- il y a 3 heures
La chaîne de restauration rapide Master Poulet a ouvert un commerce à Saint-Ouen, le 11 avril dernier. Depuis, la municipalité dirigée par Karim Bouamrane est en guerre ouverte contre l'enseigne qu'elle juge loin de sa "volonté" de faire de Saint-Ouen une meilleure ville en termes de qualité de vie. Le maire socialiste de la ville est en direct sur BFMTV.
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00:00C'est à la fois un feuilleton culinaire, et je mets des guillemets, et aussi un feuilleton politique.
00:04C'est la bataille autour du master poulet de Saint-Ouen.
00:06Le maire qui est avec nous ce soir, Karim Boimran, le maire socialiste.
00:09Bonsoir, monsieur le maire.
00:10Bonsoir, madame.
00:11Ne veut pas de l'enseigne au nom de son combat contre la malbouffe, le surnombre de fast-food et
00:16la nuisance.
00:16C'est ce que vous dites aussi, à cause des livraisons nocturnes.
00:19Du côté de ses adversaires, et notamment la France insommée, on estime que c'est un mépris de classe
00:24par rapport à des gens qui n'ont pas le pouvoir d'achat suffisant pour manger.
00:27Donc on va vous résumer maintenant en détail cette affaire avec Nargis Hadji.
00:32Ça fait trois semaines, Nargis, trois semaines de polémique.
00:36Bonsoir.
00:36Bonsoir Alain, absolument.
00:38Tout commence le 11 avril dernier, il y a un petit peu plus de trois semaines,
00:41au 70 boulevard Jean Jaurès à Saint-Ouen, à la sortie du métro,
00:46en plein centre-ville de cette ville de Saint-Ouen, donc en Seine-Saint-Denis.
00:50Donc c'est l'enseigne master poulet qui ouvre ses portes très vite.
00:54Karim Bouabran, vous accusez l'enseigne de ne pas avoir obtenu l'ensemble des autorisations.
00:58Trois jours après l'ouverture, sont installés des blocs de béton devant le fast-food.
01:02Alors j'ai échangé aujourd'hui avec une personne qui se présente comme l'adjoint du PDG de Master Poulet.
01:07Il explique qu'il n'y a pas de demande à faire à la mairie car il n'accueille pas
01:10de public à l'intérieur.
01:11Seule la demande concerne la façade et elle est en cours.
01:15Il va plus loin, il assure qu'ils ont échangé à plusieurs reprises, tenté d'échanger avec vous,
01:20et pendant des semaines en vain. Il vous accuse de vouloir gentrifier davantage le centre-ville.
01:25Il ajoute, ils nous ont proposé une place, quelques rues plus loin.
01:29Les blocs de béton sont finalement retirés par décision du tribunal administratif
01:33et ensuite sont installés ces pots de fleurs que certains disent qu'ils sont tout simplement malodorants.
01:39En parallèle, la polémique enfle sur les réseaux sociaux.
01:41Les internautes se délectent du feuilleton de la guerre du poulet.
01:44Le compte Master Poulet sur X publie cette vidéo générée par intelligence artificielle.
01:50Vous y êtes dedans.
01:52Alors, représentez-nous comme chef d'État au ministère du poulet.
01:55Plusieurs centaines de milliers de vues et de partages.
01:59La chaîne de Street Food joue la provocation avec une banderole sur sa boutique.
02:03Karim, nous sommes ouverts et nous n'en remonterons pas non près.
02:07N'en déplaise à Karim en faisant référence à vous.
02:10Vous filmez devant pour répondre et ironiser.
02:13Bien joué.
02:14C'est dans cette polémique qui s'est transformée en combat public et politique.
02:18Bali Bagayoko, nouveau maire insoumis de Saint-Denis.
02:21C'est l'initié écouté.
02:23Bonsoir, c'est bien ? Ça va ?
02:26Ils font même de la loco là.
02:28C'est bien, merci de l'accueil, c'est gentil en tout cas.
02:30Il y en a qui veulent les restaurants étoilés.
02:32Ah ben non, on n'en a pas besoin ça.
02:35Master Poulet, un coup, KO !
