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  • il y a 7 heures
Dans une suite d’hôtel avec Donald Trump, dans une villa moscovite avec Vladimir Poutine, dans la salle des fêtes de l’Elysée avec Elon Musk nous murmurant "I’m not used to waiting for people" (Emmanuel Macron se faisait désirer)… Bruno Le Maire raconte bien le pouvoir.

En lisant Le temps d’une décision (Gallimard), on touche du doigt les nouveaux maîtres du monde. On comprend comment ils imposent leur force. Des autocrates aux "minotaures de la tech", c’est un saisissant bestiaire que l’on contemple. Au milieu de tous ces carnivores, un herbivore tente de survivre : l’Europe.

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Transcription
00:00Bonjour, bienvenue dans les temps sauvages, le podcast géopolitique de L'Express.
00:04Je suis Sébastien Le Foll, directeur délégué de la rédaction,
00:07et un jeudi sur deux, je reçois une personnalité qui nous aide à comprendre le basculement du monde.
00:14Si vous êtes abonné de L'Express, vous pouvez suivre cet échange en avant-première.
00:19Vous pouvez dialoguer dès maintenant avec mon invité à l'aide du chat qui apparaît sur l'écran.
00:25Aujourd'hui, je reçois un homme politique et écrivain.
00:28Son dernier livre, Le Temps d'une décision, paru bientôt chez Gallimard,
00:34nous éclaire sur les nouveaux rapports de force mondiaux dominés par les autocrates et les minotaures de la tech.
00:41Une chronique saisissante des années carnivores, selon l'expression de la poétesse Anna Akhmatova,
00:48dans lesquelles nous sommes entrés.
00:51Bonjour, monsieur Bruno Le Maire.
00:53Bonjour Sébastien Le Foll.
00:54Il y a 18 ans, vous publiez Des Hommes d'État,
00:57un livre étonnant et marquant dans lequel vous racontiez la réalité du pouvoir en France en ce temps-là.
01:05On y croisait déjà d'ailleurs un certain Vladimir Poutine.
01:09Les carnivores qui peuplent le temps d'une décision, votre nouveau livre,
01:15feraient presque penser à des petits chatons à côté des Hommes d'État.
01:20Ils étaient bien d'où les Hommes d'État que vous décriviez à l'époque, il y a 18 ans
01:24?
01:24En comparaison, oui, parce que nous pensions que les démocraties avaient gagné,
01:30que les régimes libéraux avaient gagné,
01:33et que donc nous pouvions entretenir des relations fermes, mais courtoises,
01:38avec Vladimir Poutine, avec les dirigeants chinois, avec les dirigeants américains, bien sûr,
01:43qui étaient nos alliés, et que tout cela irait très bien dans les années qui viendraient.
01:49Il s'est produit l'exact contraire.
01:52Et le monde a basculé du droit vers la force, des démocraties vers les régimes autoritaires,
01:59y compris les États-Unis qui sont devenus une forme de régime autoritaire,
02:02en donnant en plus une place et une influence absolument considérable à ce que j'appelle les minotaures de la
02:09tech,
02:09c'est-à-dire les patrons de Google, d'Amazon, de Facebook,
02:13qui organisent notre vie quotidienne quand ils n'organisent pas nos cerveaux.
02:16Donc c'est cette photographie de l'époque que j'ai voulu saisir dans le livre
02:22pour voir comment est-ce que nous pouvons, nous Européens, nous Français,
02:26retrouver une part de décision et définir nous-mêmes notre destin.
02:29À quel moment de votre carrière avez-vous perçu ce basculement ?
02:34Que la décision vous échappait ?
02:38Je l'ai perçu au cours des premières années du premier quinquennat d'Emmanuel Macron.
02:45Nous avons vu, avec l'arrivée de Trump, qui a été une première rupture,
02:50que nos alliés américains ne nous feraient pas de cadeaux.
02:54Aucun cadeau.
02:55Je raconte la négociation que nous avons eue avec le président Trump sur les tarifs sur le vin.
03:02où vous avez un de vos alliés les plus proches qui vous dit
03:04« Voilà, je vais mettre des tarifs douaniers sur le vin, tant pis pour l'économie française,
03:08tant pis pour les viticulteurs du Bordelais ou de Bourgogne, vous vous débrouillerez. »
03:12Et nous devons rentrer dans un rapport de force avec nos alliés américains.
03:17Là, c'est la première fois qu'on vous dit « Tiens, il y a quelque chose qui ne va
03:21plus.
03:22Ceux qui devraient être avec nous sont contre nous. »
03:27Ensuite, la deuxième étape, c'est évidemment les agressions répétées de la Russie et de Vladimir Poutine.
03:32Je n'ai jamais été un grand admirateur de Vladimir Poutine.
03:36Et je n'ai jamais fait partie de ceux qui ont une classe politique française
03:40mêlée de l'admiration, parfois de la fascination pour Vladimir Poutine.
03:44À chaque fois que je l'ai rencontré, je l'ai trouvé effrayant.
03:50de cynisme, de froideur, de calcul et de mépris pour les Européens, pour les Occidentaux en général.
03:59Et donc nous avons eu progressivement, à partir de 2017, une série d'agressions de Vladimir Poutine.
04:04D'abord verbal, quand il dit dans le Financial Times « Les régimes libéraux sont morts »,
04:10puis physique, l'agression évidemment de la Crimée, puis l'agression de l'Ukraine.
04:15Et là, je me suis dit aussi « Nous avons basculé vraiment dans un monde nouveau
04:19où la menace est à nos portes ».
04:21Elle n'est pas virtuelle, elle est réelle.
04:24Elle n'est pas que économique, elle est militaire.
04:28Et puis la troisième étape, c'est, comme ministre de l'Économie,
04:32avoir vu, même si ça remontait évidemment bien avant mon arrivée au ministère de l'Économie et des Finances,
04:37la montée en puissance spectaculaire de la Chine.
04:41La réussite économique, technologique, financière chinoise est probablement une des plus impressionnantes de l'histoire de l'humanité.
04:50Voilà un pays, un peuple d'un peu plus de 9,4 milliards d'habitants,
04:55qui a été relégué pendant plusieurs siècles, humilié, qui porte au fond de lui cette humiliation,
05:00et qui, en trois décennies, se réveille, devient l'une des premières puissances économiques mondiales
05:06et devient un des maîtres des technologies du XXIe siècle.
05:10Et là aussi, il ne vous fait plus aucun cadeau.
05:13États-Unis, Russie, Chine,
05:16tout d'un coup, vous voyez le monde qui bascule de l'autre côté de l'Europe.
05:19– Vous avez évoqué Vladimir Poutine, alors c'est l'un des grands intérêts de votre livre,
05:25c'est qu'on retrouve là votre patte d'écrivain,
05:27vous croquez avec à la fois gourmandise et férocité les nouveaux maîtres du monde.
