- il y a 10 heures
Laeticia a subi une opération des amygdales en juin 2014. À son réveil, ses proches découvrent quelque chose d'inattendu : elle parle avec un accent anglais... qu'elle n'a pourtant jamais eu auparavant. Elle pensait retrouver sa voix normale quelques semaines après l'opération, mais ça n'a jamais été le cas. Son chirurgien lui-même stupéfait lui a avoué qu'elle était un mystère pour la science. Elle est en fait atteinte du syndrome de l'accent étranger, un phénomène médical rare et encore inexpliqué aujourd'hui, avec lequel elle vit au quotidien.
Également invité : un neurologue, quelles hypothèses sur les causes de ce syndrome ? Et une femme dont le mari s'est réveillé du coma avec un accent anglais suite à une rupture d'anévrisme reformule
Également invité : un neurologue, quelles hypothèses sur les causes de ce syndrome ? Et une femme dont le mari s'est réveillé du coma avec un accent anglais suite à une rupture d'anévrisme reformule
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00:00C'est bienvenu dans Un jour, une vie. Merci d'être avec nous en direct sur RTL.
00:05Vous le savez, tous les matins de 9h30 à 10h, toutes vos vies et tous vos destins extraordinaires sont sur
00:11RTL.
00:12Laetitia est avec nous. Bonjour Laetitia.
00:14Bonjour Faustine.
00:15Merci beaucoup d'être avec nous. Nous sommes également avec le docteur Olivier Silam qui est neurologue.
00:20Bonjour Olivier.
00:21Bonjour.
00:21Merci beaucoup d'être avec nous. Vous allez répondre à nos questions,
00:24qui ont tenté de comprendre la mystérieuse histoire de Laetitia qui a basculé après une opération absolument banale.
00:31Laetitia, si je vous dis que vous êtes un mystère pour la science, on va découvrir pourquoi dans un instant.
00:37Vous en avez conscience justement d'être un cas complètement à part ?
00:42Dans le sens où effectivement, quand je raconte mon histoire, ce qui est assez fréquent quand même,
00:48je ne rencontre personne qui a vécu la même chose que moi.
00:52Alors aujourd'hui, tout à l'heure, on va vous présenter justement une femme dont le mari a vécu la
00:57même chose que vous
00:58et je crois qu'elle non plus, elle n'a jamais entendu parler de quelqu'un comme vous.
01:01Pour quelles raisons vous deviez vous faire opérer ? C'était banal a priori.
01:05C'était banal et ça m'avait été recommandé par rapport à l'apnée du sommeil.
01:12J'avais un sommeil justement qui n'était pas réparateur et on m'avait dit que dans un premier temps,
01:17ce qu'il fallait faire justement, c'était une ablation des amygdales.
01:20D'accord, ok. Vous aviez peur ?
01:23Non, pas plus que ça, mais mes enfants avaient eu le même type d'intervention auparavant.
01:30Donc, ce n'était pas quelque chose qui m'effrayait.
01:32Vous aviez des enfants de quel âge à l'époque ?
01:37Alors, il faut faire moins 12.
01:40D'accord, ok.
01:41Il faut faire moins 12 actuellement. Ils ont bientôt 26, 22 et 15 ans.
01:47Oui, ils étaient très jeunes.
01:48Voilà, donc c'était surprenant sur le moment, mais voilà, je n'appréhendais pas l'opération.
01:56Est-ce que vous avez peur de passer sur le billard, vous, naturellement ?
02:01Plus de piqûres, tout simplement.
02:03Oui ?
02:04Après l'opération, oui, parce que l'opération, voilà, on est endormi,
02:08donc il n'y a pas particulièrement d'appréhension par rapport à ça.
02:11Est-ce qu'au réveil, il paraît qu'on a une voix un petit peu cassée
02:14quand on se réveille d'une opération des amygdales.
02:16Ça a été le cas de vos enfants ?
02:18Oui, justement, ça avait été le cas, une voix un petit peu nasillade.
02:22Oui.
02:24Donc, je pensais que pour moi, c'était la même chose.
02:27Olivier, justement, il y a quelqu'un, docteur Silam, qui me demande si le timbre de la voix
02:32peut changer au réveil d'une opération et combien de temps ça peut durer ?
02:35C'est Mathilde qui nous a envoyé cette question au 74 900.
02:39Alors, c'est vrai qu'après une chirurgie, notamment quand il y a eu une intubation,
02:43on peut avoir des petites lésions, des petits traumatismes au niveau de ORL,
02:49au niveau de la gorge, du pharynx, et ça, ça peut perturber la voix.
