00:01Midi 14h, Sud Radio, la France dans tous ses états, Péricault-Légas, Maud Koffler.
00:07Après l'annonce du gouvernement concernant l'aide à 3 millions d'euros aux travailleurs modestes grands rouleurs,
00:13une négociation spécifique avec les taxis et VTC doit être menée dans les prochains jours, a indiqué le Premier ministre
00:19Sébastien Lecornu.
00:20Quelles sont leurs attentes ? On en parle avec le président de la CFTC Taxi, Nordin Daman. Bonjour.
00:26Oui, bonjour madame.
00:28Bonjour Nordin Daman, merci d'être en direct à l'antenne de Sud Radio pour parler de ces gens formidables
00:33que sont les taxis
00:34qui ont souvent été confrontés aux vicissitudes de la politique, de l'économie, de la fiscalité.
00:39Là aujourd'hui ils sont touchés comme les autres par l'explosion des carburants.
00:42Le gouvernement et les pouvoirs publics se sont tout de suite tournés vers les transporteurs,
00:45mais vous êtes aussi les transporteurs et vous transportez des êtres humains, donc très important.
00:50Certains de vos confrères et collègues que je rencontre de temps en temps quand je monte dans un taxi me
00:55disent
00:55« Là, ça commence vraiment à devenir dur et puis le coût en plus, il s'est en moins de
01:00bénéfices,
01:01il n'est pas question d'augmenter les courses. »
01:03Donc c'est nous qui payons la différence. Est-ce que c'est bien comme ça que ça se passe
01:06?
01:07Exactement, vous avez mis le doigt là où il faut. En effet, nous on ne veut pas que les usagers
01:15soient impactés
01:16ou que nos tarifs augmentent trop par rapport à ce qu'il est aujourd'hui, puisque nous voulons effectivement
01:24voulons des aides et dans ce sens-là qu'on a envoyé un courrier au ministre des Transports, M. Tabarro,
01:30pour lui demander d'agir rapidement et immédiatement.
01:34Qu'est-ce que vous...
01:36Comme vous le savez, nous sommes une profession réglementée et si l'État ne nous aide pas,
01:41on ne peut pas augmenter les prix comme on le souhaite.
01:44Qu'est-ce que vous attendez comme mesure précisément ?
01:47Une baisse de la fiscalité ou carrément du prix du carburant ?
01:52Parmi les propositions qu'on a faites au ministre des Transports, c'est justement la baisse de la fiscalité,
01:57à savoir le retour à la TVA à 5,5%.
02:02Elle est à 20% aujourd'hui.
02:04Elle est à 10% pour les taxis.
02:06Elle est à 10%.
02:08A 10% pour les taxis, donc 5,5% à la moitié.
02:10Voilà, mais il y a quelques années, auparavant, on était à 5%.
02:15Donc nous, nous aimerions qu'un retour à la TVA à 5,5% de manière à ce que les
02:23taxis compensent l'augmentation du carburant
02:27et à la fois ce sera bénéfique pour les usagers du taxi.
02:31Est-ce que la voiture électrique est une perspective envisageable pour la profession ?
02:36Il y a beaucoup de mixtes déjà, il y a beaucoup d'hybrides, je ne cite pas la marque, mais
02:40on en voit beaucoup.
02:42Vous savez, les chauffeurs de taxis n'ont pas attendu la crise du carburant pour passer à l'électricité.
02:49Donc aujourd'hui, il y a pas mal de taxis, de voitures électriques.
02:55Mais pour nous, la voiture électrique aujourd'hui, ce n'est pas une solution immédiate à l'augmentation du carburant.
03:04C'est une solution qui peut être à long terme bénéfique pour la profession.
03:10Mais ce que nous voulons aujourd'hui, c'est des aides immédiates pour la profession.
03:15Est-ce que la profession est unanime là-dessus ou non ?
03:18Parce qu'il y a des sociétés taxis, il y a des artisans, ils sont tous confrontés à la même
03:22difficulté
03:23ou il y en a qui s'en sortent un peu mieux que d'autres ?
03:26C'est surtout le chauffeur de taxi qui est impacté.
03:28Parce que les sociétés mises à part sur quelques entreprises qui ont des salariés,
03:34qui ont des entreprises qui payent le gazole et l'essence,
03:39tout le reste, c'est des locataires gérants ou des artisans.
