[#Exclusif] Cyr Pavlov Moussavou, Sociologue politique
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00:00Bonsoir, bonsoir à tous. Bienvenue dans ce nouveau numéro d'interviews exclusives.
00:05Ce soir, nous avons le plaisir de recevoir Sir Pavlov Moussavou, sociologue politique et consultant en relations publiques
00:14qui vient nous donner son regard un peu sur l'actualité du moment, que ce soit le code de la
00:22nationalité,
00:23les violences en politique, en milieu scolaire ou encore, tout simplement, des réformes institutionnelles engagées sous la transition.
00:45Bonsoir, cher invité. Merci d'avoir accepté notre invitation.
00:49C'est moi qui vous remercie pour cette invitation.
00:52Alors, nous vivons dans une société gabonaise de plus en plus violente, que ce soit en milieu scolaire ou sur
01:01les réseaux sociaux.
01:03Comment expliquer ce phénomène et est-ce qu'on peut parler d'une particularité gabonaise en la matière ?
01:09Alors, je vais faire mienne cette citation ou ce conseil d'un stratège chinois qui s'adressait à un empereur
01:19ou à son empereur et qui disait ceci.
01:20Si vous voulez détruire une nation, nul besoin de lui faire la guerre, une guerre armée notamment, qui va coûter
01:29beaucoup d'argent et beaucoup aussi en perte de vie humaine.
01:32Mais il suffit de tuer l'éducation et de généraliser la corruption.
01:38Voyez-vous, et lorsqu'on parle de corruption ici, on ne parle pas que de corruption financière.
01:44On parle aussi d'une corruption des valeurs morales et spirituelles qui fait en sorte que la société gabonaise aujourd
01:51'hui se retrouve notamment affectée par le phénomène des violences dont nous parlons ici ou dont vous avez fait mention
01:59ici.
02:00Mais je tiens à préciser que lorsque nous abordons ces violences-là, on a tendance à s'attaquer uniquement aux
02:10conséquences.
02:10C'est-à-dire qu'on attend qu'il y ait un mort, on attend qu'il y ait un
02:14lycéen qui poignarde un autre pour en parler.
02:17Non. Tout ça, voyez-vous, lorsque vous questionnez la société gabonaise en profondeur, vous vous rendez compte que c'est
02:25la conséquence d'un autre type de violence dont on ne parle pas beaucoup.
02:29Ce sont les violences économiques.
02:30Alors justement, c'est le sens de ma prochaine question. Est-ce que les réponses, parlant des violences scolaires notamment,
02:39est-ce que les réponses étatiques sont adaptées ?
02:42On voit par exemple des jeunes qui sont déférés devant la justice pour des bagarres, etc. Est-ce que le
02:49taux répressif est une réponse adaptée à ce public ?
02:51Alors, lorsqu'on veut lutter contre un mal, en principe, la meilleure des démarches, c'est celle qui consiste à
02:58non pas s'attaquer aux conséquences, mais aux causes.
03:00Qu'est-ce qui pousse ces jeunes-là à verser autant dans la violence ? Qu'est-ce qui pousse
03:06ces jeunes-là à faire l'apologie de la violence à travers les musiques, à travers tout ce qu'ils
03:11consomment, ainsi de suite ?
03:12Donc, c'est l'environnement qu'il va falloir questionner. Pourquoi ? Parce que cette jeunesse-là qui devient de
03:19plus en plus violente est le produit d'un environnement.
03:22Je vais revenir sur les violences économiques dont j'ai fait mention tout à l'heure. Vous savez, nous sommes
03:29dans une société qui malheureusement se retrouve catégorisée ainsi.
03:33Vous avez d'un côté des Gabonais qui ont tout et d'un autre des Gabonais qui n'ont quasiment
03:38rien du tout.
03:39Et lorsque vous faites une cartographie de la violence, vous vous rendez compte qu'elle sévit un peu plus du
03:45côté de ces Gabonais-là qui n'ont rien du tout et qui habitent Kingele, les Akebe, Bellevue et toute
03:51la pléteur des quartiers sous-intégrés que vous connaissez.
03:55Voyez-vous ? Donc, qu'est-ce qui fait en sorte qu'on ait cette résurgence des violences ? Il
04:02y a une frustration, il y a un malaise social qui est profond.
04:05Lorsque vous vivez dans un pays où on vous dit que nous sommes très riches et que vous regardez le
04:11fossé qu'il y a entre vos réalités matérielles et les chiffres qui sont annoncés en termes de possession de
04:17richesse, il y a une frustration.
04:20On a des parents qui se retrouvent frustrés. Pourquoi ? Parce qu'ils ont du mal à jeûner les deux
04:24bouts.