02:51Parfois, on peut avoir comme une voix un petit peu enrouée
02:54qui peut perdurer quelques semaines.
02:56Il y a parfois même des lésions de nerfs crâniens, qu'on appelle le syndrome de Tapia.
03:00De façon générale, après l'anesthésie et l'intubation,
03:03ça rentre dans l'ordre rapidement, en quelques semaines.
03:05Et après une opération des amygdales, ce seraient quoi les complications
03:09de ce type d'opération quand ça arrive, parce que c'est une opération très quotidienne ?
03:14Alors, c'est vrai, moi, je suis plus dans la neurologie,
03:16mais dans la chirurgie des amygdales, c'est vrai que j'ai déjà vu parfois des infrictions,
03:20des hématomes.
03:22Et après, au niveau du site opératoire, des défauts de cicatrisation
03:25qui peuvent justement conduire à des douleurs, à des troubles de l'articulation.
03:28Mais on a quand même, à l'examen clinique, le probant pour expliquer ça.
03:33On a quelque chose de visible.
03:34Alors, en juin 2014, Laetitia, vous avez donc été opérée.
03:38L'opération s'est bien passée ?
03:40À première vue, oui.
03:41À première vue, oui.
03:42Alors, après, justement, on va faire une petite pause, puisqu'on parle d'une opération banale
03:47qui a réussi.
03:48Et pourtant, à votre réveil, quelque chose avait changé,
03:51quelque chose qui allait donc bouleverser le reste de votre vie.
03:54Alors, Laetitia, on y va.
03:56Lorsque vous vous êtes réveillée de votre anesthésie,
03:58et donc, il y avait quelque chose qui avait changé.
04:00Expliquez-moi.
04:01Ce quelque chose, c'était justement un accent
04:04qu'au début, j'ai cru provisoire.
04:08Et finalement, voilà, il ne m'a plus quittée depuis presque 12 ans.
04:12C'est-à-dire que depuis tout à l'heure,
04:14nos auditeurs qui sont dans leur voiture ou à la maison,
04:17ils entendent cet accent en disant
04:18« Voilà une charmante anglaise ou américaine
04:21sur l'antenne d'RTL en ce lundi matin. »
04:24Et pas du tout.
04:25Pas du tout.
04:25Je suis née au Pouligain.
04:28Oui.
04:28Et donc, voilà, j'ai toujours vécu en France.
04:32J'habite en Sarthe.
04:34Et puis, je n'ai jamais vécu en Angleterre.
04:37Là, quand vous êtes venue, par exemple, hier,
04:40on vous pose la question en permanence.
04:42Quand vous arrivez à Paris, on vous dit
04:43« Ah, vous êtes venue visiter la capitale. »
04:45Le premier, voilà, la première personne que je rencontre,
04:48j'ai fait un petit coucou.
04:49C'était Sofiane du Uber.
04:51Ah, très bien, on l'embrasse.
04:54Et donc, voilà, c'était la première question
04:56de me demander d'où je venais.
04:59Alors, aujourd'hui, vous avez un grand sourire.
05:00Mais on va voir que ça pose des vraies questions identitaires.
05:03Comment vous avez réagi au réveil
05:04avec cet accent très prononcé ?
05:07Au réveil, vraiment, je me suis dit
05:11que ce n'était pas quelque chose qui allait rester.
05:14Je me concentrais plus sur la glace
05:16que j'avais le droit de manger.
05:19Et sinon, vraiment, au réveil, pour moi,
05:22ce n'a pas été quelque chose qui allait perdurer.
05:25Mais vous savez, parfois, nous,
05:27enfin, nous, Français, sans accent,
05:29quand on essaye de prendre l'accent anglais,
05:31on peut y arriver, mal, comme je viens de le faire.
05:34Vous, si vous essayez de prendre l'accent français,
05:37est-ce que vous y arrivez ?
05:37C'est très, très compliqué.
05:39Ok. Ça paraît complètement...
05:43Ça demande une grosse concentration.
05:46Ça donne quelque chose de pas joli du tout.
05:49Et voilà, même en grimaçant,
05:52tellement je me force à dire les choses.
05:55Que vous ont dit les médecins ?
05:56Au bout de combien de temps après votre glace,
05:59vous vous êtes dit qu'il y avait quelque chose
06:00qui n'allait pas ?
