00:00C'est un scénario noir, redouté par de nombreuses armées.
00:04Une opération aérienne qui s'apprête à être lancée, les moteurs tournent,
00:07et puis Donald Trump qui empêche à distance les avions de combat de décoller.
00:13Les Etats-Unis sont les premiers exportateurs d'armes au monde,
00:17et parmi les équipements qui sont le plus demandés, il y a le F-35, construit par Lockheed Martin.
00:22La liste des pays européens qui en ont acheté est juste vertigineuse.
00:25Seulement, le vent est en train de tourner.
00:28Avant, quand on achetait américain, c'était un gage de qualité et de sécurité,
00:32et aujourd'hui, c'est plutôt en train de devenir une vulnérabilité.
00:37C'est le piège du F-35, et vous allez comprendre de quoi il s'agit dans cette nouvelle vidéo
00:42express.
00:43Le F-35, c'est le digne successeur de son grand-père, le F-16.
00:48Un peu plus de 4600 exemplaires sont sortis des usines,
00:51c'était le modèle qui équipait les armées occidentales, et donc l'OTAN.
00:54Mais aujourd'hui, on entre dans une période où justement, on se demande si le F-35 pourrait suivre la
01:00même trajectoire,
01:01et devenir à son tour le plus grand succès commercial de l'histoire de l'aviation américaine.
01:07En Europe, il a été commandé par le Royaume-Uni, par l'Italie, par les Pays-Bas, la Norvège et
01:12le Danemark,
01:13des pays qui étaient impliqués dès le début dans le programme industriel,
01:16puis par la Belgique, la Pologne et la Finlande, qui ont remplacé massivement leur flotte de F-16,
01:22et puis enfin par l'Allemagne, la Suisse, la République tchèque, la Roumanie et la Grèce,
01:26qui ont surtout accéléré leurs achats depuis l'invasion russe de 2022.
01:30Alors, c'est un avion polyvalent, imaginé, si vous voulez, dans les années 90,
01:37réalisé à partir du début des années 2000.
01:41Lui, c'est Joseph Enrotin, un politologue spécialisé dans les questions de défense,
01:45et il vient d'écrire un livre sur le F-35.
01:47Qui va devoir remplir des missions de chasse, des missions air-sol, des missions anti-navire.
01:52Évidemment, il y a un vieil adage dans les systèmes d'armes qui dit,
01:56« Bon en tout, excellent en rien ».
01:58Donc, c'est un avion qui va permettre à certaines forces aériennes de ne plus avoir qu'un seul type
02:02d'avion.
02:02Là où même des relativement petites forces aériennes, historiquement en tout cas,
02:07pouvaient avoir plusieurs types d'appareils,
02:08là finalement, on est dans cette optique un peu managériale,
02:11où on a un appareil qui fait tout, avec un système qui est complètement intégré.
02:16Bref, une solution clé en main.
02:17Alors, on pourrait se dire, il y a la loi de l'offre et de la demande,
02:20même dans le marché de l'équipement militaire,
02:22et puis les armées du monde font bien ce qu'elles veulent de leur argent.
02:25Sauf que, sauf que, il y a une polémique aujourd'hui sur la soumission de ces armées
02:30au bon vouloir des États-Unis.
02:32Il y a deux volets importants.
02:33Le premier, pour le dire simplement, ces avions sont des bijoux de technologie
02:37qui sont en permanence connectés à un cloud,
02:40et ce cloud est sous contrôle américain.
02:43Toutes les informations collectées par l'optronique, par le radar,
02:47par le système de guerre électronique, tout ça va s'afficher en fait sur le casque.
02:50Ça va représenter une espèce de Google Maps,
02:52où vous allez voir les amis, les ennemis, les neutres, les villes.
02:56Mise à jour également de ce qu'on appelle les bibliothèques de menaces,
03:00qui permettent au système de guerre électronique d'être plus efficace.
03:03Et tout ça est en fait très intégré aux États-Unis.
03:06C'est-à-dire que les principaux serveurs, finalement,
03:10pour ces bibliothèques de menaces,
03:12pour la logistique, etc.,
03:13tout ça est situé aux États-Unis.
03:15Est-ce qu'on peut dire que Donald Trump, grosso modo,
03:19il ne va pas empêcher mon F-35 de décoller,
03:22mais il peut le rendre aveugle pendant une opération militaire ?
