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  • il y a 10 heures
Bruno Verjus, Chef à la Table Bruno Verjus, pour son roman “La recette” (Albin Michel). Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-grand-portrait/le-grand-portrait-du-mardi-05-mai-2026-2868403

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00:07La grande matinale Le Mag, c'est reparti dans ma cuisine ce matin, Charline Vannonecker qui va
00:13nous mitonner la présidentielle, Daphné Burki et sa nouvelle tête, un aspirant pilote de Formule 1
00:20devenu stand-upper. A 9h30, vous retrouverez le débat du jour. Avez-vous lu le vrai Peter Pan ?
00:26Pas ce qu'en a fait Walt Disney, ce garçonnet qui emmène Wendy et les petits dans de folles aventures.
00:32Alors que de nouvelles traductions sortent en librairie et que le texte paraît en pléiade,
00:37je pose une question fatidique. Peter Pan est-il vraiment l'ami des enfants ?
00:42On en discutera tout à l'heure, mais tout de suite, le grand portrait.
00:54Je ne connais pas le milieu de la haute cuisine, mais ces gens m'ont l'air quand même assez
00:58méchants.
00:59Donc, quand un médecin, photographe, businessman, blogueur, chroniqueur culinaire, producteur à France Culture
01:05ouvre finalement son restaurant, on attend que l'autodidacte se vautre lamentablement.
01:11Raté, deux étoiles au Michelin. Et quand le chef se met à écrire un roman, on attend naturellement qu'il
01:18règle ses comptes.
01:19Encore raté, le voici parti sur les traces d'une recette disparue.
01:24Un mystère à résoudre qui demandera enquête, certes, mais surtout dégustation, partage et transmission.
01:32Amoureux de la cuisine, unissez-vous, il en sortira de la joie et de la praline.
01:38Portrait numéro 135.
01:42Bonjour Bruno Verjus.
01:44Bonjour.
01:44Alors forcément, un homme qui appelle son restaurant « la table » intitule son livre « La recette ».
01:50Ça va de soi.
01:51Et ça paraît aux éditions Albin Michel.
01:55Si je vous dis que c'est un régal, j'utilise une épouvantable cliché.
02:00Mais on va en parler évidemment.
02:02Sauf que pour commencer, je voudrais que vous m'expliquiez Bruno Verjus, qu'est-ce que c'est que la
02:06praline ?
02:06Moi qui suis née à Paris et pas comme vous près de Lyon, je crois que je ne sais pas
02:10très bien ce que c'est que la praline.
02:12Alors, c'est quoi la praline ?
02:13La praline, déjà, regardez, c'est la couleur des micros de France Inter.
02:17C'est rouge.
02:18C'est-à-dire que c'est très rouge.
02:19Et en fait, c'est un bonbon de sucre.
02:22C'est une noisette ou une amande qui va être mise dans un grand cylindre, qu'on appelle une enrobeuse,
02:29et qui petit à petit va se recouvrir de sucre qui fond légèrement et qui se cristallise autour de ça.
02:36Oui, parce que moi, je suis né à Rouen, et à Rouen, il y a la maison Pralue, qui est
02:40plus connue aujourd'hui pour ses chocolats.
02:42Mais le père de François Pralue est l'inventeur d'un chef-d'œuvre absolu qui s'appelle la praluline,
02:49qui est une brioche aux pralines roses, extrêmement sucrée, mais qui a nourri mon enfance.
02:56Et alors, d'où elle vient, cette mystérieuse tarte à la praline ?
03:01Et non pas brioche, une tarte.
03:03Alors, la tarte à la praline, c'est une histoire assez rigolote, dans le sens, ou en tout cas, c
03:07'est celle que je promeux.
03:09C'est qu'on la connaît véritablement un jour où le chef Alain Chapelle, à Mionnet, la met à la
03:17carte de son restaurant.
03:18Et il met un intitulé un petit peu étrange, c'est-à-dire qu'il met tarte aux pralines roses
03:23selon la recette de mon ami Henri Cornille.
03:25Et qui est Henri Cornille ?
03:26Henri Cornille, c'est un industriel, un pantalonnier, c'est-à-dire qu'il fabrique des vêtements de travail,
03:32et qui est un gourmet, on dirait aujourd'hui un foodie, qui passe son temps à les manger un petit
03:37peu partout, il a les moyens.
03:38Et parmi les restaurants dans lesquels il aime festoyer, il y a évidemment Chapelle.