06:01Donc, quand je suis sortie, en fait, de la clinique,
06:05là, à ce moment-là, déjà,
06:07quand j'ai demandé aux chirurgiens
06:08quand est-ce que ma voix allait redevenir normale,
06:12il m'avait dit, Madame, écoutez, il faut être patiente.
06:14Donc, j'ai patienté.
06:16Et trois mois après, je suis revenue le voir.
06:19Et il était surpris, justement, de me revoir.
06:22Il me dit, pourquoi il y a quelque chose qui ne va pas ?
06:24Il y a une complication ?
06:25Et je lui dis, non, je dis juste que vous m'avez dit
06:28d'être patiente.
06:29Et voilà, ça ne revient toujours pas.
06:32Et là, justement, ça a été la vraie prise de conscience
06:36parce qu'il ne comprenait pas ce que je voulais lui dire.
06:41Et quand j'ai insisté, il lui ai parlé de ma voix d'avant,
06:46que je parlais comme lui.
06:48Justement, à ce moment-là, il y a eu vraiment un blanc.
06:52Et il m'a répondu, parce que vous n'êtes pas anglo-saxonne ?
06:55Incroyable.
06:56Mais vous lui avez montré des vidéos de vous avant, peut-être ?
06:59Où vous parliez sans accent, pour lui prouver ?
07:02Non, je dois en avoir peut-être une vidéo.
07:05Et encore, voilà, ce n'est pas facile de...
07:08Je l'ai retrouvée.
07:09C'était il y a 12 ans aussi.
07:10Voilà, c'était une vidéo où je faisais prendre le bain à mon fils.
07:16Et où je m'entendais, en fait, lui parler quand il était dans son bain.
07:21Et quand j'ai réentendu cette vidéo, du coup, ça a été un choc.
07:27Bien sûr.
07:27Et c'est pendant ces trois mois, avant que le neurologue parte à la recherche de ce qui a pu
07:32vous arriver,
07:33Olivier va nous en parler dans un instant,
07:36pendant ces trois mois, comment réagis vos proches ?
07:39Ça a été mes proches vraiment, famille proche, ceux qui me voyaient au quotidien.
07:44C'était, je pense, le même état d'esprit que moi,
07:47de se dire, c'est un laps de temps, mais voilà, ça va revenir.
07:51Ça a été plus compliqué que par rapport à ma famille,
07:55qui était un peu plus éloignée que j'avais au téléphone, par exemple,
08:00et qui ne m'écoutait pas forcément,
08:03mais se demandait limite si c'était moi de par mon phrasé.
08:09Bien sûr.
08:10Et ils ne se disent pas que vous vous moquez d'eux ?
08:12Est-ce qu'il y a des gens qui ont cru ?
08:14Oui, oui, j'ai eu le cas, en fait, au début,
08:17et c'est ça qui rajoutait, je dirais, une difficulté à ma situation.
08:22C'était justement que quand je parlais à des personnes que j'avais côtoyées,
08:27des voisins ou autres,
08:29c'est à chaque fois cette chose de guetter le moment où j'allais ne plus faillir.
08:34Voilà, c'est ça.
08:35Oui, c'est ça.
08:35Alors, nous sommes avec Laetitia ce matin dans Un jour, une vie,
08:38et Laetitia nous raconte qu'après une simple opération des amygdales,
08:41la voilà avec cet accent extrêmement prononcé,
08:43cet accent anglo-saxon,
08:46vous étiez déjà allée en Angleterre,
08:47vous parliez très bien anglais ?
08:48Vous parlez très bien anglais ?
08:50Je ne parle pas très bien anglais.
08:51Ah, ça, c'est énorme !
08:52Ah, ça, c'est dingue !
08:53Vous ne parlez pas anglais ?
08:54Non, je peux comprendre.
08:57Voilà, si on ne me parle pas trop vite,
08:59une conversation, des choses comme ça,
09:00je peux comprendre.
09:01Mais par contre, donc non, je ne parle pas couramment l'anglais.
09:06Mais vous aviez appris l'anglais à l'école ?
09:08J'ai appris l'anglais à l'école.
09:10J'avais juste fait les petits séjours londoniens comme tout un chacun.
09:14Vous aviez un niveau scolaire, vous ne parliez pas couramment.
09:17C'est exactement ça.
09:19Alors, Olivier, forcément, ça pose énormément de questions.
09:22Déjà, est-ce que c'est une erreur médicale ?
09:25Qu'est-ce qui s'est passé ?
09:27Alors, c'est vrai que le syndrome de l'accent étranger,
09:29c'est exactement ça.
09:31C'est un patient qui va parler avec sa langue maternelle
09:34et pourtant, on va entendre un accent étranger.