05:33Parlons de Trump, qui est très présent dans ce livre, vous l'avez rencontré à plusieurs reprises.
05:39Comment comprenez-vous cet homme ?
05:42– C'est un homme d'instinct, c'est un homme imprévisible
05:50et qui a fait de l'imprévisibilité une de ses méthodes de gouvernement.
05:55On ne doit jamais savoir où il est, jamais savoir ce qu'il va décider,
05:58jamais savoir ce qu'il va dire.
06:01C'est un homme qui sait séduire à sa bannière,
06:05avec des mots très simples et capacité à s'adresser à chaque type d'électorat
06:10ou de population avec un langage différent.
06:14C'est un homme qui, je pense, n'a aucun respect pour les règles démocratiques
06:19et dont l'ambition, j'appelle ça le rubicon de chacun des dirigeants,
06:23est sans doute d'établir une forme de régime autoritaire aux États-Unis,
06:27dans une des plus grandes démocraties du monde,
06:30quand il veut remplacer Jay Powell, patron de la Fed, et qu'il le critique,
06:33alors que la Fed, la Banque fédérale américaine, est censée être indépendante.
06:36C'est une première façon de franchir le rubicon.
06:39Quand il commence à critiquer les juges fédéraux, c'est une autre façon de franchir le rubicon.
06:44Quand il mélange affaires privées et affaires publiques,
06:47c'est une troisième façon de franchir le rubicon et de s'éloigner des règles démocratiques.
06:52Et enfin, je pense que chaque Européen doit le comprendre,
06:56c'est quelqu'un qui n'aime pas et ne respecte pas le continent européen.
07:01D'où la conclusion que j'en tire, très opérationnelle,
07:03parce que mon objectif, c'est que chaque lecteur puisse toucher du doigt,
07:07entendre la voix de Trump, voir ses gestes, comprendre comment il négocie,
07:10voir son humour, sa provocation.
07:13Il faut qu'en lisant le livre, en lisant ses portraits,
07:15chaque lecteur puisse se dire « je suis dans la pièce »
07:18et en tirer la conclusion politique,
07:21qui est que l'Europe doit rompre avec ses États-Unis.
07:25Et rompre pas simplement financièrement, économiquement, technologiquement,
07:29pour être indépendant, rompre mentalement.
07:32Il faut que nous devenions adultes, nous Européens,
07:35que nous cessions d'avoir dans la tête l'idée qu'on a un papa,
07:39pour reprendre l'expression du secrétaire général de l'OTAN,
07:42qui veille sur nous.
07:42Ce papa ne veille pas sur nous, et d'ailleurs ce n'est pas notre papa,
07:45on est beaucoup plus vieux que lui.
07:47L'Europe est beaucoup plus vieille que les États-Unis.
07:49Et donc nous sommes arrivés au moment de notre histoire,
07:53où sans clash, sans mots inutiles,
07:56nous devons assumer notre indépendance mentale, morale, intellectuelle,
08:03scientifique, par rapport aux États-Unis d'Amérique.
08:05C'est pour moi un des plus grands enjeux des prochaines décennies.
08:08Alors nous reviendrons à l'Europe,
08:10mais je voudrais poursuivre notre visite de ce bestiaire.
08:15Je vous cite.
08:16« Tout en masse de caoutchouc lourde, cireuse,
08:20les cheveux noirs ébouriffés,
08:23dégageant une impression de force primale,
08:25puisée dans le bouche,
08:27mais laissant pointer aussi une once de fragilité dans le regard,
08:31ou une inquiétude,
08:33comme un animal osagué. »
08:36Elon Musk.
08:38Alors ces rencontres avec Musk,
08:41qui est cet homme ?
08:42Qu'est-ce qu'il vous inspire ?
08:43Qu'est-ce que vous comprenez là aussi de ce nouveau pouvoir ?
08:49« Cet homme est un génie. »
08:52C'est le premier mot qui me vient à l'esprit.
08:54Alors les génies peuvent être malfaisants.
08:56Mais c'est un génie au sens où il voit des choses
08:58que vous et moi, nous ne voyons pas.
09:01Et il envisage des possibilités
09:04que vous, vous considéreriez comme totalement impossibles.
09:07Je donne un exemple très concret,
09:09c'est le lanceur spatial renouvelable.
09:11J'ai été chargé de l'espace dans le gouvernement
09:13pendant plusieurs années.
09:16Et quand le président de la République m'a confié cette mission,
09:18j'ai fait ressortir toutes les notes
09:19des dirigeants du CNES
09:21et de scientifiques tout à fait respectables
09:23qui avaient évalué la possibilité
09:26d'un lanceur renouvelable, récupérable.
09:28On envoie le lanceur, il revient sur Terre
09:30et du coup vous faites des grosses économies.
09:32Conclusion unanime
09:33de tous ces scientifiques
09:35ou dirigeants du CNES,
09:37c'est bullshit.
09:39Ça ne peut pas marcher.
09:40C'est trop compliqué,
09:41la stabilisation, la rentrée à l'atmosphère,
09:43c'est beaucoup trop compliqué.
09:45J'en parle à Elon Musk
09:46qui lui a fait le lanceur réutilisable.
09:49Et il me fait cette remarque,
09:50il me dit
09:51mais vous avez une bicyclette,
09:52monsieur le ministre ?
09:53Je dis oui, j'ai une bicyclette.
09:55Il a employé le mot bicyclette, pas vélo.
09:57Et je lui dis, pourquoi vous me posez cette question ?
10:00Parce qu'il vous viendrait à l'idée d'utiliser une fois votre bicyclette
10:04et puis de la jeter après.
10:05Je ne dis pas non.
10:06Vous voyez, c'est exactement la même chose pour les fusées.
10:08Je me suis dit, j'ai une bicyclette,
10:10elle va dans l'espace,
10:11et si je veux qu'elle ne me coûte pas trop cher,
10:13il faut que je puisse la réutiliser ensuite.
10:15C'est ça le génie.
10:16Il voit le possible dans l'impossible.
10:20Ça, c'est le côté fascinant d'Elon Musk.
10:25Et quand vous échangez avec lui,
10:26vous n'avez pas parlé compétitivité, ouverture d'usines.
10:29J'ai essayé, je l'ai vu une fois au sommet de choses France.
10:32Moi, ce que je voulais, c'est qu'il vienne en France,
10:33qu'il crée des emplois, qu'il ouvre des usines.
10:36Mais il m'a commencé à me parler de la vie sur Mars.
10:38Il n'y avait que ça qui l'intéressait.
10:40Le reste lui paraissait complètement anecdotique.
10:43Donc, c'est quelqu'un qui est capable de forcer les portes du réel.
10:47Ensuite, l'aspect inquiétant du personnage,
10:50c'est que cette puissance qui est colossale,
10:53elle est au service d'une ambition politique.
10:57Pas au sens politicien du terme.
10:59Il n'aspire pas à devenir président des États-Unis d'Amérique.
