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  • il y a 6 semaines
Il a failli devenir boucher, mais il a bifurqué vers des études de philosophie. Édouard Bénard est finalement devenu député à 28 ans. Membre du parti communiste, il siège au sein du groupe de la Gauche démocrate et républicaine à l'Assemblée.

Pourquoi s'engage-t-on en politique ? Comment tombe-t-on dans le grand chaudron de l'Assemblée ?
Chaque jour, Clément Méric, dans un entretien en tête à tête de 13 minutes, interroge un parlementaire sur les personnalités, les évènements - historiques ou personnels - qui l'ont conduit à choisir la vie publique.
Car on ne naît pas politique, on le devient !

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Transcription
00:00Il était prévu qu'il devienne boucher. Lui a préféré étudier la philosophie.
00:05Mon invité est finalement devenu député à l'âge de 28 ans.
00:08Il est membre du Parti communiste et il siège au sein du groupe de la gauche démocrate et républicaine à
00:13l'Assemblée.
00:27Bonjour Edouard Bénard.
00:29Bonjour.
00:29Alors c'est difficile de définir les sujets qui vous mobilisent le plus à l'Assemblée.
00:33Il y en a plusieurs. Il y a la lutte contre les polluants éternelles.
00:36Il y a la défense de la filière nucléaire française.
00:39Il y a l'aide aux familles monoparentales.
00:41Et puis il y a un autre domaine qui vous tient particulièrement à cœur.
00:44C'est l'enseignement et notamment l'apprentissage.
00:47On va revoir un extrait de vos questions au gouvernement.
00:50Mais vos revirements brutaux ont un coût.
00:53Léa, 17 ans, apprenti pâtissière, moins 146 euros par mois.
00:59Joachim, 21 ans, chaudronnier, moins 188 euros par mois.
01:03Salim, boulanger, de 18 ans, moins 161 euros.
01:07Et qui peut vivre, et je parle là des adultes et que d'adultes,
01:10avec 613 euros par mois sincèrement.
01:13Et cela s'ajoute à pléteurs de mauvais coups.
01:16Gels des minima sociaux, de l'APL, la fin de l'aide des 500 euros
01:19pour que les apprentis puissent se payer le permis de conduire.
01:22Non, nos jeunes ne seront pas, ne seront plus la variable d'ajustement de votre budget de casse et de
01:29classe.
01:30On vous voit clairement en colère.
01:31On sent que c'est un sujet qui vous tient vraiment à cœur.
01:34Vous-même, vous avez été apprenti à l'âge de 15 ans.
01:37Apprenti bouché, j'ai découvert.
01:38Alors ça, c'est un passage très, très anecdotique.
01:41Puisque j'étais apprenti, parce que dans mon entourage,
01:44peu de gens étaient passés par le bac général.
01:46Ce n'était pas une voie de garage.
01:48Et dans les familles populaires, on a tendance à dire
01:50qu'est-ce que tu feras plus tard, très tôt, à nous assigner.
01:53Et donc, j'ai choisi cette voie-là, la voie de la boucherie, pour avoir un métier.
01:58Je n'avais pas la prétention d'avoir ni le talent, ni la carrure d'un artisan bouché.
02:02Donc, je n'ai pas fait long feu, j'ai fait que quelques mois.
02:04Mais ça veut dire quoi ? C'était un peu une orientation subie ?
02:06Qu'est-ce qui s'est passé pour que...
02:08Non, je ne la considère pas comme subie.
02:10C'était culturellement évident d'arriver très tôt à une voie professionnelle
02:15pour avoir très rapidement un métier.
02:17Et ce métier faisait écho à des références familiales.
02:21Donc, j'ai choisi celui-ci.
02:22Et vous vous êtes dit, non, ce n'est pas mon truc.
02:24Et là, vous êtes revenu dans la filière générale.
02:27Et alors, là, vous êtes passé aux études de philosophie à la Sorbonne.
02:31Pourquoi la philosophie ?
02:32Ça répondait davantage à vos attentes, à votre curiosité intellectuelle ?
02:36À ma curiosité intellectuelle, anthropologique, existentielle.
02:40Est-ce que c'est étonnant quand même de passer d'un CAP de boucher à la philosophie ?
02:44Enfin, vu de l'extérieur ?
02:46Ça peut paraître plus qu'étonnant d'étonnant, en tout cas dans le paysage politique actuel.
02:52Néanmoins, ça s'est fait assez naturellement.
02:55Non sans difficulté, parce que naturellement, venant de familles populaires,
02:58il faut payer ses études, il faut travailler pour payer ses études.
