00:00Écosse, années 80, Jen Davidson à 12 ans, quand le syndrome de Gilles de la Tourette fait irruption dans sa
00:05vie.
00:06A l'époque, la maladie est à peine connue, source de honte et d'exclusion.
00:10Des premiers symptômes à cette décoration par la reine Elisabeth II, l'histoire vraie d'un homme au destin exceptionnel.
00:16Le film de Kirk Jones a créé la surprise au BAFTA 2026, Fred.
00:19Oui, et son comédien principal, Robert Aramayo, a gagné le BAFTA du meilleur comédien,
00:24prenant le prix à Timothée Chalamet, à Leonardo DiCaprio.
00:27C'est une vieille revanche.
00:28C'est un film extrêmement étonnant.
00:29Donc, vous avez un biopic sur l'histoire de ce John Davison,
00:33c'est-à-dire ce type qui a toute sa vie subi, on va dire, les affres de la société
00:38à cause de ce syndrome qu'il s'est découvert à 14 ans, qui a débuté à 14 ans.
00:42Et effectivement, il a eu des problèmes avec son père, avec sa famille, des problèmes de violence.
00:47Il a été ostracisé par la société.
00:49Et à un moment donné, ce type va se reprendre en main, trouver un emploi
00:52et surtout commencer à vouloir informer la société,
00:57vouloir informer à travers des documentaires et maintenant une fiction.
01:00Il y a eu trois documentaires sur sa vie, jusqu'au point où même il va être couronné par la
01:06reine
01:06pour son action, pour faire découvrir ce que c'est que le syndrome Gilles de la Tourette.
01:09Ce qui est très étonnant, c'est que c'est un film très étonnant.
01:12Parce que d'un côté, vous avez le biopic, on va dire un peu feel good,
01:15un peu pédagogique, on va dire dans la continuité de l'action de cet individu.
01:21Et d'un autre côté, vous allez voir ce que va produire les saillies de cet individu
01:25à un niveau de cinéma.
01:27Et donc dans des scènes qui sont extrêmement consensuelles, il se produit quelque chose.
01:33Une scène que j'adore, il vient voir son nouvel employeur pour avoir un nouveau travail.
01:37Et vous voyez, il est là.
02:02Le spectateur est sans cesse dans l'attente du moment où John
02:09va sortir quelque chose de lui qu'il ne peut pas réprimer.
02:32Voilà.
02:32Et le film est comme ça.
02:33C'est-à-dire que d'un côté, vous avez ce film que vous avez l'impression d'avoir vu
02:3650 fois.
02:36Et d'un autre côté, vous avez l'intrusion de ce personnage
02:39qui est constamment en train d'interroger le spectateur
02:42sur sa possibilité ou pas de rire des saillies de John.
02:45C'est-à-dire, évidemment, ça produit des scènes où on rit.
02:47Et des fois, on ne sait pas si on doit en rire.
02:49Oui, il arrive à déplacer le rire.
02:51En fait, ça veut dire qu'en étant sans cesse interrogé sur son propre rire,
02:55nous nous interrogeons nous-mêmes sur notre acceptation
02:57de ce syndrome que nous ne connaissons pas
02:59et qui a posé tellement de difficultés au personnage.
03:01Donc je pense que le spectateur est très actif dans le film.
03:03On apprend aussi des choses dans ce film-là, sur Tourette.
03:06Moi, j'ai l'impression d'apprendre.
03:07Ça, c'est ça qui est intéressant.
03:09Mais en fait, c'est surtout l'aspect feel good
03:11parce que le deuxième aspect que tu développes...
03:13C'est un savoir-faire britannique.
03:14Oui, et surtout les acteurs.
03:16Surtout les acteurs.
03:17Les acteurs sont tous très, très bons.
03:19Robert Aramaio qui joue le personnage,
03:21mais Shirley Davidson qui joue sa mère d'adoption en quelque sorte,
03:26mais qu'on avait vu chez Danny Boyle qui était dans Bridget Jones.