02:38Autre soutien insoumis, celui d'Éric Coquerel, le député de la France insoumise.
02:43Il se filme lui aussi devant l'enseigne.
02:46Il dit avoir écrit au préfet du département pour dénoncer, je cite, ce qu'il juge être un harcèlement administratif.
02:53Merci Nargis Adji.
02:54Alors, vous êtes un apprenti shérif, c'est votre égo qui vous fait parler.
02:59Que répondez-vous aux attaques de Master Poulet ?
03:04Quand on est maire, on a une responsabilité, c'est de s'assurer le respect du droit commun.
03:08Le respect du droit commun n'avait pas été respecté par cette enseigne.
03:11Il y avait une privatisation de l'espace public.
03:13C'est de s'assurer de la qualité de vie de ses administrés, aller interviewer les habitantes et les habitants
03:21qui habitent au-dessus.
03:22Et c'est mettre en œuvre un projet politique pour lequel vous avez été élu.
03:25Moi, j'ai été élu pour mettre en œuvre un projet politique avec une diversité de commerce.
03:29Je n'ai pas de problème avec toutes celles et ceux qui veulent manger du poulet, c'est la liberté
03:32de consommer.
03:33En revanche, j'ai été élu pour un projet qui mettra en place une diversité de commerce.
03:37Donc, comme je le disais à madame, si jamais il y avait une concentration de magasins qui vendaient des bijouteries,
03:43ça me poserait problème parce que ça serait trop homogène.
03:45S'il y avait trop de travers de port, ça me poserait problème.
03:47S'il y avait trop de magasins cachers, ça me poserait problème.
03:50Là, il s'avère qu'en termes d'offres de poulet halal, on a ce qu'il faut.
03:56S'il n'y en avait pas, j'aurais fait en sorte qu'il y en ait.
03:59Là, il y en a.
04:00Et dernier élément, il y a un sujet qui concerne la mise en avant de la qualité en termes de
04:06bonne alimentation des produits.
04:07Et quand on dit qu'il y a un Burger King en face, le Burger King est là depuis 20
04:11ans et le Burger King, je ne fais pas la promotion du Burger King.
04:14Comme je ne fais pas la promotion de tout ce qui est établissement avec des produits transformés.
04:20En revanche, le Burger King respecte l'espace public.
04:25D'accord, mais c'est au maire de faire la police de la bouffe en quelque sorte.
04:28C'est à vous de dire ce qu'on nous voit manger ou pas manger ?
04:31Mais il y a deux choses.
04:32Le maire s'assure le respect du droit commun.
04:35Ça concerne le sujet autorisation ou pas autorisation.
04:37En revanche, le maire n'est pas là pour faire la police de la bonne alimentation et de la mauvaise
04:42alimentation.
04:43En revanche, il est là pour faire la promotion, notamment pour les jeunes et les classes modestes et les classes
04:49moyennes,
04:50sur tout ce qui doit être la bonne alimentation.
04:52Oui, c'est mon job.
04:52La sécurité alimentaire, ça doit être une cause nationale.
04:55Oui, mais le pouvoir d'achat, c'est important. Vous savez très bien que Master Poulet, ça cartonne.
04:58Pourquoi ? Parce que ce n'est pas cher. Parce que c'est le pilon de poulet à 1 euro.
05:02Voilà.
05:03Comme dirait l'autre, c'est salaud de pauvre.
05:06Non, ce n'est pas salaud de pauvre.
05:07Vous êtes assigné à résidence alimentaire.
05:08Vous avez posé la question pourquoi aujourd'hui, on est à 1 euro près pour manger. C'est ça la
05:12vraie question.
05:13Alors justement, c'est un problème économique, c'est un problème financier, c'est un problème social.
05:17Et est-ce que ça signifie que lorsqu'on est issu des classes populaires comme moi, on est obligé à
05:22être assigné à résidence alimentaire ?
05:23Non, mais personne n'est obligé d'aller chez Master Poulet.
05:25Je pars du principe que justement, bien manger coûte cher et c'est parce que bien manger coûte cher que
05:32c'est une histoire de sécurité alimentaire en termes d'information, de formation et de moyens.