11:01D'ailleurs, il ne le pourrait pas en raison de sa nationalité.
11:04Mais en revanche, il a une vision de la liberté
11:07qui est réservée à quelques-uns.
11:09Il estime que tenir des propos racistes ou autres
11:13ne pose absolument aucune difficulté
11:15parce que c'est la liberté.
11:16C'est un vrai libertarien.
11:18La liberté n'a aucune limite.
11:20Même pas celle du respect des autres.
11:22Et là, vous êtes très clairement
11:26dans deux options civilisationnelles
11:28qui ne sont pas les mêmes.
11:30Nous, en France, nous estimons que la liberté a des limites
11:32et tant mieux.
11:34On n'agresse pas les autres par des mots.
11:35On ne tient pas des propos racistes ou antisémites.
11:37Antisémite, on ne dit pas n'importe quoi sur n'importe qui.
11:40Lui estime que oui, il faut dire n'importe quoi
11:43sur n'importe qui et que c'est ça la liberté.
11:46Enfin, la troisième chose,
11:47c'est qu'il faut que chacun mesure maintenant.
11:49Et c'est l'objet de mon livre
11:50qu'on puisse là aussi le toucher du doigt.
11:53La puissance phénoménale
11:56d'un homme comme Elon Musk.
11:57Elle est plus importante que celle de 99%
12:01des chefs d'État de la planète.
12:02Car cet homme a à sa disposition
12:04une puissance technologique absolument considérable.
12:08Il est en train de déployer une constellation en orbite basse,
12:12Starlink,
12:13qui permet d'opérer des moyens militaires,
12:16je donne l'exemple de l'Ukraine,
12:18de donner des indications sur le guidage des missiles
12:21ou des drones,
12:22et qui, d'ici probablement un an,
12:25deux ans maximum,
12:27va pouvoir envoyer des fréquences
12:28qui vont être directement liées à votre iPhone,
12:31si bien qu'il pourra disrupter
12:34Orange,
12:35Bouygues,
12:36SFR,
12:37et la plupart des opérateurs de téléphonie mobile
12:39en Europe.
12:41Et nous allons nous retrouver face à un choix.
12:43Est-ce que nous aussi,
12:43nous construisons notre propre constellation en orbite basse
12:46pour être indépendants
12:48sur nos communications ?
12:50Ou est-ce que nous nous disons,
12:52nous, Européens,
12:53c'est foutu, c'est trop tard,
12:54ça coûte trop cher,
12:55donc on se branche sur Starlink,
12:57et puis si un jour les Américains ne sont pas contents
12:59et nous coupent le signal,
13:00tant pis, on nous coupera le signal.
13:01Voilà les choix fondamentaux
13:04auxquels nous allons devoir nous trouver confrontés.
13:06Et quand vous rencontrez Elon Musk,
13:08il y a tout ça qui vous traverse la tête.
13:10Vous dites, voilà quel homme j'ai en face de moi.
13:12Alors pour ces minotaures de la tech,
13:14comme vous les appelez,
13:16la démocratie est décevante, écrivez-vous.
13:19Elle donne du pouvoir à des gens
13:21qui ne le méritent pas.
13:22Pensez-vous que cette technologique,
13:24cette révolution technologique,
13:26puisse amener des changements
13:28de régime politique en Occident,
13:29notamment ?
13:30Bien sûr.
13:32Pas simplement par l'influence
13:34sur les réseaux sociaux ou autres,
13:38mais la maîtrise technologique,
13:40pour la première fois,
13:41conduit à une maîtrise cognitive.
13:44Et donc à la maîtrise du citoyen
13:47et de sa liberté.
13:48Il n'y a pas de démocratie
13:49sans citoyen éclairé.
13:51Il n'y a pas de démocratie
13:53sans liberté cognitive du citoyen
13:56qui doit pouvoir dire
13:56ça c'est bien,
13:57ça c'est pas bien,
13:58ça c'est juste,
13:59ça c'est injuste.
14:01À partir du moment
14:02où les technologies nouvelles,
14:05notamment évidemment l'IA,
14:07les écrans,
14:10orientent la pensée de vos cerveaux,
14:12et notamment celle de nos enfants,
14:15vous faites courir un risque considérable
14:17que les démocraties deviennent
14:18des régimes illibéraux en Europe,
14:21voire des régimes autoritaires.
14:23Enfin, si on n'a pas conscience
14:24de ce risque,
14:25c'est que vraiment on n'a pas compris
14:27comment fonctionnaient les algorithmes
14:28et comment ces technologies
14:30nous enfermaient
14:31pour des objectifs à la fois
14:33politiques et commerciaux
14:36dans un type de pensée
14:38qui est toujours le même.
14:40Penser, c'est penser les autres.
14:43Penser, c'est s'ouvrir
14:45à ce qui n'est pas soi.
14:47Les nouvelles technologies d'IA,
14:49les algorithmes,
14:50vous enferment dans ce qui est vous,
14:53dans ce qui vous ressemble,
14:54et vous empêchent
14:55d'aller vers les autres.
14:56C'est le ferment
14:56des régimes autoritaires.
14:58La conclusion que j'en tire,
15:00elle peut peut-être
15:00paraît très ringarde,
15:02mais j'y crois profondément.
15:03Je pense qu'une des grandes causes nationales
15:05que la France devrait porter,
15:08également au niveau européen,
15:09c'est la lecture.
15:12C'est la lecture.
15:14Effacer les écrans,
15:16les mettre de côté
15:17et réhabituer notre cerveau
15:19à cette gymnastique mentale
15:21très difficile
15:22qui consiste à lire un mot,
15:24à relier les mots
15:25les uns entre les autres
15:26et à s'exprimer
15:28pour exprimer ses sentiments,
15:30ses convictions,
15:31ses idées
15:32de la manière la plus fluide,
15:34la plus naturelle,
15:35la plus intime,
15:37la plus personnelle possible.
15:38Éteindre les écrans
15:40et ouvrir les livres.
15:41Pour moi, c'est ça
15:43l'un des grands combats
15:44que doit porter la France
15:45et que doit porter l'Europe.
15:47Sinon, bientôt,
15:48nous ne saurons même plus
15:49nous parler.
15:50Et je fais
15:51une toute dernière référence
15:53parce que c'est quelque chose
15:54qui me touche
15:55personnellement.
15:56Je suis comme vous,
15:57comme ceux qui nous écoutent,
16:00bouleversé par le développement
16:01de la violence
16:02chez les adolescents,
16:04par ses attaques gratuites,
16:05ses crimes gratuits,
16:07par ce gamin
16:08de 16 ans ou 17 ans
16:09qui s'est fait agresser
16:10par ses copains
16:12à coups de marteau
16:13sous un pont
16:14à la gare de Strasbourg.
16:15Et je fais un lien
16:17entre le développement
16:18de cette violence
16:19des adolescents
16:19et l'incapacité
16:21à s'exprimer,
16:23à exprimer ses sentiments,
16:24à avoir des relations humaines
16:26qui soient animées
16:27par la même langue,
16:29par une même compréhension.
