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Respirer, c’est le geste le plus naturel du monde. On le fait environ 20.000 fois par jour sans y penser. Mais pour certains, cela peut devenir compliqué. Une poitrine qui se serre, un souffle qui siffle, une sensation d’étouffement parfois brutale, parfois silencieuse. En France, plus de 4 millions de personnes vivent avec de l’asthme. Et malgré les traitements, cette maladie provoque encore près de 60.000 hospitalisations et environ un millier de décès chaque année. Alors, peut-on vivre normalement avec de l’asthme et comment? Pourquoi certaines crises deviennent-elles des urgences vitales? Comment concilier asthme et sport?
Dans cet épisode du Podcast santé, Pierre Pariente, créateur de la fondation Grégory Pariente, raconte à Margaux de Frouville et Alain Ducardonnet, l’histoire de son fils, décédé de cette maladie à l’âge de 14 ans. Il est accompagné par Clairelyne Dupin, pneumologue à l’hôpital Saint-Joseph à Paris.
Dans cet épisode du Podcast santé, Pierre Pariente, créateur de la fondation Grégory Pariente, raconte à Margaux de Frouville et Alain Ducardonnet, l’histoire de son fils, décédé de cette maladie à l’âge de 14 ans. Il est accompagné par Clairelyne Dupin, pneumologue à l’hôpital Saint-Joseph à Paris.
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00:00Respirer, c'est le geste le plus naturel du monde. On le fait environ 20 000 fois par jour sans
00:05y penser.
00:06Mais parfois, ça devient plus compliqué.
00:08Une poitrine qui se serre, un souffle qui siffle, une sensation d'étouffement, parfois brutal, parfois silencieuse.
00:15En France, plus de 4 millions de personnes vivent avec de l'asthme.
00:19Et malgré les traitements, cette maladie provoque encore près de 60 000 hospitalisations et environ un millier de décès chaque
00:25année.
00:26Alors, peut-on vivre normalement avec un asthme et comment ?
00:29Pourquoi certaines crises deviennent-elles des urgences vitales ? Comment concilier asthme et sport ?
00:34Eh bien, on va voir tout cela avec vos invités.
00:36Je suis Margot Defrouville, chef du service santé de BFM TV.
00:39A ses côtés, Alain Ducardonnay, médecin, consultant santé BFM TV.
00:43Vous écoutez le podcast santé, le podcast qui prend soin de vous.
00:55Caroline Dupin, bonjour.
00:57Bonjour.
00:57Vous êtes pneumologue à l'hôpital Saint-Joseph à Paris.
01:00Et nous sommes également avec Pierre Pariante, fondateur de la fondation Grégory Pariante, du nom de votre fils.
01:07Fin mars 2013, il venait d'avoir 14 ans lorsqu'il a été emporté en pleine nuit par une crise
01:12d'asthme aiguë très brutale.
01:14Et trois ans plus tard, vous avez décidé de créer une association engagée dans la prévention.
01:20Exactement. En fait, quand vous connaissez ce drame, globalement, on est dévasté, il n'y a plus rien.
01:27J'ai toujours l'habitude de dire, lorsqu'on perd des parents, on est orphelin ou orpheline.
01:32Lorsqu'on perd un mari ou une femme, on est veuf ou veuve.
01:35Lorsqu'on perd un enfant, il n'y a pas de mot.
01:36C'est la triste réalité.
01:38Donc, soit on connaît l'effondrement, soit il faut trouver une réaction.
01:42Notre réaction, ça a été ce travail de fondation.
01:47Elle s'est fait très vite, tout l'ensemble de ma famille est médecin.
01:51Ça s'est fait très vite en demandant auprès des hospitaliers, qu'est-ce qu'on pouvait faire ?
01:58On nous a dit, faire du lever de fond ne sert absolument à rien, c'est pas quelque chose qui
02:02manque en France.
02:03En revanche, faire de l'information sur la maladie est très importante, pour sensibiliser un certain nombre d'intervenants,
02:11comme tout simplement les parents, les enfants, les éducateurs sportifs, on reviendra derrière sur leur importance,
02:19le monde politique et le monde médiatique, où vous êtes cette courroie de transmission de l'information vers l'ensemble
02:27de ces...