03:43Donc un locataire gérant, c'est lui qui paye son propre carburant.
03:47Donc c'est le locataire qui est impacté et non pas l'entreprise.
03:51Comment se porte ta profession actuellement ?
03:53Quand je suis chez vos confrères, c'est toujours des gens très courageux, très dignes.
03:57Mais ils disent que le métier est de plus en plus dur,
04:00non seulement sur le comportement des usagers qui sont quelquefois moins agréables,
04:05moins éduqués, et surtout qu'il y a moins de courses,
04:08que la récession économique fait que le métier devient de plus en plus difficile,
04:12plus la concurrence des VTC.
04:14Exactement, je suis tout à fait d'accord avec mes collègues.
04:18Là, on n'a qu'à faire un tour à Paris.
04:19Vous allez voir, les stations regorgent de taxis en attente de clientèle.
04:25Il y a plusieurs facteurs.
04:27Donc il y a la crise économique, plus la concurrence déloyale des VTC.
04:34Et concernant les conditions de travail,
04:38vous voyez, vous êtes à Paris tous les jours,
04:41vous voyez comment il faut gérer les vélos,
04:44il faut gérer les scooters, il faut gérer tout ce monde-là.
04:47Donc c'est stress sur stress.
04:49Alors vous avez le stress, parce qu'il faut vous sortir,
04:52il faut que vous fassez votre chiffre d'affaires,
04:55il faut que vous rentrez, vous avez le stress de la route.
04:59Donc je dirais que le chauffeur de taxi aujourd'hui,
05:03il travaille dans des conditions très difficiles.
05:05La consommation des véhicules, bon, c'est surtout du diesel,
05:09il y a peut-être quelques fois de l'essence dans les taxis.
05:11Quand on est dans une zone urbaine à Paris,
05:13la consommation est très forte.
05:14On dit toujours, ils ne font pas des grandes distances, oui,
05:16mais en ville, la consommation est plus forte qu'en région.
05:21Ah oui, non, mais de toute façon, vous savez,
05:24vous roulez au pas, vous roulez...
05:27Au contraire, quand vous roulez, vous êtes à une certaine vitesse,
05:33vous consommez moins.
05:34Mais quand vous vous stagnez dans les bouchons, etc.,
05:37ben là, vous consommez un peu plus.
05:40Les taxis, aujourd'hui, ils se battent pour préserver un artisanat.
05:45Est-ce que ce statut d'artisan est quelque chose qu'il faut préserver à tout prix ?
05:49Il y a des sociétés, bien entendu,
05:51ensuite il y a les VTC à côté qui vivent d'une façon un peu sauvage.
05:54Est-ce que la notion d'artisan taxi est quelque chose qui est à valoriser encore ?
05:59Écoutez, moi, je pense qu'il faut tout pour faire un monde.
06:02Et dans le taxi, c'est vrai que les artisans sont majoritaires,
06:07mais il y a aussi des locataires gérants, il y a des salariés.
06:12Donc, il faut préserver la profession de taxi en général.
06:19C'est la profession de taxi qui a besoin, aujourd'hui, d'être soutenue par le gouvernement,
06:27quel que soit son statut.
06:29Je vous pose la question parce que vous vous souvenez,
06:31il y a très longtemps, quand Emmanuel Macron était ministre de l'économie et des finances,
06:33il voulait tout normaliser, tout banaliser,
06:37supprimer la fonction de taxi,
06:39mais il y avait surtout le problème de la licence qui coûte très très cher.
06:42Et aujourd'hui, une licence, je crois qu'elle est remontée à quelque chose comme 130 000.
06:46Elle était montée à 250 000, elle va, elle vient.
06:50Combien y a-t-il aujourd'hui de taxis licenciés sur Paris,
06:53aujourd'hui, qui détiennent la licence ?
06:56Aujourd'hui, si on parle d'artisans titulaires de l'autorisation de stationnement de France,
07:06il y a aux alentours de 11 000...
07:09Sur toute la France, oui.
07:12Non, sur toute la France, il y a 65 000 chauffeurs...
07:17Oui, 11 000, c'est Paris.
07:18Non, je pensais que vous me disiez...
