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Deux ans après le drame à Viry-Châtillon, la douleur de la famille de Shemseddine se double d'une profonde amertume judiciaire. Sabrina, la mère de l'adolescent de 15 ans battu à mort à la sortie de son collège, brise le silence pour exprimer sa colère. Deux suspects sont renvoyés aux assises des mineurs pour violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner, avec circonstance aggravante de faits commis en réunion, tandis que la préméditation est écartée et des non-lieux prononcés pour complicité. Des décisions contestées par la mère de la victime, qui prend la parole dans un entretien accordé au Point. Une interview réalisée avant l’annonce de l’appel du parquet.

#shemseddine #virychatillon #faitdivers #justice #temoignage

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Transcription
00:00En marrachant mon fils, tout s'est brisé.
00:03Le 4 avril 2024, à Viry-Châtillon,
00:06Chainsédine, 15 ans, est battue à mort à la sortie de son collège.
00:09Près de deux ans après les faits,
00:11deux suspects sont renvoyés aux assises pour violence,
00:13ayant entraîné la mort sans intention de la donner,
00:16avec une circonstance aggravante,
00:18les faits ayant été commis en réunion.
00:20La justice a écarté la préméditation
00:22et prononcé un non-lieu pour la qualification de complicité
00:25qui visait jusque-là deux autres personnes présentes sur les lieux.
00:28Face à ces décisions qu'elle conteste,
00:30la mère de la victime, Sabrina, a choisi de sortir du silence.
00:33Elle répond aux questions de notre journaliste, Sandra Buisson.
00:36Une interview enregistrée avant que le parquet ne fasse savoir
00:39qu'il faisait appel de l'ordonnance de mise en accusation.
00:42Vous avez très peu pris la parole jusque-là,
00:45vous n'avez fait qu'une intervention.
00:47Pourquoi est-ce qu'aujourd'hui, vous avez besoin de parler dans les médias ?
00:52C'est ma deuxième prise de parole publique,
00:54car j'ai voulu faire confiance en la justice
00:56pour juger le meurtre de mon fils, Shamseddin,
00:59sans interférence extérieure.
01:01Aujourd'hui, j'ai perdu confiance en la justice,
01:04alors je reprends la parole.
01:06Je suis en colère et je ressens un abandon profond face au drame
01:09que mon fils a subi.
01:11Est-ce que vous pouvez me parler de lui ?
01:13Me dire quel collégien il était ?
01:16Qu'est-ce qu'il faisait ? Qu'est-ce qu'il aimait ?
01:18C'était un jeune homme de 15 ans, en pleine adolescence,
01:21qui aimait beaucoup la vie,
01:23qui aimait beaucoup sa vie de jeune garçon au collège.
01:27Il était beaucoup apprécié de ses camarades,
01:30des professeurs aussi certains.
01:32C'était un enfant, un bon vivant,
01:34toujours souriant, bienveillant,
01:37qui aimait vivre, qui avait la joie de vivre,
01:40qui ne supportait pas non plus l'injustice,
01:43qui était tout le temps là à aider pour n'importe quoi.
01:46Est-ce que vous pouvez m'expliquer comment vous avez appris ce qui s'était passé ?
01:51Alors c'était une journée complètement ordinaire.
01:54On se préparait pour aller au travail et à l'école,
01:58comme tous les matins.
01:59La matinée se déroulait normalement.
02:03Je rentre comme tous les midis
02:04pour partager un moment avec mes enfants chaque midi.
02:07Même une petite demi-heure, ce moment-là me l'a enlevé aussi.
02:11Chamsédine était rentrée, on discutait, on rigolait,
02:14et puis il me parlait en fait de son orientation
02:19pour sa future entrée au lycée.
02:21Et je me souviens, il y avait les vœux sur la table de la cuisine.
02:25Donc tout le monde arrive,
02:28puis repart après à l'école.
02:31Je me regagne encore du coup mon travail.
02:35L'après-midi se passe correctement, il n'y se passe rien.
02:39Et là je ressens, je ne saurais même pas comment vous expliquer.
02:44Ce n'est pas un pressentiment de maman,
02:46mais c'est comme si le temps était suspendu.
02:51Et là je vois mon téléphone sonner,
02:53et puis des messages arriver,
02:56en disant qu'on n'arrive pas à me joindre,
02:57et qu'il s'était passé quelque chose.
03:00Et à ce moment-là, où je lis le message,
03:05le téléphone sonne,
03:06et c'est une fonctionnaire de police
03:08qui me dit qu'il y a eu un accident,
03:12qu'elle se trouve au niveau de l'allée de Monton,
03:18et que je dois venir en toute urgence.
03:20Et là je sors de la voiture,
03:24et je comprends tout de suite
03:26que ça ne va pas du tout,
03:27parce qu'il y a les policiers,
03:29les pompiers,
03:31le maire de la ville,
03:33la directrice de l'établissement,
03:37le SAMU,
03:40et des enfants,
03:41et même les auteurs étaient sur place.