02:28C'est pour ça que je vous remercie de nous accueillir aujourd'hui.
02:29Et donc votre fils a été un asthmatique connu, j'imagine, suivi, traité, et pour autant, il a fait une
02:36crise mortelle.
02:37Ça paraît simple, mais c'est pas comme ça.
02:40C'est-à-dire que mon fils était asthmatique, mais pour nous, on n'avait pas la connaissance...
02:46Et encore une fois, je vous répète, on est dans le milieu médical,
02:48et personne n'avait vraiment la connaissance du risque qu'il prenait.
02:53En fait, c'était un gros asthmatique, un asthmatique sévère.
02:57Depuis la petite enfance ?
02:59Depuis la naissance.
03:01D'accord.
03:01Depuis la naissance, il avait une réaction forte aux allergies, de tout type, alimentaire, pollution, je crois qu'on y
03:09reviendra un peu plus tard.
03:11Donc, il rentrait dans les cases, il avait toutes les cases pour être candidat à la crise d'asthme sévère.
03:17Nous, on ne le sait pas.
03:18Et globalement, personne ne nous avertit.
03:20Ce pourquoi, quand intervient sa disparition, ça nous paraît comme une évidence de faire ce qu'on a fait pour
03:28prévenir les autres familles.
03:28Il avait un traitement de fonds ?
03:30Non.
03:31Non.
03:31Donc, il avait un traitement uniquement en cas de crise ?
03:33Il avait, oui, les aérosols.
03:38Oui, les traitements inhalés, les traitements de secours inhalés.
03:40Voilà, les traitements de secours inhalés, mais qui n'étaient pas vraiment les traitements de fonds.
03:46Il n'avait pas un suivi à proprement parler chez les pneumologues.
03:51C'est ce que l'on répète aujourd'hui à longueur de journée.
03:53Alors, justement, on va revenir sur tout cela, parce qu'on a employé plein de mots, en effet, les choses
03:57inhalées, les crises, etc.
04:00Comment est-ce qu'on pourrait définir, Claireline Dupin, la maladie asthmatique ?
04:06Alors, la maladie asthmatique, la première notion, c'est que c'est une maladie chronique, c'est-à-dire qu
04:10'elle dure toute la vie.
04:11À partir du moment où elle se déclenche, elle est là tout le temps.
04:13Ça, c'est une première notion super importante, parce que ça va sous-tendre la façon dont on traite cette
04:18maladie.
04:18C'est une maladie chronique, donc il faut la traiter tout le temps.
04:21Et ensuite, c'est une maladie pulmonaire, et plus précisément dans les poumons, ça touche les bronches, les tuyaux.
04:27En fait, c'est une maladie, c'est un peu de la plomberie.
04:29Au lieu d'avoir des tuyaux respiratoires bien ouverts pour laisser passer l'air,
04:33ces tuyaux vont être rétrécis, et donc l'air va passer de façon moins facile,
04:37va générer une gêne respiratoire, des sifflements, tout un tas de symptômes dont on pourra reparler.
04:42Mais c'est vraiment, il faut imaginer que l'air passe dans un tuyau trop étroit,
04:46soit uniquement pendant la crise, soit même en dehors des crises.
04:49On peut s'habituer progressivement à respirer dans un tuyau plus étroit,
04:52et en fait, avoir des symptômes d'asthme au quotidien.
04:54Alors justement, vous dites, c'est un essoufflement en quelque sorte,
04:57mais c'est assez banal l'essoufflement.
04:59On est essoufflé dans la vie courante, en permanence.
05:01Qu'est-ce qui fait la distinction ?
05:03C'est très banal, effectivement, comme symptôme,
05:05et ça participe au fait qu'on ait un retard diagnostique important dans l'asthme,
05:08au-delà du fait que tout le monde imagine que c'est une maladie qui est connue,
05:12qui est relativement banale, et or ça ne l'est pas.
05:15Un asthmatique, dans la majorité des cas, n'est pas essoufflé tous les jours de la même façon.