16:30Il y a urgence
16:31à réagir,
16:33urgence à former
16:34notre cerveau à la lecture
16:35et à éteindre les écrans.
16:37Quel usage avez-vous
16:38de l'intelligence artificielle ?
16:40Cotidien.
16:42Cotidien.
16:43J'utilise Chachibiti
16:44très régulièrement.
16:45Je regarde maintenant
16:46ce que fait Claude
16:47qui est absolument fascinant.
16:48Je le fais
16:49quand j'écris un texte
16:49en anglais
16:50parce que je travaille
16:50pour une entreprise
16:52néerlandaise à SML
16:54qui fait des semi-conducteurs.
16:55Je suis passionné
16:55par la tech.
16:56C'est vraiment devenu
16:57ma grande passion
16:58parce que j'essaie
16:58de comprendre
16:59comment ça fonctionne,
17:00comment est-ce qu'on passe
17:01d'un matériau rare,
17:03le lithium par exemple,
17:05le cobalt ou autre
17:06à la maîtrise du cerveau humain
17:08par l'IA.
17:09C'est quand même
17:09toute cette chaîne de valeurs
17:10qui est absolument fascinante
17:11mais du coup,
17:11je dois beaucoup
17:12m'exprimer en anglais.
17:13Quand j'écris des textes
17:14en anglais,
17:14parfois c'est imparfait
17:15donc je le passe immédiatement
17:16à la moulinette Chachibiti
17:17qui me ressort
17:18un texte
17:19qui est tout à fait correct.
17:20Quand j'ai besoin
17:21de comprendre
17:21telle réaction chimique
17:23qui est utilisée
17:24sur tel transistor,
17:25je demande à Chachibiti.
17:27Donc ça peut être une aide,
17:28bien sûr.
17:28Je ne suis pas anti-tech,
17:30au contraire.
17:31Je dis simplement
17:31qu'il faut en garder la maîtrise.
17:32Certains responsables politiques
17:33ne cachent plus
17:34que maintenant même
17:35ils font inscrire
17:36leur discours
17:36à l'intelligence artificielle.
17:38Jamais.
17:39Alors ça vous voyez,
17:41jamais c'est
17:42de déformation professionnelle.
17:43C'est de l'engueuil
17:43ou c'est de la déformation professionnelle ?
17:45Non, c'est parce que
17:46c'est l'engueuil des écrivains.
17:47C'est quand je me suis engagé
17:48aux côtés de Jacques Chirac
17:49en 1998.
17:51Donc il y a près de 30 ans.
17:52J'ai près de 30 ans
17:53d'expérience politique.
17:56Je suis allé voir Jacques Chirac
17:58et ce dont il avait besoin
17:59à l'époque,
18:00c'était de quelqu'un
18:01qui puisse lui rédiger
18:03des discours,
18:04écrire.
18:05Donc j'ai commencé comme ça.
18:06Je l'ai fait également
18:07aux côtés de Dominique de Villepin
18:09et je redis à quel point
18:10cette période
18:11de la crise irakienne
18:12de 2002-2003
18:14était un moment
18:14absolument formidable.
18:16Puis ensuite
18:17quand je suis rentré en politique
18:18j'ai écrit mes discours.
18:19Donc laissez-moi
18:20uniquement cela,
18:22la capacité
18:23et la volonté
18:24d'écrire mes discours
18:25moi-même
18:26sans Tchadjipiti.
18:27Vous évoquiez à l'instant
18:29vos états de service.
18:30Les têtes du XXe siècle
18:32ne gagnent pas
18:33les combats du XXIe siècle
18:35écrivez-vous.
18:36Êtes-vous une tête
18:37du XXIe siècle ?
18:39Alors je suis objectivement
18:40une tête du XXe siècle
18:41puisqu'on fait cet entretien
18:43le jour de mon anniversaire.
18:45Mais j'essaye
18:46tous les jours
18:47d'entrer de plein pied
18:49dans le monde
18:50du XXIe siècle.
18:51Et puis alors j'ai une aide
18:52très précieuse pour ça,
18:53c'est que j'ai des enfants
18:54qui sont nés au XXIe siècle
18:55et que la confrontation
18:57avec ses propres enfants,
18:58avec les amis
18:59de ses enfants
19:00ou avec un entourage
19:01de conseillers
19:02qui est parfois plus jeune
19:02vous force à rentrer
19:04dans le XXIe siècle.
19:05Et c'est passionnant
19:06et je pense que le grand
19:07enjeu politique français
19:08aujourd'hui,
19:10c'est garder la mémoire
19:12de nos siècles d'histoire
19:13qu'il faut porter en soi
19:15avec beaucoup d'amour,
19:16avec beaucoup d'intérêt.
19:17Je parle de la relation
19:18de Louis XIII-Richelieu
19:19dans mon livre,
19:20tout en parlant
19:20de Vladimir Poutine
19:21et de Donald Trump
19:22pour se projeter
19:23vers l'avenir.
19:24Et je pense que
19:25pour une aussi vieille nation
19:27que la France,
19:28il n'y a pas de possibilité
19:29de se projeter
19:30dans l'avenir
19:31sans aller puiser
19:32dans la mémoire
19:33des siècles passés.
19:34Donc je suis objectivement
19:35une tête ou un homme
19:36du XXe siècle
19:38mais totalement projeté
19:39dans le XXIe
19:39parce que c'est ce qui me passionne,
19:41l'avenir de nos compatriotes.
19:42Votre livre,
19:43c'est une forme
19:43de mise à jour
19:44comme on procéderait
19:46avec son iPhone,
19:47son smartphone.
19:48Oui, c'est un reset.
19:50C'est, voilà,
19:51je suis rentré en politique
19:52en 1998
19:53en m'engageant
19:54aux côtés de Jacques Chirac
19:55et de Dominique de Villepin.
19:57J'ai fait des choses
19:58qui m'ont passionné
19:59et qui, je l'espère,
20:00ont été utiles
20:01pour nos compatriotes.
20:03Le combat sur la guerre
20:05en Irak
20:05en 2002-2003,
20:07le combat pour les producteurs
20:08de lait
20:09comme ministre de l'Agriculture.
20:10J'étais trois ans
20:10ministre de l'Agriculture.
20:11C'est peut-être
20:12la mission
20:13qui m'a le plus passionné,
20:14le plus touché,
20:15sur laquelle je me suis
20:16le plus totalement engagé.
20:18J'étais ministre
20:18de l'Économie et des Finances
20:19pendant sept ans
20:20et puis je regarde.
20:22C'était quoi le monde
20:23quand j'ai commencé
20:23à 30 ans
20:25aux côtés de Jacques Chirac
20:26et c'est quoi le monde
20:2730 ans plus tard ?
20:29Et c'est comme ça,
20:29d'ailleurs,
20:30que commence le livre.