03:44On l'a su plus tard.
03:45Le médecin régulateur du SAMU
03:47vient, me parle,
03:50et il me dit que mon fils est dans le coma
03:53et que je ne peux pas le voir
03:54quand j'ai demandé de le voir.
03:57J'ai insisté,
03:58il a demandé aux pompiers
04:00d'ouvrir la porte du camion,
04:02et là j'ai vu mon fils
04:05allongé, intubé,
04:07branché à une machine
04:08où il y avait du sang
04:10et de la mousse,
04:12et là j'ai compris en fait
04:14que mon cœur
04:16et mon corps se coupaient en deux.
04:20Et en même temps,
04:22je me suis retournée,
04:23j'ai vu mon fils
04:23et ma fille
04:24qui étaient descendues
04:25parce que ça donne quasiment
04:27près de chez moi.
04:28Je me retourne
04:29et là j'ai senti tout mon être
04:32se couper en deux.
04:34C'est comme si littéralement,
04:35je devais absolument m'asseoir
04:36parce que je n'avais plus
04:37une autre partie de moi.
04:41Les suspects,
04:42ils les connaissaient ?
04:43Ils vous en avaient déjà parlé
04:44de ces jeunes-là ?
04:45Alors non,
04:46pas du tout,
04:47mais j'ai appris par mon fils
04:48le plus grand
04:49qu'ils étaient scolarisés
04:50quelques années,
04:52je crois il me semble
04:52deux ans avant,
04:53dans leur établissement scolaire.
04:55Sachant qu'il y a leur sœur
04:56qui était scolarisée
04:57en même temps
04:58dans le même établissement
04:59que Shamseddin
05:00et leur petit frère aussi.
05:01Est-ce que vous savez aujourd'hui
05:03pourquoi votre fils
05:04a été agressé ?
05:05Je sais que maintenant
05:07c'est pour une conversation
05:08avec une jeune fille,
05:09mais c'est complètement révoltant.
05:12Il n'y a pas d'autre terme.
05:14Avoir des amis féminins,
05:16on n'a plus le droit.
05:17Je ne comprends pas.
05:19Et pourtant,
05:19ce n'était même pas sa petite amie.
05:20Il n'y avait pas de conversation
05:23à caractère sexuel.
05:24Il n'y aurait même pas de quoi
05:25faire rougir un parent.
05:26La justice, justement,
05:29vient de déterminer
05:30qu'elle renvoyait d'eux
05:33des agresseurs
05:33qui ont porté les coups
05:34sur Shamseddin
05:36pour violence volontaire
05:37et y entraîner la mort
05:38sans l'intention de la donner.
05:39C'est-à-dire qu'ils écartent
05:40le fait que ce soit un assassinat,
05:42donc quelque chose de prémédité,
05:43et qu'ils écartent également
05:44le fait que ce soit un meurtre
05:46et donc qu'il y ait volonté
05:48de donner la mort.
05:50Comment vous réagissez face à ça ?
05:52Est-ce que vous aviez été préparée
05:53à ce que ça se passe comme ça ?
05:55Au vu comment j'ai retrouvé
05:57lors de mon arrivée mon fils,
05:59je pensais que la justice,
06:00justement,
06:01elle est qualifiée
06:02de meurtre,
06:04étant donné qu'ils ont vraiment
06:06ciblé tout ce qui est
06:07zone vitale.
06:09Vous trouvez ça normal ?
06:11De laisser quelqu'un
06:12se faire taper dessus
06:13et mourir devant soi
06:15et ne rien faire,
06:16ne pas porter secours,
06:18ne serait-ce qu'en appelant,
06:19en séparant
06:20ou en faisant intervenir,
06:21rien que le fait d'alerter,
06:23ça peut dissuader,
06:24ça peut changer
06:26tout le déroulement du drame.
06:28Mais on ne peut pas me dire
06:29qu'il n'y avait pas
06:29la volonté de tuer
06:31quand on vient chercher
06:32un enfant de 15 ans
06:33à 4.
06:36On ne peut pas me dire ça
06:38et je ne l'accepterai pas,
06:39il en est hors de question.
06:41Qu'est-ce que vous auriez envie
06:42de dire aux gens
06:43qui vont lire
06:44et écouter votre témoignage ?
06:48Qu'il faut se battre
06:49pour la mémoire
06:50de son enfant
06:51et qu'il faut absolument
06:53appuyer là
06:54où il faut appuyer,
06:55se faire entendre
06:56et ne pas avoir honte
06:57d'avoir vécu un drame,
06:59surtout,
07:00et de défendre
07:02la mémoire de son enfant
07:03pour sa famille,
07:04pour ses amis,
07:06pour ses camarades
07:07et pour tout le monde.
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