05:20La variabilité de l'essoufflement, qui est un terme qu'on appelle médicalement la dyspnée,
05:24mais donc cet essoufflement, chez un asthmatique, il va pouvoir être très intense un jour,
05:29et le lendemain ou quelques heures après, ne plus du tout exister.
05:32On est en pleine saison des pollens, je vais être très gênée pour respirer si je suis asthmatique.
05:37A l'inverse, si on est en plein mois de décembre et que je n'ai pas d'allergie de
05:40cette saison-là,
05:41je ne vais pas avoir de gêne.
05:42Donc cette variabilité de l'essoufflement, c'est anormal,
05:44et si cet essoufflement s'associe à des sifflements,
05:47qu'on appelle les sibilans en jargon médical,
05:50ces sifflements à la volonté à l'expiration,
05:53ça c'est quelque chose d'anormal et qui doit alerter.
05:56Il y a toujours ces sifflements ?
05:57Alors, pas toujours.
05:59Parfois, on a ce qu'on appelle la toux équivalent d'asthme,
06:02et donc on peut ne pas ressentir les sifflements,
06:05ou ils peuvent ne pas être audibles au stéthoscope par le médecin,
06:07mais une toux sèche qui ne s'accompagne pas de crachats,
06:11qui évoluent volontiers en crise et volontiers la nuit.
06:13Ça c'est aussi quelque chose qui est très typique dans l'asthme.
06:16Un enfant qui se réveille au milieu de la nuit en toussant de façon très sèche,
06:19il y a quelques diagnostics autres que l'asthme,
06:21mais globalement par ordre de fréquence et de l'asthme.
06:23Donc on peut siffler, on peut tousser, on peut être essoufflé.
06:26Ça commence essentiellement dans l'enfance, dans l'adolescence,
06:29ou ça peut être plus tardif ?
06:30Ça peut apparaître à tout âge.
06:32On peut naître asthmatique quasiment, en tout cas comme Grégory,
06:35avoir des symptômes depuis la toute petite enfance.
06:37C'est des enfants qui font des bronchiolites,
06:40volontiers l'hiver quand on est exposé à des virus.
06:42Mais on peut aussi devenir asthmatique à l'adolescence, à l'âge adulte,
06:45voire quand on a 60-70 ans.
06:48Donc le diagnostic de l'âge n'est pas quelque chose d'exclusion pour l'âge de diagnostic,
06:53dans l'autre sens.
06:55Est-ce qu'il faut toujours un terrain allergique ?
06:57Non, pas systématiquement.
06:59Allergies et asthmes sont deux maladies qui vont très très très facilement,
07:02ensemble, mais on peut être asthmatique sans être allergique.
07:05C'est un peu plus fréquent chez les adultes d'être asthmatique sans allergie.
07:08On peut être asthmatique parce qu'on a certains globules blancs dans le sang
07:11qui s'appellent les éosinophiles.
07:13Ça, c'est aussi un autre mode d'explication de l'asthme.
07:15Mais donc, ça n'est pas parce qu'on n'est pas allergique qu'on n'est forcément pas asthmatique.
07:19Alors Pierre, ce qui nous avait quand même frappé tout à l'heure, c'est qu'en fin de compte,
07:22il paraissait bien équilibré, il n'avait pas d'élément de gravité, et pourtant il a quand même fait quelque
07:29chose de gravissime.
07:31C'est quelque chose, alors je vous laisse répondre l'un et l'autre, d'abord la connaissance de la
07:34maladie, et ensuite se dire, en fin de compte, ce n'est pas parce qu'on a un asthme équilibré,
07:38parce qu'on prend bien son traitement, qu'il a été un traitement à la demande, que pour autant on
07:43ne va pas faire une forme grave.
07:44Exactement. En fait, on a, pendant un à deux ans, cherché à comprendre qu'est-ce qui s'est passé,
07:49comment on en est arrivé à, globalement, qu'il rentre dans ce tunnel dans lequel il n'est pas sorti.
07:57Et on s'est posé les questions, il revenait d'un déplacement en Grande-Bretagne, et les Grandes-Bretagnes sont
08:02connues pour avoir des moquettes épaises comme ça, des tissus muraux épais comme ça, dans lesquels beaucoup d'acariens peuvent
08:07être.