04:24Même quand ils sont fonctionnaires, vous avez des parents qui croupissent au chômage. Mais qu'est-ce qu'ils font
04:29? Ils transmettent cette frustration-là aux enfants.
04:32Et chez les jeunes, elles s'expriment par le phénomène des violences physiques que nous observons et qui ne se
04:40déploient malheureusement pas que sur le plan physique, qui se déploient également sur le plan numérique.
04:46Pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui, les jeunes passent plus de temps sur les réseaux sociaux.
04:51Donc c'est sur ces plateformes-là, dans ce immonde qu'ils vont désormais exprimer ces violences-là à travers
04:59notamment la publication de certains contenus à caractère pornographique,
05:05le partage de tout ce qui va dans le sens de dénigrer ou de bafouer la dignité de l'autre,
05:11le partage de tout ce qui ne construit pas du tout l'homme,
05:14qui ne fait pas en sorte que nous ayons des jeunes responsables.
05:19Regardez un peu, faites le tour des réseaux. Questionnez un peu la qualité des contenus.
05:24Allez-y un peu voir combien de jeunes ou combien de followers comptent ceux-là qui abordent des thématiques essentielles
05:31pour le vivre ensemble de notre pays.
05:33Il n'y en a pas beaucoup. Mais une fois que vous enlevez la culotte, une fois que vous abordez
05:37tout ce qui se passe en dessous du pantalon
05:39et que vous versez dans toute forme de médiocrité, là vous êtes très plébiscité.
05:44Donc c'est un environnement qui malheureusement est caractérisé par une profonde crise des valeurs morales et spirituelles
05:52et qui fait en sorte que lorsque vous en êtes imprégné, vous ne pouvez que manifester les valeurs qui vous
05:58habitent.
05:58Alors justement, vous avez évoqué la question des violences sur les réseaux sociaux.
06:01Le gouvernement apporte une réponse avec un nouveau cadre normatif.
06:07L'objectif de la régulation de ces réseaux sociaux est de responsabiliser les acteurs.
06:12Mais à côté, beaucoup s'inquiètent aujourd'hui du caractère intrusif de cette loi,
06:19notamment par le fait que les contrôles pourraient désormais être étendus au niveau des forums WhatsApp.
06:27WhatsApp, c'est quand même la vie privée directement des Gabonais.
06:32Comment concilier l'impératif de régulation et la préservation de nos libertés ?
06:37Est-ce qu'il y a un risque à ce niveau ?
06:39C'est le véritable défi.
06:41Pourquoi ? Parce que lorsque vous êtes dans un contexte où tout le monde a droit à la parole,
06:49où tout le monde peut tout dire et tout le monde dit ce qu'il pense,
06:52vous comprenez que ça fait facilement vaciller le pouvoir.
06:56Donc il y a toujours ce désir-là de réguler.
07:00Il y a toujours ce désir-là de parfois baïonner.
07:04Pourquoi ? Parce que tout ce qui se dit sur les réseaux sociaux n'est pas forcément bon à entendre
07:09ou à dire publiquement.
07:11Donc c'est là tout l'enjeu.
07:13Mais c'est tout à fait normal aussi que ce code-là ne puisse pas faire l'unanimité.
07:17Pourquoi ? Parce que nous sommes au sein d'une société qui est traversée par plusieurs courants de pensée,
07:24plusieurs sensibilités.
07:25Et nous avons aussi un pouvoir qui, à l'arrivée, a fait naître un certain nombre d'espoirs,
07:34mais qui aujourd'hui est de plus en plus soumis au crime de la pensée critique.
07:41Donc vous comprenez qu'à chaque fois qu'il y a des décisions qui sont prises,
07:44et de la manière dont elles sont parfois prises, ça ouvre la porte à toutes les formes de contestation.
07:51Et je me dis aussi qu'une fois qu'on a pris ce genre de décision,
07:56le deuxième relais revient à ceux qui sont censés intervenir sur le champ des relations publiques.
08:03Pourquoi ? Parce que dans le domaine des relations publiques, on parle de la fabrique du consentement.
08:08Il faut faire en sorte que les uns et les autres puissent être amenés à comprendre non seulement le contenu,
08:15mais à l'accepter.
08:18Or, aujourd'hui, lorsqu'on questionne un peu le pouvoir post-transition,
08:23on se rend compte qu'il pêche beaucoup.
08:25Pourquoi ? Parce qu'il met en avant les mêmes qui étaient déjà aux avant-postes sous l'ancien pouvoir
08:30et qui venaient faire l'apologie de toutes les formes de médiocrité qui ont été proposées aux Gabonais.
08:34Donc, en parlant par exemple de ce code l'apportant régulation des réseaux sociaux en République gabonaise,
08:40nous avons par exemple vu des activistes qui, il y a à peine quelques années,
08:45ont persévéré dans les juges, mais qui aujourd'hui viennent s'ériger en donneur de leçons.
