00:00Bonjour Laurent Cuché, une fusillade en plein jour devant un magasin de bonbons, deux pères de familles tuées, les trafiquants
00:07n'ont-ils plus de limites ?
00:08Il n'y a effectivement plus de limites, les circonstances vous l'avez rappelé c'est en plein jour au
00:13milieu des commerces ouverts.
00:16On précise aussi qu'il y a une aire de jeu pour enfants exactement devant les commerces où a eu
00:22lieu la fusillade.
00:23Donc on peut imaginer que le bilan aurait pu être beaucoup plus lourd et beaucoup plus dramatique.
00:28Une vidéo circule aussi sur les réseaux sociaux que nous avons pu authentifier.
00:32On voit le tireur des moulins, il circule lentement sur sa trottinette, il a l'air calme. Est-ce que
00:37ce sont des individus entraînés ?
00:40Entraînés, je ne sais pas. Le profil va peut-être évoluer et ressortir au fil de l'enquête.
00:49La vidéo, effectivement je l'ai vue aussi, on voit une froideur dans l'attitude de l'individu.
00:56Est-ce que c'est effectivement le tireur ? L'enquête le confirmera en tout cas.
01:00Il semblerait, d'après ce qu'on voit sur la vidéo, maintenant on ne le voit pas tirer, on le
01:05voit partir.
01:06Qui sont-ils ces trafiquants ? Ce sont des jeunes, ils viennent de Nice ?
01:12Les trafiquants sont... Il y a plusieurs niveaux, c'est très hiérarchisé.
01:17Il y a une espèce de pyramide où chaque niveau ne connaît pas forcément le niveau N plus 1 supérieur.
01:25Et ils ont des contrats, comment ça se passe ? Ils sont payés combien pour tuer en fait ?
01:30Pour tuer, c'est encore autre chose.
01:33Ce sont des mains et des jeunes qui sont employés pour effectuer ce type de contrat.
01:41Les sommes sont parfois dérisoires, ça fait froid dans le dos.
01:45C'est-à-dire dérisoire ?
01:46On peut parler de 2-3 000 euros le contrat.
01:50Et comment sont-ils recrutés ?
01:51Via des chaînes Telegram, Snapchat.
01:56C'est des chaînes spécifiques sur lesquelles il y a des formes de petites annonces.
02:02On peut parler de ça.
02:03C'est ce qui a pu se passer pour cette fusillade ?
02:05Possible. C'est possible. L'enquête déterminera la façon dont ils sont recrutés, qui peuvent être les commanditaires.
02:12C'est difficile de les retrouver, vous qui êtes spécialisé dans l'investigation ?
02:15Effectivement, oui. Ça demande un gros, gros travail.
02:18D'ailleurs, je tiens à saluer mes collègues du SIPJ-06 qui sont en charge de l'enquête.
02:25Là, le tireur est en fuite. Quelles sont les méthodes qui sont utilisées dans ces cas-là pour les retrouver
02:29?
02:29Les méthodes d'enquête, c'est des moyens techniques, c'est des méthodes d'investigation.
02:32C'est bien sûr la vidéosurveillance qui est présente ici sur Nice.
02:36En février dernier, le ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez, a présenté un plan d'investigation
02:41pour pouvoir mieux remonter les filières du narcotrafic.
02:44Il y a 125 mesures en tout, dont le recrutement de 700 professionnels en France.
02:48Est-ce que c'est suffisant selon vous ?
02:50Il faut effectivement redonner une grande attractivité à la filière d'investigation.
02:56Le plan d'investigation a proposé, vous l'avez dit, 125 mesures.
03:00Il faut que déjà tout soit mis en place.
03:03C'est des propositions, c'est des axes de réflexion que l'administration a mis sur la table.
03:09Maintenant, il va falloir être, à mon sens, un petit peu plus pertinent dans l'action,
03:15et puis dans la récompense et dans l'envie de redonner goût et du sens.
03:19Mes collègues au quotidien me le disent.
03:21On veut avoir du sens à notre mission et retrouver du sens dans notre mission et dans ce qu'on
03:26fait au quotidien.
03:27Combien il en faudrait en plus dans le département ?
03:29Le département, les chiffres sont discutés ici et là.
03:34Notamment entre le maire de 10 et le préfet.
03:36Exactement.
03:37Nous, on n'est pas...
03:40Les chiffres sont variés en fonction de ce qu'on regarde,
03:43mais effectivement, il faut beaucoup de monde sur le département.