05:37C'est la raison pour laquelle l'article que j'ai publié hier chez un de vos confrères, c'est
05:41comment s'assurer qu'il y ait au minimum minimum une carte vitale alimentaire avec des produits qui seraient fléchés
05:49dans des produits non transformés.
05:50Deux petites questions rapides d'ordre pratique. La première, c'est, on voit des vidéos avec de l'air qui
05:57remonte, la grillade qui remonte sur les balcons des habitations au-dessus.
06:01C'est vrai ou c'est pas vrai ? Où il y a des extracteurs d'air et il n
06:04'y a pas de...
06:04Non, mais là, c'est la raison pour laquelle je vous invite à aller interviewer les personnes qui habitent au
06:09-dessus. C'est catastrophique.
06:11Et là, pour le coup, c'est le rôle d'un maire d'assurer le bien-vivre ensemble. C'est
06:14le rôle d'un maire de s'assurer qu'aucun commerce...
06:17Juste avant d'arriver, j'étais à l'inauguration d'un commerce.
06:21Donc, atelier du 33. Il y a une privatisation autorisée de l'espace public. Il a respecté les autorisations.
06:32Il y a une terrasse qui est mise à disposition pour le commerce. Et les choses se font dans les
06:36règles de l'art.
06:37Lorsque ça ne se fait pas dans les règles de l'art, c'est le rôle du maire d'intervenir.
06:41C'est l'état de droit.
06:42D'accord. Et une deuxième question. Il parait que vous n'êtes pas contre le fait qu'il s'installe
06:45deux ou trois rues plus loin. C'est vrai ou c'est pas vrai ?
06:47Je n'ai jamais eu de contact avec ces personnes. C'est une mythification de la parole. Vous savez, il
06:53y a la France insoumise qui parle de gentrification. C'est quoi la gentrification, madame, messieurs ?
06:58La gentrification, c'est de faire en sorte que, selon un projet politique, les classes populaires et les classes moyennes
07:03sont chassées.
07:05Aucune personne dans ma ville, aucune personne dans ma ville qui vit dans un logement social a été chassée.
07:13La France insoumise, lorsqu'elle parle de gentrification, c'est pour utiliser le mot ghettoïsation.
07:16Parce que, pour la France insoumise, notamment Éric Coquerel, on va revenir sur le paradoxe des députés de Saint-Denis.
07:23C'est quel paradoxe, pour Éric Coquerel ?
07:24Je vais revenir. Pour lui, lorsqu'on est issu des classes populaires, on doit être assigné à résidence sociale, économique
07:31et alimentaire.
07:32Et manger du poulet pas cher.
07:33Le paradoxe de M. Coquerel, lorsqu'il est à l'Assemblée, c'est le premier à sortir en disant,
07:39« Oui, il faut défendre les industriels français qui produisent du poulet. »
07:43Mais en 2019, il vient poser avec Master Poulet en expliquant qu'il faut faire la promotion de ce type
07:50de commerce
07:50dont le poulet vient de Pologne et d'Italie.
07:53Vous faites référence à ce qu'il avait dit en 2019.
07:56Il partait en guerre contre un élevage de 50 000 poulets de la marque Duc dans Lyon.
08:00Et à l'époque, ulcéré, il avait questionné le ministère de l'Agriculture en disant que c'était inadmissible,
08:06que les poulets avaient besoin de lumière naturelle, d'espace pour déployer leurs ailes,
08:10d'un air sain, d'une litière propre, d'un accès à l'extérieur.
08:12À l'époque, effectivement, il partait contre les fermes usines à poulet qui, malheureusement, alimentent ces enseignes.
08:18C'est un combat de poc à gauche.
08:19Paradoxe, paradoxe total.
08:19Et je me permets, M. Duhamel, un élément qui est assez, quand même, ubuesque.
08:25C'est quand même Éric Coquerel, président de la Commission des Finances,
08:28le chantre du collectivisme et de l'interventionnisme,
08:32qui intervient et qui se met en avant lors d'une vidéo
08:36en expliquant le libre-entreprendre.
08:38C'est quand même assez exceptionnel.
08:40Alors là, on a coutume de dire qu'il y a peut-être deux gauches irréconciliables.