03:43Et un jour, il lui dit, mais pourquoi tu ne fais pas une tarte aux pralines ?
03:47Et Chapelle, il dit, mais c'est quoi la tarte aux pralines ?
03:49Il dit, écoute, je ne sais pas, moi j'ai ça tous les dimanches à la maison, on me fait
03:52ça à la maison, je t'en apporte une.
03:54Et quand Chapelle la découvre, il la trouve extrêmement intéressante, il va la retravailler probablement à sa façon.
03:59Et c'est à partir de là qu'elle va devenir l'emblème de Lyon et de la région lyonnaise.
04:04C'est la plus jolie des façons finalement d'avoir apprivoisé à la fois le sucre, l'amande et cette
04:12belle couleur rose.
04:13Mais donc ce Cornille, il a bien existé ?
04:14Henri Cornille a existé.
04:16Parce que moi, dans la recette, dans le roman, c'est une jeune héroïne qui va partir...
04:21Mickey !
04:22Mickey, qui va partir en quête de cette tarte disparue, cette fameuse tarte à la praline, à travers des carnets
04:28où il y a des indices.
04:30Mais je pensais que Cornille était un personnage de roman, je pensais que c'était une fiction.
04:34Alors, c'est une fiction parce que j'ai fait en sorte que Cornille devienne un personnage de roman.
04:40C'est-à-dire qu'on ne sait pas ce qu'il y avait dans ce carnet puisqu'il a
04:44disparu.
04:44Et donc j'ai réinventé...
04:46Mais carnet, il y a eu ?
04:47Carnet, carnet, il y a eu.
04:49Parce qu'on sait, je sais, par son petit-fils qui un jour m'avait appelé à l'époque où
04:53je travaillais sur la praline rose en me disant
04:54« Comment vous faites cette tarte ? »
04:56Parce que le carnet, mon grand-père avait un carnet dans lequel il notait tout et notamment la fameuse recette
05:01de la maison.
05:02Et on ne retrouve plus le carnet, on voudrait essayer de reconstituer la recette de la tarte aux pralines.
05:06On appelle différents chefs, dites-nous un peu comment vous la faites.
05:09Et c'est ce qui m'a...
05:10À un moment, je me disais « Ah, Mathieu, mais moi, je vais refaire le carnet. »
05:13Moi, je voudrais ressusciter Alain Chapelle, donc chef trois étoiles, mort brutalement en 1990.
05:21Il était très jeune, Alain Chapelle, quand il est mort.
05:23Oui, très jeune.
05:24Et il est mort dans sa maison, je crois, à Saint-Rémy-de-Provence.
05:28Je vais dire les choses très vertement, mais 100 grammes plus 2 grammes dans un four à thermostat 8 et
05:33cuisson 20 minutes, ça ne veut rien dire.
05:36Il faut faire passer dans la recette.
05:39C'est déjà de l'émotion du choix du produit et la foi un petit peu que l'on va
05:44avoir pour régaler les amis.
05:46Et toutes ces choses-là, on les a en soi et on veut les exprimer.
05:49Et c'est ça, ça a tout autant d'importance que la recette de cuisine.
05:53Un plat n'est pas une recette.
05:55Oui, c'est bouleversant de l'écouter parce que c'est d'une modernité totale.
05:59C'est probablement ce qui m'a conduit d'ailleurs à ouvrir un restaurant, cette pensée-là, justement, de dire
06:06« Mais d'abord, on va écouter qu'est-ce que le produit nous raconte ? C'est quoi ?
06:09Quelle histoire il veut nous dire ? »
06:11Et ensuite, « Quelle histoire moi, chef, j'ai envie de raconter à mes invités ? Comment j'ai envie
06:17de les nourrir ? Qu'est-ce que je leur raconte ? »
06:19Et à force de faire des histoires à manger, c'est-à-dire des assiettes, des mets, à un moment,
06:23on a envie de faire une histoire à lire.
06:25Oui.
06:27Pourquoi cette obsession pour les recettes d'antan ?
06:32Alors, ça, c'est extrêmement personnel. Je crois profondément qu'on est capable d'avancer, c'est-à-dire d
06:39'aller un peu plus loin que ce que l'on imagine, à la condition d'avoir des fondations extrêmement solides.
06:45Et donc, les fondations, elles sont dans la grande cuisine classique bourgeoise française, du milieu du 19e et 20e siècle.
