00:00Maman de Silla, en vous présentant mes excuses parce que je ne voulais pas du tout intervenir,
00:06mais en étant dans la salle, je me suis rendu compte que la mémoire est une dette
00:10et qu'il faut d'une maniĂšre ou d'une autre la payer.
00:14Je voulais commencer mon témoignage par notre rencontre.
00:17J'ai connu l'honorable Maman de Silla en 2000, je crois le 14 septembre 2000.
00:23Le contexte était le suivant.
00:25Notre pays, la Guinée, avait été attaqué à ses frontiÚres sud
00:29Ă Pamalap, Ă Madinahoula, Ă Fassankoni et Ă Nongoa.
00:37Les quatre points le mĂȘme jour, le 1er septembre.
00:40Et des témoins aßnés sont là .
00:42L'Ătat Ă©tait dans la situation paradoxale.
00:45AprÚs l'intervention de l'armée guinéenne à Bissau en 1999,
00:49nous n'avions pas beaucoup d'armes et nous n'avions pas beaucoup de volontaires
00:53pour nous en donner. Les délais d'aide étaient de 30 à 60 jours.
00:57Le général Lansara-Comté, qui présidait le Conseil de défense et de sécurité,
01:03a appelé un certain nombre de cadres auprÚs de lui pour l'aider à gérer la partie civile
01:08de l'organisation.
01:10Je crois que le premier ministre Soare, à l'époque, chef de cabinet du ministÚre
01:13de l'Ăconomie et des Finances, y Ă©tait, et moi-mĂȘme en tant que chef de cabinet du ministĂšre
01:18de l'Intérieur, Mamadou Silla, c'est Amadou Kamara, le commissaire Amadou Kamara,
01:23qui était conseiller de sécurité du président de la République, qui nous l'a amené,
01:27et qui avait à l'époque, je crois, un stock de fusils de chasse et de munitions
01:33qui étaient dans la situation de dédouanement.
01:37Et l'Ătat avait rĂ©quisitionnĂ© ce matĂ©riel pour le distribuer au comitĂ© villageois de dĂ©fense.
01:42On avait créé dans chaque localité frontarienne des comités villageois de défense.
01:46Donc on a réquisitionné son matériel.
01:49Lui, tout ce qu'il demandait, il voulait avoir l'assurance que c'est le président de la République
01:53qui avait donné des ordres pour réquisitionner sa marchandise.
01:58Amadou Kamara, mon grand frĂšre, m'a fait venir dans son bureau,
02:01on est allé ensemble voir le président comté.
02:04Mamadou Silla, c'est pour noter son intelligence, dit carrément au président comté,
02:08vraiment, tout ce que vous voulez prenez, je veux juste me rassurer que c'est vous qui décidez
02:12d'utiliser ça pour la guerre.
02:14Moi, je n'ai pas d'autre problĂšme, vous payez quand vous voulez.
02:17Ăa frappait, je crois, l'esprit du prĂ©sident.
02:19Quand il s'est agi, que mon frÚre à soirée me permet de le citer encore,
02:24de s'équiper, nous avons pensé avec nos économistes qu'il fallait créer deux structures
02:29qui allaient faire l'interface entre l'Ătat et le marchĂ© des armes.
02:34Ăa a Ă©tĂ© donc un catexe international pour avoir des hĂ©licos en Ukraine.
02:38Ăa a Ă©tĂ© futurĂ© avec des attributions Ă©tendues pour pouvoir acheter du matĂ©riel roulant pour les militaires.
02:46Ce monsieur donc a pris le risque, en pĂ©riode de guerre, d'ĂȘtre endettĂ© auprĂšs des banques
02:52avec une simple garantie de l'Ătat pour importer Ă son nom du matĂ©riel,
02:56en cas d'échec de la défense du territoire national, c'est lui seul qui aurait payé cette dette.
03:01Je voulais faire ce premier témoignage.
03:03Et c'est comme ça que ça a commencé.
03:05Nous avons le devoir aujourd'hui de le dire.