08:52Or, les Gabonais ne sont pas dupes.
08:55Lorsqu'ils se rendent compte qu'ils sont en face d'un moralisateur sans moralité,
09:00vous comprenez que parfois, le message a du mal à passer.
09:03– Alors, et sinon, dans la même veine, beaucoup s'inquiètent de manière plus générale pour leur liberté.
09:12Certains estiment qu'elles sont de plus en plus menacées sous la Ve République.
09:18D'autres vont plus loin en disant que le régime est fermé à la critique.
09:21Vous, en tant que sociologue, quelles explications pouvez-vous donner à cette perception ?
09:25Est-ce qu'il faut s'en inquiéter ?
09:27– Alors, je crois que c'est sur vos antennes que nous avons eu une des phrases cultes
09:33que les uns et les autres répètent désormais en parlant de liberté individuelle de la République gabonaise.
09:39Votre pays-là est bizarre.
09:40Qu'est-ce qui a poussé ce compatriote-là à faire une telle assertion ?
09:45C'est à l'épreuve de fait.
09:46Lorsqu'on se rend compte qu'il y a des journalistes qui sont arrêtés,
09:50il y a des syndicalistes qui sont arrêtés,
09:53là, nous avons des politiques que je ne vais pas forcément défendre ici,
09:57mais qui, au nom de l'État de droit, ne devraient pas forcément être derrière les barreaux.
10:01Donc, vous comprenez qu'il y a ce sentiment de peur-là qui est de plus en plus grandissant
10:08et qui fait en sorte que notre démocratie puisse être en récule.
10:13Pourquoi ? Parce qu'il y a deux types de démocratie, pour être assez trivial.
10:17Il y a une démocratie formelle, donc les institutions, la liberté d'expression,
10:22et il y a une démocratie réelle qui se mesure à l'aune de la capacité
10:26que les uns et les autres ont influencé la décision publique.
10:30Or, si les citoyens ne s'expriment plus,
10:34s'ils n'ont plus la possibilité de dire s'ils sont d'accord avec telle ou telle politique publique,
10:39par exemple, vous comprenez que même ceux qui gouvernent
10:42auront du mal à avoir un baromètre sur lequel s'appuyer
10:45pour savoir s'ils vont dans la bonne direction ou pas.
10:48Alors, merci, merci, Sire Pavlov Moussavou.
10:51Je rappelle que vous êtes sociologue politique et consultant en relations publiques.
10:55On marque une courte pause et on revient juste après.
10:59A quelques minutes seulement de l'aéroport, tu tombes sur un petit bijou.
11:05Flanabie.
11:06Ici, tout est pensé pour que ton arrivée soit un vrai moment d'expression.
11:10Pas juste un bonjour bien pour nous.
11:12Non, c'est une vraie expérience.
11:14Le confort, le style, tout ça dans une ambiance qui te fait te dire
11:19« Ok, là je suis bien ».
11:22Les chambres, ce n'est pas juste pour dormir.
11:24C'est pour te poser, souffler et profiter du calme.
11:28Et le restaurant ?
11:30Le genre d'endroit où tu manges bien.
11:33Tu te détends sans avoir besoin de bouger de l'hôtel.
11:36Juste le goût du confort, tout simplement.
11:38Pour des travails, ils ont tout prévu.
11:41Une salle de conférence hyper équipée,
11:43où tu bosses dans le calme.
11:46Et franchement, je peux même vous dire que l'obligo devient agréable.
11:50Et puis alors le soir, quand le soleil se couche,
11:54Flanabie s'illumine.
11:56Ambiance chill, lumière douce.
11:59Flanabie, plus qu'un hôtel.
12:01Une expérience avec.
12:03De retour sur ce plateau avec notre invité.
12:07Il s'agit de Sir Pavlov Moussavou,
12:09qui est sociologue politique et consultant
12:11en relation publique, avec qui nous commentons l'actualité du moment.
12:17Alors nous poursuivons notre entrevue.
12:19Cher invité, la transition politique a été mise à profit
12:23pour réformer les institutions de l'État.
12:26L'année 2025 a été une année charnière,
12:30puisqu'elle a permis de juger à l'épreuve des faits
12:33les résultats des réformes entreprises.
12:36On s'attendait à la fin des fraudes aux élections,
12:40mais les élections législatives et locales ont été,
12:44ont prouvé exactement, ont prouvé un peu le contraire.
12:47L'indépendance de la justice consacrée par la nouvelle constitution
12:50interroge également.
12:52Les Gabonais font un constat mitigé justement
12:55sur cette indépendance de notre justice
12:58et la lutte contre la corruption
13:00qui reste toujours un chantier pour l'État.
