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  • il y a 2 jours
Wendy Bouchard reçoit Beoît Hamon, président d'ESS France (Chambre Française de l'économie sociale et solidaire), dans Ma France, ce jeudi 30 Avril 2026.

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Transcription
00:00Avec Wendy Bouchard, MaFrance.
00:02Ici, dans MaFrance, nous vous parlons dans le détail d'un des poumons de notre pays,
00:07la solidarité qui s'organise par les associations, les fondations, les centres d'action sociaux,
00:12les entreprises mutualistes, cette France du partage et de l'entraide
00:16qui tient quand beaucoup de choses vacillent.
00:18Bonjour Benoît Hamon.
00:19Bonjour.
00:20J'accueille le citoyen et l'homme qui œuvre pour la société.
00:23Est-ce qu'on doit encore parler de vous comme un homme politique, Benoît Hamon ?
00:26On peut, on peut, au sens où il y a plein de manières de faire de la politique.
00:31En dehors d'un engagement partisan ou d'un mandat électif,
00:34il y a des millions de nos compatriotes et concitoyens qui s'impliquent dans la cité.
00:39C'est ça, faire de la politique.
00:40Et c'est ce que vous faites en président ESS France,
00:42anciennement Chambre française de l'économie sociale et solidaire,
00:46notamment vous qui avez été député européen, ministre, candidat à la présidentielle pour la gauche.
00:50Quelle est votre mission du quotidien, Benoît Hamon ?
00:53Bien, représenter cette part de l'économie qui correspond à 10% du PIB de la France,
00:57c'est pas que rien, l'économie sociale et solidaire,
00:5910% de la richesse que l'on crée, plus de 2,6 millions d'emplois,
01:02des dizaines de milliers d'entreprises qui concourent à la fois créer la valeur des emplois,
01:09comme toute entreprise le fait, mais aussi à produire de l'intérêt général.
01:14Et l'intérêt général, ce n'est pas le monopole de la sphère publique.
01:17Il y a beaucoup d'acteurs privés, des fondations, des associations,
01:19qui tous les jours participent à l'émission d'intérêt général.
01:23Et c'est ce secteur-là qui est aujourd'hui fragilisé par des politiques publiques
01:29qui lui sont hostiles ou défavorables.
01:32Et il me revient de les représenter dans l'espace public.
01:35Très concrètement, pour les auditeurs qui ont la gentillesse d'être avec nous à midi,
01:41quand vous entendez Entreprises Sociales et Solidaires,
01:43vous entendez notamment toutes les associations françaises aujourd'hui
01:46qui œuvrent à ce maillage social.
01:47Ça peut être depuis une radio locale associative,
01:50puisque nous sommes sur une radio, une crèche associative.
01:52C'est un centre de santé ou un centre d'auteur
01:55qui est géré ou par une association ou par une mutuelle.
01:58Les clubs de sport, les établissements culturels,
02:00une épicerie sociale, une recyclerie.
02:02Et on voit bien que quand on construit ce paysage-là,
02:06ce sont des acteurs que l'on connaît, que l'on a sur son territoire.
02:10Et dans certains territoires nationaux ou dans les territoires ultramarins,
02:14ce sont les seuls acteurs de l'intérêt général.
02:16Pourquoi ? Parce que le service public est devenu résiduel,
02:20il reste quelques écoles, il reste ici une patrouille de gendarmerie
02:23ou un peu de police, mais plus beaucoup de services publics,
02:26sinon des acteurs privés de l'intérêt général.
02:28Oui, parfois ils représentent justement l'unique commerce du territoire.
02:33On en parle souvent ici avec les épiceries sociales et solidaires.
02:37Ces entreprises, ces associations qui font ce lien essentiel
02:40et qui parfois, Benoît Hamon, remplace les services publics
02:43auxquels nous sommes tant attachés.
02:45Absolument.
02:46Absolument.
02:47C'est une des réalités de la France d'aujourd'hui,
02:49raison pour laquelle il nous semble crucial de dire que
02:52quand on fait porter les efforts d'économie des villes ou de l'État
02:58sur le tissu associatif,
03:00c'est ce qu'il reste de producteurs d'intérêt général qui disparaissent.
