00:00En marrachant mon fils, tout s'est brisé.
00:03Le 4 avril 2024, à Viry-Châtillon,
00:06Chainsédine, 15 ans, est battue à mort à la sortie de son collège.
00:09Près de deux ans après les faits,
00:11deux suspects sont renvoyés aux assises pour violence,
00:13ayant entraîné la mort sans intention de la donner,
00:16avec une circonstance aggravante,
00:18les faits ayant été commis en réunion.
00:20La justice a écarté la préméditation
00:22et prononcé un non-lieu pour la qualification de complicité
00:25qui visait jusque-là deux autres personnes présentes sur les lieux.
00:28Face à ces décisions qu'elle conteste,
00:30la mère de la victime, Sabrina, a choisi de sortir du silence.
00:33Elle répond aux questions de notre journaliste, Sandra Buisson.
00:36Une interview enregistrée avant que le parquet ne fasse savoir
00:39qu'il faisait appel de l'ordonnance de mise en accusation.
00:42Vous avez très peu pris la parole jusque-là,
00:45vous n'avez fait qu'une intervention.
00:47Pourquoi est-ce qu'aujourd'hui, vous avez besoin de parler dans les médias ?
00:52C'est ma deuxième prise de parole publique,
00:54car j'ai voulu faire confiance en la justice
00:56pour juger le meurtre de mon fils, Shamseddin,
00:59sans interférence extérieure.
01:01Aujourd'hui, j'ai perdu confiance en la justice,
01:04alors je reprends la parole.
01:06Je suis en colère et je ressens un abandon profond face au drame
01:09que mon fils a subi.
01:11Est-ce que vous pouvez me parler de lui ?
01:13Me dire quel collégien il était ?
01:16Qu'est-ce qu'il faisait ? Qu'est-ce qu'il aimait ?
01:18C'était un jeune homme de 15 ans, en pleine adolescence,
01:21qui aimait beaucoup la vie,
01:23qui aimait beaucoup sa vie de jeune garçon au collège.
01:27Il était beaucoup apprécié de ses camarades,
01:30des professeurs aussi certains.
01:32C'était un enfant, un bon vivant,
01:34toujours souriant, bienveillant,
01:37qui aimait vivre, qui avait la joie de vivre,
01:40qui ne supportait pas non plus l'injustice,
01:43qui était tout le temps là à aider pour n'importe quoi.
01:46Est-ce que vous pouvez m'expliquer comment vous avez appris ce qui s'était passé ?
01:51Alors c'était une journée complètement ordinaire.
01:54On se préparait pour aller au travail et à l'école,
01:58comme tous les matins.
01:59La matinée se déroulait normalement.
02:03Je rentre comme tous les midis
02:04pour partager un moment avec mes enfants chaque midi.
02:07Même une petite demi-heure, ce moment-là me l'a enlevé aussi.
02:11Chamsédine était rentrée, on discutait, on rigolait,
02:14et puis il me parlait en fait de son orientation
02:19pour sa future entrée au lycée.
02:21Et je me souviens, il y avait les vœux sur la table de la cuisine.
02:25Donc tout le monde arrive,
02:28puis repart après à l'école.
02:31Je me regagne encore du coup mon travail.
02:35L'après-midi se passe correctement, il n'y se passe rien.
02:39Et là je ressens, je ne saurais même pas comment vous expliquer.
02:44Ce n'est pas un pressentiment de maman,
02:46mais c'est comme si le temps était suspendu.
02:51Et là je vois mon téléphone sonner,
02:53et puis des messages arriver,
02:56en disant qu'on n'arrive pas à me joindre,
02:57et qu'il s'était passé quelque chose.
03:00Et à ce moment-là, où je lis le message,
03:05le téléphone sonne,
03:06et c'est une fonctionnaire de police
03:08qui me dit qu'il y a eu un accident,
03:12qu'elle se trouve au niveau de l'allée de Monton,
03:18et que je dois venir en toute urgence.
03:20Et là je sors de la voiture,
03:24et je comprends tout de suite
03:26que ça ne va pas du tout,
03:27parce qu'il y a les policiers,
03:29les pompiers,
03:31le maire de la ville,
03:33la directrice de l'établissement,
03:37le SAMU,
03:40et des enfants,
03:41et même les auteurs étaient sur place.
03:44On l'a su plus tard.
03:45Le médecin régulateur du SAMU
03:47vient, me parle,
03:50et il me dit que mon fils est dans le coma
03:53et que je ne peux pas le voir
03:54quand j'ai demandé de le voir.