08:44Ce n'est pas la gauche, pour moi, la France insoumise.
08:45Et même sur le poulet, Alain Duhamel, on ne pourra pas les réconcilier.
08:48C'est deux gauches d'un côté de la France insoumise et de l'autre, Karim Boimra.
08:51D'abord, les questions de nourriture, ça a toujours été en France,
08:55dans la bataille politique, des symboles qui ont été utilisés à toutes les périodes.
08:59Et donc, ça n'est pas superficiel.
09:03C'est qu'on en fait des symboles à la fois d'appartenance sociale,
09:08d'ascension ou de régression, de comparaison avec le voisin.
09:12Il y a, si j'ose dire, à travers les politiques d'alimentation,
09:17à commencer par des politiques d'ailleurs municipales,
09:19mais c'est vrai aussi pour les étudiants et pour beaucoup d'autres catégories,
09:24il y a un vrai combat politique, il y a presque un combat idéologique.
09:29– Exactement.
09:29– Et il faut le prendre au sérieux.
09:31Tout d'abord parce que les questions de nourriture sont sérieuses en elles-mêmes.
09:35Ensuite, parce qu'effectivement, on voit très bien qu'à travers les représentations culinaires,
09:42il y a eu des représentations sociales.
09:46– Mais pourquoi la France insoumise se met à défendre Master Poulet, selon vous Alain Duhamel ?
09:50– Je me permets-tu d'apporter un élément de réponse ?
09:52– Je pense qu'entre deux types d'alimentation, l'une incroyablement accessible,
10:00sinon très attirante, et l'autre un peu plus exigeante quand même,
10:05ils vont à ce qui leur paraît le plus populaire.
10:09– Même si c'est de la malbouffe ?
10:11– Écoutez, la tradition, c'est que plus on est à gauche,
10:18plus on défend les types d'alimentation accessibles pour des gens ayant des revenus modestes.
10:27Je veux dire, le Parti communiste, dans le temps, faisait la même chose à propos déjà d'alimentation.
10:32– Il vous a envoyé un petit message quand même, Balibagayoko,
10:36c'est comme si vous mettez KO en disant « t'es plus de la gauche, Bouamran ».
10:40– Mais la démocratisation de l'excellence, c'est un programme de gauche, c'est une vision de gauche.
10:47Quand vous dites qu'il y a deux gauches irréconciliables,
10:49pour moi, la France insoumise, ce n'est pas la gauche.
10:51– Pourquoi ?
10:51– Parce qu'il y a une assignation à résidence politique.
10:54Ils partent du principe que les classes populaires et les classes moyennes
10:57ne peuvent pas s'affranchir de ce déterminisme social.
11:00Ils partent du principe que des personnes comme vous, comme vous, comme vous, comme moi,
11:04qui ont une filiation avec, non pas la noblesse d'État,
11:08mais le tiers État si on remonte à plusieurs décennies,
11:11on est supposé ne pas sortir de notre classe sociale.
11:15Et regardez la vidéo qui a été évoquée, qui a été montrée.
11:19« On ne veut pas trois étoiles chez nous ».
11:21Moi, ce que je dis, c'est que oui, on veut le meilleur,
11:24on veut le top pour les classes populaires et les classes moyennes.
11:25– Les classes populaires n'iront pas dans un trois étoiles.
11:28– Et pourquoi ?
11:28– Parce que c'est trop cher.
11:29– Alors justement, rendons le bon et le beau accessible pour tous.
11:34C'est ça le sujet.
11:35– Non mais d'accord ?
11:38– Un trois étoiles qui s'installera à Saint-Pierre, ce serait une victoire pour vous.
11:42– Oui, mais ce ne serait pas pour les classes populaires.
11:43– Moi, je parle d'accessibilité du bon et du meilleur.
11:46Je ne parle pas de mettre en place des commerces inaccessibles
11:50qui renvoient les classes populaires et les classes moyennes
11:52au second ou au troisième plan.
11:54Parce que derrière, le sujet, la question que vous avez posée à M. Duhamel,
11:56c'est pourquoi la France insoumise s'est appropriée ce qu'on parle ?
12:00Mais parce qu'il part du principe que manger du poulet,
12:04c'est consubstantiel exclusivement à une identité populaire.