03:08Le premier ministre Amr Tigan Soarey a été envoyé en Ukraine, je crois,
03:12pour nous chercher des bananes et des ananas,
03:16et pour que le pays puisse faire face à l'agression qui était en cours.
03:20VoilĂ ma premiĂšre rencontre avec Maman Silla.
03:22Il n'a jamais posé de conditions.
03:25J'avais l'impression qu'il ne mesurait pas le risque qu'il prenait en s'impliquant dans cette opération.
03:30La seule chose qu'il ne me disait toujours Ă rien, quand je dis, bon, on va aller dans les
03:34réunions au camp,
03:35il dit, non, non, moi, je suis un marabou, je ne suis pas un guerrier.
03:38Quand vous ĂȘtes d'accord, lĂ -bas, vous m'appelez.
03:40Je voulais faire ce tĂ©moignage pour lui-mĂȘme, pour nous tous et surtout pour sa famille.
03:46Il aurait fini sa carriÚre d'homme d'affaires en cas d'échec militaire ce jour-là .
03:51Le deuxiÚme témoignage, c'est une analyse que je propose.
03:54Quand on voit les hommes publics, on croit qu'ils agissent par égo ou par leur nom.
03:58Parfois, ils sont de simples instruments de la politique publique et de l'intĂ©rĂȘt de l'Ătat.
04:03Pourquoi le patronat a été créé ?
04:05L'Ătat guinĂ©en s'est rendu compte que son interface privĂ©e Ă©tait faible.
04:09Les rapports de la Banque mondiale, du FMI, nous disaient toujours, il faut résidualiser le secteur privé.
04:14L'Assela Khoate ne savait pas que faire de cela.
04:17Un jour, Marcela lui a dit, mais vraiment, si vous me confiez ça, moi, je peux remplir la mission.
04:21Je vous jure qu'il a financé avec ses propres ressources pendant au moins cinq ans la mise en place
04:27de toutes les structures du secteur privé guinéen.
04:31Il me disait toujours, non, tu sais, ce n'est pas compliqué.
04:34Ce que je gagne Ă droite, j'investis Ă gauche pour que le patronat tienne.
04:37Il prenait tous les cours.
04:38Les voyages, les bureaux, les salaires, tout il payait.
04:43Accompagné de son grand frÚre, et là , Malik, je crois.
04:47Je voulais faire ces deux témoignages.
04:48Le troisiÚme témoignage, c'est pour ses enfants.
04:50Un jour, je lui ai dit, il m'a dit, non, mon MĂ©lamine me fatigue, il se mĂȘle de tout.
04:54J'ai dit, dis donc, toi, mon Mélamine, son pÚre est plus que ton pÚre.
04:58Il en a fallu un pĂšre.
04:59Je dis, non, il n'y a pas de fils.
05:01Il n'y a pas de fils.
05:03Tu prends mon pĂšre pour qui ?
05:05Il dit, mon Mélamine a un pÚre qui est mieux que ton pÚre.
05:07Donc, il a besoin de comprendre plus tĂŽt que toi la vie.
05:10« Ne te cache pas de lui. Laisse-le quand on discute. Ne le chasse pas. Laisse-le. »
05:14Il m'a dit, ah, bon, j'ai compris.
05:16Je ne vais plus le chasser.
05:18Je dis ça à mon Mélamine.
05:19Il se souvient, chaque fois qu'il me voit, il dit, l'ami de mon Mélamine.
05:23Aussi, je dois le dire, c'est un homme de famille.
05:25Je voulais rendre hommage Ă votre famille.
05:28Rares sont les familles d'hommes publics, surtout d'hommes d'argent,
05:31qui restent avec lui aussi longtemps et dans toutes les circonstances.
05:35Je sais que mon frĂšre, sans con, est de la famille, par sa mĂšre.
05:39Et je sais aussi que cette famille, avec l'Ăąge Ă Dembo, l'Ăąge Ă Malik,
05:44vous avez toujours été à ses cÎtés.
05:47Je voulais vous remercier et vous féliciter.
05:50C'est un bel exemple pour notre pays.
05:52Je crois que c'était aussi un homme de famille.
05:54Je vous remercie.
05:55Merci.
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