20:30Je dis, voilà,
20:31en 2002,
20:32quand nous allions
20:33avec Jacques Chirac
20:34ou Dominique de Villepin
20:35voir Georges Bush,
20:38administration républicaine,
20:39pure et dure,
20:39les faucons,
20:40on les appelait,
20:41ces faucons
20:42qui incarnaient
20:42ce qu'il y avait
20:42de plus dur
20:43dans l'Amérique
20:44de ce moment-là,
20:46respectaient les Nations Unies,
20:48n'osaient pas engager
20:49le conflit contre l'Irak
20:51sans avoir une résolution
20:52des Nations Unies
20:53et voulaient absolument
20:54s'assurer
20:55que la France,
20:56l'Allemagne,
20:56la Russie
20:57seraient à leurs côtés.
20:58Et j'ai vu des entretiens
20:59où Georges Bush
21:00ne ménageait pas sa peine
21:01auprès de Jacques Chirac
21:02pour essayer de le convaincre,
21:03de renoncer à s'opposer
21:05à cette guerre
21:06contre l'Irak.
21:0823 ans plus tard,
21:10Iran,
21:11Donald Trump,
21:13je bombarde,
21:14fuck les Nations Unies,
21:16je les regarde même pas,
21:17je les écoute même pas,
21:18les Européens,
21:19je les méprise
21:19et je leur dis
21:20haut et fort,
21:22oui,
21:22nous avons basculé
21:23d'un ordre mondial
21:25vers un grand désordre mondial.
21:28Oui,
21:29nous avons basculé
21:29du droit
21:30vers la force
21:31la plus brute
21:32et oui,
21:33nous avons basculé
21:34de manière plus grave
21:34peut-être
21:35du respect
21:37vers le mépris.
21:39Actons cela
21:40et construisons
21:41nous Français
21:42et nous Européens
21:43notre propre indépendance.
21:45Bruno Le Maire,
21:46il a invité
21:46des Temps Sauvages,
21:48le podcast de L'Express,
21:50il nous parle
21:50du temps,
21:51d'une décision,
21:52son nouveau livre
21:52chez Gallimard.
21:54Alors comme vous le savez,
21:55Bruno Le Maire,
21:56L'Express est un média
21:57aujourd'hui européen
21:58qui peut lire
21:59dans plusieurs langues,
21:59d'ailleurs on lira
22:00votre entretien
22:02notamment en anglais,
22:03en polonais.
22:04Alors l'Europe,
22:04c'est le grand sujet
22:05aussi de votre livre.
22:07Le vieux continent
22:08est écarté
22:09des affaires du monde,
22:10c'est l'heure
22:11de son éclipse.
22:13Pour combien de temps ?
22:14Le temps
22:15que nous
22:17l'accepterons.
22:21Aujourd'hui,
22:21si vous êtes un responsable
22:22politique européen,
22:23dirigeant européen,
22:25je pense que vous devez
22:26être animé
22:26par un sentiment
22:27de révolte.
22:29En tout cas,
22:30moi,
22:30c'est ce qui me brûle,
22:31ce qui me brûle
22:32les entrailles.
22:33C'est pas un vrai,
22:34cérébral.
22:35Je suis animé
22:36par un vrai sentiment
22:37de révolte
22:37devant ce qu'est
22:38devenu l'Europe.
22:40C'est le plus beau continent.
22:41C'est pour moi
22:42le continent
22:43et le lieu
22:43où il faut vivre.
22:45Mais nous avons
22:46manqué
22:47un certain nombre
22:47d'opportunités
22:48et nous les payons
22:49cash.
22:50Donc il faut avoir
22:51cette révolte
22:52au fond de soi
22:52pour proposer
22:53autre chose.
22:54Première opportunité
22:55que nous avons manqué,
22:56nous avons manqué
22:57la révolution numérique.
22:59C'est la première fois
23:01en trois siècles
23:02d'existence
23:02et de révolution industrielle
23:04que l'Europe
23:05manque une révolution industrielle.
23:07Elle n'a pas manqué
23:08la révolution industrielle
23:10du XIXe siècle,
23:11elle a même été
23:11la première à la portée
23:12avec les Britanniques,
23:13les Français,
23:14les Allemands.
23:15Elle n'a pas manqué
23:16la deuxième révolution
23:18technologique
23:18du XXe siècle.
23:19Mais la troisième,
23:21celle du numérique,
23:22du digital,
23:23puis de l'intelligence
23:24artificielle
23:24à partir des années 90,
23:26la création
23:26de la Silicon Valley,
23:27tout ce qu'on connaît
23:28par cœur,
23:29les transistors,
23:29la naissance
23:30de l'informatique,
23:31elle est passée
23:32complètement à côté.
23:33Et on paye encore
23:35aujourd'hui
23:35le prix de cela.
23:36On rame,
23:37on rame pour avoir
23:38des semi-conducteurs,
23:39on rame pour avoir
23:40une constellation,
23:40ram pour avoir
23:41nos propres iPhones,
23:42nous ne les avons pas.
23:43Vous avez sur votre bureau
23:44un ordinateur portable,
23:46c'est le même
23:46que le mien,
23:47il n'est pas français,
23:48il n'est pas allemand
23:49et vous ne pourriez pas
23:50en avoir un qui soit français
23:51ou qui soit allemand.
23:52Et dedans,
23:52vous avez Microsoft.
23:54Et dedans,
23:55vous avez des applications
23:55comme sur votre iPhone
23:56qui sont américaines
23:58et qui demain
23:58seront chinoises.
23:59Donc nous avons manqué ça
24:01et on doit être animé
24:02d'un sentiment de révolte
24:03pour se dire,
24:03allez,
24:04on va s'y mettre,
24:05on va créer une industrie
24:06du semi-conducteur,
24:07on va avoir notre propre cloud
24:09pour stocker nos données
24:10et ne pas les laisser partir
24:12vers la Chine
24:12ou vers les Etats-Unis
24:14et on va avoir
24:15notre propre constellation
24:16en orbite basse
24:17pour avoir
24:17nos propres communications
24:20indépendantes.
24:20On a manqué
24:21la prospérité
24:22qui va avec
24:23parce que si vous n'avez
24:23pas de révolution digitale,
24:25vous n'avez pas
24:26de prospérité
24:27et vous avez
24:27un revenu
24:29par habitant
24:30qui décroît.
24:30Il y a 30 ans,
24:31le revenu par habitant
24:32en Europe,
24:33il était le même
24:34que celui des Etats-Unis.
24:36Aujourd'hui,
24:37il est inférieur
24:37de 30%.
24:39Donc nous nous sommes
24:40appauvris relativement
24:41et l'un est lié à l'autre.
24:42On ne veut pas
24:43d'innovation,
24:44on n'a pas de richesse.
24:45On vit sur nos acquis.
24:47On a de très belles
24:48entreprises industrielles
24:49dans le luxe,
24:50dans l'automobile,
24:50dans l'aéronautique
24:51mais c'est les mêmes.