13:03Est-ce que la transition a véritablement permis
13:06de questionner dans le fond
13:08les véritables préoccupations des Gabonais
13:12d'avant le coup d'État ?
13:14Très bien, vous posez là une question de fond.
13:17Et vous avez parlé de corruption.
13:19Voyez-vous, un des problèmes
13:21que nous avons avec la Nouvelle République,
13:25ce sont les fondements.
13:27Quels sont les fondements sur lesquels
13:29nous avons basé cette République-là ?
13:32Lorsque je parle des fondements ici,
13:33je parle des valeurs morales et spirituelles.
13:36Aujourd'hui, par exemple, je vais être concret.
13:39Nous sommes en train de parler de digitalisation
13:41pour résoudre un certain nombre de problèmes.
13:43Mais lorsque nous ne nous sommes pas attaqués
13:47préalablement au chantier des valeurs morales et spirituelles,
13:49vous allez vous rendre compte avec moi
13:51qu'aujourd'hui, qu'est-ce que nous sommes réellement
13:53en train de digitaliser ?
13:54Nous sommes en train de digitaliser la corruption.
13:56Nous sommes en train de digitaliser
13:59les détournements de fonds.
14:00Nous sommes en train de digitaliser
14:03le non-respect du code portant
14:06en attribution de marché public, par exemple.
14:08Donc, nous sommes en train de digitaliser
14:10les mêmes travers qui ont émergé,
14:17ou du moins à travers lesquels
14:19ceux qui ont gouverné avant la transition
14:21se sont illustrés,
14:22mais qui malheureusement ont pu infiltrer
14:25la Nouvelle République.
14:26Pourquoi ?
14:27Parce que, qu'est-ce qui incarne une République
14:29au-delà des institutions ?
14:30Ce sont les personnes, ou encore les personnalités,
14:32qu'on met à l'intérieur de ces institutions-là.
14:34Mais là, nous voyons bien qu'il y a aussi
14:37un véritable choix en termes des acteurs.
14:39Qu'est-ce qui a dit au président Oligi, par exemple,
14:41qu'il n'y a pas de Gabonais capable de gouverner avec lui
14:45en dehors de ceux qui ont été au cœur
14:46de l'ancien pouvoir, par exemple ?
14:50Donc, vous comprenez que nous avons péché
14:53au niveau des fondements,
14:55et je suis sûr que nous aurons du mal à décoller
14:59tant que les fondements ne vont pas être repensés.
15:02C'est une invite que je fais
15:04à ce qui, aujourd'hui, incarne le pouvoir.
15:07Pourquoi ?
15:07Parce que si nous voulons faire en sorte
15:09que ce Gabon, digne d'envie,
15:12qu'on nous vend à travers le nouveau narratif,
15:14soit une réalité,
15:16il faut que nous puissions avoir le courage
15:17de nous attaquer aux problèmes de fond,
15:19il faut que nous ayons le courage
15:20de nous attaquer à tout ce qui alourdit la machine.
15:23Or, aujourd'hui, le constat fait,
15:25c'est que nous avons le sentiment
15:28qu'il y a une sorte de mise à jour,
15:30parfois exacerbée, dans plusieurs secteurs,
15:32et qu'il faut en sorte que,
15:34rien que la popularité, par exemple,
15:36le président puisse en bâtir.
15:37Pourquoi ?
15:38Parce que qu'est-ce qui fait la popularité
15:39d'un chef de l'État ?
15:40C'est la confiance que les citoyens lui accordent.
15:43Or, chaque jour qui passe
15:44révèle un certain nombre de manquements,
15:50révèle son lot de manquements,
15:51qui fait en sorte que les populations
15:53puissent davantage s'écarter,
15:56puissent davantage ne plus accorder
15:59leur confiance à tout ce qui est aujourd'hui
16:01mis en avant par ceux qui tiennent le pouvoir.
16:04Alors, vous parlez d'une défaillance
16:06au niveau des fondements.
16:08Moi, ça m'emmène à vous poser une question
16:10sur cette idée de nation.
16:13Est-ce que le Gabon, aujourd'hui,
16:15pêche aussi par son incapacité
16:19ou sa difficulté à définir
16:21ce qu'est être Gabonais aujourd'hui,
16:24ce sentiment d'appartenir à une nation ?
16:26Très bien.
16:27Vous savez, le sentiment d'appartenir
16:30ou d'appartenance,
16:31les autres parlent de patriotisme.
16:34Ça ne se décrète pas, ça se construit.
16:37Je vais prendre une image pour illustrer.
16:39Si vous avez été élevé par un père
16:42qui n'a pas investi sur vous,
16:45vous aurez du mal à lui rendre l'appareil en retour.