06:53Parce qu'il y avait une pratique, il y avait encore, vous savez, cette petite chose qui fait aussi le
07:00vin et les vignerons, c'est l'enseignement par la pratique qui se transmet, qui se transmet, qui se transmet.
07:05Et à l'arrivée, ça fait sens.
07:07Alors, avec ça, on peut aller plus loin, c'est-à-dire qu'on peut faire une cuisine d'aujourd
07:13'hui, de 2026.
07:14C'est ça, ça ne fait pas de vous un conservateur ? Ça ne fait pas de vous un réactionnaire
07:18?
07:18Je ne crois pas. La cuisine, c'est le contraire d'être réactionnaire.
07:24Si vous voulez qu'on rentre sur un terrain politique, quand on parle de cuisine de terroir, je trouve ça
07:28aberrant.
07:28Ça n'a aucun sens, la cuisine de terroir.
07:30La cuisine, ce n'est que l'échange des marchandises, des hommes, des cultures, des religions, des pratiques, des savoirs,
07:37etc.
07:37Et sans ça, il n'y a pas de cuisine.
07:39Et cette mémoire de la recette, ces archives de la cuisine, ça nous emmène forcément vers la haute cuisine.
07:46Ça nous emmène où il peut y avoir des traces d'une cuisine plus familiale, d'une cuisine plus populaire,
07:53d'une cuisine plus pauvre.
07:55Je crois que Miki, dans son trajet, dans le roman, elle commence évidemment par une cuisine assez populaire.
08:03Et puis elle va éduquer son goût petit à petit.
08:05Je dirais que c'est un peu comme pour la lecture, c'est-à-dire qu'on commence par des
08:08choses un peu simples, qu'on peut apprivoiser.
08:11Et puis petit à petit, on peut se lancer dans des lectures un peu plus complexes et plus sophistiquées.
08:15On va y revenir à Miki.
08:17Mais évidemment, Miki et tous ceux qui vont l'aider vont se heurter à une vraie question.
08:23C'est-à-dire que c'est bien de retrouver les recettes d'antan.
08:27Mais souvent, on ne peut pas les reproduire.
08:29On ne peut pas.
08:30Tout simplement parce qu'il nous manque les fruits, il nous manque les légumes, il nous manque le coq.
08:35Je voudrais que vous nous expliquiez ce que c'est cette affaire de coq.
08:39Alors, vous voulez sans doute parler du grand coq vierge de Barbe aux yeux.
08:45Voilà, c'est ça.
08:47Je le découvre...
08:49On est mardi matin sur France Inter et nous parlons du grand coq vierge de Barbe aux yeux.
08:53Alors là, c'est extrêmement pointu.
08:54Et en même temps, c'est extrêmement simple aussi.
08:57Moi, je le découvre chez Alexandre Dumas dans la préface du Grand Dictionnaire.
09:01Et à un moment, il dit...
09:03Alexandre Dumas, hein ?
09:04Alexandre Dumas.
09:05Oui, oui.
09:05Alexandre Dumas.
09:06Un gourmand, un autre gourmand.
09:07Ben oui, mais beaucoup d'entre nous ne le savent pas qu'Alexandre Dumas a été un immense collectionneur de
09:13recettes,
09:13qu'il a rendu hommage aux recettes d'antan et qu'il n'a pas été simplement un grand romancier.
09:19J'irais même un peu plus loin.
09:21Je dirais que le Grand Dictionnaire de la gastrovie, c'est un peu l'œuvre de sa vie.
09:24Je crois qu'il a mis 30 ans à le faire.
09:27C'est monumental.
09:28C'est quelque chose d'incroyable.
09:29Et j'aime beaucoup, j'apprécie beaucoup les préfaces qui sont des petites notes comme ça.
09:33Et à un moment, il dit...
09:34J'ai mangé la plus grande volaille de ma vie, c'est le grand coq de Barbe aux yeux.
09:37Moi, je suis comme vous, je ne sais pas ce que c'est.
09:39J'appelle un ami, qui est mon ami Frédéric Ménager, à la ferme de la Rue Chotte,
09:43qui élève des volailles anciennes et des barbes aux yeux.
09:45Et je lui dis, c'est quoi ?
09:46Il me dit, oh là là là, on n'en fait plus, c'est très compliqué, tu comprends, il s
09:49'entretue, etc.
09:50Et je lui dis, tu vas m'en faire.