24:52C'est toujours les mêmes,
24:53elles ne changent pas.
24:54Donc là aussi,
24:55sentiment de révolte,
24:56il est temps,
24:57après la révolution digitale,
24:58de créer
24:59de nouvelles filières
25:01industrielles,
25:01de nouveaux emplois,
25:03d'embrasser là aussi
25:04le futur.
25:06Enfin,
25:06troisième motif de révolte,
25:09nous sommes incapables
25:09d'assurer notre propre sécurité.
25:12Nous avons délégué
25:13notre sécurité
25:14à l'OTAN.
25:15Donc c'est très bien.
25:16On achète des F-35
25:17qui sont sous contrôle
25:18et sous clé américaine.
25:20On achète des équipements
25:21américains.
25:22On se dit,
25:22si jamais ça va mal,
25:23article 5 de l'OTAN,
25:25les Etats-Unis
25:25viendront nous protéger.
25:27Mais c'est fini.
25:28On le sait tous.
25:30Si demain,
25:31la Russie venait
25:32à attaquer
25:32un des pays
25:34baltes,
25:35du nord de l'Europe,
25:36ou multiplier
25:37les cyberattaques,
25:39sommes-nous certains
25:40que Washington
25:42viendra
25:43à notre ressource ?
25:44Moi pas.
25:46Et comme ancien responsable
25:47politique,
25:48mais toujours engagé
25:50dans le débat public
25:51et qui apporte ça
25:52au fond de son cœur,
25:53la première responsabilité
25:55d'un dirigeant,
25:56qu'il soit français,
25:57allemand,
25:58italien ou européen,
25:59c'est de garantir
26:00la sécurité physique
26:02de nos compatriotes.
26:04Elle ne l'est plus aujourd'hui.
26:05Au passage,
26:06on peut peut-être
26:07rendre grâce,
26:08parmi toutes les critiques
26:09qui sont faites,
26:10au président de la République,
26:11d'avoir,
26:13avec évidemment
26:14mon soutien total,
26:16doublé le budget
26:16des armées
26:17au cours
26:18des deux quinquennats passés.
26:19On est passé de 35
26:20à près de 70 milliards d'euros.
26:23C'est une nécessité absolue
26:24pour garantir
26:25notre sécurité.
26:26Mais vous le voyez,
26:27l'Europe aujourd'hui,
26:27elle est à un tournant.
26:29Elle a cru
26:29à des illusions,
26:31la paix perpétuelle
26:33et la prospérité garantie.
26:35Elle a la guerre
26:36à ses frontières
26:38et l'appauvrissement relatif.
26:39Donc il faut
26:40mener ce combat.
26:41Européens
26:42avec ce sentiment
26:43d'urgence
26:43et de révolte.
26:45L'Europe,
26:46c'est une antipuissance.
26:47Il faut se coucher
26:49ou tout faire péter.
26:50On recommence
26:51à 5 ou 6.
26:52C'est Patrick Pouyanné,
26:53le président de Total,
26:55qui vous dit ça
26:56un matin
26:56dans les Alpes
26:58bavaroises,
26:58à un hôtel.
26:59Il est en train
27:00d'avaler son bol
27:01de muesli.
27:04Est-ce qu'il faut
27:06assumer
27:06de repartir
27:08avec un noyau
27:09restreint
27:10de pays
27:10et de décider
27:11à 6 ?
27:12Tout dépend
27:13de ce qu'on veut,
27:14Sébastien Le Foll.
27:15Si on continue
27:16à 27,
27:17c'est sûr et certain
27:19que nous n'obtiendrons pas
27:20les résultats
27:20qu'attendent
27:21nos compatriotes.
27:22Ni sur le prix
27:23de l'énergie,
27:24ni sur la relance
27:25industrielle,
27:26ni sur les technologies,
27:27ni sur la protection
27:28de nos frontières.
27:29Et vraiment,
27:30je vous le signe
27:30et je vous le garantis.
27:34je vous le garantis
27:35d'expérience.
27:36Quand j'étais
27:37ministre de l'agriculture
27:38en pleine crise du lait
27:39en 2009,
27:40nous étions à 27
27:41à essayer d'obtenir
27:42un soutien de 600 millions
27:43d'euros
27:44pour des producteurs
27:45de lait
27:45qui étaient dans une
27:46situation absolument
27:47désespérée.
27:48On a eu des nuits
27:49de négociation.
27:49Je me souviens
27:50à la fin de la négociation,
27:51j'avais réussi à arracher
27:52ces centaines de millions
27:53d'euros à la commission
27:54pour nos agriculteurs,
27:55pour nos paysans,
27:56pour nos producteurs
27:57de lait.
27:57Et là, à la fin,
27:58il y a le représentant
27:59de Malte qui lève le doigt
28:00et qui dit
28:01ben non,
28:01je ne suis pas d'accord.
28:02Et on est reparti
28:03pour une nuits
28:04de négociation.
28:05Ce n'est plus possible.
28:06J'en ai fait des dizaines
28:07et des dizaines
28:07et des dizaines
28:08des conseils
28:09de ministres européens.
28:10On discute,
28:11on discute,
28:11on discute,
28:12on ne tombe jamais d'accord
28:12et rien n'avance.
28:13Et puis on rentre chez soi
28:14et on est allé à Bruxelles.
28:15Super,
28:15qu'est-ce qui s'est passé ?
28:16Rien.
28:17Qu'a-t-on décidé ?
28:19Rien.
28:20Or,
28:22l'absence de décision
28:24est la première cause
28:25de la montée
28:26des extrêmes en Europe.
28:27C'est parce que
28:28nous ne décidons pas
28:29que les peuples
28:30sont légitimement mécontents.
28:32Prenez l'exemple
28:33de l'union des marchés
28:34de capitaux.
28:35Ça paraît peut-être
28:36très théorique,
28:37c'est très concret.
28:38Ça veut dire
28:38rassembler notre épargne
28:39pour qu'elle finance
28:41nos entreprises
28:42et nos PME
28:42plutôt que de la voir partir
28:44comme c'est le cas
28:44actuellement
28:45vers les Etats-Unis.
28:46Sept ans,
28:47j'ai passé
28:48à essayer d'obtenir
28:49un accord
28:49pour créer
28:50cette fameuse
28:50union des marchés
28:51de capitaux.
28:52C'est-à-dire
28:53rassembler
28:53les 33 000 milliards
28:54d'euros
28:56d'épargne européenne
28:57pour qu'elles financent
28:58nos entreprises.
28:59On n'y est pas arrivé.
29:00Pourquoi ?
29:01Parce qu'à 27,
29:01ce n'est pas possible.
29:02Donc ma proposition,
29:03elle rejoint celle
29:05de Patrick Pouyanné.
29:06Je l'ai écrite
29:07dans un article
29:08du Grand Continent
29:09et je l'y crois
29:10dur comme fer.