03:01Donc, je travaillais à côté, toujours dans les métiers de la bouche, boulangerie.
03:05Mais la question, ce n'est pas tant posée comme celle d'une rupture,
03:11mais d'une continuité vers mon émancipation,
03:13ne sachant pas ce que je voulais faire professionnellement.
03:15Alors, vous le disiez, vous êtes issu d'un milieu modeste,
03:17votre mère était femme de ménage, votre père travaillait dans le bâtiment.
03:21Et vous expliquez avoir ressenti très tôt les différences sociales.
03:25Il y a des moments précis dans votre vie,
03:27des histoires que vous avez pu vivre par rapport à ça ?
03:29Alors, peut-être que dès lors qu'on passe de son école de quartier
03:33à des grands collèges d'agglomération,
03:36peut-être que déjà, on voit qu'on ne porte pas les mêmes vêtements,
03:39qu'on n'a pas les mêmes activités.
03:41Je pense que c'est déjà un premier marqueur.
03:44Et ensuite, c'était en mes engagements, en tant que jeune apprenti, notamment.
03:47Et à la suite de l'apprentissage, mes engagements dans l'éducation populaire,
03:51aux côtés de jeunes de mon quartier, de jeunes de ma commune,
03:55de jeunes des mêmes situations familiales et sociales,
04:00je me suis rendu compte que l'égalité des chances n'était pas une réalité.
04:04Votre formation intellectuelle, vous la devez aussi aux JOC.
04:07Alors, les JOC, ce sont les jeunesses ouvrières chrétiennes
04:10que vous avez fréquentées, je crois, quand vous étiez à Rouen ?
04:12Oui, tout à fait.
04:13Et alors, c'est un point que vous partagez avec des personnalités
04:16comme, par exemple, Sophie Binet, numéro 1 de la CGT.
04:18Elle est passée par les JOC.
04:20Cécile Duflo, qui a dirigé les Verts.
04:22Ou encore Jacques Delors.
04:24Est-ce qu'on est obligé d'être croyant quand on est aux JOC ?
04:30Alors, avec des fois multiples,
04:31je ne parlerai pas de croyant catholique ou quoi que ce soit.
04:37Néanmoins, il y a une certaine foi en l'humanité,
04:40une certaine éthique de la personne qui est partagée avec les croyants.
04:45Il y a, comment dire, je ne sais pas si c'est une tradition
04:49des jeunesses ouvrières chrétiennes au Parti communiste,
04:51mais il y a un passé, en tout cas, notamment chez des députés
04:53qui étaient siégés encore récemment,
04:55Alain Brunel, Pierre Daréville,
04:58Pierre Daréville, qui, bon, lui, a assumé pleinement sa foi
05:01tout en étant communiste.
05:02Ce n'est pas incompatible ?
05:03Jésus-Christ et Karl Marx ne sont pas incompatibles ?
05:06Ah, je ne le crois pas.
05:09Je crois que chez les croyants, toutes religions confondues,
05:12on cherche à expliquer le pourquoi
05:16quand la politique explique le comment on transforme l'humanité.
05:21Est-ce que c'est votre passage par ces jeunesses ouvrières chrétiennes
05:24qui vous a transmis le goût de l'engagement, l'envie de s'engager ?
05:27Ça vient de là ?
05:28C'est mon premier engagement collectif.
05:30Je me suis retrouvé avec mes pères, je crois que c'était la seule organisation de jeunesse
05:33qui comptait autant de jeunes apprentis.
05:36Je me suis retrouvé avec mes pères, avec des amis intérimaires,
05:41livreurs, demandeurs d'emploi, etc.
05:43Et ensemble, on a mené des combats à notre échelle commune
05:47sur la rive gauche de Rouen, où je suis élu actuellement.
05:51Et c'est là où l'engagement, pour moi, a pris tout son sens.
05:54L'engagement collectif.
05:55Et alors, le Parti communiste, il est arrivé quand, comment, pourquoi ?
05:58Il est arrivé plus tard, il y a un compagnonnage évident.
06:01On mène des batailles communes.
06:03Ça a été surtout des rencontres avec les communistes plutôt qu'avec le Parti communiste.
06:07Avec des gens qui avaient justement une certaine forme de foi,
06:13d'urgence, de la mission, de...
06:15On ne peut pas laisser ces gens dormir sur le coin de la rue,
06:19ad vitam aeternam.
06:21Et là, j'ai rencontré des gens avec qui je partageais
06:23le sens de la solidarité concrète d'un militantisme
06:27qui était loin d'être que théorique.
06:29Vous évoquez souvent, à Paris, le fait que ce sont les militants communistes
06:33que vous avez croisés sur le terrain face à des migrants
06:37qui dormaient sur les quais de Seine.