09:37Alors, parfois, ça peut être une tonalité anglophone,
09:40allemande, québécoise, on l'a déjà vu.
09:42Et alors, d'un point de vue neurologique,
09:44le plus souvent, il y a eu une lésion au niveau du cerveau.
09:48On dit que c'est un trouble moteur de la parole.
09:50C'est-à-dire que la parole, elle a du mal à se dérouler normalement
09:53avec notamment ce qu'on appelle la prosodie
09:55qui va être l'intonation, le rythme qui va être modifié
09:58et également l'articulation.
10:01Ce qui change la donne et ce qui est extrêmement troublant,
10:03c'est l'accent anglais.
10:05J'entends le rythme, j'entends la difficulté de trouver ces mots,
10:08mais c'est vrai que l'accent anglais ?
10:10Oui, mais en fait, c'est justement en modifiant la durée
10:13et l'intensité de, par exemple, des voyelles,
10:16des différentes syllabes,
10:17qu'en fait, on va basculer d'un accent normalement français,
10:20donc on va dire sans accent et encore en fonction des régions,
10:22à un accent éventuellement étranger.
10:26Donc, il y a une partie du cerveau qui a été touchée ?
10:30Oui, alors en fait, ça va dépendre.
10:32Il y a très peu de cas rapportés, comme l'Éticelle raconte.
10:34Il y en a combien dans le monde, à peu près ?
10:36Alors, dans la littérature, il y a une centaine de cas,
10:38donc ce n'est pas beaucoup.
10:39On pense quand même que c'est diagnostiqué,
10:41parce que moi, par exemple, j'en ai déjà vu deux ou trois fois
10:43dans mes dizaines d'années de neurologie.
10:46Mais c'est quand même quelque chose d'extrêmement rare.
10:48Le plus souvent, c'est en rapport avec des AVC,
10:51où là, on va avoir le plus dans le cerveau,
10:54lésion systémique, un vaisseau entier qui se bouge,
10:56qui crée un trouble de la parole,
10:59et après, qui récupère plus ou moins.
11:01On peut avoir, par exemple, sclérose en plaques, un traumatisme,
11:04et parfois, on retrouve soit pas de cause,
11:07soit des causes comme ça, une opération des amygdales,
11:09où on n'est pas directement à proximité du cerveau.
11:11Mais oui, c'est ça qui est dingue !
11:13J'ai besoin de comprendre, c'est quelque chose qui...
11:15Parce qu'en effet, l'opération des amygdales, c'est loin du cerveau.
11:18Essayez de m'expliquer ce qu'il y a pu...
11:20Enfin, presque physiquement,
11:22comment est-ce qu'il y a pu se passer ?
11:23J'ai du mal à comprendre.
11:25Alors déjà, effectivement, il faut un bon examen clinique
11:27pour savoir est-ce qu'il y a quelque chose
11:28au niveau des cordes vocales, au niveau ORL.
11:31Donc ça, l'ORL, j'imagine qu'il l'avait très bien fait
11:33et qu'il a expliqué qu'il ne voyait plus rien.
11:34Et ensuite, nous, on va aller regarder au niveau du cerveau,
11:37notamment grâce à une IRM cérébrale,
11:39pour voir s'il y a une lésion de certaines parties du cerveau
11:42qui s'occupe du côté moteur de la parole
11:44pour pouvoir justement articuler.
11:46Mais donc, c'est une lésion qui est suite à l'anesthésie,
11:48au produit anesthésique ?
11:50Alors, je ne connais pas le dossier de Laetitia.
11:52Donc, on peut des fois retrouver une lésion,
11:55comme dans les AVC, dans les scléroses en plaques,
11:57et parfois, malheureusement, on n'en retrouve pas.
11:59Donc, c'est un peu plus troublant,
12:01la fois pour le patient et pour nous-mêmes.
12:03Donc, je ne sais pas, dans le cas de Laetitia,
12:04si une lésion a été mise en évidence.
12:05Vous avez raison, Olivier, je vous pose la question.
12:07Qu'est-ce qui est arrivé dans votre cerveau, Laetitia ?
12:09J'ai demandé, justement, suite à tout ça,
12:12j'ai demandé le compte-rendu post-op.
12:14Bien sûr.
12:15Et au niveau de ce compte-rendu, tout était normal.
12:20Et j'ai demandé, par la suite,
12:23à rencontrer un autre spécialiste
12:26qui, justement, m'a ausculté également
12:29et m'a dit que pour lui, tout était comme il faut,
12:33enfin, tout était normal.
