00:00Jusqu'à 9h, ici matin, ou 7h49, c'est selon.
00:04Des témoignages d'aidant ce matin sur ICI Alsa Sébastien,
00:07des témoignages d'aidant qui tentent de se reconstruire après la disparition d'un proche malade.
00:11Et certains comme Estelle ont récemment participé à des ateliers de soutien d'un nouveau genre à Strasbourg
00:16pour apprendre à gérer le deuil et à reprendre le cours d'une vie classique
00:21après la mort de son papa touché par la maladie de Parkinson.
00:24Dans un premier temps on s'est dit enfin on pourra se reposer
00:27et en fait on s'est rendu compte qu'il n'était plus là, il n'y avait plus les
00:30aides-soignantes,
00:30il n'y avait plus rien et qu'on s'est retrouvés complètement démunis, il n'y avait plus rien
00:33à faire.
00:33J'ai tellement donné pour lui qu'en fait je ne savais plus comment faire après.
00:38Bonjour Léa Rorbaché.
00:40Bonjour.
00:40Vous êtes psychologue clinicienne à la plateforme de Répil et Madeleine à Lingolsheim.
00:44C'est une plateforme pour les aidants de personnes âgées.
00:48On ne peut que comprendre ce vide pour un aidant après le départ de son aidé.
00:52Oui, l'aidé occupe généralement une place centrale dans la vie de l'aidant.
00:58L'aidant s'occupe des soins, du repas, des courses, des lessives, de la gestion administrative.
01:03Et donc quand l'aidé décède, un vide énorme se forme.
01:06C'est la place de toute la charge mentale et de toutes les activités physiques qui disparaît.
01:13Et donc il y a un manque énorme qui se crée.
01:15Et donc là pour l'aidant, le rôle ou le travail, c'est vraiment un travail de remobilisation de ce
01:22temps.
01:23Savoir quoi faire maintenant de ce temps qui lui est donné,
01:26qui était avant dédié à l'aider de façon logique et certaine,
01:31et qui maintenant va devoir être remobilisé dans quelque chose qui doit être réfléchi.
01:35Parce que finalement il ne sait pas quoi en faire.
01:37C'est ça, parce que quelque part, à un moment, les aidants sont des personnes qui ont parfois un travail,
01:42qui vont au travail, qui ensuite sortent du travail et vont aider leurs proches malades.
01:47Parfois la journée, parfois la nuit, parfois les deux.
01:51Et finalement il y a tout ce temps-là qui d'un coup se libère et ça peut être très
01:54perturbant.
01:54Oui, tout à fait. Qu'est-ce qu'on va faire maintenant de ce temps qui s'est libéré ?
01:57Comment est-ce qu'on va pouvoir l'investir différemment et à nouveau ?
02:00Parce que c'est presque une deuxième vie en fait, d'être aidant, un deuxième travail.
02:04Il faut faire les repas, parfois l'entretien à domicile, aider même la personne à se lever.
02:10Oui, tout à fait. C'est vraiment un travail constant.
02:13C'est un travail en soi, c'est une charge physique et une charge mentale.
02:16Parce que l'administratif, évidemment, il faut y penser.
02:19Gérer aussi quand il y a des personnes qui interviennent à domicile.
02:21Il y a parfois une gestion liée à ça, il faut y penser.
02:24Et donc effectivement c'est un travail en plus de prendre soin de soi,
02:27prendre soin de sa famille, prendre soin de l'aider et puis travailler quand on a un travail.
02:31Donc effectivement c'est vraiment une charge supplémentaire.
02:34Oui, parce qu'être aidant ça peut aussi être chacun d'entre nous en fait.
02:39Léa Orbaché, un mari, une femme, un compagnon, un fils, une fille, des petits enfants.
02:43Tout à fait. Un voisin, un ami, peu importe son âge.
02:46Ça peut être n'importe qui et ça peut être à n'importe quel âge.
02:48En tout cas tout le monde peut être aidant, vous et moi, tout le monde peut l'être.
02:51Jusqu'à parfois même décider de quitter son travail ou en tout cas de faire des choix dans sa vie
02:57personnelle.