06:38Et que c'est comme ça que vous avez dit, en fait,
06:41eux au moins, ils font quelque chose, quoi.
06:43C'est l'exemple concret de cette solidarité,
06:45de cette éthique de la personne qui est incarnée,
06:47là en l'occurrence, par des communistes.
06:48J'avais lu une fois, je crois que c'était Bourringer
06:51qui disait que les communistes ont cette lumière dans les yeux
06:53que d'autres n'ont pas.
06:54Et bien, je fais mien ces propos,
06:56parce que ça relève simplement de rencontres humaines.
07:00Et bien sûr, je rejoins l'objectif
07:04et l'aspiration à l'égalité que portent les communistes
07:07dans leur combat.
07:07C'est drôle, parce que chez vous, on sent qu'il y a
07:09l'importance de la formation intellectuelle, philosophique,
07:11et puis surtout, à côté, le concret, le terrain, l'action concrète.
07:16Il y a une phrase que vous avez prononcée
07:18qui m'a fait sourire, c'est
07:18« Marx n'a pas expliqué comment reboucher un nid de poule ».
07:22Oui, oui, oui, tout à fait.
07:23C'est bien la théorie, mais à un moment,
07:25il faut aussi être dans le concret, quoi.
07:27Oui, j'ai travaillé dans une collectivité,
07:28en l'occurrence Saint-Etienne-du-Rouvray,
07:30en Seine-Maritime,
07:31et on se rend compte qu'il faut commencer
07:34par boucher le nid de poule devant chez eux,
07:35il faut commencer par leur assurer
07:38des bonnes conditions quotidiennes de vie
07:40pour ensuite pouvoir adresser un mot politique
07:44à nos populations.
07:45Alors, vous le disiez, c'est au niveau municipal
07:46que vous êtes d'abord engagé en politique
07:48à Saint-Etienne-du-Rouvray, c'est près de Rouen.
07:50Alors, c'est un nom qui évoque souvent
07:53un triste souvenir aux Français,
07:55parce que c'est là qu'a été assassiné
07:57le père Hamel dans son église
07:58par des terroristes islamistes en juillet 2016.
08:02Comment est-ce que vous avez vécu, vous,
08:03personnellement, ce drame ?
08:04Vous étiez là-bas à l'époque
08:06ou vous étiez encore étudiant ?
08:07Oui, j'étais là-bas, je travaillais notamment pour la JOC.
08:11C'est comme pour tous les Stéphanais
08:13et pour les habitants du Grand Rouen,
08:14c'est une blessure tout à la fois intime et universelle.
08:20Ensuite, je dis une blessure intime et universelle
08:22parce que c'est un des nôtres qui tue l'un des nôtres.
08:24C'est un habitant de notre commune,
08:25notre commune qui vit une vie de vivre ensemble.
08:30On parlait même de village au moment de son assassinat
08:33qui tue une figure bien connue des nôtres.
08:36Puis ensuite, il y a eu le moment de réparation collective
08:39et cette ville populaire
08:42qui a manifesté tout entière sa solidarité
08:45très dignement aux côtés de son maire,
08:47à l'époque, Hubert Vulfranc,
08:49à la suite de ses attentats,
08:51qui a permis de réparer dans la fraternité
08:54cette blessure.
08:55Alors, vous l'avez cité,
08:57Hubert Vulfranc était le maire de Saint-Etienne-du-Rouvray
08:59à l'époque, il est devenu député en 2017.
09:01Sur son mandat suivant,
09:02il vous a choisi comme suppléant.
09:04Quel lien avez-vous tissé avec lui ?
09:07Je connaissais bien le personnage public.
09:10J'ai connu la personne à ce moment précis
09:12qui était celui de l'attentat.
09:15Il m'a demandé, lors des élections législatives,
09:17de cheminer à ses côtés en étant son suppléant.
09:21Je l'ai fait avec plaisir.
09:23On a tissé des liens plus que de camaraderie,
09:25même si camarade, c'est un joli nom,
09:27des liens d'amitié assez forts.
09:29Il compte beaucoup dans mon parcours
09:30et parfois dans mes doutes, mes interrogations
09:33quant à la réalité du moment.
09:35C'est un personnage, Hubert Vulfranc.
09:37Oui, c'est une gouaille.
09:39Une personnalité différente de la vôtre aussi.
09:41Ah oui, oui.
09:42Et alors, il vous a, en 2023,
09:45il s'est tourné vers vous,
09:46il vous a dit, en fait, moi, je vais arrêter là,
09:49je vais démissionner de mon mandat
09:50et c'est toi qui vas prendre mon relais.