12:34Mais vous avez vu un ORL ?
12:36Vous avez vu...
12:37J'ai contacté une orthophoniste.
12:41Oui, c'est ça, parce qu'on pourrait imaginer
12:43que c'est un travail pour récupérer votre voix.
12:45Et non, en fait, on m'a répondu
12:47qu'on ne pouvait rien pour moi.
12:49Donc, clairement, on est en train de vous dire,
12:51après une simple opération des amygdales,
12:53vous voilà avec cet accent anglais,
12:54en plus, très prononcé.
12:56Madame, ça reviendra peut-être un jour,
12:58ça ne reviendra peut-être pas ?
12:59Non, clairement, on ne m'a jamais dit
13:01que ça reviendrait.
13:02Ce qu'on me pose comme question, c'est...
13:05Et si tu te fais réopérer,
13:08est-ce que ça changera ou quoi ?
13:10Mais je peux y répondre,
13:11parce que deux mois après,
13:13j'ai subi une autre intervention.
13:15Et là, c'était un peu plus risqué,
13:18parce que c'était une arthrodèse au cervical.
13:21Et donc, là, par contre, ça a été...
13:24J'étais un petit peu le centre d'intérêt au bloc,
13:30au niveau anesthésie,
13:32parce que du coup, ils sont tous venus me voir.
13:34Et j'ai vu beaucoup, beaucoup de monde
13:36juste avant mon opération,
13:38parce que tous étaient surpris, justement,
13:41de ce qui m'arrivait.
13:43Et ils avaient du mal à croire que ça puisse arriver.
13:47Alors là, on en sourit.
13:48On en sourit parce que c'est complètement dingue.
13:49Mais depuis 12 ans,
13:51vous vivez donc avec cet accent
13:52qui n'était pas le vôtre,
13:53qui n'a d'ailleurs rien à voir avec vos origines.
13:56C'est-à-dire que vous devez vous justifier
13:57en permanence de là d'où vous venez,
13:58alors que vous venez de la Sarthe.
14:00Enfin, oui.
14:01Est-ce que ça a posé une vraie crise identitaire ?
14:05Ça a posé une vraie crise identitaire
14:06dans votre tête ?
14:07Ça a été très, très difficile
14:09à certains moments,
14:11parce qu'il y avait vraiment cette impression
14:13de ne pas être chez moi.
14:16D'être une étrangère
14:18dans mon propre pays.
14:19Bien sûr, on n'a pas pensé à ça.
14:21C'était ça.
14:23Par exemple, quand je suis en vacances,
14:26forcément, on me dit
14:28que je suis vraiment une touriste,
14:29mais à proprement parler,
14:30même si je vais en vacances
14:32là où je suis née, par exemple.
14:34Et il y a eu d'autres situations
14:36où ça a été difficile,
14:39comme par exemple,
14:40quand il y a eu le tout début,
14:43le Covid, le là,
14:45justement,
14:46où il y a eu une période
14:48où l'Angleterre était justement,
14:52les Anglais n'avaient plus le droit
14:53de venir en France.
14:55Et moi,
14:56quand je parlais justement,
14:58quand j'allais dans des commerces
14:59ou autres,
15:01vrai ou pas,
15:02mais j'avais l'impression
15:03qu'on me regardait
15:04de travers.
15:05Comment elle a fait
15:05pour arriver là ?
15:07Mais vous dites aujourd'hui
15:07avec un grand sourire,
15:08déjà, je tiens à le préciser,
15:10il n'y a pas que votre accent,
15:11il y a votre voix également
15:12qui a changé le timbre
15:13de votre voix,
15:14les sons.
15:14Je pense, oui.
15:16J'ai du mal,
15:17de toute façon,
15:18à me reconnaître
15:19quand,
15:19si on a,
15:21voilà,
15:21une amie
15:21et elle m'avait enregistrée
15:23comme ça une fois.
15:24Et justement,
15:25ça avait été choquant.
15:26C'était peut-être
15:27la première fois
15:28que je m'entendais.
15:31c'est choquant.
15:31c'est-à-dire que ça n'est pas moi.
15:33Oui.
15:33Et qu'on peut déprimer
15:34après ça ?
15:35Après une telle perte
15:37d'identité,
15:38c'est sa signature,
15:39ça, moi.
15:39C'est surtout
15:40de se dire
15:41pourquoi moi ?
15:42Pourquoi moi ?
15:44Pourquoi je n'ai pas
15:45d'explication ?