29:12Six pays,
29:13France,
29:14Allemagne,
29:15Italie,
29:15Espagne,
29:16Pays-Bas
29:16et Pologne,
29:17doivent sur un certain
29:19nombre de sujets
29:19l'énergie,
29:21les universités,
29:22les nouvelles technologies,
29:24évidemment
29:24les nouvelles filières
29:25industrielles,
29:27la défense,
29:28prendre des décisions
29:30très fortes,
29:31montrer qu'on peut
29:32obtenir des résultats.
29:33L'union des marchés
29:34de capitaux
29:34d'ici 2027,
29:35c'est possible
29:36et laisser la porte
29:37ouverte aux autres.
29:38Il ne s'agit pas du tout
29:39de dire on abandonne
29:40les autres.
29:40Il s'agit juste de dire
29:41écoutez, nous on ne peut plus
29:42attendre.
29:42Vous êtes en ligne
29:43avec le rapport Draghi.
29:44Totalement en ligne
29:45avec le rapport Draghi
29:46mais ce rapport remonte
29:47à plusieurs mois.
29:48Qu'est-ce qui a été appliqué ?
29:5010% ?
29:51Donc c'est toujours,
29:53toujours,
29:53toujours le même sujet.
29:55l'Europe cause,
29:57elle ne décide pas.
29:59Or, on ne nous laissera pas
30:00le choix.
30:01Si vous voulez avoir
30:02des semi-conducteurs,
30:03sujet sur lequel je me bats
30:05depuis maintenant un an
30:06avec ASML,
30:07c'est maintenant ou jamais.
30:08On ne va pas attendre
30:08plus de deux ans,
30:10plus de trois ans
30:10parce que sinon
30:11les entreprises
30:11qui pourraient le faire
30:12vont partir d'Europe
30:13dire il n'y a pas de marché,
30:14il n'y a pas de décision,
30:15on va s'installer aux Etats-Unis,
30:17en Corée du Sud
30:17ou ailleurs.
30:18Il y a urgence
30:19à décider.
30:22Alors,
30:22l'Europe décide malgré tout,
30:24mais elle décide pour encadrer,
30:26pas pour libérer.
30:27Et vous expliquez
30:28que le rouage
30:29le plus important
30:30aujourd'hui
30:30de la machine
30:32bruxelloise
30:32est le comité
30:33des représentants
30:34permanents.
30:36Est-ce qu'aujourd'hui
30:37en Europe,
30:37le pouvoir technocratique
30:39est devenu plus important
30:40que le pouvoir politique ?
30:43Le vrai Deep State,
30:46cet État profond,
30:48c'est la Commission européenne.
30:51Ce n'est pas
30:52telle direction générale
30:55de telle administration française.
30:57C'est la Commission européenne.
30:59Quand vous allez,
31:01par exemple,
31:02essayer de lancer
31:04une filière industrielle nouvelle,
31:07celle des semi-conducteurs,
31:09laquelle je crois à beaucoup,
31:10elle est absolument prioritaire,
31:11c'est le pétrole du XXIe siècle.
31:12C'est partout,
31:13c'est dans ce micro,
31:13c'est dans l'ordinateur,
31:14c'est dans nos communications,
31:15c'est dans cette lampe.
31:16C'est un marché considérable
31:18dont dépend
31:19notre autonomie stratégique.
31:21Vous pouvez en discuter
31:22avec la présidente
31:23de la Commission européenne
31:24et elle va vous dire
31:24oui, c'est une bonne idée,
31:25c'est intéressant,
31:26on va essayer d'avancer.
31:27Il y a ce fameux
31:27CHIPS Act,
31:29donc une décision
31:30sur les semi-conducteurs.
31:32On peut peut-être
31:33regarder vos stratégies
31:34telles que la proposent
31:35les grandes entreprises
31:36de tech européennes.
31:38C'est bien.
31:38Après, vous descendez
31:39au niveau de la commissaire,
31:41là, vous sentez
31:42qu'il y a un peu plus
31:43de réticence.
31:43Oui, on va regarder.
31:45Puis vous descendez
31:46au niveau des directions générales,
31:48des technocrates
31:49de ces décisions générales
31:50et là, vous comprenez
31:50que c'est impossible.
31:52Et c'est ça
31:53qui bloque aussi
31:54la décision.
31:55Les deux raisons
31:56qui empêchent
31:57l'Europe de décider,
31:58c'est un,
31:59la règle de l'unanimité
32:01sur beaucoup de sujets
32:02qui donne un droit de veto
32:04à des États,
32:06quelle que soit leur taille,
32:07quelle que soit leur importance.
32:08Et la deuxième raison,
32:10c'est que nous avons bâti
32:11une Europe technocratique.
32:13À un moment,
32:14nous avons besoin
32:15de décisions politiques.
32:16D'où ma proposition
32:18que nous utilisions
32:20en plein le principe
32:20de subsidiarité,
32:21que les États-nations
32:23s'occupent
32:24dans un format limité
32:26à six
32:26de toutes les décisions
32:28urgentes
32:28sur lesquelles
32:29les autres États
32:29reviendront,
32:30et que la Commission
32:31s'occupe
32:32de ce qui doit être
32:32son travail fondamental,
32:35la négociation
32:36des traités internationaux,
32:38l'achèvement
32:39du marché unique,
32:41la levée
32:41des obstacles réglementaires.
32:43Chacun chez soi
32:44et les vaches
32:45sont remis à garder.
32:46Quel sera le pouvoir
32:48de décision
32:49du prochain président
32:50de la République
32:51en France ?
32:53Il sera limité.
32:55Et c'est une des illusions
32:57que je voudrais dissiper.
32:59C'est que si nous pensons
33:01qu'il va y avoir
33:03en 2027
33:05un sauveur
33:06qui,
33:06avec un pouvoir
33:07absolument considérable,
33:09va pouvoir transformer
33:10tout ce que nous n'avons pas réussi
33:12à transformer
33:13au cours des dernières années,
33:14il y aura une déception
33:16immense.
33:17Immense.
33:19D'abord parce que
33:20le pouvoir,
33:20je le montre
33:21dans mon livre,
33:22il est aussi
33:23en Europe,
33:23il est aussi
33:24à la Commission européenne,
33:25il est aussi
33:25chez les géants
33:26de la tech.
33:27En deuxième lieu,
33:28parce que le pouvoir
33:29aujourd'hui ne dépend pas
33:30d'un seul homme
33:31ou d'une seule femme,
33:32il dépend de la capacité
33:34à rassembler
33:35des énergies
33:36pour créer
33:37une dynamique
33:38qui donne
33:40ensuite
33:40des résultats.
33:42En définissant
33:43de manière
33:43extraordinairement claire
33:44la responsabilité
33:46de chacun,
33:47un homme politique
33:48puissant,
33:49ce n'est pas quelqu'un
33:50qui concentre
33:51les pouvoirs,
33:53c'est quelqu'un
33:54qui les répartit.