03:57J'ai insisté,
03:58il a demandé aux pompiers
04:00d'ouvrir la porte du camion,
04:02et là j'ai vu mon fils
04:05allongé, intubé,
04:07branché à une machine
04:08où il y avait du sang
04:10et de la mousse,
04:12et là j'ai compris en fait
04:14que mon cœur
04:16et mon corps se coupaient en deux.
04:20Et en même temps,
04:22je me suis retournée,
04:23j'ai vu mon fils
04:23et ma fille
04:24qui étaient descendues
04:25parce que ça donne quasiment
04:27près de chez moi.
04:28Je me retourne
04:29et là j'ai senti tout mon être
04:32se couper en deux.
04:34C'est comme si littéralement,
04:35je devais absolument m'asseoir
04:36parce que je n'avais plus
04:37une autre partie de moi.
04:41Les suspects,
04:42ils les connaissaient ?
04:43Ils vous en avaient déjà parlé
04:44de ces jeunes-là ?
04:45Alors non,
04:46pas du tout,
04:47mais j'ai appris par mon fils
04:48le plus grand
04:49qu'ils étaient scolarisés
04:50quelques années,
04:52je crois il me semble
04:52deux ans avant,
04:53dans leur établissement scolaire.
04:55Sachant qu'il y a leur sœur
04:56qui était scolarisée
04:57en même temps
04:58dans le même établissement
04:59que Shamseddin
05:00et leur petit frère aussi.
05:01Est-ce que vous savez aujourd'hui
05:03pourquoi votre fils
05:04a été agressé ?
05:05Je sais que maintenant
05:07c'est pour une conversation
05:08avec une jeune fille,
05:09mais c'est complètement révoltant.
05:12Il n'y a pas d'autre terme.
05:14Avoir des amis féminins,
05:16on n'a plus le droit.
05:17Je ne comprends pas.
05:19Et pourtant,
05:19ce n'était même pas sa petite amie.
05:20Il n'y avait pas de conversation
05:23à caractère sexuel.
05:24Il n'y aurait même pas de quoi
05:25faire rougir un parent.
05:26La justice, justement,
05:29vient de déterminer
05:30qu'elle renvoyait d'eux
05:33des agresseurs
05:33qui ont porté les coups
05:34sur Shamseddin
05:36pour violence volontaire
05:37et y entraîner la mort
05:38sans l'intention de la donner.
05:39C'est-à-dire qu'ils écartent
05:40le fait que ce soit un assassinat,
05:42donc quelque chose de prémédité,
05:43et qu'ils écartent également
05:44le fait que ce soit un meurtre
05:46et donc qu'il y ait volonté
05:48de donner la mort.
05:50Comment vous réagissez face à ça ?
05:52Est-ce que vous aviez été préparée
05:53à ce que ça se passe comme ça ?
05:55Au vu comment j'ai retrouvé
05:57lors de mon arrivée mon fils,
05:59je pensais que la justice,
06:00justement,
06:01elle est qualifiée
06:02de meurtre,
06:04étant donné qu'ils ont vraiment
06:06ciblé tout ce qui est
06:07zone vitale.
06:09Vous trouvez ça normal ?
06:11De laisser quelqu'un
06:12se faire taper dessus
06:13et mourir devant soi
06:15et ne rien faire,
06:16ne pas porter secours,
06:18ne serait-ce qu'en appelant,
06:19en séparant
06:20ou en faisant intervenir,
06:21rien que le fait d'alerter,
06:23ça peut dissuader,
06:24ça peut changer
06:26tout le déroulement du drame.
06:28Mais on ne peut pas me dire
06:29qu'il n'y avait pas
06:29la volonté de tuer
06:31quand on vient chercher
06:32un enfant de 15 ans
06:33à 4.
06:36On ne peut pas me dire ça
06:38et je ne l'accepterai pas,
06:39il en est hors de question.
06:41Qu'est-ce que vous auriez envie
06:42de dire aux gens
06:43qui vont lire
06:44et écouter votre témoignage ?
06:48Qu'il faut se battre
06:49pour la mémoire
06:50de son enfant
06:51et qu'il faut absolument
06:53appuyer là
06:54où il faut appuyer,
06:55se faire entendre
06:56et ne pas avoir honte
06:57d'avoir vécu un drame,
06:59surtout,
07:00et de défendre
07:02la mémoire de son enfant
07:03pour sa famille,
07:04pour ses amis,
07:06pour ses camarades
07:07et pour tout le monde.
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