15:46Pourquoi ça m'arrive,
15:48tout simplement ?
15:49Bien sûr,
15:50pourquoi moi ?
15:50On parle du syndrome
15:52de l'accent étranger.
15:53C'est un phénomène rare
15:54qui peut arriver
15:55après une opération,
15:56un accident
15:57ou une anesthésie.
15:58Et on va accueillir
15:59Simone sur l'antenne
16:00d'RTL.
16:02Bonjour Simone.
16:03Bonjour Faustine.
16:04Merci d'être avec nous.
16:05Alors évidemment,
16:06Laetitia nous raconte
16:06son histoire.
16:07Elle est aujourd'hui
16:08en pleine forme.
16:09Donc on a évidemment
16:11une pensée pour votre mari
16:12qui lui éprouve
16:13plus de difficultés,
16:14connaît plus de difficultés.
16:15Il souffre également
16:16de ce syndrome,
16:17Vincent.
16:19Il n'en souffre pas vraiment
16:20parce que du coup,
16:21il peut se faire comprendre
16:23parce qu'avec l'AVC,
16:25il est aphasique.
16:26Ah oui, d'accord.
16:28Il a fait un AVC
16:29quand est-ce qu'il a fait
16:30un AVC, Vincent ?
16:31Alors, il a fait
16:32une rupture d'anévrisme
16:33due à une malformation
16:36artériovasculaire cérébrale
16:37qui a rompu
16:38la nuit du 14 au 15 février 2023.
16:42On sait que pour un AVC,
16:43chaque minute compte.
16:45Il a pu être pris en charge
16:46rapidement ?
16:47Pas du tout.
16:48Ah.
16:49Il a fait l'AVC
16:50à 3 heures du matin.
16:51Il a été opéré
16:52à 11h30.
16:53Ah oui, d'accord.
16:54Donc là, évidemment,
16:55j'imagine qu'il y a eu
16:56des conséquences dramatiques.
16:56Est-ce qu'il s'est réveillé
16:57tout de suite après ?
16:58Non, non, non.
16:59Il était dans le coma
17:00pendant un mois.
17:02Alors, évidemment,
17:03l'AVC est un autre sujet
17:04même si, encore une fois,
17:05j'imagine votre souffrance
17:08et celle de votre mari.
17:09Parlons de ce syndrome
17:11de la langue étrangère.
17:13Vous, comment ça s'est passé ?
17:14Il s'est réveillé ?
17:15Il avait un accent, quoi ?
17:16Non.
17:17Alors, il s'est réveillé du coma.
17:18Il ne parlait pas du tout.
17:19D'accord.
17:20Il ne parlait pas du tout.
17:21Il est allé en rééducation
17:23et au fil du temps
17:25avec la rééducation,
17:26je dirais 3-4 mois après,
17:28il a commencé à mieux parler
17:31et avec un accent anglais.
17:32Comment vous avez réagi
17:33au tout début ?
17:34Vous pensiez qu'il faisait
17:35un peu le clown,
17:36même si ce n'était pas
17:37tout à fait les circonstances ?
17:38Oui, parce que c'était
17:39un clown avant l'AVC.
17:41D'accord.
17:41Donc, on a cru que...
17:43Mais non, mais pas du tout.
17:44Pas du tout.
17:45Et il s'est aussi confronté
17:46comme aux personnes,
17:50comme Laetitia l'expliquait
17:51tout à l'heure,
17:53qui pensaient
17:53qu'il était étranger.
17:55Et ça, c'est extrêmement...
17:56On n'avait pas pensé à ça,
17:57mais en effet,
17:58le sentiment de ne plus
17:59être chez soi.
18:00Il avait appris l'anglais ?
18:01Il connaissait bien l'anglais ?
18:02Alors, Vincent était bilingue
18:03puisqu'il travaillait,
18:05il était conducteur routier
18:06et il allait sur la Norvège,
18:08la Suède,
18:09donc il devait parler en anglais.
18:10D'accord.
18:11Et est-ce qu'il n'avait
18:12que l'accent
18:13ou il pouvait même
18:14confondre des mots ?
18:16C'est-à-dire parler
18:17le franglais, quoi ?
18:19C'est ça.
18:20Là, il parle avec
18:21l'accent anglais,
18:22mais par exemple,
18:23il va appeler quelqu'un
18:24et va dire « come on ».
18:26Ah oui, d'accord.
18:27Qu'est-ce qu'ont dit
18:28les médecins ?