16:48Je ne sais pas que c'est toujours comme ça,
16:49mais vous aurez du mal.
16:51Sur 100% de cas,
16:53il y aura au moins 90% qui diront
16:55que cet homme-là,
16:56lorsque j'étais dans le besoin,
16:58lorsque j'avais besoin de son soutien,
17:00il n'a pas répondu présent.
17:01C'est ce qui se passe avec la nation Gabon.
17:04Lorsque vous avez,
17:06et je l'ai dit préalablement,
17:08deux catégories de Gabonais,
17:09c'est-à-dire des Gabonais à part entière
17:11et des Gabonais entièrement à part.
17:13Vous avez ceux qui jouissent de toutes les richesses
17:15et d'autres qui n'ont quasiment rien.
17:18Comment voulez-vous que celui-là qui n'a rien,
17:20qui ne profite de rien,
17:22puisse être animé par ce sentiment-là,
17:24puisse avoir la fierté de dire que je suis Gabonais ?
17:27Qu'est-ce qui prouve que vous êtes Gabonais, par exemple ?
17:29Si vous croupissez dans la misère,
17:31dans un pays aussi riche que le nôtre.
17:33Qu'est-ce qui prouve que vous êtes Gabonais,
17:35si déjà même, du point de vue juridique,
17:38vous n'avez pas de papier ?
17:39Par exemple,
17:41aujourd'hui, pour avoir une CNI,
17:43malgré tout ce qu'on nous a annoncé comme évolution,
17:48ça tarde à venir.
17:49Aujourd'hui, pour avoir un passeport,
17:51permettez-moi cette petite anecdote-là,
17:53et c'est l'occasion ici d'interpeller
17:55ceux qui aujourd'hui dirigent le CEDOC
17:57et qui, je pense, ont récemment été promus.
17:59Ça fait sept mois
18:02que je poirote
18:03pour un renouvellement du passeport.
18:06Là où ça fait deux semaines,
18:07ça fait quasiment sept mois.
18:09Et on vous dit quoi lorsque vous y allez ?
18:11Ceux qui vous reçoivent,
18:12vous reçoivent avec dédain,
18:13avec condescendance,
18:15en vous disant que c'est la partie
18:17c'est-à-dire le CEDOC de Chubanga
18:19qui n'a pas encore répondu.
18:20Je suis né, j'ai grandi à Chubanga.
18:22Il n'y a pas plusieurs demandeurs
18:24de passeport à Chubanga.
18:25Il se trouve juste que nous avons,
18:27et d'ailleurs, là, nous sommes aujourd'hui au 21,
18:29c'est dans quelques jours,
18:31des Gabonais qui iront prendre leur salaire
18:32alors qu'ils sont payés à ne rien faire.
18:34Excusez-moi d'être un peu durs.
18:36Donc, vous comprenez que
18:37il peut y avoir de la volonté politique,
18:40mais tant qu'on n'a pas touché
18:43à la mentalité,
18:44tant qu'on n'a pas changé de logiciel mental,
18:48ça va être difficile que la vision politique prenne.
18:51Mais là aussi, comment changer cette mentalité ?
18:54Est-ce que c'est le rôle des politiques
18:55ou c'est le rôle de l'État, disons-le,
19:01ou c'est le rôle des familles ?
19:03Très bien.
19:04C'est une responsabilité, d'ailleurs,
19:06déjà que vous avez située à plusieurs niveaux.
19:08Ça commence par la cellule familiale.
19:11Mais lorsqu'on parle de cellule familiale au Gabon,
19:14dans quel État se trouve-t-elle ?
19:17Vous avez, par exemple, selon les chiffres
19:19du récentement général de la population de 2013,
19:2236% de familles gabonaises sont monoparentales.
19:25Ou vous avez, dans la plupart des cas,
19:27une mère qui joue à la fois le rôle de père et de mère.
19:30Donc, vous comprenez déjà que
19:31la cellule familiale gabonaise pose problème
19:35et est dans un mauvais État
19:37qui fait en sorte que le produit,
19:39c'est-à-dire le citoyen qu'elle propose,
19:42ne soit pas de qualité.
19:43Pourquoi ?
19:43Parce que qu'est-ce qui fait en sorte
19:45que nous ayons des citoyens modèles ?
19:48Ce sont les valeurs qu'on lui inculque
19:50en commençant par le cadre familial.
19:53Et vous avez parlé de l'État.
19:55Qu'est-ce qui, aujourd'hui, incarne cet État ?
19:58Mais pour la plupart,
20:00c'est les mêmes qui, hier, ont piqué dans les caisses.
20:03Est-ce que ceux-là qui sont au quartier,
20:06ce jeune-là, a forcément envie de prendre pour modèle
20:09celui-là dont il sait qu'il est un voleur de l'État ?