03:04C'est que, très concrètement, ça peut être une maternité du champ mutualiste qui ferme,
03:09ça peut être, vous l'avez dit, une épicerie sociale,
03:12mais des clubs de sport ou des établissements culturels.
03:15Tout ça, il n'y a pas de raison que dans le territoire français,
03:18certains y aient le droit et d'autres pas.
03:20Parce qu'il y a fondamentalement derrière des droits fondamentaux
03:23pour nos concitoyens qui se jouent.
03:26Et aujourd'hui, ce que je voudrais vous dire,
03:29vous raconter comme histoire, parce qu'on ne le sait pas,
03:30c'est qu'on est persuadé, spontanément, dans nos imaginaires,
03:35que c'est une économie sous perfusion de la subvention publique.
03:38Or, la Cour des Comptes, institution ô combien respectable,
03:43en septembre 2025, a voulu y voir clair.
03:45En gros, combien coûte aux contribuables l'économie sociale et solidaire,
03:50dont les associations.
03:52Et elle a conclu que c'était à peu près 16 milliards d'euros
03:54de transferts publics chaque année qui allaient à toute cette économie-là.
03:57Et on a fait un petit calcul.
03:59Un rapport parlementaire vient de dire,
04:01ou a dit l'année dernière,
04:03que le montant des aides aux entreprises,
04:04c'était de 211 milliards d'euros.
04:06Et on découvre donc quoi ?
04:08Que l'économie sociale et solidaire pèse pour un peu plus de 7% des aides publiques,
04:12tandis qu'elle représente 14% de l'emploi privé.
04:17En réalité, l'économie sociale et solidaire,
04:19quand bien même elle remplit une mission d'intérêt général,
04:22est moins subventionnée,
04:23tenez-vous bien,
04:24moins subventionnée que l'économie conventionnelle.
04:27Et j'écoutais tout à l'heure le reportage sur Total
04:30ou d'autres gros acteurs du CAC 40,
04:33qui sont aussi consommateurs d'aides publiques,
04:35de subventions publiques.
04:36Et bien aujourd'hui,
04:37le grand paradoxe,
04:39c'est qu'on regarde l'économie sociale et solidaire
04:41quand on veut faire des économies,
04:43mais cette économie-là consomme,
04:46ou en tout cas est moins gourmande en subvention publique
04:48que ne l'est l'économie conventionnelle.
04:49C'est aussi la raison de votre présence sur ICI, Benoît Hamon.
04:53Vous déplorez évidemment cet état de fait.
04:55Et pire, vous êtes inquiet.
04:56La France des associations,
04:58des fondations de la solidarité,
04:59l'ESF,
05:00l'ESS a détruit des emplois l'an passé
05:02et les perspectives ne sont pas encourageantes,
05:04évidemment,
05:06adossées à cette crise aujourd'hui que nous vivons.
05:08Vous craignez que finalement,
05:12alors que c'est cette France qui tient,
05:14que cette France-là craque ?
05:15Oui, alors je ne peux pas être dans le registre victimaire forcément,
05:19parce que c'est aussi une mauvaise habitude
05:22qu'on a d'être assez innovants et résilients.
05:25Comme les temps sont souvent durs,
05:26les associations s'adaptent,
05:28elles ont des bénévoles.
05:29Alors on a souvent des bailleurs
05:32ou ceux qui nous subventionnent,
05:34qui nous disent,
05:34écoutez, vous avez des bénévoles,
05:35donc ça finira bien par tenir.
05:37La réalité, c'est que les signaux d'alarme étaient nombreux.
05:41Quand vous avez des grandes associations
05:44aussi emblématiques que le Secours catholique,
05:46que l'Association des paralysés de France,
05:49que Aide,
05:50qui annonce des plans sociaux,
05:52inutile de vous dire que si ces grands acteurs associatifs
05:54qui ont pignon sur rue,
05:56qui sont capables d'appeler à la générosité des Français
05:58et à vos dons,
05:59si eux font des plans sociaux,
06:00alors les petites associations que l'on connaît,
06:02qui ont un ou deux emplois,
06:04qui tiennent ici un tiers-lieu,
06:05ici un café associatif,
06:06toutes ces associations,
06:08elles, sont celles qui dégustent le plus
06:13et licencient aujourd'hui.
