00:00Dans la tradition des chansons grivoise, paillarde et gaillarde, les femmes n'ont jamais eu le beau rôle.
00:04Dans son boudoir la petite Charlotte, chaude du con, profitant de la vie.
00:10C'est pourquoi certaines interprètes se sont emparées de ce répertoire pour qu'il n'appartienne pas qu'aux hommes.
00:15Tendu sur son lit, branle, branle, branle, Charlotte, branle.
00:20L'origine des chansons paillardes est floue, puisque l'on est face à une tradition orale.
00:24Pour les textes, on en retrouve certains qui datent d'avant le 15e siècle, sans mélodie,
00:28parfois combinées dans des recueils.
00:43Les racines de ces chans reposent sur une critique du clergé et caricaturent la société pour mieux s'en moquer.
00:49Les chansons paillardes existent pour choquer et pour railler.
00:53Mais c'est aussi beaucoup de sérieux, notamment au niveau de l'écriture.
00:56Pour éviter les censures, les mots sont détournés de leur sens.
00:59On use et abuse des périphrases et des contre-pétries.
01:02Pour bien biaiser une robe, ma foi, il n'y en a pas deux, pas deux comme moi.
01:09Ces chansons sont aussi parfois politiques, comme nous n'irons plus au bois.
01:16Elle fait référence à la fermeture des maisons closes au 17e siècle pour éviter la propagation des maladies.
01:22A l'époque, on identifiait ces lieux grâce aux branches de lauriers accrochées au-dessus de la porte.
01:26Nous n'irons plus au bois, les lauriers sont coupés.
01:30La belle queue, voilà, la laisserons-nous danser.
01:34Pour entendre des chansons paillardes, il faut aller dans des milieux festifs ou étudiants
01:39et à partir du 19e siècle, dans des sociétés chantantes dont les femmes sont exclues.
01:43D'ailleurs, une très large majorité de ce répertoire est profondément sexiste.
01:47La digue du cul en revenant de Nantes, la digue du cul en revenant...
01:53Les femmes y sont moquées, agressées, violées, déconsidérées.
01:57Au tout début du 20e siècle, on entend pourtant certaines de ces chansons interprétées par des femmes.
02:01Yvette Guibert, par exemple, chante en 1918 « Ma grand-mère ».
02:05« Quoi maman ? Deux galants ensemble ? Mais chacun d'eux me trompe pas ! »
02:15Cette chanteuse, actrice et parolière se produit sur scène et s'amuse parfois à reprendre des chansons grivoises
02:20en tout sautant à la place de certains mots pour ne pas froisser les oreilles.
02:23« Combien je regrette mon bras si donnau, ma jambe bien faite et le temps perdu. »
02:28Parmi les interprètes féminines, on compte aussi Caroline Clerc, puis Annie Cordy, Marie-Paul Belle
02:33qui toutes les trois ont repris à leur manière la chanson « La biaiseuse ».
02:47Mais celle qui aura peut-être le plus contribué au répertoire grivois au cours du 20e siècle,
02:52c'est Colette Renard avec sa célèbre chanson « Les Nuits d'une demoiselle » reprise par de nombreux interprètes.
02:58« Que c'est bon d'être demoiselle, car ce soir, dans mon petit lit,
03:08quand l'étoile Vénus est un sel, quand doucement tombe la nuit,
03:16je me fais sucer la friandise, je me fais caresser le gardon,
03:21je me fais empeser la chemise, je me fais picorer le bonbon. »
03:25Sauf que pour pouvoir passer à la télévision et à la radio, et surtout éviter la censure,
03:30Colette Renard doit écrire une version édulcorée.
03:32« Je me fais retirer ma gourmette, je me fais baiser dans le cou,
03:39je me fais flipper la collerette, je me fais caresser les genoux. »
03:48Aujourd'hui, la chanson « Payard » continue de se renouveler,
03:50notamment grâce à des musiciennes qui s'approprient ce répertoire.
03:53Par exemple, le trio vocal « Les copines » reprennent et modernisent ces grands tubes coquins
03:58en changeant les paroles pour qu'elles sonnent aujourd'hui féministes.
04:01« Il faut savoir se passer des garçons, moi pour ma part je me fous bien des hommes
04:07et je me branle avec satisfaction. »
04:11« Le branle, branle, branle, Charlotte, branle, branle, ça fait du bien. »
04:17« Le branle, branle, branle, ma chanson... »
04:20« Je le rappelle nombre d' enforcements sur tous les genoux. »
04:20« Je vous dis, moi. »