12:08Parce qu'ils ont un biais lorsqu'ils parlent des quartiers.
12:11Parce que pour eux, les quartiers dont je suis issu,
12:14c'est penser d'une certaine façon, voter d'une certaine façon,
12:19manger d'une certaine façon.
12:20Et vous l'avez vu hier, l'intergroupe ?
12:23Vous avez vu l'intergroupe quand ils ont décidé, l'élection de Mélenchon ?
12:27Qu'un phénotype particulier, que des hommes blancs parisiens.
12:32Derrière, la diversité, c'est bien.
12:34Mais là, on n'est pas là pour faire penser à la France insoumise.
12:37Pardon, mais quand vous dites, il faudrait les trois étoiles,
12:39mais enfin les trois étoiles, c'est 500 euros le menu.
12:42Non mais c'est symbolique.
12:46Chez moi, j'ai fait installer Thierry Marx.
12:48Thierry Marx, c'est un bouillon.
12:50C'est des prix à 9 euros.
12:519 euros, le bouillon de Thierry Marx.
12:53Le bouillon de Thierry Marx.
12:54Donc c'est 9 euros.
12:55C'est accessible.
12:57Et ensuite, la démocratiser, l'éducation du bien manger.
13:00Et pas nous cantonner à une espèce d'assignation à résidence culinaire et alimentaire.
13:05Avant d'Ina Atalaya, que nous apprend cette polémique politique entre la gauche,
13:11même si vous dites que la France insoumise n'est pas la gauche ?
13:13Non mais c'est extrêmement intéressant sur la vision qu'on a du libre choix des gens,
13:19sur la malbouffe ou pas, déjà pour commencer.
13:21Je suis complètement d'accord sur, au passage, les contradictions quand même de la France insoumise.
13:25Certes, on peut défendre une nourriture accessible et populaire,
13:29mais quand on se souvient par ailleurs de leur bataille, par exemple contre le Mercosur,
13:32tous les jours on les entendait contre le poulet ukrainien, brésilien,
13:36ces élevages qui vont nous envahir, etc.
13:38pour après venir défendre devant une enseigne le fait qu'elle ait le droit de vendre ce même poulet contre
13:43lequel ils ont milité.
13:44Ce n'est pas du poulet français ?
13:45Non, il n'y a absolument pas français.
13:47Ils ne respectent en rien les normes environnementales, sociales,
13:50même pour eux qui défendent les travailleurs.
13:52D'ailleurs, ce poulet, il est fait dans des conditions, certainement à la chaîne,
13:55extrêmement dures aussi pour ceux qui travaillent pour commencer.
13:58Donc déjà, il y a cette contradiction-là chez la France insoumise.
14:01Mais après, il y a un peu la même contradiction, je trouve, quand même chez les Français,
14:04qui ont aussi, et c'est normal, envie de manger souvent pour pas cher,
14:08mais qui par ailleurs se désolent et sont complètement déprimés du fait que les centres-villes meurent en France.
14:12Qu'il y a de moins en moins de restaurateurs, de moins en moins de boutiques,
14:15que ça se dépeuple, que ce n'est plus l'image de la France aujourd'hui telle qu'on l
14:18'a connue.
14:19Et néanmoins, comme souvent, il y a des moyens financiers contraints,
14:23on continue d'aller là où c'est moins cher.
14:26Mais c'est vraiment une contradiction, je trouve, qui existe dans le pays.
14:29Et pour finir, le débat qu'on peut mettre sur la table et qui est intéressant,
14:32c'est quand même le pouvoir, après tout, du maire.
14:35Parce qu'il a été élu, il est légitime.
14:37Et quel que soit le maire, est-ce qu'il ne peut pas avoir une espèce de vision de sa
14:41ville
14:41où, à un moment donné, on estimerait, par exemple...
14:44Oui, mais qu'il y a un quota, j'en sais rien,
14:45qu'on estime que, je ne sais pas, moi, à 20 ou 30% de fast-food dans la ville,
14:50c'est peut-être pas mal et qu'il s'agit aussi d'équilibrer avec les autres.