06:1410 000 suppressions d'emplois
06:16dans le secteur associatif
06:18au dernier trimestre 2025.
06:19Et je vais vous dire...
06:20Et la crise, pardonnez-moi, énergétique
06:22n'était pas encore passée par là.
06:23Et d'une.
06:24Et en fait,
06:25en réalité,
06:26c'est que
06:27c'est la conséquence des choix budgétaires
06:29qui avaient été faits 2024-2025.
06:31Et en réalité,
06:33on n'est qu'au début de ce que nous avions annoncé,
06:35comme un immense plan social à bas bruit.
06:41Le problème que nous avons avec l'ESS,
06:43c'est qu'on peut mettre des chiffres,
06:45mais évidemment,
06:46ces suppressions d'emplois,
06:47elles n'ont pas lieu au même endroit,
06:48au même moment,
06:49et ne font pas l'objet d'une grande médiatisation.
06:52Mais la réalité,
06:52c'est qu'elles vont toucher
06:54tous nos compatriotes.
06:55Et ce sont des services en moins
06:56qui leur seront rendus.
06:58Et là où c'est inadmissible,
06:59et c'est là où moi,
07:00je m'agace
07:01auprès du Premier ministre,
07:03je l'ai fait déjà,
07:04auprès des ministres de l'économie,
07:06c'est que
07:08comme c'est un peu silencieux,
07:09ce plan social,
07:11ça ne pique pas, quoi,
07:13les mollets du gouvernement.
07:15Mais la réalité,
07:16c'est que ça impacte directement
07:19la vie de millions de Français.
07:22Parce que
07:23c'est totalement anormal
07:25que dans certains territoires ruraux
07:27ou certains quartiers politiques de la ville,
07:30il y ait deux à trois fois moins
07:32de services publics,
07:32de services d'intérêt général,
07:34d'activité,
07:34qu'ailleurs,
07:35dans les milieux urbains plus classiques
07:38où on retrouve de tout.
07:39Quand on a fait ce constat,
07:40comme vous le faites,
07:41sur notre antenne,
07:41Benoît Hamon,
07:42qu'est-ce qu'on dit ?
07:43Alors, on alerte,
07:44vous l'avez fait auprès de Sébastien Lecornu,
07:46mais comment,
07:48comment on essaye
07:49de faire bouger,
07:50notamment,
07:51un an de l'élection présidentielle
07:52pour vous inscrire
07:53dans ce jeu social impératif ?
07:57Ben, écoutez,
07:58moi, j'essaie d'avoir un discours
07:59qui fait la part des choses,
08:00qui dit que
08:01quand on supprime des dispositifs
08:03qu'on appelle
08:03l'insertion par l'activité économique,
08:05qui permettent à des gens
08:06de retourner vers l'emploi,
08:07et donc on a des acteurs
08:09qui, aujourd'hui,
08:09de l'ESS,
08:10concourent à cela.
08:14Diminuer les moyens
08:15de ces entreprises-là,
08:18c'est fabriquer du désordre
08:19à moyen et long terme.
08:20La vraie difficulté,
08:21je vais être très honnête avec vous...
08:22La pauvreté et de l'isolement.
08:23Oui, c'est que
08:24notre plaidoyer dit
08:26attention,
08:26vous allez vous créer des problèmes
08:28dans un, deux, trois, quatre ans.
08:31Et aujourd'hui,
08:32on vit dans une époque
08:34où le court terme
08:35a pris le dessus sur tout,
08:36et il faut faire une économie
08:38tout de suite,
08:38et elle est plus simple à faire
08:40en, finalement,
08:42attaquant, en quelque sorte,
08:43le tissu associatif
08:45qu'en allant demander
08:47des efforts
08:48à ceux qui peuvent le plus.
08:49Et moi, je regrette
08:50ce contraste
08:53qui veut que
08:55Total trouve toujours
08:56des défenseurs
08:56quand les associations
08:57sur le territoire
08:58n'en trouvent pas.
08:59Ou en tout cas,
08:59on trouve si peu
09:00du côté des pouvoirs publics.
