00:00Ces photos sont rares dans l'histoire de Soudan.
00:03Abdulmona Maïssa est un photojournaliste franco-syrien.
00:07Ces photos, prises pour le monde lors de son reportage au Soudan en octobre 2024 et décembre 2025,
00:13lui ont permis de remporter le célèbre prix du World Press Photo dans la catégorie Stories, le 9 avril 2026.
00:19Il raconte l'histoire derrière ces photos primées.
00:2430 octobre 2024.
00:27Quartier de Wadnubawi à Omdurman, ville jumelle de Khartoum, la capitale soudanaise.
00:32C'est une photo silencieuse.
00:34C'est une photo qu'on ne voit pas un être humain, on ne voit pas une personne.
00:37On voit juste le vrai visage de la guerre.
00:42On peut y arriver à comprendre les combats intensifs qui sont arrivés dans le quartier.
00:47C'est un quartier révolutionnaire, c'est un quartier engagé dans l'histoire politique du Soudan.
00:52Le quartier était complètement ravagé.
00:56En avril 2023, une guerre a éclaté entre les forces armées soudanaises et le groupe paramilitaire des forces de soutien
01:03rapide du général Emeti.
01:05Sur cette photo, un véhicule de soldats liés à l'armée régulière traverse le quartier du Grand Marché d'Omdurman.
01:12Il avait peu de gens qui circulent dans le quartier, dans le marché.
01:16On attendait encore le bruit des affrontements qui étaient proches d'Omdurman et proches de la capitale soudanaise.
01:24Il avait une atmosphère tellement vide.
01:26Et à ce moment-là, il avait un passage de ce véhicule.
01:29Et je regarde les magasins endommagés, les magasins pillés, les affichages qu'on ne voit plus de l'extérieur.
01:37J'ai essayé de résumer tout ça.
01:40Depuis trois ans, plus de 13 millions de personnes ont été déplacées et au moins 150 000 ont été tuées.
01:47C'est l'une des pires crises humanitaires contemporaines.
01:50Cette photo, elle a été prise le 10 septembre 2024.
01:54C'est Aja Abala, une femme déplacée, originaire de Bara, une ville au centre du Soudan,
02:00devenue un enjeu majeur entre l'armée et les paramilitaires.
02:03C'est elle qui a posé, en tout cas.
02:05Je lui ai dit qu'est-ce qui s'est passé.
02:07Elle a ouvert ses bras et il s'est posé vraiment naturellement.
02:11J'ai pris la photo et j'ai discuté avec elle après.
02:14C'est une femme qui était déplacée à plusieurs reprises entre Bara et la ville de l'Obaïed.
02:21Elle était brûlée parce que sa tante où elle vivait dans le camp, elle était brûlée.
02:26Les forces paramilitaires de FSR ont encendu plusieurs camps de déplacés à travers le Soudan.
02:32Ces gens, ils sont en déplacement permanent.
02:35Il reste 3-4 semaines ici, il y a un attaque, ils vont se déplacer, ils vont fuir.
02:40L'armée soudanaise a mis en place dans les zones qu'elle contrôle des centres d'entraînement,
02:45des Mostam Ferhat.
02:46Ils servent à recruter, encadrer et préparer des volontaires, notamment des femmes,
02:52comme sur cette photo prise le 28 octobre 2024 au camp de Haï El Shati à Omdurman.
02:58Il avait des vieilles femmes et des très très jeunes filles.
03:02C'est un centre de recrutement pour entraîner ces filles, ces femmes, à utiliser les armes
03:10si jamais elles ont besoin de défendre leur ville, leur quartier.
03:16Ils étaient devant un officier de l'armée qui fait son discours.
03:20Je le considère une sorte d'idéologie même, d'une guerre sans fin contre les milices,
03:25contre les paramilitaires. Sur cette photo des filles, la composition de la photo avec
03:32la lumière qui éclate à travers leur tête, en arrivant sur la manière comment elles tiennent
03:40leurs bras ou leurs mains derrière, ça fait que la photo est unique.
03:45Le conflit a décimé des familles, fait des orphelins, devenus des enfants des rues.
03:50Au Soudan, on les appelle les chamassas. Hanin, 11 ans, est l'un d'entre eux.
03:56C'est une photo qui me touche, une histoire qu'on a passé plusieurs jours à traiter.
04:01C'est la photo de Hanin, qui a 11 ans. Ses parents ont été tués pendant la guerre.
04:07C'est un orphelin qui vit dans un centre social, en tout cas dans la ville d'Omdormann.
04:15Hanin, il est le centre de l'histoire. Elle est la personne la plus importante dans l'histoire.
04:19On voit beaucoup de choses, en fait, des éclats qui ont touché le centre, en tout cas par plusieurs tirs
04:27tombés dans le centre.
04:29Et on voit la lumière qui éclate, mais qui éclate sur son visage, son regard qui est assez effrayant.
04:38Abdulmona Maïssa est le troisième photographe récompensé par le World Press Photo dans le cadre d'un reportage pour le
04:44Monde.
04:44Avant lui, il y a eu Jérôme Cessini en 2012 et Laurent Vanderstock en 2017.
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