33:56Un homme politique
33:57puissant,
33:58un grand chef d'État,
34:00ce n'est pas quelqu'un
34:01qui ramène
34:02tout à soi,
34:04mais qui est capable
34:05de déléguer
34:06aux autres.
34:08Un chef d'État
34:09qui aujourd'hui
34:10peut agir
34:11avec beaucoup de force,
34:12c'est quelqu'un
34:13qui est capable
34:14de projeter
34:15à 10,
34:1615,
34:1720 ans
34:17l'avenir
34:18de sa nation
34:19en l'intégrant
34:20dans un avenir européen
34:21puisque les deux
34:22aujourd'hui
34:22sont totalement liés.
34:24C'est vraiment
34:25une idée
34:26que je veux défendre
34:27avec beaucoup de force
34:27parce que je pense
34:28que rien ne fait plus
34:29de mal à la démocratie
34:30que les illusions.
34:31Et cette illusion
34:32qu'un homme,
34:33demain,
34:34ou une femme,
34:35demain,
34:36pourra sortir à lui seul
34:37la France
34:38des grandes difficultés
34:39dans laquelle
34:40elle est enfermée
34:41depuis maintenant
34:41près de 40 ans,
34:43c'est une illusion.
34:44Il faut procéder différemment,
34:46mettre fin
34:46à la monarchie technocratique,
34:48définir des responsabilités,
34:50déléguer un certain
34:50nombre de pouvoirs,
34:51simplifier les chaînes
34:52de commandement
34:53et là,
34:54on aura des résultats.
34:55Je crois
34:56à l'enthousiasme
34:57en politique,
34:58écrivez-vous.
34:59Mais en lisant
35:00le temps
35:01d'une décision,
35:02on a aussi,
35:03on entend
35:03une autre voix,
35:04celle d'un homme
35:05qui lutte
35:06contre la mélancolie,
35:07la mélancolie du pouvoir.
35:09On se trompe ?
35:10Non,
35:11mais une très belle phrase
35:13de Borgès
35:14qui dit
35:16tout homme est un autre
35:18et le véritable
35:19est l'autre.
35:21Chacun est divisé.
35:23Ça n'a rien
35:23de se présenter
35:25comme une personne
35:26d'un seul bloc.
35:27Ce qui fait la beauté
35:27de chaque homme
35:28et de chaque femme,
35:29c'est d'être complexe,
35:30c'est d'avoir une chose
35:31et son contraire.
35:33Moi, je suis obligé,
35:34je le fais dans le livre,
35:36de reconnaître
35:36que nous n'avons pas
35:38tout bien fait.
35:40Nous avons fait
35:41probablement
35:42sur beaucoup de choses
35:43moins bien
35:44que ce que nous aurions
35:45aimé faire.
35:46J'ai été pendant
35:47plus de 7 ans
35:48le ministre de l'économie
35:49et des finances.
35:50Il y a des choses
35:51dont je suis très fier,
35:52la dette européenne
35:53en commun,
35:54l'opposition
35:55aux géants du numérique
35:56que nous avons taxé,
35:57la relance
35:58de l'activité industrielle
36:00avec un vrai frémissement
36:01des ouvertures d'usines.
36:02Il y a des choses
36:02qu'on a moins bien faites.
36:04Et ça,
36:05c'est la mélancolie du pouvoir.
36:06Vous laissez toujours
36:08une situation moins bonne
36:09que celle que vous auriez
36:10voulu laisser.
36:12Mais d'un autre côté,
36:13oui,
36:14je reste enthousiaste.
36:15Enthousiaste,
36:16l'étymologie,
36:17ça veut dire
36:17habité par Dieu.
36:18Moi, mon Dieu,
36:19c'est la France.
36:20Donc je reste enthousiaste
36:21parce qu'il suffit
36:22de se déplacer en France
36:24pour voir
36:25les trésors
36:26d'énergie,
36:27d'inventivité
36:28que vous trouvez
36:28dans le pays.
36:29J'étais il n'y a pas
36:30très longtemps
36:30à Signy-le-Petit,
36:31une petite commune
36:32des Ardennes.
36:33Vous voyez une maison
36:33de santé
36:34qui a été montée
36:35par des médecins,
36:36par des aides-soignantes,
36:37par la mairie,
36:38bien entendu.
36:39Mais le niveau
36:40d'engagement,
36:41de disponibilité
36:42de ces hommes
36:43et de ces femmes
36:44pour ceux qui sont malades
36:45dans le territoire,
36:46vous vous dites,
36:47voilà,
36:47ça,
36:48c'est ce qui vous rend
36:49enthousiaste
36:49sur la France.
36:51Quand vous voyez
36:52un jeune
36:53comme Alain Petre,
36:54qui est quelqu'un
36:55pour lequel j'ai
36:55beaucoup d'admiration,
36:57qui est ce jeune
36:57venu de Saint-Denis,
36:59dont la famille
36:59est issue
37:00de l'immigration,
37:01qui est un des premiers,
37:03si ce n'est le premier,
37:03à avoir été embauché
37:04par la NASA
37:06et qui aujourd'hui
37:06fait une thèse
37:08de physique
37:08dans une université
37:10à Londres,
37:10voilà,
37:11vous vous dites,
37:11j'ai confiance
37:12dans mon pays.
37:13À un niveau
37:13beaucoup plus connu,
37:14prenez un Arthur Mensch
37:15qui l'a fait
37:16avec Mistral,
37:17c'est totalement phénoménal.
37:19Donc oui,
37:19il y a une part
37:20de mélancolie
37:20parce que ce que vous avez fait
37:21n'est jamais à la hauteur
37:22de ce que vous auriez
37:23aimé faire pour le pays,
37:26mais c'est largement dépassé
37:27par l'enthousiasme
37:28que m'inspire la France.
37:30Merci Bruno Le Maire,
37:31je recommande votre livre
37:32Le temps d'une décision.
37:34Vous passerez
37:35un très bon moment
37:37avec les minotaures,
37:38les carnivores
37:39et autres fauves
37:40de notre monde.
37:42Merci à tous
37:43d'avoir suivi
37:44cet entretien,
37:45j'ai essayé de me faire
37:45le relais de vos questions.
37:47Les temps sauvages,
37:47je vous rappelle,
37:48c'est aussi un podcast
37:50disponible sur
37:51toutes les plateformes
37:52concoctées avec l'aide
37:53de Mathilde Simian,
37:54Charlotte Barry,
37:56Jules Croix
37:56et Thibaut Mathieu.
37:58Je vous donne rendez-vous
37:58le jeudi 7 mai
38:00pour une nouvelle conversation
38:02et pour y participer,
38:03il vous suffira
38:05de vous inscrire
38:06sur le site
38:06de l'Express.
38:07de l'Express.
38:09Jules Croix
38:10et Thibaut Mathieu.
38:11Sous-titrage Société Radio-Canada
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