03:26Il pourrait.
03:27Donald Trump ou un GDVance qui lui succéderait, etc.
03:32Imaginez un scénario.
03:34Et vraiment, ce n'est pas si invraisemblable que cela.
03:36Il concerne le Danemark,
03:38qui fait partie des pays fondateurs du programme F-35,
03:40dont vous vous rappelez de vos cours de géographie,
03:43surtout depuis que Donald Trump est de retour au pouvoir,
03:45le Groenland est sous souveraineté danoise.
03:48Or, Donald Trump a dit et répété
03:50qu'il voulait acquérir le Groenland par la force s'il le faut.
03:57Alors, que feraient les F-35 danois
03:59s'ils étaient amenés à repousser une incursion de F-35 américain ?
04:03Ce scénario a rappelé quelque chose à Joseph Enrodin.
04:06En l'occurrence, sur les F-16 qui ont été vendus à l'Égypte,
04:10les Américains ont introduit une petite limitation logicielle
04:14qui fait que si le F-16 égyptien se rapproche un peu trop d'Israël,
04:17passe à une certaine limite géographique,
04:20l'écran, le cockpit s'éteint.
04:23Vous n'avez plus d'indications sur vos écrans, etc.
04:26Donc, vous n'avez pas 36 solutions.
04:28Soit vous voulez à l'aveuglette
04:29et vous risquez évidemment de perdre l'avion et le pilote,
04:32soit vous faites un 180 degrés.
04:34Je me suis dit non, non, non !
04:37Houston, nous avons un problème.
04:39Et le deuxième problème, il n'est plus terre-à-terre.
04:42Ça concerne la chaîne de maintenance,
04:43c'est-à-dire les réparations, les pièces détachées.
04:46Tout ça, c'est dans la main des États-Unis.
04:48C'est-à-dire que même si vous avez un impact sur le parabrise
04:51et même si cet impact est plus petit qu'une pièce de 2 euros,
04:54il faudra passer par le Kid Martin pour qu'il vous change la pièce.
04:57Normalement, lorsqu'un État achète un appareil de combat à quelqu'un d'autre,
05:02il achète des lots de pièces détachées, ces lots lui appartiennent.
05:05Dans le cas du F-35, les pièces détachées, même si vous les avez achetées,
05:09ne vous appartiennent pas tant qu'elles ne sont pas montées sur l'avion.
05:13Ce qui veut dire qu'en fait, les États-Unis pourraient tout à fait dire
05:15« Vous avez des stocks de pièces détachées sur votre territoire,
05:18mais j'ai décidé, et ça s'est vu par ailleurs,
05:21qu'un autre État auprès duquel je suis allié, Israël typiquement,
05:25a besoin de ces pièces détachées, donc je vais les réaffecter finalement à cet État. »
05:32Donc vous voyez que ça crée évidemment un certain nombre de tensions
05:34si vous-même vous avez déjà un programme avec des vols à conduire, etc.
05:39On vient d'arriver à l'Assemblée nationale parce qu'en fait,
05:42un rapport parlementaire est sorti sur cette question il y a quelques semaines
05:45et il a fait beaucoup parler.
05:47Il nous plonge dans les dépendances de la France vis-à-vis de l'étranger
05:50et dès l'intro, rappel que nous avons une dépendance croissante
05:54à des infrastructures détenues et opérées par des acteurs privés,
05:57en grande majorité américains.
05:59Alors pas dans l'aviation militaire, car la France a fait le choix du rafale
06:02produit par le groupe Dassault, mais la France a des trous dans la raquette,
06:05dans le domaine spatial, dans la production de munitions
06:08ou encore concernant une technologie complexe indispensable au porte-avions,
06:12on y reviendra en fin de vidéo.
06:13Il a été co-écrit par deux députés, un de Ensemble pour la République,
06:18c'est-à-dire le Bloc central, et un de la France Insoumise,
06:21deux formations politiques qui, a priori, ne sont pas d'accord sur grand-chose.
06:25Ils ont essayé de comprendre à quel point l'armée française était vulnérable
06:28par rapport à ses dépendances.
06:30L'idée est de savoir comment faire pour les gérer,
06:33comment faire pour s'en départir.
06:34Et justement, on a rendez-vous avec François Cormier-Boulijon.