09:53Vous y étiez préparé à cela ?
09:55Non, on ne s'y prépare jamais.
09:57Et d'ailleurs, je ne souhaite toujours pas être prêt
10:01parce que je suis toujours intimidé
10:02quand je rentre dans l'hémicycle,
10:03je suis toujours intimidé
10:04quand je vois les personnalités
10:05que je vois dans l'Assemblée nationale,
10:06mais je pense que c'est plutôt sain
10:08de garder cette distance avec le mandat.
10:12Mais non, je n'y étais pas prêt,
10:14j'ai été pris dans le bain.
10:15Il y a eu une dissolution quelques mois après,
10:17j'étais encore dans le bain.
10:18Là, pour le coup, vous avez été élu
10:19parce qu'en tant que suppléant,
10:20vous avez pris le relais sans élection,
10:22mais après, vous avez été élu en 2024.
10:24Élu en 2024.
10:26Voilà, on est dans le grand bain
10:28des responsabilités qui nous sont confiées.
10:30On les accepte avec honneur, avec humilité.
10:33Et on essaye de porter dignement
10:35la voix des gens qui représentent.
10:36Et alors sur ce mandat,
10:37si Hubert Vufranc a renoncé à son mandat,
10:39il l'a dit très clairement,
10:40je reprends ces mots,
10:41c'est parce qu'il se faisait chier dans l'opposition.
10:43Il avait son franc parlé, il l'a encore.
10:46Et vous, comment ça se passe ?
10:49Alors, je ne reprendrai pas ces termes,
10:51pour le coup,
10:52mais c'est vrai que la vie politique nationale
10:56n'est pas évidente.
10:57On réfléchit à moyen terme,
10:59à long terme,
11:01une proposition de loi,
11:02même quand elle est victorieuse à l'Assemblée,
11:03elle met longtemps à arriver dans chaque foyer
11:08et à changer la vie des gens.
11:09En l'occurrence, je pense à celles
11:10sur les allocations familiales que j'avais portées,
11:12mais il y en a d'autres.
11:12Et vous vous sentez utile en tant que député,
11:14même dans l'opposition ?
11:15Alors, il y a des petites victoires.
11:16Il y a des petites victoires.
11:17Elles sont difficiles à décrocher,
11:19mais on se bat pour ça.
11:20Et en tout cas,
11:22tant qu'il y a de la bagarre,
11:24tant que...
11:24De la bagarre parlementaire, bien évidemment.
11:26Tant que j'ai avec moi
11:28un mouvement politique local,
11:31des gens, des réalités,
11:34des difficultés à soutenir et à porter ici,
11:37je ne m'estime pas inutile.
11:38On va passer à notre quiz de fin d'émission.
11:41C'est un quiz pour mieux vous connaître,
11:43parce que vous parlez assez peu de vous,
11:45en tout cas dans la presse écrite,
11:47les portraits qui vous ont été consacrés.
11:49Alors, est-ce que vous êtes plutôt
11:50Georges Marché ou Robert Rue ?
11:51Georges Marché.
11:52Pourquoi ?
11:53Georges Marché,
11:54ça a été une forme de radicalité,
11:56tout du moins dans le verbe,
11:58et c'est la tradition populaire du parti.
12:00Il a marqué les esprits.
12:01Il y a sa gouaille,
12:02il a marqué les esprits également.
12:04Michel Houellebecq ou Annie Ernault ?
12:06Annie Ernault, elle est normande.
12:09Et puis aussi, peut-être son parcours elle-même ?
12:11Son parcours, son écriture aussi.
12:15Je ne suis pas un grand fan de la littérature
12:17de Michel Houellebecq,
12:19et encore moins de ses idées,
12:20mais pas un grand fan de la forme.
12:22Donc Annie Ernault, toute évidence.
12:23En philosophie, Rousseau ou Hobbes ?
12:26Ah, Rousseau.
12:27Rousseau, la libération.
12:29Oui, Jean-Jacques Rousseau,
12:31la libération de l'imaginaire
12:34dans la structuration de la pensée collective.
12:36Voilà, le philosophe s'est lancé.
12:38Et pour finir,
12:39qu'est-ce que vous diriez à l'ado de 15 ans que vous étiez ?
12:43Crois en toi,
12:45vas-y, fonce,
12:46et écoute tes aînés.
12:48Ce sera le mot de la fin.
12:49Merci à vous, Edouard Bénard,
12:50d'être venu dans La Politique et moi.
12:51Merci beaucoup.
12:53– Sous-titrage ST' 501
13:21– Sous-titrage ST' 501
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