08:07Donc il a probablement été soumis à énormément d'allergènes. Et il est rentré, c'est 48 heures après qu
08:15'il a déclenché l'asthme. Il n'y avait a priori pas d'aliment, il y a eu une piscine,
08:19et les piscines, on sait très bien que le chlore peut être bénéfique ou maléfique, selon les cas.
08:25Donc tout ça, c'est des choses, des zones inconnues. C'est l'objet de notre fondation, où on travaille,
08:32point par point, à essayer d'étudier, grâce à l'aide des médecins qui nous apportent énormément,
08:40pour qu'on puisse avancer dans des explications données aux parents, comme nous, des explications qui soient crédibles, pour qu
08:48'ils comprennent le besoin de consulter en permanence.
08:52Alors justement, Caroline, pourquoi est-ce qu'il y a des gens qui font des réactions graves comme ça, paroxystiques,
08:57botales, parce qu'en fin de compte, c'était prévu, parce que là, tout est déstabilisé.
09:00Qu'est-ce qui fait que ça se déstabilise brutalement ?
09:02Alors, Pierre, on a parlé, il y a tout un tas de facteurs. Le poumon, les poumons, c'est les
09:06organes qui sont le plus exposés à notre environnement extérieur.
09:09Donc, quel que soit ce qu'on respire, on est allergique, effectivement, on respire dans un environnement avec des moquettes,
09:14on a des acariens, c'est la saison des pollens, on y est exposé.
09:18On a des moisissures chez soi, on a de l'humidité, tout ça, ce sont des facteurs qui vont immédiatement
09:23avoir un effet un peu de clé dans une serrure qui va ouvrir la porte de la crise d'asthme.
09:27Et derrière, c'est ce qu'on appelle la cascade de l'inflammation. Il y a une sorte de cascade,
09:32d'automatisme qui se déclenche, qui va aboutir à cette bronche qui se ferme.
09:37Ça peut se jouer en quelques minutes, parfois. Il y a des formes de crise d'asthme, c'est ce
09:42qui s'est passé.
09:43Le soir même, il n'était pas... On était au restaurant. Alors, ma femme me dit qu'il avait aussi
09:49ce mouvement de vagues. On sent la difficulté respirante par un mouvement de vagues.
09:54Moi, je n'ai vraiment pas observé ça parce que je n'ai pas fait particulièrement attention. On a été
09:58manger dehors, pas de problème. Et quand il est rentré, il m'a dit j'ai vraiment du mal.
10:03Donc, à partir de là, immédiatement, on a décidé d'aller à l'hôpital. Sauf qu'il n'y est
10:10pas arrivé. On va y revenir après aussi.
10:12Oui. Classiquement, la crise d'asthme, c'est quelque chose qui est un phénomène brutal. En tout cas, ça ne
10:18se joue pas sur des jours et des jours et des jours.
10:20C'est plutôt de l'ordre de plusieurs heures. Et dans certains cas, ça peut être vraiment de l'ordre
10:24de quelques minutes.
10:25Et donc, c'est important que nos patients, et pour les enfants, leurs parents, soient éduqués à comment réagir en
10:30cas de crise d'asthme.
10:32Et une autre chose qui est importante, c'est qu'on s'y intéresse de plus en plus à pourquoi
10:38est-ce qu'il y a encore 1000 personnes en France qui meurent d'asthme chaque année ?
10:42Pourquoi dans un pays où on a un accès aux soins, où il y a des traitements qui fonctionnent ?
10:45La grande majorité des gens, des enfants, mais aussi des adultes qui décèdent d'asthme en France, n'ont pas
10:50de traitement de fond.
10:51Et c'était le cas de Grégory.
10:53Et ça, c'est un sujet important sur lequel les pneumologues, on doit se mobiliser, de faire comprendre à tous
10:58nos confrères médecins
10:59qu'un patient asthmatique doit avoir un traitement de fond.
11:02Et à la population générale aussi, qu'il y a un réflexe.
11:04On a tous le réflexe de, on peut la citer, c'est dans le domaine public, mais de la ventoline.
11:09Tout le monde imagine que si je suis asthmatique, je dois avoir un traitement de secours.