06:38Racontez-moi pourquoi la France, qui a l'une des armées les plus puissantes au monde,
06:43on est encore aujourd'hui dépendant d'États étrangers pour mener des opérations militaires.
06:48Aucune armée au monde n'est en situation d'autarcie.
06:52Aucune armée au monde, pas même l'armée américaine,
06:55pas même l'armée russe, pas même l'armée chinoise,
06:58ne sont 100% souveraines.
07:00Pour une première raison qui est très simple,
07:03c'est qu'il n'y a pas de système d'armement moderne sans technologie avancée.
07:08Et il n'y a pas de technologie avancée sans terres rares, légères et lourdes,
07:13matériaux critiques, composants, semi-composants.
07:16Or, les terres rares, elles sont extraites et produites à 80% en Chine.
07:22Ce que me dit François Cormier-Boulijon,
07:24c'est que la plupart des pays sont en fait pris entre la puissance américaine,
07:27qui a le catalogue d'armes le plus demandé,
07:29et la puissance chinoise qui garde jalousement ses terres rares
07:33et complique la tâche des pays qui veulent développer des technologies militaires de pointe.
07:37Il y a une épée de Damoclès.
07:40Parce que plus vous êtes proche de l'Europe de l'Est,
07:43plus vous êtes proche de la Russie,
07:44plus vous considérez que la menace est imminente.
07:48Et donc vous achetez sur étagère, vous achetez du matériel disponible.
07:52Mais malheureusement, ils se mettent dans un piège,
07:55parce que quand vous achetez un char, quand vous achetez un avion de chasse,
07:58vous l'achetez pour des décennies.
08:00Ce n'est pas quelque chose que vous renouvelez quatre ans après.
08:03Et donc votre dépendance, vous la constituez pour des décennies.
08:24Moi, j'ai commencé un petit tour de l'Europe, des capitales européennes,
08:28pour dire à nos amis que nous devions devenir les plus autonomes possibles.
08:33J'avais une question justement sur ces pays que vous êtes allés visiter, vous le dites.
08:38Est-ce que vous avez entendu ou senti qu'il y avait justement une inquiétude
08:42sur le fait d'être dans la main des Américains sur les F-35
08:44pendant, comme vous le dites, des décennies ?
08:46Mais oui, parce qu'ils ont déjà mis le doigt dans un engrenage.
08:51Et donc il y a une forme d'inertie,
08:53peut-être une forme d'espoir naïf de dire qu'après Trump, ce sera mieux.
08:59Je fais partie de ceux qui considèrent qu'après Trump, ça ne sera pas mieux.
09:02La course à l'armement est quand même arrivée à un point paradoxal.
09:06D'un côté, tous les budgets de la défense dans le monde augmentent
09:09parce que tout le monde voit bien qu'il y a un grand retour de la violence,
09:12que ce soit à l'Est de l'Europe ou au Moyen-Orient.
09:14Et de l'autre côté, vous avez des industries de défense qui sont désemparées,
09:17qui n'avaient pas anticipé cette accélération de l'histoire
09:20et qui se retrouvent contraintes d'acheter sur catalogue du matériel à des alliés
09:25à qui n'en sont plus vraiment.
09:26L'autre point de vulnérabilité dont je vous parlais,
09:29il concerne en fait les catapultes de notre porte-avions,
09:32mais aussi celle de notre prochain porte-avions, la France libre,
09:35dont les plans ont été récemment dévoilés par Emmanuel Macron.
09:38Ce qui se joue, c'est bien la garantie de notre indépendance
09:44pour les décennies qui viennent.
09:46Ça n'a pas l'air comme ça, mais ces catapultes sont très sophistiquées
09:49et vous l'aurez deviné, elles sont fabriquées aux Etats-Unis.
09:52Et bien pour la première fois, il a été publiquement dit que la France
09:56explorait des alternatives nationales à cette fameuse technologie américaine,
10:00la mise à l'eau de la France libre étant prévue pour 2038.
10:03Le compte à rebours est donc lancé pour ne pas tomber dans ce piège
10:07de la soumission militaire aux Etats-Unis.
10:09Si vous avez aimé cette vidéo, n'hésitez pas à vous abonner à notre chaîne
10:13et si les F-35 vous intéressent, vous allez adorer le dossier de la semaine dans l'Express.
10:17On vous met en description tous les liens vers nos articles.
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