07:1911 000 sur Paris.
07:20Non, je parlais de Paris.
07:22De Paris.
07:24Le forfait pour les arrêts au port Roissy et Orly,
07:29alors selon l'endroit de Paris où vous êtes,
07:30ça peut varier de 55 à 38 euros,
07:33mais est-ce que, et je pose souvent la question,
07:35quand il y a des accombrements,
07:36que la durée de la course est très longue,
07:41est-ce que l'artisan taxiste s'en tire avec un forfait à 55 ou 38 ou 42 euros ?
07:47Non, pas du tout.
07:48Pas du tout, parce que là, je pense qu'on a été dupé par le gouvernement à l'époque où
07:52on a négocié.
07:53C'est vrai qu'il fallait sauver la profession,
07:55parce qu'elle passait par des périodes très très difficiles,
07:58donc on a accepté de forfaitiser les courses pour que ça soit plus clair pour les usagers,
08:04mais là-dessus, cette forfaitisation des courses pour les aéroports devait être accompagnée
08:10par des voies dédiées aux taxis, y compris sur les autoroutes.
08:15Or, aujourd'hui, on constate que les forfaits existent,
08:19mais les voies dédiées n'existent pas.
08:23Donc là, on est dans le temps, comme tout le monde,
08:27descendre à 35 euros de Charles de Gaulle à Paris
08:30avec la cherté du carburant,
08:33et vous mettez aujourd'hui minimum une heure et demie, voire deux heures,
08:37quand ça va bien, pour atteindre la capitale,
08:41c'est vraiment une perte sèche.
08:43Il reste quoi à la fin de la course ?
08:46Quasiment rien, si tenté qu'il n'y ait pas eu perte.
08:49Vous êtes perdant, vous êtes perdant, vous êtes perdant des courses.
08:52Aujourd'hui, il y a certains chauffeurs qui ne veulent même plus aller à l'aéroport
08:56parce qu'ils préfèrent rester à Paris quand il y a du travail à Paris
08:59et faire des petites courses à Paris que d'aller à l'aéroport.
09:01Je vais poser la question à vos confrères,
09:03parce qu'il y avait, c'était Garmon Parnasse,
09:04il y avait une file d'attente de taxis gigantesques,
09:06et j'ai dit comment ça se fait, il me dit,
09:07mais monsieur, il vaut mieux perdre du temps aller dans une gare parisienne
09:10que d'aller perdre de l'argent dans une course dans un aéroport.
09:14Nordine Daman, est-ce que c'est encore un métier qui attire des jeunes ?
09:17Est-ce que vous avez toujours des candidats à la fonction de taxi dans Paris
09:22et même ailleurs en France ?
09:23Ça fait encore, sans parler de rêve, est-ce que, oui ?
09:26Oui, heureusement d'ailleurs qu'il y a encore des jeunes qui arrivent
09:29parce que sinon, ceux qui partent à la retraite, ils ne seront pas remplacés.
09:34Effectivement, il y a encore des jeunes qui arrivent
09:37qui sont nouveaux et dans le métier, on les voit dans les écoles de taxi.
09:44Il y a aussi certains qui arrivent du VTC
09:46puisque dans le VTC, ils ne gagnent plus leur vie.
09:50Donc, quand vous le savez, les prix sont très très bas.
09:53Donc, ils font ce qu'on appelle la passerelle pour venir dans le taxi.
09:58Mais disons qu'ils viennent dans le taxi
10:02parce qu'il y a aujourd'hui en France une crise économique
10:06et souvent, ils viennent dans le taxi parce que c'est un métier refuge.
10:11Donc, ils viennent se refugier dans le taxi
10:16pour travailler et gagner leur vie.
10:18Un jeune ai rencontré qui était extrêmement heureux.
10:20En tout cas, on les salue bien.
10:21On sait que les chauffeurs de taxi, beaucoup d'entre eux,
10:23certains d'entre eux écoutent Sud Radio.
10:26Évidemment, on est nous aussi à l'écoute de leurs problèmes, de leurs enjeux.
10:29Et voilà, on les apprécie, on les salue et on reconnaît leur courage.
10:33Merci, Nordine Damand avait été en direct sur Sud Radio aujourd'hui.
Commentaires