03:46L'attractivité, il y a plusieurs causes à tout ça.
03:49Le coût de la vie, on a une belle région, mais c'est très difficile de s'y éloger.
03:54Donc forcément, c'est compliqué pour y rester.
03:57Si on prend le cas des moulins, est-ce que plus d'enquêteurs, ça pourrait permettre d'améliorer les choses
04:02?
04:02Est-ce que vous avez un exemple d'action en plus qui pourrait être mise en place pour les aider,
04:07ces habitants ?
04:08En fait, ces habitants, ils méritent d'avoir au quotidien une sécurité sur le terrain qui est visible.
04:13Alors au moment des faits, il y avait une opération en cours.
04:16Donc on ne peut pas reprocher à la police de ne pas effectuer des opérations qui sont pertinentes,
04:22puisque ce type d'opération entraîne toujours des résultats positifs.
04:26Mais derrière, il y a en parallèle des actions d'investigation qui sont menées.
04:31Et les actions de terrain peuvent dérouter et déranger les trafiquants,
04:35et donc perturber les enquêtes qui sont en cours,
04:38sans pour autant que nos collègues de terrain soient forcément au courant qu'ils perturbent les enquêtes.
04:42Parce qu'aujourd'hui, il y a des enquêtes en cours, mais qui ne peuvent pas être menées ou pas
04:46suffisamment bien par manque de bras ?
04:48C'est une certitude, oui. On manque de bras pour mener des enquêtes.
04:52Les enquêtes, notamment pour le stupéfiant, sont très lourdes.
04:57Ça demande beaucoup de moyens techniques, de moyens humains.
05:00Il faut suivre les gens, il faut...
05:02Ça veut dire quoi qu'il y a des interpellations ?
05:03Mais finalement, sans lendemain, on ne peut pas remonter vraiment la filière ?
05:07C'est du temps long. Les enquêtes, c'est vraiment du temps long.
05:10C'est ça qu'il faut comprendre. Et c'est que, voilà, pour démanteler un réseau complet,
05:14alors démanteler un point de deal, c'est juste un point de vente,
05:18ce qu'on va appeler le point de deal au sens où M. le préfet, hier, en parlait,
05:23c'est un point de deal démantelé, c'est un point de vente visible.
05:26Finalement, après, il se reforme ailleurs.
05:27Mais il se reforme peut-être ailleurs.
05:30Les vendeurs ou les trafiquants se réorganisent.
05:32Il y a une manne financière qui est tellement importante en jeu qu'il faut vite se réorganiser pour eux.
05:36Et ce poste de police municipale déployé par Eric Ciotti dans les locaux de l'association Adam,
05:42place des Amaryllis, c'est de l'action ou de la communication pour vous ?
05:46Ça peut permettre d'avoir une présence policière au quotidien sur le cœur du quartier.
05:53C'est important ou c'est du cosmétique ?
05:55Non, non, c'est une bonne chose.
05:57Maintenant, il va falloir aussi que ces agents-là travaillent de concert avec mes collègues de la police nationale.
06:05De quelle manière ?
06:06Qu'est-ce qu'ils peuvent faire ces policiers municipaux pour lutter contre le trafic ?
06:09Déjà, assurer une présence, c'est une bonne chose.
06:11Après, c'est toujours difficile et c'est jamais évident d'être au cœur des quartiers comme ça au quotidien.
06:17Ça peut fonctionner, une collaboration, policiers municipaux, policiers nationaux ?
06:20Je vais laisser juger les autorités compétentes de l'opportunité de ça.
06:28Moi, ce que je vois, c'est que quand il y a de nombreuses opérations qui sont menées par des
06:33forces mobiles supplétives,
06:34on parle des forces CRS qui sont envoyées dans les quartiers,
06:37derrière, ça suppose un gros travail judiciaire puisque des individus sont interpellés,
06:42sont présentés au service judiciaire de Nice notamment.
06:46Mais on peut parler, pareil, sur la même chose de Cannes.
06:49C'est une problématique qui gonfle aussi et ça suppose un gros travail derrière.
06:54Donc le nerf de la guerre pour vous, c'est vraiment l'investigation ?
06:57Si on ne traite pas les dossiers, on va retrouver le lendemain les mêmes personnes qui ont été interpellées.
07:02Merci beaucoup Laurent Cuché, vous êtes le délégué départemental du syndicat de police Unité.
07:07Bonne journée.
07:07Merci à vous.
07:08Merci.
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