09:52Et à cette époque-là, c'était il y a une bonne dizaine d'années,
09:56j'organisais chez Arcurial des ventes aux enchères, de choses rares à manger,
10:00avec l'idée de dire, les enchères, c'est le milieu de l'argent.
10:02Et donc, on va démontrer que l'argent peut tout acheter, sauf le goût et la connaissance.
10:07Et donc, on a fait un grand coq vierge de Barbe aux yeux, qu'on a vendu,
10:10et les ventes étaient au profit de la Croix-Rouge.
10:12On est encore rouges comme la praline.
10:14Comme France en Terre, comme ce studio, avec Bruno Verjus.
10:41Bruno Verjus, dans La Recette, vous vous êtes choisi une héroïne de fiction,
10:45donc Mickey, jeune cantonaise. Pourquoi est-ce important de préciser, pas chinoise, cantonaise ?
10:51Alors en fait, ce n'est pas moi qui le précise, c'est Mickey.
10:56Mickey, quand on lui dit, mais tu es chinoise, et elle dit, non, non, je suis cantonaise.
11:00Et généralement, quand on s'adresse à un chinois, il vous dit, non, je ne suis pas chinois,
11:06je suis shanghaïais, je suis les seuls chinois qui disent, je suis chinois.
11:10Finalement, c'est ceux de Beijing, de Pékin, c'est assez amusant.
11:12Et donc, je voulais remettre aussi un peu dans le contexte et dans la pensée chinoise.
11:18Et moi, je connais très bien Canton, puisque j'y ai passé beaucoup de temps.
11:21Enfin, en tout cas, la région de Canton.
11:23Et donc, c'était quelque chose pour moi de pratique pour aller parler justement de cette culture et de la
11:28cuisine.
11:28Vous inventez un personnage qui apprend la France en goûtant la cuisine française.
11:32Est-ce que c'est votre double inversé ?
11:34Est-ce que vous, qui avez passé tant d'années en Chine,
11:37est-ce que vous avez compris la Chine en goûtant les cuisines chinoises ?
11:43Pas mieux, je n'ai rien à dire.
11:44C'est exactement ça.
11:46C'est une transposition complète de mon premier rapport avec la Chine.
11:50C'est qu'au bout d'un moment, on se dit, mais comment je vais me nourrir ?
11:53Je vais dans des petits, petits minuscules restaurants.
11:56Évidemment, c'est il y a très longtemps, il n'y a pas de carte en anglais.
11:59On ne parle pas anglais, rien du tout.
12:00Je ne parle pas cantonais, ni même mandarin.
12:04Et donc, je dois finalement, au hasard, choisir des choses et puis ensuite essayer de comprendre ce que ça signifie
12:09et demander comment on les prononce.
12:11Le poisson chat cuit à la vapeur, vous l'avez goûté ?
12:14Bien sûr, le poisson chat est un poisson magnifique.
12:16Ferme et tendre, flottant dans une sauce de gingembre.
12:19Oui.
12:20Le gingembre et l'ail sont véritablement les bases de toute cuisine cantonaise.
12:24Puis viennent les jiaozzi.
12:28Jiaozzi, jiaoze.
12:29Oui.
12:30Ces raviolis lingots.
12:31J'adore ces petits raviolis qui sont sublimes quand ils sont très bien faits.
12:35Et alors, il y a une science dans le ravioli, c'est que, évidemment, c'est la finesse de la
12:40pâte.
12:40Jamais, à aucun moment, vous ne devez sentir la pâte qui vous colle au palais.
12:45C'est juste l'enveloppe invisible qui va s'évanouir en bouche pour laisser justement s'exprimer la viande qu
12:52'elle contient ou les légumes.
12:53Qu'est-ce que vous fabriquiez en Chine à l'époque ?
12:55Je fabrique plein de saloperies qui vont encombrer le monde.
12:59J'ai très honte.
13:00C'est-à-dire que...
13:02Vous faisiez du business.
13:04Oui.
13:04Dans les années 89, c'est ça, je me rends compte que tout va se passer là-bas.
13:09Et donc, je m'installe et puis je fais du trading, je fais ce qu'on me demande.
13:12Pour Mickey, les menus des petits et des grands restaurants seront son école.
13:17Alors, est-ce que la cuisine passe par les mots ?
13:21Ou bien, est-ce que les mots passent par la cuisine ?