14:52Vous êtes soutenu par vos administrés, par les habitants de Saint-Port ?
14:55Ou il y a une fracture ?
14:56Les administrés, à 80%, ils soutiennent.
14:58Parce qu'ils en ont assez qu'il y ait une homogénéisation de type de commerce.
15:01Premier élément.
15:03Et surtout, les nuisances.
15:04Parce qu'on est dans le réel, nous.
15:05On ne vient pas poser alors qu'on dit des choses différentes à l'Assemblée.
15:09Ensuite, ce que dit Madame, c'est absolument juste.
15:11Le maire a pouvoir de légiférer, bien qu'il y ait une liberté de créer,
15:15en termes d'aménagement et d'urbanisme, avec les permis de construire.
15:21Pourquoi n'y aurait pas la possibilité de pouvoir avoir le mot final
15:26pour tout ce qui est installation de type de commerce,
15:29ou limiter le profil de commerce, surtout, surtout, lorsque ce sont des aliments transformés ?
15:35Alain Duhamel, oui.
15:36Oui, moi, ce qui me frappe dans tout ça, c'est qu'il y a quelques décennies,
15:42il y avait, à l'intérieur de la gauche et entre la gauche et la droite,
15:46il y avait des polémiques idéologiques, abstraites, philosophiques, etc.
15:52Et qu'aujourd'hui, on s'écharpe sur la qualité du poulet.
15:56Il y en a aussi, il y en a toujours.
15:59Non, non, non, non, non, non, franchement, non.
16:02M. Duhamel, je suis pas d'accord avec vous.
16:06Non, non, mais si vous avez le droit, j'ai le droit de...
16:08Il va le terminer, vous répondrez.
16:09Parce que, je ne sais pas comment c'est avec vous administrer,
16:11mais visiblement, quand vous prenez la parole, vous avez l'habitude de la garder.
16:14Non, mais vous la prenez depuis plus longtemps que moi, M. Duhamel.
16:16J'ai un peu du retard, vous l'avisez-vous ?
16:20Certainement, beaucoup moins à chaque occasion.
16:22Allez-y, finissez Alain.
16:24Oui, ce qui est frappant, c'est le glissement entre ce qui était le cas
16:28dans les deux générations, trois générations précédentes.
16:31C'est-à-dire des débats idéologiques serrés, pugnaces, contradictoires.
16:37Et aujourd'hui, les débats les plus acharnés,
16:39mais aussi ceux qui intéressent le plus les gens,
16:41ça se fait sur des questions de vie quotidienne,
16:44des choses concrètes, à la fois sans prétention,
16:47mais beaucoup plus sensibles, perceptibles et vécues par les gens.
16:52Et c'est intéressant parce que c'est aussi un glissement de l'univers politique.
16:57Alors, vous avez dit que vous n'allez rien contre Master Poulet.
17:00Est-ce que vous n'êtes pas en goûter quand même ?
17:02Non, mais je ne vais pas rentrer dans la...
17:04Non, mais...
17:05Alain va vous aider.
17:06Alain va vous aider.
17:08Non, mais sans rigoler.
17:09Ce n'est pas pour faire la pub, c'est juste pour dire...
17:12Pour montrer ce que c'est, déjà.
17:13Pour montrer ce que c'est, voilà.
17:14Il y a saucisse, il y a pilon, il y a un petit donut.
17:18Est-ce que vous êtes prêts à goûter ?
17:20Ça me fait penser avec Paul Amart et les gants de boxe, avec...
17:22Non, non, mais là, c'est pour montrer à ceux qui nous regardent à quoi ça ressemble.
17:26Donc, le pilon est à 1 euro, la saucisse aussi, je crois.
17:29Oui, c'est ça, au total, on en a eu pour, voilà.
17:33Ça, 6,50 euros.
17:34D'accord.
17:34Donc, c'est effectivement le pouvoir d'achat.
17:36Est-ce que vous pourriez en prendre un morceau ?
17:38Non.
17:39Ce que je disais, ce que je voulais dire...
17:41Peut-être Alain Duhamel, alors.
17:42Sur le sujet, sur le sujet...
17:44Ça ne me fait pas du tout envie.
17:46Sur le sujet...