20:12Donc, vous comprenez que le problème est à plusieurs niveaux.
20:15Après, il y a aussi les acteurs de la société civile
20:17qui doivent également intervenir.
20:19Donc, pour relever ce défi-là,
20:22il faut qu'il y ait une collaboration franche
20:24entre toutes ces composantes-là,
20:26mais dans un environnement qui soit vraiment aseptisé,
20:30un environnement qui soit dépollué.
20:31Pourquoi ? Parce que l'environnement
20:33dans lequel nous nous trouvons aujourd'hui
20:34n'est pas favorable à ce que nous puissions avoir
20:39ou assister à l'émergence d'une qualité de citoyen
20:42qui est en vie ou qui soit animée réellement
20:44par le désir d'être une source de bénédiction pour ce pays.
20:48Je ne dis pas qu'il n'y en a pas,
20:49mais lorsque vous faites le ratio,
20:51bien, écoutez, ceux qui attendent leur tour
20:53pour venir voler sont plus nombreux
20:55que ceux qui attendent leur tour
20:56pour réellement se mettre au travail.
20:57Oui, donc, vous, ce que vous dites,
20:59c'est que régler cette question,
21:02préalablement,
21:03c'est indispensable avant la mise en place
21:07de toute réforme qui vise à réformer le pays ?
21:10Écoutez, le président Oligi,
21:14en arrivant, nous a parlé de libération.
21:18C'est bien.
21:20Mais à l'épreuve de fait, aujourd'hui,
21:22ce dont nous avons surtout besoin,
21:24c'est d'une véritable révolution.
21:26Et une révolution qui puisse d'abord
21:28s'attaquer au chantier de la restauration des valeurs.
21:33Vous savez, ce n'est pas un slogan.
21:35Lorsqu'on parle des valeurs, par exemple,
21:38on parle de l'attachement à la terre.
21:41Qu'est-ce qui fait en sorte qu'aujourd'hui,
21:43nous ayons des compatriotes qui n'ont pour réflexe
21:45que de vendre la terre du Gabon ?
21:48Parce qu'il n'y a pas ce lien-là,
21:51où ce lien-là a été coupé.
21:52Donc, il faut un travail qui puisse faire en sorte
21:56de reconnecter le Gabonais à sa terre,
22:00aux valeurs qui ont porté ce pays par le passé,
22:04qui puisse reconnecter le Gabonais à cette soif-là,
22:09d'être une source de bénédiction pour ce pays.
22:12Nous avons eu des compatriotes
22:13qui ont travaillé dans ce pays sans voler.
22:17Mais, qu'est-ce qui s'est passé
22:18pour que nous ayons plus de détourneurs de fonds
22:22que ceux-là qui sont animés par le désir
22:25d'utiliser à bon escient les ressources publiques ?
22:28C'est parce que nous avons généralisé la corruption, par exemple.
22:32Et la corruption la plus dangereuse,
22:34ce n'est pas celle des finances.
22:36Si, sur le plan des valeurs, vous êtes inattaquable,
22:39vous allez repousser la corruption financière.
22:42Mais si, sur le plan des valeurs morales et spirituelles,
22:45vous êtes un lambeau, vous devenez une passoire
22:48qui tolère tout et parfois rien du tout.
22:52Merci, Sire Pavlov Moussavou.
22:54Venons-en aux côtes de la nationalité,
22:57un sujet aussi sensible que ceux que nous avons évoqués plus haut.
23:03Quel regard portez-vous de manière globale sur cette réforme
23:06et quelle est votre compréhension en tant que politologue ?
23:09Alors, ce qu'il faut déjà dire,
23:12c'est que selon que nous soyons dans le cadre
23:14de la promulgation de la nouvelle constitution,
23:18selon que nous soyons dans le cadre
23:20de la publication du nouveau code électoral
23:23et que nous soyons là maintenant dans le cadre
23:26de la publication du nouveau code nationalité,
23:29il faut comprendre qu'aucun code n'est neutre.
23:31tout code ou toute loi obéit à une vision politique
23:35et laquelle, notamment celle de ceux qui incarnent le pouvoir
23:38au moment où ces lois-là sont formulées
23:43ou proposées en tant qu'offre politique.
23:45Donc, c'est tout à fait normal en parlant du code de nationalité
23:49qu'il y ait ce débat-là.
23:51Pourquoi ? Parce que c'est une question assez sensible.
23:54Nous sommes là en train de déterminer
23:55qui est Gabonais ou qui ne l'est pas.
23:58Donc, ce n'est pas, je pense, une donnée
24:03qu'il fallait peut-être promouvoir de cette façon.