11:13Ce serait bien que tout le monde imagine que si j'ai un asthme, il faut que j'ai un
11:16traitement de fond tous les jours.
11:17Donc là, vous nous dites que la ventoline n'est pas le traitement de l'asthme suffisant ?
11:20Non, c'est le traitement de la crise.
11:23Mais l'objectif du traitement, c'est qu'un patient asthmatique n'ait quasiment jamais besoin de sa ventoline.
11:28Et que s'il l'utilise, il connaît, et son entourage connaît, le nombre de doses au bout duquel il
11:33faut appeler à l'aide.
11:34Et donc ça, c'est un message à faire passer à tous les médecins généralistes, notamment, parce qu'ils peuvent
11:39prescrire ?
11:40Absolument, tout à fait. La base du traitement de l'asthme, c'est les corticoïdes, qui est un traitement anti
11:45-inflammatoire.
11:46La maladie asthmatique, c'est une inflammation.
11:48Quand vous avez, par exemple, un gros coup de soleil, vous voyez votre peau qui est rouge et qui gonfle.
11:51Quand vous êtes asthmatique, c'est la même chose.
11:53Parce que vous avez respiré, par exemple, des virus ou des allergènes,
11:56à l'intérieur, votre peau, qu'on appelle la muqueuse, elle va gonfler.
12:00Sauf que quand on gonfle dans un tuyau, le tuyau se rétrécit.
12:03Alors que quand on gonfle sur la peau, c'est assez douloureux, mais il n'y a pas de risque
12:06vital.
12:07Et donc, comme c'est une maladie inflammatoire, on met des traitements anti-inflammatoires.
12:11Et la ventoline n'est pas un anti-inflammatoire.
12:13La cortisone, les corticoïdes inhalés, sont un traitement anti-inflammatoire.
12:18Et on les prend par voie respiratoire, de façon à ce que ce soit déposé partout dans nos bronches.
12:23Et surtout que ce soit des traitements avec pas ou quasiment pas d'effet secondaire.
12:26Donc, maladie chronique, traitement de fond.
12:29Exactement, tous les jours.
12:30C'est une question qu'on doit absolument...
12:31Tous les jours.
12:31Est-ce que n'avait pas, en fait, votre fils ?
12:34Alors, il l'a eu, plus jeune.
12:36Il est mort à 14 ans, donc vers les 8-9 ans, il l'a eu.
12:40Puis il a eu un déménagement dans le sud de la France.
12:42Et là, on a perdu le fil.
12:43C'est pas lui qui a perdu le fil.
12:45On va parler tout à l'heure de l'observance.
12:47Mais lui, il était observant.
12:48Il n'y avait pas un moment donné où il n'a pas pris ce qu'on lui a dit
12:51de prendre.
12:51Mais il n'a pris que ce qu'on lui a dit de prendre.
12:55Claireline insistait sur l'éducation également du monde médical, qui est essentielle.
13:01Parce que le médecin, parfois, le pédiatre, dans le cas qui nous concerne,
13:06ne sait pas la gravité de cette maladie-là, jusqu'où ça peut aller.
13:11Et même certains pneumologues ne le savent pas non plus,
13:14qu'à 12-13 ans, on peut en mourir.
13:17Là, c'était... Vous avez monté la fondation il y a 10 ans ?
13:21Un peu plus, même.
13:23C'était en 2016.
13:24C'était trois ans après sa mort.
13:27C'est un temps de réaction.
13:29Et il s'est passé quoi en 10 ans ?
13:30Est-ce que vous voyez les choses s'améliorer au niveau de la connaissance du grand public ?
13:34En tout cas, ce qu'on a fait, on a essayé de faire le maximum.
13:39Encore une fois, le média est une courroie de transmission phénoménale,
13:43les réseaux sociaux aussi,
13:44qui a été de prévenir.
13:46Notre job, il est de prévenir du risque
13:48et d'aller consulter les pneumologues, les spécialistes,
13:52quitte à en faire un peu plus qu'un peu moins.
13:55Et vous avez choisi d'angler particulièrement sur la prévention auprès des adolescents.
