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00:0126 avril 1986, 1h23, 44 secondes.
00:07Le réacteur numéro 4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl explose.
00:15Cette nuit-là, sans le savoir, les opérateurs franchissent une à une les étapes qui mènent au désastre.
00:24Et leur ultime geste pour sauver le réacteur déclenche en fait le plus grave accident nucléaire du XXe siècle.
00:33Il a été classé au niveau 7 sur l'échelle internationale des événements nucléaires.
00:39Le plus haut niveau.
00:41Voilà ce qui s'est passé.
00:52Pour comprendre comment on en est arrivé là, il faut d'abord s'intéresser à la machine qui a explosé
00:58ce soir-là.
00:59Un réacteur RBMK de conception soviétique.
01:05Trois éléments inhérents à sa conception vont jouer un rôle déterminant dans l'accident.
01:11Le premier, c'est l'utilisation de graphite.
01:15Le graphite, c'est l'élément qui permet aux ingénieurs de la centrale d'optimiser la réaction nucléaire.
01:22Je m'explique.
01:26Un réacteur, au fond, c'est une machine à fabriquer de la chaleur.
01:31Cette chaleur se crée ici, dans des tubes au cœur du réacteur.
01:37Des tubes de force.
01:39Ces tubes contiennent de l'eau et un assemblage de combustibles, dont de l'uranium-235.
01:47Voici ce qui se passe dans le cœur au moment où le réacteur produit de l'énergie.
01:53Un noyau d'uranium-235 absorbe un neutron.
01:57Ce noyau devient instable.
02:00Et il se casse.
02:02C'est la fission nucléaire.
02:03Cette fission libère de l'énergie, dont de la chaleur, et éjecte deux ou trois autres neutrons.
02:11À leur tour, ils peuvent casser d'autres noyaux d'uranium, ce qui dégage de l'énergie et libère d
02:19'autres neutrons, et ainsi de suite.
02:22Ce qui peut entretenir une réaction en chaîne.
02:27Mais certains neutrons sont trop rapides.
02:31Il faut les ralentir pour augmenter la probabilité de nouvelles fissions et créer ainsi la réaction en chaîne.
02:42C'est là qu'entre le premier élément clé dont on a parlé avant, le graphite.
02:49Le graphite sert de modérateur.
02:52Il ralentit les neutrons pour que les atomes puissent les absorber.
02:58Ce graphite est empilé ici, en bloc, autour du combustible nucléaire.
03:04Rappelez-vous-en, le graphite joue un rôle central pour permettre la réaction en chaîne.
03:09Et il sera le premier élément de la catastrophe.
03:19Le deuxième élément qui va mener à l'explosion, c'est la manière dont l'eau est utilisée dans le
03:24réacteur.
03:25Pour le comprendre, on récapitule.
03:28On l'a vu, la fission produit de la chaleur.
03:32Cette chaleur chauffe l'eau qui circule ici, dans ces tubes de force qu'on a vus avant.
03:38Dans ces tubes de force, l'eau, en bouillant, se transforme en vapeur.
03:43Cette vapeur a deux rôles.
03:45D'abord, elle fait tourner une turbine.
03:47La turbine entraîne un alternateur qui produit de l'électricité.
03:52Ensuite, grâce à des pompes, elle est réinjectée sous forme liquide dans le réacteur pour le refroidir.
04:00Et ainsi de suite.
04:06Mais cette eau qui sert à refroidir le réacteur a aussi une autre propriété.
04:12Elle absorbe une partie des neutrons.
04:15Ce qui modère, un peu, la puissance du réacteur.
04:20Le problème, c'est que quand elle se transforme en vapeur, ce rôle de modération s'atténue.
04:26C'est le paradoxe de ce modèle de réacteur, le RBMK.
04:31Car plus il y a de vapeur, plus la puissance augmente, plus la chaleur monte.
04:36Ce qui génère donc plus de vapeur et toujours plus de puissance.
04:41Ce phénomène s'auto-entretient et il peut conduire à l'emballement du réacteur.
04:47Alors, les tubes de force peuvent finir par rompre.
04:53Ça, ce sont les deux premiers éléments inhérents au RBMK qui vont mener à l'explosion.
05:01Mais avant de passer au troisième élément, il faut d'abord qu'on parle d'un autre aspect.
05:07Le facteur humain.
05:12Cette nuit-là, les opérateurs veulent répondre à une question.
05:16Une question de sûreté qui concerne ces pompes hydrauliques dont on a déjà parlé.
05:22Celles qui injectent de l'eau pour refroidir le réacteur.
05:25Pour fonctionner, elles ont besoin d'électricité.
05:29En cas de panne de courant, l'électricité nécessaire à leur fonctionnement pourrait-elle venir de la turbine
05:36le temps que des générateurs d'électricité alimentés au diesel prennent le relais.
05:42Et ce test est important.
05:45Si ces pompes hydrauliques ralentissent ou s'arrêtent, faute d'électricité, le débit d'eau chute.
05:52Donc, le combustible est moins bien refroidi.
05:56L'eau bout davantage.
05:57La proportion de vapeur augmente.
06:00Et le réacteur peut devenir instable, voire incontrôlable.
06:08Mais le test ne se déroule pas au bon moment.