18:29Alors, les médecins
18:31m'ont dit que
18:32comme la zone gauche
18:34qui est la zone du langage
18:35avait été touchée
18:36et qu'il a des espèces
18:37de petites zones blanches
18:38dans le cerveau,
18:39que c'est dû à ça.
18:41Voilà.
18:41Son cerveau a vraiment,
18:43vraiment été touché
18:43par rapport à Laetitia
18:45qui...
18:46voilà, il explique plus
18:47comme ça, quoi.
18:48On vous a donné l'espoir
18:49qu'il retrouve
18:50son langage,
18:53on va dire,
18:54originel ?
18:55Non, pas du tout.
18:56Ah, on vous a dit
18:57que le problème,
18:58enfin, pas le problème,
18:58mais votre situation,
19:00vous aviez d'autres combats
19:01à mener.
19:01J'ai envie de vous dire
19:02quelque part,
19:03cet accent,
19:04c'était presque...
19:05Voilà.
19:05C'était pas important
19:06par rapport au reste.
19:07Rien.
19:08Expliquez-moi quand même
19:08les conséquences
19:09que ça a eues
19:10ou de quelle manière
19:11votre famille
19:12a pu être bousculée
19:12par cette nouvelle
19:13identité vocale ?
19:16C'est pas, en soi,
19:18la nouvelle identité vocale
19:19parce qu'au début,
19:20bon, les enfants se disaient
19:21papa fait le clown,
19:22mais non, mais non.
19:24Et puis, on s'est plutôt dit
19:26ben, c'est bien
19:27parce qu'en fait,
19:28du coup,
19:28on le comprend mieux
19:31que s'il avait pas eu
19:33cet accent
19:33puisqu'avant qu'il reparle,
19:34on comprenait rien,
19:35il savait pas dire de mots
19:37ou c'était vraiment...
19:38Il confondait un avion
19:40avec une maison,
19:41une voiture avec un seau.
19:43Voilà.
19:44Après, avec cet accent anglais,
19:46il peut tenir une conversation.
19:47Bon, ça le fatigue
19:48très très vite,
19:49mais il peut tenir
19:50une bonne conversation
19:51et se faire comprendre.
19:53Se faire comprendre lui,
19:54mais par contre,
19:55avec cet AVC,
19:56lui a beaucoup de mal
19:57à comprendre
19:57ce qu'on lui dit.
19:58Il faut répéter plusieurs fois
19:59le sens de ce qu'on veut
20:01lui faire comprendre.
20:02Et il comprend mieux
20:03l'anglais que le français ?
20:05Oui, il comprend l'anglais,
20:06oui.
20:07Il ne le parle plus.
20:08Enfin, il chope quelques mots
20:09comme ça entre deux,
20:11mais il peut comprendre,
20:12oui, quand un enfant
20:14va lui dire
20:15ça veut dire ça,
20:16papa,
20:16il parle en anglais,
20:17il va dire
20:17ah oui, ok,
20:18avec l'accent anglais,
20:18évidemment.
20:19Ah oui, bien sûr.
20:20C'est-à-dire que là,
20:21ce que vous êtes en train
20:22de me dire,
20:22c'est qu'il ne comprend pas
20:24si...
20:24Enfin, quand il essaie
20:26de parler français
20:26suite à son AVC,
20:28il n'y arrive pas.
20:29En revanche,
20:29quand il se laisse aller
20:31à son accent anglais,
20:32il arrive à plus
20:34s'exprimer,
20:35à échanger et communiquer.
20:37Tout à fait, c'est ça.
20:37Comment on peut l'expliquer
20:39ça, docteur Silam ?
20:41Alors, en fait,
20:42c'est vrai que
20:43le forme de l'accent étranger,
20:44quand il est pur,
20:46un peu comme peut-être
20:46Laetitia,
20:47on est vraiment
20:48sur un trouble moteur
20:49de la parole
20:50où là, on va être
20:51vraiment sur la population,
20:52comme on disait,
20:52la prosody.
20:53Après,
20:54quand on a eu
20:55notamment une hémorragie
20:56cérébrale,
20:57donc un AVC,
20:58qui va toucher
20:59aussi les zones
21:00du langage,
21:01on peut avoir
21:02ce qu'on appelle
21:02en plus de la parole
21:04un trouble
21:05qui n'a pas vie,
21:06c'est-à-dire une difficulté
21:07pour trouver les mots.
21:08Parfois, les mots sont mélangés
21:09parce qu'au niveau neurologique,
21:10c'est au niveau du cerveau
21:11pour la majorité
21:12des personnes
21:13que c'est d'abord
21:14le langage.
