00:00On ne raconte pas que les mères sont violentes, ça n'existe pas dans nos contes.
00:04Dans nos contes, elle est morte la mère.
00:06J'ai tendance à dire que j'ai grandi avec une mère orage.
00:09Mon enfance était ça, c'était grandir avec un orage qui menace de gronder à tout instant
00:14et donc d'être dans une hyper vigilance de la violence maternelle.
00:18Mais par contre, j'ai vraiment pris conscience de la gravité des faits quand j'ai eu des enfants.
00:23Donc j'ai eu un fils en premier.
00:25Quand ma fille est née, évidemment j'étais hyper heureuse parce que c'était une surprise.
00:29Mais comme j'ai grandi comme tout le monde avec cette narration collective
00:34que telle mère, telle fille, qu'on regarde l'enfant comme un prolongement de soi,
00:39évidemment d'avoir une fille tout d'un coup, j'ai eu l'impression que je pouvais potentiellement être comme
00:44ma mère,
00:44comme ma grand-mère a été avec sa propre fille.
00:46J'ai eu vraiment peur en ayant une fille que cette malédiction ressurgisse et un impact
00:52pour petit à petit comprendre que la peur que j'avais,
00:55elle était de l'ordre de la vigilance d'être mère de deux enfants.
00:59Je ne suis pas un prolongement de ma mère, ma fille n'est pas un prolongement de moi-même.
01:02Les choses ne vont pas se répéter de manière automatique, non.
01:05Je pense que c'est difficile de parler de toutes sortes de violences familiales
01:08à partir du moment où c'est dans la sphère de la maison.
01:12Mais c'est vrai que la mère, il y a quelque chose de l'indicible, du tabou,
01:16parce que c'est une histoire qu'on ne raconte pas.
01:18On ne raconte pas que les mères sont violentes, ça n'existe pas dans nos comptes.
01:22Dans nos comptes, elle est morte, la mère. Voilà, c'est la belle-mère qui est méchante.
01:26Toute notre organisation sociale repose autour du fait que c'est à la mère de prendre soin des enfants.
01:31Et donc à partir de ce moment-là, si ça, c'est défaillant, si la mère devient défaillante,
01:35en fait, il y a tout un système bien organisé qui s'effondre.
01:38Moi, je suis responsable aujourd'hui de ma grand-mère.
01:41Et en fait, je suis allée la questionner sur sa responsabilité dans la violence de sa fille, de ma mère.
01:47Et elle, elle se déresponsabilise complètement, en fait.
01:50Elle-même se met victime de la situation.
01:53Je pense que ma grand-mère, elle ne veut pas reconnaître,
01:56parce qu'elle pourrait en mourir, en fait, de se rendre compte de ce qui s'est vraiment passé,
01:59de se dire qu'elle a été...
02:00Elle a en tout cas eu une forme de responsabilité là-dedans.
02:03J'ai entendu, là, récemment, quelqu'un dire que la vérité, elle peut crever les yeux
02:08si on ne prend pas le temps de la raconter.
02:10Et c'est vrai que c'était important pour moi de prendre le temps au travers d'un projet de
02:15podcast.
02:15On a la place de se questionner.
02:17On ne transmet pas la violence automatiquement.
02:19Il y a des gens qui ont été victimes et qui ne répètent pas.
02:21Il y a des gens qui n'ont pas été victimes et qui deviennent violents.
02:24Donc, on ne peut pas dire que c'est automatique.
02:26On ne peut pas se planquer derrière ça.
02:28À partir du moment où on devient parent, on a une responsabilité en tant qu'adulte.
02:31Il faut regarder qui est la victime au bout de la chaîne de la violence, qui est la victime.
02:35C'est important que ces histoires intimes soient entendues aujourd'hui.
02:38C'est pour ça que c'était important pour moi d'aller vers des témoignages, d'aller vers des expertises.
02:44Si on ne raconte pas les histoires, d'autres vont les raconter à notre place.
02:47Moi, je n'y crois pas trop, au silence.
02:49Je pense qu'il n'y a pas de silence, il n'y a que du mauvais bruit.
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