00:00Le premier ministre espagnol Pedro Sánchez s'oppose fermement à Donald Trump et à sa guerre au Moyen-Orient.
00:06Quelques jours après le début du conflit, le 4 mars, le gouvernement espagnol refuse le décollage d'avions américains depuis
00:13ses bases militaires de Rota et Morón.
00:16Puis le 30 mars, l'Espagne ferme son espace aérien aux avions américains impliqués dans les bombardements en Iran.
00:36Mais quels sont les motifs derrière ce refus catégorique de s'associer au président américain ?
00:41Alors on revient un peu en arrière, en 2003, quand George Bush attaque l'Irak, le gouvernement espagnol, alors dirigé
00:47par la droite, soutient cette guerre au Moyen-Orient et provoque un rejet populaire massif.
00:52Des milliers d'Espagnols manifestent derrière le slogan « Non à la guerre ».
00:56Un slogan repris 23 ans plus tard, à nouveau dans des manifestations, mais cette fois pour soutenir la décision de
01:01Pedro Sánchez de ne pas suivre Donald Trump en Iran.
01:05La première chose, c'est qu'on a quand même en Espagne un historique assez particulier avec l'allié américain,
01:14puisque la rentrée dans l'OTAN, l'installation de bases militaires américaines sur le sol national, ça date de la
01:22dictature franquiste.
01:23Et donc il y a un sentiment que l'alignement atlantiste pur, on va dire, renvoie quand même à cette
01:31époque-là, à l'époque d'une dictature militaire.
01:35La dernière fois qu'il y a eu un vrai alignement total, c'était à l'époque de José María
01:40Aznar sur la guerre en Irak.
01:42Donc c'est pareil, avec une opposition massive de la population.
01:45Il y a également une opposition idéologique entre Pedro Sánchez, chef de gouvernement de gauche, et Donald Trump, président d
01:51'extrême droite.
01:52S'opposer à Trump sur la scène internationale revient aussi à s'opposer à Vox, principal parti d'extrême droite
01:57en Espagne, en pleine progression.
01:59Le deuxième point, c'est, comme je le disais, Pedro Sánchez, en 2023, il a été, de son point de
02:05vue, du point de vue de son parti, le rempart face à l'extrême droite.
02:08L'extrême droite complètement Trumpisée, l'extrême droite de Vox aujourd'hui, c'est une extrême droite qui est Trumpisée.
02:14C'est les fake news, la vérité alternative, tordre les faits pour qu'ils vous donnent raison, etc.
02:21Donc il y a vraiment, puis même un attachement politique, même mené par Donald Trump.
02:26Et donc ça a permis à Pedro Sánchez, effectivement, en opposant à Donald Trump, de se poser en opposant à
02:34l'extrême droite sur son propre pays.
02:38L'enjeu pour Pedro Sánchez, c'est aussi de s'affirmer comme un des derniers chefs de gouvernement de gauche
02:42sur le vieux continent.
02:44Il ne veut pas être perçu comme aussi Serville, par exemple, qu'un Friedrich Merz qui rigole devant Trump quand
02:49Trump menace l'Espagne.
02:50Et il ne veut pas passer en même temps comme Emmanuel Macron qui, en fait, est plutôt, si on le
02:57regarde, opposé à la guerre, mais qui ne le dit pas aussi clairement.
02:59Lui a vraiment besoin de poser cette opposition-là parce qu'en posant cette opposition aussi clairement, il polarise quelque
03:08part.
03:08Il crée une opposition franche et nette.
03:10Soit vous êtes avec moi, soit vous êtes contre moi.
03:12Ce qui fonctionne sur la scène internationale, mais ce qui fonctionne encore une fois surtout sur la scène intérieure.
03:18Ce rejet absolu de la guerre américaine permet au premier ministre espagnol de détourner l'attention de ses propres difficultés,
03:25notamment son incapacité à faire voter un budget depuis 2022.
03:28Enfin, le président du gouvernement espagnol cherche à détourner l'attention des scandales de corruption touchant son entourage.
03:35Les affaires de corruption lui ont aliéné une partie de l'électorat, ce qu'on va appeler centriste, modéré, etc.
03:41Et donc, il a besoin pour maintenir sa base électorale d'aller plutôt convaincre sur sa gauche, puisqu'il sait
03:47que sur sa droite, ou en tout cas au centre, il aura plus de mal.
03:49Et la posture du non à la guerre, elle est très populaire dans la gauche radicale, dans la gauche alternative,
03:54dans la jeunesse étudiante qui vote plutôt sur encore des thématiques de gauche radicale, de gauche alternative et d'extrême
04:00gauche.
04:00Et donc, en ayant cette posture-là, ça lui permet quand même aussi que son parti ne perde pas de
04:06pied vis-à-vis de la droite dans les enquêtes d'opinion.
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