13:58Est-ce que c'est une période plus à risque, docteur ?
14:00Oui, c'est une période très difficile dans toutes les maladies chroniques.
14:03C'est une période de transition,
14:06où on passe de l'enfance, où on est très entouré par notamment ses parents,
14:10mais pas que, à une période où on s'autonomise.
14:13Et où on est souvent en refus de ce qui nous arrive.
14:16On a envie de s'indépendre...
14:18Je ne sais pas comment on a le sens pour le dire, mais voilà.
14:20En tout cas, on a envie de devenir une personne en tant que telle.
14:24Et donc, par automatisme, quelle que soit la maladie,
14:27on a du mal à prendre ces traitements.
14:29Et ça, c'est une période extrêmement compliquée,
14:31parce que les chiffres sont catastrophiques dans les traitements inhalés.
14:36C'est à peu près trois quarts des patients adolescents,
14:39mais aussi à l'âge adulte,
14:40qui ont du mal à prendre leurs traitements.
14:42Et puis l'adolescence, c'est aussi une période où on commence à fumer,
14:44où on commence à avoir aussi des rythmes de vie un peu différents,
14:47et à se lever plus tard.
14:48Et le vapotage aussi aujourd'hui, est-ce que ça joue ?
14:50Dans le tabagisme, j'inclus le vapotage.
14:53Alors, il y a une étude de la Fondation du Souffle,
14:55qui est un organisme national qui s'intéresse à la prévention,
14:58notamment des maladies respiratoires,
14:59qui a montré qu'il y avait beaucoup plus,
15:01deux fois plus, d'asthmatiques
15:03chez les consommateurs de e-cigarettes de vapotage
15:06que chez les non-consommateurs de vapotage.
15:09Quel est le lien exact ?
15:10On ne le connaît pas aujourd'hui,
15:11mais il y a probablement un effet néfaste du vapotage.
15:16Vapoter, c'est mieux que fumer,
15:17mais vapoter, c'est moins bien que rien consommer du tout.
15:21Alors, on a beaucoup parlé de choses négatives,
15:22en fin de compte, dans tout cela,
15:24mais la vie d'un asthmatique peut aussi être normale,
15:26et en particulier, il y a un lien qu'on évoque toujours,
15:29c'est le lien avec l'activité physique.
15:30Votre fils faisait de l'activité physique ?
15:32Oui, dans la mesure du possible.
15:35Il y avait des sports, il ne pouvait pas faire.
15:36C'était trop contraignant au niveau de sa respiration pour le faire.
15:40Le tennis, par exemple.
15:42Mais il faisait de la natation, il faisait les sports d'activité,
15:45comme tous les gosses à l'école.
15:46Pas de problème.
15:47Claireline, c'est un bon élément ?
15:50Ça favorise ?
15:52Ça fait presque partie du traitement ?
15:54Oui, ça fait partie du traitement.
15:55Très longtemps, on a interdit aux asthmatiques de faire du sport à l'école.
15:58On les mettait de côté,
15:59et par peur du risque,
16:00et en réalité, l'activité physique régulière,
16:05elle va permettre d'améliorer la capacité respiratoire.
16:08Alors, elle ne travaillera pas sur l'ouverture des bronches,
16:10mais elle travaillera sur les muscles,
16:12notamment intercostaux,
16:13sur notre diaphragme,
16:14qui est le gros muscle qu'on a sur les poumons.
16:16Et donc, plus on fait de l'activité physique régulière,
16:19meilleur est notre contrôle,
16:20évidemment, en continuant le traitement de fond.
16:23Ça ne remplace pas le traitement de fond,
16:24mais il n'y a plus de contre-indications formelles,
16:26sauf quelques exceptions,
16:27à faire du sport quand on est asthmatique.
16:29Donc, aujourd'hui, vous auriez dit à Grégory,
16:31le tennis, ok ?
16:32Le tennis, ok.
16:34Et pourquoi est-ce que tu n'arrives pas à faire du tennis ?
16:36Quels sont les symptômes que tu ressens ?
16:37Qu'est-ce qu'on va modifier comme traitement ?
