en scène d'opéra.
01:20Comment tu le vis ?
01:21Je le vis...
01:24Comme si j'apprenais une autre langue, en fait.
01:27Ok.
01:27Encore un...
01:28Mais moi, c'est ce que j'aime le plus dans ce métier.
01:31C'est de faire des choses que je ne sais pas faire.
01:38Donc, tu me disais que là,
01:39c'était votre toute première répétition au plateau, aujourd'hui.
01:43On réalise, ça fait une semaine qu'on est au plateau.
01:45Ok.
01:45Moi, c'est la première fois que je travaille dans ce décor.
01:48Parce qu'il y a quatre décors en tout.
01:49Le premier, qui est chez Blanche.
01:52Moi, ça m'intéressait d'explorer vraiment celui-là.
01:54Parce qu'en général, le début, il est toujours un peu galvaudé.
01:57Puisqu'on va vite au Carmel.
01:58Moi, j'aime bien que ça, en fait,
02:00ça soit intéressant de voir où elle est,
02:02où elle a grandi, c'est quoi sa vie.
02:04Parce qu'après, on va comprendre tout
02:07en ayant exploré sa chambre
02:08et les murs de sa chambre.
02:10Ensuite, on va au Carmel.
02:12Il a deux étages.
02:12Le Carmel, c'est un Carmel qui prend l'eau.
02:14Tout prend l'eau.
02:15De toute façon, l'eau est le fil un peu conducteur
02:16de la mise en scène.
02:18Et à la fin, on va dans une sorte d'endroit
02:20qu'on a appelé le purgatoire,
02:21qui est un endroit qui fait tous les lieux
02:23de la dernière partie.
02:25Le nombre de personnes qui travaillent sur les décors,
02:27je trouve ça exceptionnel.
02:29Vraiment, il y a des trucs,
02:30mais il y a mille salles, mille ambiances.
02:32Ça fourmille.
02:33Genre du déo, t'as une hache.
02:36Vraiment, il y a un pour tous les goûts.
02:39C'est une oeuvre qui nous dit aussi
02:41à quel point l'invention de la religion chrétienne
02:46est une folie et à la fois un chef-d'oeuvre absolu.
02:50Tu dois mettre trois mots sur, justement,
02:53l'idée de la mise en scène autour de cette oeuvre.
02:55Ça serait quoi ?
02:56Je crois que je peux dire horreur.
02:57Parce qu'il y a du film d'horreur, vraiment,
02:59dans le parcours de Blanche.
03:01Il y a du sublime.
03:03Le sublime, c'est ce qui est plus grand que nous,
03:05qui nous terrifie tellement qu'on trouve ça magnifique.
03:09On va parler de chaos tout à l'heure.
03:10Je ne sais pas si c'est un bon mot, mais...
03:12Oui, j'en rajoute deux, alors.
03:13La grâce et le chaos.
03:15C'est-à-dire qu'il y a tout le temps,
03:16toutes les scènes commencent dans un chaos pas possible.
03:19Et à chaque fois, il y a un moment d'apaisement
03:23qui se crée de grâce,
03:24comme si toutes les particules retombaient,
03:26qu'il y avait un petit moment de beauté,
03:28un rayon de lumière,
03:29et c'est incompréhensible.
03:30Et en même temps,
03:32il y a cette espèce de chose à la fin
03:33qui nous dit
03:34« Est-ce qu'il ne faudrait pas apprendre à vivre
03:36plutôt qu'apprendre à mourir ? »
03:38C'est une très belle conclusion.
03:39C'est-ce qu'il ne faudrait pas apprendre à mourir ? »
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