13:25Alors, la cuisine passe par les mots parce que le premier rapport que l'on entretient avec un restaurant,
13:32quand on va se restaurer, peu importe le type de restaurant, c'est de regarder la carte.
13:36Donc, c'est les mots qui déjà vous renseignent sur ce que vous allez manger.
13:41Et souvent, d'ailleurs, les mots disent beaucoup.
13:44C'est-à-dire, il y a des cartes, on a envie de tout manger et il y a des
13:46cartes, on n'a envie de rien manger.
13:48Alors, qu'est-ce qu'elle dirait Mickey en tombant sur la carte de votre restaurant qui s'appelle La
13:52Table ?
13:53C'est un texte très long, très fouillé, écrit tout petit, qui ne ressemble pas du tout à un menu.
14:00Oui, elle serait bien embêtée de choisir quoi que ce soit.
14:02Parce que, justement, j'ai fait une carte qui ne dit absolument pas ce qu'on va manger.
14:09Mais, encore une fois, c'est une forme de luxe, en tout cas de liberté.
14:13Vous savez, moi, j'adore le pas de côté.
14:15Ma vie est un pas de côté.
14:17Et de pouvoir m'affranchir, justement, de dire, voilà, à midi, on a fait ça en entrée.
14:22D'ailleurs, dans le déroulé de mon menu, puisque maintenant, je fais un menu, entre guillemets, dégustation,
14:27qui est plus une narration complète,
14:29il n'y a plus d'idée d'entrée de plat, de dessert, que je trouve être un peu trop
14:35codifiée.
14:36Et on essaie, au contraire, justement, de travailler des lignes de goût, des lignes d'inspiration, des lignes d'envie
14:42et des sentiments.
14:44Parlons de choses sérieuses.
15:05Pourquoi le chocolat vient-il du Pérou ?
15:09Le chocolat, il ne vient pas que du Pérou, le chocolat, il vient de partout.
15:12Mais dans votre livre, il vient souvent du Pérou, le chocolat.
15:14Oui, il y a un immense chocolat qui vient du Venezuela aussi, puisqu'on va essayer de rendre hommage un
15:18peu à tout le monde,
15:19qui est le Chuao.
15:20Et puis, sur l'autre versant de la colline du Chuao, il y en a un autre qui est formidable
15:24aussi, que j'aime beaucoup, qui s'appelle le Cuyagua.
15:26Et puis, il y a un chocolat extraordinaire, par exemple, à Taïwan.
15:29On ne l'aurait pas imaginé, on revient en Chine.
15:30Alors, quel rapport entre Chadé, que j'entends, et la mousse au chocolat ?
15:34C'est intéressant, parce qu'on vient d'entendre Chadé.
15:35Chadé, évidemment, c'est...
15:39Moi, j'étais amoureux de Chadé quand j'étais petit, à 17 ans.
15:42On a à peu près le même âge, c'était quelque chose de...
15:45Et quand j'écrivais le début de mon livre, je ne sais pas pourquoi, dans ma playlist, la voix de
15:52Chadé arrive,
15:53et je me dis, mais c'est dingue, cette voix, c'est une mousse au chocolat.
15:57C'est... Il y a une onctuosité, il y a une sensualité, il y a une profondeur,
16:02il y a quelque chose d'absolument incroyable, il y a une dimension esthétique qui m'a bouleversé.
16:06Et je me suis dit, mais oui, Chadé, c'est la mousse au chocolat.
16:09Et donc, j'ai fait une petite mousse au chocolat, avec un chocolat Perou,
16:13qui est un chocolat que j'aime beaucoup, parce qu'il a du caractère,
16:16et en même temps, pour moi, il représente vraiment l'idée qu'on peut se faire d'un bon chocolat.
16:21Voilà.
16:23La nature a écrit un cahier de cuisine formidable, quoi.
16:26Donc, la mission, elle est également très importante, c'est de remettre les saisons à leur place.
16:32Donc, une tomate, c'est un verre d'eau.
16:35C'est fait pour se désaltérer quand il fait 25-30 degrés en été.
16:38Au mois de janvier, quand il fait moins 10,
16:40la nature a mis dans le jardin des poireaux, du céleri, pour faire un plat chaud.
16:45Donc, remettons déjà tout ça.
16:46On va offrir à nos cinq sens une nouvelle aventure.
16:50C'est ça que nous avons oublié.
16:52Chaque saison est une nouvelle aventure.