16:40Aujourd'hui, comme on autorise les enfants et les adultes
16:44à faire du sport,
16:45on est aussi vigilant sur leurs symptômes dans ces moments-là.
16:48Et éventuellement, on modifie les traitements.
16:50Et dans la majorité des cas,
16:52sauf quelques exceptions,
16:53un asthmatique doit avoir une vie normale.
16:56On dit classiquement qu'il faut faire un petit pub chute,
16:58justement, avant de faire le délit.
16:59L'activité physique, est-ce que c'est vrai ?
17:00Là aussi, ça ne remplace pas le traitement de fond.
17:02Mais oui, avant une activité physique,
17:04et notamment avant les sports d'endurance,
17:06on conseille la prise de traitement, là, de ventoline,
17:09donc de bronchodilatateur.
17:10On va ouvrir notre branche avant de faire cette activité physique.
17:13Et éventuellement, on va pouvoir le reprendre pendant l'effort.
17:16Tout un travail a été fait auprès des éducateurs sportifs
17:19pour les enfants jeunes
17:21de ne pas les laisser faire du sport sans leur dispositif à côté.
17:26Ça paraît simple.
17:28C'est indispensable.
17:29On a fait des vidéos,
17:30ça a été la première vidéo qu'on a fait de la fondation.
17:33Elle avait ce double effet
17:34de parler de l'enfant qui ne suit pas bien son traitement
17:37et dont l'éducateur,
17:39l'entraîneur de tennis lui a dit
17:41« Je suis obligé de te déclarer forfait parce que tu respires mal. »
17:44Et la deuxième chose, c'était,
17:46on a appelé ce clip « La chaise vide »
17:47parce qu'elle rendait hommage à tous ses enfants de 13-14 ans.
17:51Moi, le mien est parti.
17:52Et les autres, ils sont restés.
17:54Et ils sont restés avec une chaise vide à côté.
17:56Vous voyez le trouble.
17:57Moi, je les continue à les voir, ses copains.
17:59Il y en a un qui s'est marié la semaine dernière.
18:02J'ai été au mariage la semaine dernière.
18:04Et à la mairie, ils rendent hommage.
18:06À Grégory, on est 11, 12, 13 ans plus tard.
18:09Et la devise de la Fondation, d'ailleurs,
18:10c'est pour que mes potes respirent à plein poumon.
18:13Bravo.
18:14Ça a été, c'est une...
18:16La Fondation a été créée un 22 mars,
18:18date anniversaire de sa mort,
18:19à la préfecture qui est à la porte d'à côté de chez vous,
18:22juste à 30 mètres.
18:24Et la dame de la préfecture a dit
18:25« Je vous la date à aujourd'hui »,
18:27bien qu'on doive étudier le dossier dans son intégralité,
18:30mais on la datera du 22 mars.
18:32Son ouverture a été faite 3 ans, jour pour jour, après son décès.
18:35Et toutes nos opérations ont toujours lieu le 22 mars.
18:38Est-ce qu'on peut considérer, en fin de compte,
18:39qu'avec un traitement bien suivi,
18:41avec une observance,
18:43avec une qualité de vie tout à fait correcte,
18:46en fin de compte,
18:46il y a une sorte de rémission de cette maladie ?
18:49Ou est-ce que simplement elle est équilibrée
18:51et toujours prête à se déséquilibrer ?
18:53Alors, oui, la rémission,
18:54c'est un terme qui est connu de très longue date dans l'asthme.
18:57On s'y réintéresse récemment
18:59parce qu'il y a eu des nouveaux traitements,
19:00mais depuis aussi loin qu'on fait de la recherche médicale,
19:03on est capable de démontrer
19:04que dans une population d'asthmatiques,
19:06un certain pourcentage est capable de rentrer en rémission,
19:09c'est-à-dire que la maladie est dormante.
19:11Alors, elle ne disparaît pas complètement,
19:13la rémission ne veut pas dire la guérison,
19:15mais ça veut dire une maladie
19:16qui est complètement asymptomatique.
19:20Chez l'enfant,
19:21un pourcentage important d'enfants
19:22vont avoir une maladie
19:23qui va devenir dormante à l'âge adulte
19:25et qui ne feront peut-être plus jamais de crise.