09:02Comment on les défend,
09:02justement, ces associations ?
09:04Est-ce qu'elles sont
09:04à votre écoute ?
09:05Est-ce qu'on peut contacter
09:07l'entreprise
09:07de l'économie sociale
09:09et solidaire,
09:09l'ESS que vous représentez,
09:10que vous présidez,
09:11Benoît Hamon ?
09:11Alors, il y a des chambres
09:12régionales de l'ESS,
09:13dans tous les territoires,
09:14qui sont elles-mêmes
09:14en difficulté.
09:16Mais il y a des chambres
09:17qui sont des interlocutrices
09:19naturelles,
09:20à la fois des citoyens,
09:21des entreprises qui,
09:23notamment celles qui connaissent
09:24des difficultés,
09:25les associations.
09:26On a des dispositifs
09:27d'accompagnement
09:27de celles-ci
09:29pour faire face,
09:29justement,
09:31aux difficultés.
09:31Donc, on a tout un écosystème
09:33qui fonctionne
09:34et qui reste très efficace.
09:36Vous savez que,
09:37en 2014,
09:38quand j'ai été ministre,
09:39j'ai fait adopter
09:39une loi sur l'économie sociale
09:42et solidaire en France.
09:43C'est une des lois françaises
09:44les plus copiées dans le monde,
09:45qui montre qu'on était,
09:47et nous sommes encore,
09:48une des économies
09:49avec l'économie sociale
09:50et solidaire
09:51les plus dynamiques,
09:52les plus innovantes,
09:52les plus diversifiées.
09:53Mais ce caractère pionnier
09:56qui était celui
09:56de l'économie française,
09:57assez peu défendu,
09:58honnêtement,
09:59par les dirigeants français,
10:00alors que c'est pourtant
10:01un atout considérable,
10:03ce caractère pionnier,
10:04nous sommes en train
10:05de le perdre.
10:06Faute de politique publique
10:07suffisamment ambitieuse
10:08dans ce domaine-là.
10:09Qui le porterait le mieux
10:10pour vous en 2027 ?
10:12Dans quel candidat
10:13à la présidentielle
10:14vous retrouvez ce discours
10:15de François Hollande
10:16à Bernard Cazeneuve
10:17à Raphaël Glucksmann
10:18à Benoît Hamon
10:19pour ne pas faire
10:19de name-dropping ?
10:20Pour l'instant,
10:21je ne connais que des candidats
10:22et peu de projets,
10:23donc c'est difficile
10:23à vous dire.
10:24Mais ce que je pense,
10:25c'est que quiconque passe
10:27à côté du fait
10:28qu'aujourd'hui,
10:29cette économie-là,
10:31il faut s'allier avec elle
10:32pour produire
10:33l'intérêt général,
10:34que tout ne viendra plus,
10:36c'est fini,
10:37d'un service public
10:38qu'on créerait nouveau,
10:40qui répondrait à un besoin.
10:41Il faut aujourd'hui
10:41construire des alliances
10:42entre le champ public
10:44et le champ de l'ESS.
10:45Je vais vous prendre
10:46une proposition,
10:46moi, que j'espère retrouver.
10:48Il faut que le secteur
10:49des EHPAD,
10:49des maisons de retraite
10:50ou des crèches,
10:51relève ou du public
10:52ou du privé non lucratif,
10:54c'est-à-dire de l'ESS.
10:54Parce qu'on a vu avec Orpea
10:55que quand on soumettait
10:57la dignité des personnes
10:58à des arbitrages
10:59entre dividendes et dignité,
11:01eh bien les dividendes
11:02étaient choisis
11:02plutôt que la dignité.
11:03Voilà quelque chose
11:04que j'aimerais pouvoir figurer
11:05dans les programmes
11:06des candidats aux élections présidentielles.
11:08Une des propositions concrètes
11:09comme vos propos
11:10sur notre antenne,
11:11Benoît Hamon,
11:11vous qui présidez
11:12l'ESS France,
11:13anciennement Chambre française
11:14en effet de l'économie sociale
11:15et solidaire
11:16avec ses ramifications en région.
11:17Merci beaucoup Benoît Hamon.
11:18Merci Wendy Bouchard.
11:19Merci à ici.
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