02:57Oui, tout à fait. Certains quittent leur travail et puis dans la majorité des cas,
03:00ce sont des personnes qui prennent en général moins soin d'elles au profit de l'aidant, mais à leur
03:06dépend.
03:06Quel est votre travail ? Vous justement, vous êtes psychologue clinicienne au Madeleine de l'Ingolsheim.
03:13Comment est-ce que vous aidez ces aidants ?
03:15Alors oui, mon travail c'est d'aider les aidants, effectivement.
03:18Alors nous, on a un gros travail de réseau et donc les personnes nous appellent.
03:21Généralement, on est le premier intermédiaire ou le deuxième, en tout cas, on est un des premiers intermédiaires.
03:25Et donc notre travail aussi, c'est d'orienter vers les structures compétentes quand on ne l'est pas.
03:29Nous, notre compétence à la plateforme de répit, les Madeleines, c'est d'organiser des activités pour les aidants.
03:35On a des groupes de parole pour les aidants.
03:37On organise des ateliers. Là, on vient de finir un cycle d'improvisation théâtrale.
03:41On a un cycle de sophrologie en cours.
03:43L'idée, c'est de permettre aux aidants de voir autre chose, de faire autre chose, de sortir du quotidien
03:47et de rencontrer d'autres personnes qui vivront la même chose qu'elles et qui pourront se reconnaître.
03:51Comment est-ce qu'on réussit à prendre du temps aussi, du coup, pour soi, quand on est aidant,
03:56ne serait-ce que quelques heures, ne serait-ce que quelques jours, et ça sans s'en vouloir ?
04:01Je crois que ça, c'est effectivement difficile.
04:02Les personnes ont tendance à culpabiliser de prendre soin d'elles.
04:05Je pense que prendre soin de soi, c'est la meilleure chose pour pouvoir ensuite prendre mieux soin de l
04:08'autre.
04:10Alors, pourquoi prendre soin de soi ?
04:11Il y a des séjours de répit, en Alsace, il y en a, où vous pouvez partir en vacances ou
04:19en week-end
04:20avec votre aidé ou seul, et vous vivez autre chose avec votre aidé ou sans lui.
04:25Et même quand vous partez avec lui, il y a des activités séparées pour les deux.
04:28Et donc là, vous pouvez vivre autre chose avec la personne ou tout seul.
04:32En tout cas, ça vous fait changer un petit peu d'environnement.
04:34Et ça coûte une cinquantaine d'euros par personne.
04:37Tout à fait.
04:37En 2023, le gouvernement a présenté un grand plan de mobilisation et de soutien à l'horizon de 2027.
04:42Donc ça y est, on y arrive là pour les aidants.
04:44Est-ce que ça porte ses fruits ou pas du tout, en quelques mots ?
04:46Alors moi, je trouve qu'il est un peu tôt pour mesurer les effets de ces mesures sur le terrain.
04:50Ce qu'on peut dire, c'est qu'il y a une vraie prise de conscience plus forte de la
04:53place des aidants
04:54et une volonté affichée d'améliorer leur reconnaissance et leur accès au répit.
04:59Notamment grâce à l'aide APA qui permet de financer pas mal de choses et le répit.
05:03En revanche, il faut du temps pour voir les effets chez les personnes concernées.
05:06On voit que beaucoup d'aidants disent qu'il manque quand même d'informations, de solutions, de relais ou de
05:12temps pour eux-mêmes.
05:13Donc il y a une dynamique positive qui est engagée.
05:15Mais il faudra davantage de recul pour pouvoir vraiment en saisir tous les enjeux.
05:18Vous êtes là pour les aider, ces aidants.
05:20Merci Léa Rorbaché.
05:21Vous êtes psychologue clinicienne à la plateforme de répit.
05:23Merci les Madeleines à l'Ingolsheim et je vous renvoie également sur le site ici.fr
05:27où vous retrouvez ces reportages, des reportages qu'on a réalisés avec les ateliers d'aide
05:32pour les aidants en deuil organisés par la structure Épaulmois.
05:35Merci.
05:35Merci beaucoup.
05:36Ici Alsace, l'actualité chaque matin avec notre invité.
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