24:07Je suis de ceux qui soutiennent qu'il fallait susciter
24:09un véritable débat public pour que toutes les sensibilités
24:14puissent s'exprimer.
24:16Mais je tiens à préciser qu'il était quand même opportun
24:20que nous puissions repenser ce code-là.
24:21Pourquoi ? Parce que celui en vigueur date de 1999 autant pour moi
24:29et entre 1999 et 2026, vous comprenez qu'il y a eu
24:34un certain nombre de bouleversements et ainsi de suite.
24:37Il y a par exemple l'article 58 qui a fortement été repris
24:44en ce sens qu'il catégorise désormais ou réduit l'accès
24:50de certains Gabonais, notamment ceux dits d'adoption
24:53et de première génération, à un certain nombre de responsabilités
25:00au plus haut niveau de l'État.
25:02Ça revient à ce que je disais.
25:04Il n'y a pas de neutralité ici.
25:07Pourquoi ? Parce que les lois aussi se nourrissent parfois
25:10du contexte sociopolitique essentiellement.
25:12Les lois tentent souvent d'apporter une réponse.
25:16Et là, par exemple, je vais prendre l'image médicale
25:20en parlant d'ordonnance.
25:21Lorsque vous êtes malade, on vous prescrit une ordonnance
25:24dans quel but ? D'apporter une réponse concrète
25:27au mal que vous avez qui puisse vous soulager.
25:30D'accord ?
25:31Donc, c'est tout à fait normal qu'il y ait ces aspects-là
25:35qui fâchent.
25:37Un code de nationalité ne peut pas aussi mettre tout le monde d'accord.
25:40Mais je suis de ceux qui pensent qu'il est peut-être temps aussi
25:44que nous ayons le courage de nous attaquer à ce qui, par le passé,
25:48a permis ou fait en sorte que nous puissions nous retrouver
25:52avec certains acteurs qui ne sont pas venus uniquement
25:56pour se mettre au service de ce pays,
25:58mais plutôt pour se servir.
26:00Je vais prendre un exemple simple pour illustrer.
26:03Vous savez, sous le premier septennat du président Ali Bongo,
26:09tous les ministres du pétrole, et ça, vous pouvez aller le vérifier,
26:14avaient forcément un lien avec l'ancien directeur de cabinet
26:19de M. Ali Bongo.
26:21Nous connaissons tous qui est, nous connaissons son pays,
26:24je ne vais pas citer ici.
26:25Est-ce que c'était le fait d'un hasard ?
26:27Je ne pense pas.
26:28Pourquoi ? Parce qu'une fois, OK, deux fois, on peut encore tolérer,
26:33mais quand ça devient répétitif,
26:36vous comprenez qu'il y a un agenda derrière.
26:38Et c'est un agenda qui n'a pas forcément profité au Gabon
26:41eu égard à l'état de nos finances, et ainsi de suite.
26:45Nous nous retrouvons aujourd'hui avec un pays immensement ou très endetté.
26:49Ce n'est que la conséquence de toute la gabégie,
26:52de toute la malgouvernance qu'il y a eu sous les anciens pouvoirs.
26:56Je ne vais pas me limiter uniquement à celui de M. Ali Bongo.
26:59Pourquoi ? Parce que la souffrance des Gabonais n'a pas commencé en 2009.
27:02Ayons aussi le courage de le rappeler.
27:05Voilà.
27:05Mais comprenez que tout code, toute loi obéit à une vision politique.
27:11Ce que nous voulons juste, c'est qu'il n'y ait pas cette ambition-là
27:17de vouloir contourner les problèmes au lieu de véritablement s'attaquer
27:22en allant dans le sens de vouloir les résoudre.
27:25Justement, est-ce que ce n'est pas malheureusement ce dans quoi nous retombons,
27:30c'est-à-dire contourner les problèmes en ne s'attaquant pas aux véritables problèmes ?
27:34Vous évoquiez précédemment l'idée de nation,
27:40c'est quoi appartenir à la nation gabonaise, etc.
27:43Est-ce que ce n'est finalement pas là encore le fond du problème ?
27:48Régler ces problèmes-là sur l'identité d'abord, c'est quoi être gabonais,
27:53c'est quoi le sentiment patriotique, etc.
27:55avant de s'attaquer aux questions d'ordre financier ?
27:59Parce que les détracteurs de ce nouveau code disent, par exemple,
28:06qu'il a été fait à l'aune de l'expérience de Souali,
28:11il a été taillé justement au costume des dérives qu'on a vécues sous le régime d'Ali Bongo.
28:18Est-ce que là aussi ce n'est pas une erreur ?
28:20Parce que certains disent, mais les dérives qui ont été perpétrées sous Ali Bongo
28:25par des compatriotes binationaux, cela a été rendu possible
28:30parce que des compatriotes authentiquement gabonais l'ont permis et ont participé.