19:27Chez l'adulte, ça arrive aussi.
19:29Parfois, on a besoin de traitements lourds
19:31et donc on est en rémission, mais avec des traitements.
19:34Et si on lève les traitements,
19:35la maladie va se réveiller,
19:36mais on est quand même en rémission
19:37avec une maladie dormante et une vie normale.
19:39Sur les traitements, il y a des nouveautés ?
19:41Alors, il y a eu beaucoup de nouveautés.
19:43Oui, il y a eu beaucoup de nouveautés récemment,
19:45mais qui concernent une frange assez étroite
19:48de la population des asthmatiques
19:49puisque ce sont des traitements
19:50qu'on appelle les biothérapies,
19:52des traitements en piqûre
19:53qui vont être donnés
19:53pour les formes d'asthmes sévères.
19:57Là, on fait juste un petit aparté.
19:58Un asthme sévère n'est pas un asthme
20:01qui fait des crises sévères.
20:02C'est très différent.
20:03On peut avoir un asthme très léger
20:05et faire une crise extrêmement grave.
20:07Donc, attention à ne pas se sentir
20:09non concerné par ce dont on est en train de parler
20:12parce qu'on fait une crise une fois de temps en temps.
20:13Donc, on peut faire des crises très sévères
20:15quand on a un asthme léger.
20:16Un asthme sévère, c'est plutôt un asthme
20:18qui va faire des crises modérées,
20:20mais régulières, très fréquentes,
20:21avoir besoin de beaucoup de traitements.
20:22Et pour ces gens-là
20:23qui sont très souvent à l'hôpital,
20:24qui ont du mal à travailler,
20:25où il y a un absentéisme scolaire également,
20:28ont été développées ces biothérapies,
20:30traitements par piqûre,
20:31qui vont calmer l'asthme.
20:33Dans la majorité des cas,
20:34on n'en a pas besoin
20:35et les traitements inhalés par corticoïdes
20:38dont on parlait tout à l'heure suffisent.
20:39Et là, il y a eu beaucoup d'innovations
20:41ces dernières années,
20:41mais plutôt sur la technique de prise,
20:43on a développé des dispositifs
20:45qui sont plus simples d'utilisation
20:47que le spray
20:47ou qui ne peuvent être pris
20:49qu'une seule fois par jour
20:49au lieu de deux.
20:50Donc, c'est là-dessus
20:50qu'il y a eu beaucoup de progrès.
20:52On termine avec quelques idées reçues rapides,
20:54si vous permettez.
20:54On va presque arriver à répondre nous-mêmes
20:56grâce aux deux invités.
20:57Exactement, médecin,
20:58on va voir si vous avez bien écouté tous.
21:00Allez, question rapide,
21:00vrai ou faux ?
21:01La ventoline suffit à traiter l'asthme ?
21:03Dois-je répondre ?
21:04Non.
21:05Clairement.
21:05Le stress peut-il déclencher une crise ?
21:08Oui.
21:09Oui.
21:10Un asthmatique ne doit pas faire de sport.
21:13Non.
21:14Un asthmatique, pardon,
21:15doit faire,
21:16et peut et doit faire du sport.
21:17Quand on ne fait plus de crise,
21:18on n'est plus asthmatique.
21:19Faux.
21:21Et on guérit
21:23souvent
21:24l'asthme de l'enfant.
21:26je dirais parfois.
21:27Ça ne disparaît pas à la puberté.
21:29Voilà, on peut rentrer en rémission.
21:31Ça peut,
21:31mais pas toujours.
21:33Ce n'est pas systématique.
21:35Caroline Dupin,
21:35merci beaucoup.
21:36On rappelle que vous êtes homologue
21:37à l'hôpital Saint-Joseph à Paris.
21:38Merci beaucoup Pierre Pariante.
21:40On rappelle le nom de votre association,
21:41la fondation Grégory Pariante.
21:43Merci beaucoup.
21:44Et nous, on se retrouve la semaine prochaine.
21:45Et d'ici là,
21:46prenez soin de vous.
21:46Sous-titrage Société Radio-Canada
21:53Sous-titrage Société Radio-Canada
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