21:15Donc, s'il y a eu
21:16des saignements,
21:17des séquelles,
21:18on peut avoir
21:18ces confusions
21:19entre les relations
21:21des mots.
21:22Et au niveau
21:22de l'articulation,
21:24il va y avoir
21:24une modification
21:25qui peut conduire
21:26à tomber
21:26sur un accent
21:28étranger connu.
21:29On est d'accord
21:29qu'on n'a pas
21:31un accent
21:31du jour au lendemain
21:32d'une langue
21:33qu'on n'a jamais apprise ?
21:35Non, alors je pense
21:36qu'en fait,
21:37on peut avoir
21:38des modifications
21:38de voix
21:39qui tombent
21:39sur des accents
21:40qui n'existent pas.
21:41Et en fait,
21:42le surprenant,
21:43c'est que ça tombe
21:44parfois sur un accent
21:45anglophone
21:45parce qu'on voit
21:46dans le cas de Laetitia
21:46qu'elle n'était pas
21:47très familière
21:48avec la langue anglaise.
21:49Donc, ce n'est pas
21:50du tout un prérequis.
21:51La plupart des patients,
21:52il y avait une patiente
21:53avec un accent allemand,
21:54elle n'avait jamais été
21:54en Allemagne.
21:55Donc, ça tombe comme ça,
21:57je pense,
21:58au niveau de l'articulation
21:58un petit peu par hasard.
21:59Après, sur le choix
22:00des mots,
22:04du syndrome de l'accent étranger
22:05qui est censé
22:05purement moteur,
22:06on l'a sali.
22:07Après, par contre,
22:08effectivement,
22:08de ce qu'on a acquis
22:09comme langage
22:10va compter
22:11dans l'élaboration
22:12des mots
22:13et donc dans les confusions
22:13qu'on peut faire.
22:15Merci beaucoup, Simone,
22:16d'avoir été en ligne
22:17avec nous.
22:18Vous embrassez, évidemment,
22:19fort Vincent pour nous.
22:21Merci, Simone.
22:24Je parlais de sourire aussi.
22:26Est-ce que vous avez déjà
22:27eu des rencontres,
22:29des situations rigolotes
22:31dans lesquelles
22:31vous vous êtes retrouvés,
22:32Laetitia,
22:33suite à ça ?
22:34Des situations particulières
22:37rigolotes
22:38comme quand je vais
22:40dans un commerce,
22:41par exemple,
22:42où on essaye
22:43de me parler anglais
22:44ou des clients,
22:46tout simplement,
22:47qui vont me parler anglais
22:49ou, voilà,
22:51qui cherchent à comprendre,
22:52justement,
22:53pourquoi j'ai cet accent.
22:55Mais, par exemple,
22:57une fois,
22:58j'étais,
22:59au tout début,
23:00j'étais dans une boulangerie
23:01et, en fait,
23:03la dame me disait
23:04que c'était surprenant
23:06à quel point
23:06mon fils
23:07parlait très bien
23:08le français.
23:09Oui, c'est drôle,
23:10vous passez pour une excellente mère
23:12qui a réussi
23:14à l'élever comme ça.
23:15Est-ce que,
23:16si je vous posais la question,
23:17est-ce que vous aimeriez
23:18retrouver votre voix d'avant
23:19aujourd'hui ?
23:19Ça fait 12 ans
23:20que vous vivez
23:20avec cet accent anglais.
23:22Franchement,
23:24je crois que ce serait
23:25trop perturbant
23:27dans le sens
23:28où ça a été déjà compliqué
23:31de m'y faire.
23:32Ça a été difficile.
23:35Au début,
23:36je n'aurais pas su dire
23:38comment me qualifier
23:39et un jour,
23:40il y a une personne
23:41qui m'a dit
23:42que c'était un handicap
23:44et c'est vrai
23:45que ça avait été choquant
23:46ce jour-là pour moi
23:47parce que je ne l'avais pas
23:49envisagé sous cet angle.
23:52Mais finalement,
23:53maintenant,
23:53je m'y suis habituée.
23:55Et ça fait partie de vous.
23:57Merci Laetitia
23:57d'avoir accepté
23:58de nous raconter
23:59cette folle histoire.
24:01Vous avez un sourire lumineux.
24:02Ça fait vraiment plaisir
24:03de commencer cette semaine
24:04avec vous.
24:05Merci beaucoup.
24:05Et ça fait évidemment
24:06merci à toute l'équipe
24:07d'Un jour, une vie.
24:08Ça fait plaisir aussi.
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