28:36C'est un fait, voyez-vous ?
28:38C'est pourquoi je disais qu'il faut que nous ayons une réelle volonté
28:44à vouloir résoudre les problèmes et non à les contourner.
28:48Voyez-vous ?
28:49Parce que nous sommes là face à un problème de fond.
28:51Et si nous l'abordons de façon superficielle, nous allons tourner en rond.
28:57Voyez-vous ?
28:58Donc, il faut un véritable courage politique.
29:02Il y a un des opposants qui a posé une question que je trouve fondamentale.
29:08Qui est-ce que le président Oligi écoute ?
29:10Qui est-ce qui le conseille ?
29:12Parce que nous avons, nous, lecteurs assidus de la vie politique locale,
29:18le sentiment qu'il nage quasiment à contre-courant des aspirations profondes
29:23ou encore réelles et véritables des populations gabonaises.
29:27Comment expliquer cela ?
29:29Donc, je ne suis pas dans les arcanes du pouvoir,
29:32mais en tant qu'observateur, je suis un peu inquiet
29:37de la direction que notre pays est en train de prendre,
29:41mais je me refuse toujours à toute forme de pessimisme
29:44parce que je me dis, je crois au sursaut patriotique dont on parlait tout à l'heure,
29:49je me dis que nous avons encore dans ce pays des hommes et des femmes
29:54qui sont capables d'être de bons conseils, notamment ceux qui parlent à l'oreille du président.
30:00J'espère qu'ils feront leur travail.
30:02Et toute dernière question, est-ce que les politiques devraient davantage écouter les savants
30:07avant de prendre des décisions qui engagent la nation ?
30:09Alors, vous posez là un débat classique qui a déjà été tranché.
30:14La référence ici, c'est Max Weber qui a pondu un ouvrage classique en la matière,
30:19« Le savant et le politique ».
30:21Le rôle du savant, c'est lequel ?
30:23C'est d'éclairer le politique.
30:26Le rôle du savant, c'est d'être un outil d'aide à la décision publique.
30:32Mais vous savez, pour le cas du Gabon, je ne vais pas uniquement blâmer le politique ici.
30:37Le savant, qu'est-ce qu'il y a encore savant dans ce pays ?
30:42Il n'y a qu'à questionner un peu l'état dans lequel se trouvent nos universités.
30:45Quelqu'un disait que la révolution d'une société, en termes de changement,
30:51en termes de développement véritable, commence dans les amphithéâtres.
30:55Qu'est-ce que nous proposons aujourd'hui ?
30:57Qu'est-ce que ceux-là qui sont censés incarner cette élite intellectuelle-là
31:02proposent aujourd'hui à ces jeunes-là ou à cette jeunesse-là dans les amphithéâtres ?
31:07Je suis par exemple, moi, certes, le moi est haïssable,
31:11une des victimes du phénomène de harcèlement sexuel en milieu universitaire.
31:18J'ai osé m'y attaquer, mais je n'ai pas pu cerner le rapport de force
31:22qui ne m'était pas favorable et le système m'a broyé.
31:25Donc, vous comprenez que ce n'est pas forcément sur le politique ou vers le politique
31:29qui va tout de suite falloir jeter la pierre,
31:32mais c'est de regarder aussi vers celui-là qui est censé être une lumière,
31:37celui qui est censé être celui qui éclaire le politique.
31:40Est-ce qu'aujourd'hui, il joue véritablement son rôle ?
31:44Je laisse à chacun le soin d'y répondre,
31:46mais ce que je sais, c'est que lorsque nous questionnons la société gabonaise dans son ensemble,
31:51nous avons le sentiment qu'il n'y a pas de véritable intellectuel dans ce pays
31:55en dehors d'une pluralité de diplômés qui viennent se vanter sur les réseaux sociaux,
32:01sur les plateaux télé et ainsi de suite avec des titres ronflants.
32:04Mais c'est à leur fruit que nous, nous voulons les évaluer.
32:06Et quand je le dis, je m'y inclue aussi.
32:08Il faut souvent aussi avoir le courage de s'autoflageler
32:12quand vous n'êtes pas forcément à la hauteur de où, du moins là où on vous attend.
32:19Merci, merci Sir Pablo Moussa, vous sociologues politiques et consultants en relations publiques,
32:25d'être passés chez nous.
32:27Et merci surtout pour vos éclairages sur toutes ces questions qui intéressent les Gabonins.
32:33C'est moi qui vous remercie.
32:35Merci à vous, chers internautes, également pour votre fidélité.
32:38Je vous donne rendez-vous pour un prochain numéro d'interviews exclusives.
32:41Sous-titrage Société Radio-Canada
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