17:46Allez, on va y aller, alors.
17:48Si vous me permettez, sur le sujet, est-ce que c'est un sujet de proximité pas sérieux,
17:55alors qu'à l'époque, on discutait, on s'écharpait sur des sujets un peu plus sérieux ?
18:01Ça renvoie à quoi ?
18:02Le pouvoir d'achat, la sécurité alimentaire, le sanitaire ?
18:06C'est pour ça que c'est un sujet sérieux.
18:08Il n'y a pas de folklorisation.
18:09On est en train de parler de l'agriculture française.
18:11Bien sûr.
18:12On est en train de parler de la place de la France en Europe.
18:15On est en train de parler de l'aménagement d'une ville.
18:19Ce n'est pas une question de...
18:20On s'écharpe sur des questions de poulet.
18:23Alors, Alain Duhamel, tant qu'à savoir de quoi on parle...
18:26Avec un peu de sauce, si vous voulez, Alain.
18:27C'est pas l'heure.
18:28Vous êtes plutôt thé à ceci.
18:30Là, j'ai deux sauces.
18:31Il y a Tarsard.
18:32Je viens déjà de Humet, et c'est le maximum des moyens de piste.
18:36Je reconnais, nous, ça fait 25 minutes qu'on a là-dessous.
18:38Je peux vous dire qu'on n'en a pas eu plein le piste.
18:39Je ne vous laisse pas trop.
18:41Amandine ?
18:41Non.
18:42Amandine est courageuse.
18:43Mais les pylons de poulet, non.
18:45Personne ne veut manger du poulet à part moi.
18:46C'est ce qu'on appelle de la vérification d'informations.
18:50J'ai quand même goûté la saucisse.
18:52Je laisserai à chacun se faire une idée.
18:57On a connu mieux, mais...
18:59Bon, ça peut caler.
19:01Non, mais sincèrement, un euro...
19:02Ça peut caler.
19:02Un euro, bien sûr.
19:03Pour un jeune, il a ce qu'il faut.
19:06Parce que c'est ça aussi.
19:06Même pour un vieux.
19:07Non, mais...
19:09C'est-à-dire que c'est beaucoup les jeunes qui vont chez Master Poulet.
19:11Il y a aussi les croustilles poulets qui cartonnent.
19:13Il y a aussi un phénomène de mode.
19:14Ou les revenus les plus modestes.
19:16Les revenus modestes.
19:17Les jeunes qui sont à un euro ou deux euros près.
19:20Ça, il faut le comprendre aussi.
19:21Alors, on vient d'ailleurs de mettre en place l'Europe à un euro dans les restos universitaires.
19:26C'est une décision qui avait été poussée d'ailleurs par le Parti socialiste.
19:29Et que Sébastien Lecornu, pour faire passer son budget, avait accepté.
19:33Est-ce que ce n'est pas sur ça qu'il faut agir, surtout ?
19:35Mais c'est exactement sur ça qu'il faut agir.
19:37Encore une fois, moi, je n'ai pas de problème sur la liberté de consommer.
19:39Moi, mon boulot, c'est de faire respecter le droit commun.
19:43C'est éviter les nuisances.
19:44Et ensuite, au regard du projet pour lequel j'ai été élu, c'est de m'assurer qu'il y
19:48ait une diversité de commerce.
19:50Parce que mon projet, mon programme, c'était une diversité de commerce.
19:53Et ensuite, c'est de travailler dès le tout jeune âge sur la sécurité alimentaire.
19:56Quant à la question du pouvoir d'achat, effectivement, lorsque le jour où on déclarera sécurité alimentaire, cause nationale,
20:03on fera en sorte que nos jeunes, nos étudiants, les classes modestes, les classes populaires,
20:08pourront bénéficier d'une alimentation de qualité en circuit court.
20:12C'est la raison pour laquelle, au niveau de nos écoles, on travaille directement en circuit court.
20:17Autrefois, on passait par un syndicat avec des produits transformés.
20:19On travaille en circuit court.
20:22Multiplier, multiplier ce qu'on appelle les AMAP, en travaillant directement avec les producteurs.
20:26Oui, oui, on peut faire un travail de fond qui touche toutes les classes.
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