06:12Il était prévu durant la journée, mais il est repoussé à la nuit.
06:17C'est donc l'équipe de nuit, qui n'y était pas préparée, qui se retrouve à devoir le faire.
06:24Avant le début du test, le réacteur tourne à puissance réduite.
06:28Contrairement à ce qu'on pourrait penser, c'est plutôt une mauvaise nouvelle.
06:32Car à faible puissance, la réaction nucléaire dont le réacteur a tendance à générer un surplus de Xénon-135.
06:39Ce gaz radioactif menace d'étouffer le réacteur.
06:44Il est là le troisième élément de la catastrophe, le Xénon-135.
06:49Ce gaz radioactif capture des neutrons.
06:53Les noyaux d'uranium ont donc moins de neutrons à absorber.
06:57Moins de neutrons égale moins de fission, égale chute de la puissance du réacteur.
07:04Et plus la puissance chute, plus il y a de Xénon-135, et ainsi de suite.
07:10Et si le réacteur s'arrête, il est très difficile de le relancer.
07:15Malgré cela, une décision clé est prise.
07:19Continuez le test.
07:22Alors, l'équipe de nuit pousse la puissance du réacteur pour compenser l'effet du Xénon-135.
07:30L'eau bout.
07:31Il y a de plus en plus de vapeur.
07:33La fission nucléaire s'accélère.
07:34En quelques secondes, c'est l'emballement.
07:37La puissance grimpe brutalement à plus de 100 fois celle pour laquelle le réacteur est conçu.
07:44Cette fois, les opérateurs décident de déclencher l'arrêt d'urgence.
07:49Et pourtant...
08:00Mais alors, pourquoi l'arrêt d'urgence n'a-t-il pas sauvé le réacteur ?
08:06Cet arrêt d'urgence, le voilà.
08:09Des barres de contrôle.
08:13Elles sont censées freiner la réaction en chaîne.
08:16Pour y arriver, on insère dans le réacteur ces barres.
08:20Elles contiennent un matériau à base de Bohr.
08:23Ce Bohr absorbe les neutrons.
08:27On le sait, moins de neutrons égale moins de fissions.
08:35Mais ces barres de contrôle sont en fait le talon d'Achille du RBMK.
08:40Car sur ce modèle de barres, le début de l'insertion peut en fait favoriser la réaction en chaîne pendant
08:47un court instant.
08:50C'est le paradoxe des RBMK.
08:52Arrêter le réacteur, c'est risquer de l'accélérer.
08:56Pourquoi ?
08:59Parce que l'extrémité inférieure de ces barres comporte une partie en graphite.
09:05Souvenez-vous, le graphite, c'est ce qui rend aussi la fission nucléaire plus efficace.
09:11Et c'est le graphite qui entre lentement en premier dans le cœur, tandis que la partie absorbante en bord
09:19est encore à l'extérieur.
09:22Pi, en descendant dans son canal, cette barre de contrôle chasse l'eau qui s'y trouve.
09:29Donc, on retire un absorbeur de neutrons, l'eau, même si elle n'absorbe que faiblement les neutrons,
09:35et on le remplace par du graphite qui favorise la fission.
09:41Autrement dit, pendant les premières secondes, appuyer sur le bouton d'arrêt d'urgence
09:47peut donner un coup de boost à une réaction nucléaire qui, dans le cas présent, est déjà en train de
09:53s'emballer.
09:57Ce défaut de conception, ce soir-là, les opérateurs ne le connaissaient pas.
10:03Personne ne les en avait informés.
10:07À Tchernobyl, il n'y a pas eu d'explosion atomique à proprement parler.
10:12C'est une montée de puissance fulgurante, une surchauffe du combustible.
10:18Cette chaleur énorme provoque la vaporisation quasi instantanée d'une partie de l'eau dans les tubes.
10:24La pression monte en flèche.
10:26Conséquence, une explosion de vapeur éventre le cœur du réacteur.
10:30Et elle provoque le soulèvement de la dalle de 2 000 tonnes qui recouvre le RBM4.
10:36En retombant, elle endommage les tubes du réacteur.
10:42Des quantités énormes de vapeur et de radiation s'en échappent.
10:51Et c'est là qu'intervient la deuxième explosion.
10:54Celle qui fait basculer l'accident en catastrophe nucléaire.
11:06Après la première explosion, la chaleur extrême génère de l'hydrogène à partir de la vapeur d'eau.
11:13Au contact de l'air très chaud, l'hydrogène s'enflamme.
11:17C'est la deuxième explosion.
11:19Et c'est une catastrophe parce que le réacteur numéro 4 ne dispose pas d'une enceinte de confinement conçue
11:27pour retenir la radioactivité en cas d'une explosion d'hydrogène.
11:31Faute de cette protection, la deuxième explosion éventre le bâtiment.
11:39L'incendie du réacteur, désormais à l'air libre, a ainsi projeté pendant des jours des matériaux hautement radioactifs dans
11:46l'atmosphère.
12:00Dans la région de Tchernobyl, la contamination radioactive laissera des traces durant des siècles, voire des milliers d'années.
12:11Sous-titrage Société Radio-Canada
12:13Sous-titrage Société Radio-Canada
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