16:54Chaque saison est un cahier de cuisine.
16:55Lui, c'est Alain Passard.
16:57Il était à ce micro il y a trois mois.
17:00C'est le chef de l'arpège, trois étoiles, qui a converti l'arpège, la carte de l'arpège, complètement
17:07au végétal.
17:08Il n'y a plus rien d'origine animale.
17:11Alors, Mickey, dans sa quête de la tarte à la praline,
17:14elle rencontre, comment dire, des êtres de fiction et puis des chefs bien réels.
17:20Oui, elle va en rencontrer deux qui sont bien réels, qui sont évidemment Alain Passard.
17:26Pourquoi évidemment Alain Passard quand on cherche une tarte à la praline ?
17:30Parce qu'Alain Passard, c'est le Alain Chapelle d'aujourd'hui.
17:34C'est-à-dire, pour moi, Bruno Vergeuse, je considère que c'est le plus grand chef vivant aujourd'hui.
17:40On a beaucoup de chance, je le dis souvent, d'être ses contemporains.
17:44C'est un garçon en plus qui a une humanité, une bienveillance et une attention absolument incroyables.
17:51Il est moins méchant que les...
17:52Vous imaginez que c'est quand même le seul qui, quand il a appris que j'allais ouvrir un restaurant,
17:57toutes les semaines, m'envoyait un message en me disant, je sais, ça doit être compliqué,
18:01tiens le coup, t'as la belle main, continue, je t'aime mon frérot, etc.
18:05Et qui continue encore.
18:06Et quand je lui ai porté la recette qui venait juste d'être imprimée,
18:11j'ai vu, je suis arrivé dans sa cuisine, je lui ai donné,
18:14et j'ai vu, vous savez, cet éclat, ce regard du bonheur absolu de voir le bonheur de son ami,
18:22d'avoir fait quelque chose.
18:24Il y a cette espèce de... ce rapport diaphane entre les êtres,
18:28où tout est en transparence, tout est en beauté.
18:30Et moi, la recette, c'est une fenêtre de beauté sur le monde qui est un peu compliquée.
18:36Et Alain Passart, c'est ma fenêtre de beauté.
18:38C'est quelqu'un d'extraordinaire.
18:39Et puis, évidemment, Manu Martinez, inconcournable.
18:43En levant les mains au ciel.
18:44Parce que c'est quand même lui qui m'a fait écrire ce livre.
18:47Parce qu'à un moment, je me suis dit, mais je dois aussi témoigner de cette histoire qui passe,
18:51qui va disparaître.
18:52C'est-à-dire, Manu Martinez, c'est le chénon qui nous reste,
18:55avec Paul Bocuse, Alain Chapelle, avec tout Fernand Point, tous ses grands chefs d'avant.
19:01Et il sait tout faire.
19:04Il maîtrise parfaitement cette haute cuisine bourgeoise.
19:07Bernard Paco l'a maîtrisé aussi, mais il l'a arrêté.
19:09Donc, il reste lui.
19:10Et après lui, on ne sait pas.
19:12Lui, c'est le relais Louis XIII.
19:13C'est le relais Louis XIII, absolument.
19:15Et donc, d'une certaine façon, un jour, il m'a envoyé un petit message.
19:18Et il m'a dit, tu sais, moi, les deux choses que j'aime dans ma vie,
19:21c'est nourrir les gens qui apprécient ma cuisine et mes chevaux.
19:25Et à 73 ans, je me suis dit, mais cet homme, il est bouleversant.
19:28Parce qu'il a dû commencer à 14 ans.
19:30Ça fait 60 ans, presque, qu'il est en cuisine.
19:34Et il a gardé cette foi et ce bonheur de donner.
19:37Et c'est quelque chose qui, personnellement, me bouleverse de beauté.
19:40Bruno Verge, donc, qui a ouvert son restaurant, lui, il y a 10 ans, c'est ça ?
19:4413 ans.
19:4413 ans, il y a 13 ans, voilà.
19:45Et qui publie La Recette, un premier roman, chez Albin Michel.
19:50Si vous voulez plonger sur les traces de la praline qui est votre enfance, Bruno Verge, lisez la recette.
19:57Merci.
19:57Et on apprend plein de choses.
19:58Bah évidemment qu'on apprend plein de choses.
19:59Moi, j'adore le prendre.
20:00Plein de choses.
20:00Sous-titrage Société Radio-Canada
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