03:30Et il y a Peter Mulan qu'on a vu là dans l'extrait
03:33qui vient de chez Ken Loach.
03:34Mais ils sont tous le moindre second rôle.
03:37On a l'impression qu'ils...
03:38Ça, c'est quelque chose.
03:40Mais derrière, il y a quand même la structure du feel good
03:42qui écrase un peu.
03:43C'est-à-dire que ce que tu dis là...
03:46Moi, je marche comme ça pendant un quart d'heure, vingt minutes,
03:48mais après, je ne m'interroge pas pendant une heure et demie sur le film.
03:51Mérine, toi, t'as lâché aussi ?
03:53Non, après, oui, c'est assez convenu dans la forme.
03:55On ne va pas être très, très surpris.
03:56Mais encore une fois, on parle depuis tout à l'heure du savoir-faire anglais.
03:58Oui, c'est le savoir-faire anglais.
03:59Il n'y a qu'eux qui savent faire ça.
04:00Tout le monde se casse les dents pour faire ce genre de choses.
04:02Et eux, c'est merveilleux.
04:04Et tout à l'heure, Frédéric, tu parlais de l'humour.
04:06Et d'ailleurs, parce que le syndrome de Gilles de la Tourette,
04:09malheureusement, souvent, quand on en parle,
04:11et pendant très longtemps, on en a beaucoup parlé en disant
04:13c'est drôle.
04:13Quelqu'un qui lâche une grossièreté en plein milieu d'une phrase,
04:16oui, c'est rigolo parce que c'est inattendu.
04:18Et le problème, c'est que c'est un vrai souci.
04:20Mais le film commence là-dessus.
04:22Le film commence par l'humour.
04:23Il commence par une scène avec la reine
04:25où il reçoit un prix et il insulte la reine, évidemment.
04:30Donc, ça commence par l'humour pour dire
04:31bon, attendez, on va tous se détendre.
04:33On sait très bien que c'est par là que ça arrive
04:34et que c'est comme ça que vous connaissez.
04:36Mais après, tout le film va justement nous expliquer,
04:38au contraire, la douleur.
04:40Il va nous expliquer la complexité.
04:41Et c'est là où, en fait, il est...
04:42Mais parce qu'on est aussi dans les années Thatcher.
04:44Je veux dire, il y a aussi...
04:45Oui, mais en fait, en vrai, c'est dans les années Thatcher.
04:46Mais c'est toujours aussi valable maintenant.
04:49Il suffit de voir la réaction au BAFTA
04:50où le vrai...
04:54Davidson.
04:55Davidson, en fait, a dit quelque chose
04:57pendant la cérémonie contre Michael B. Jordan,
05:00mais qui était dans son syndrome.
05:01Et ça a fait une polémique pas possible.
05:02Donc, on voit bien que malgré la connaissance...
05:04La couillonnerie n'a pas évolué.
05:06Ça ne marche pas.
05:06Sophie, tu veux lui dire quoi ?
05:07En fait, ce qui m'interroge beaucoup,
05:08c'est la notion de feel good.
05:10Ça a été beaucoup marketé comme ça.
05:12Moi, c'est un film qui, au contraire,
05:14m'écrase par son pathos.
05:16Je trouve que c'est un film extrêmement doloriste.
05:17On parle souvent dans les structures narratives
05:19de rise and fall.
05:21Donc, quelqu'un qui est au sommet
05:24puis qui chute.
05:24On parle beaucoup de ça pour Scorsese,
05:26notamment pour les grands...
05:26Là, pour moi, c'est l'inverse.
05:27C'est vraiment un fall and rise,
05:29mais avec tout ce que ça a de plus convenu.
05:31Pour moi, on est un peu sur une structure
05:32à la billi et l'autre.
05:33C'est parce que ça se termine par le rise.
05:35En fait, pour moi, ça ne marche pas
05:37parce que j'ai été vraiment écrasée par...
05:40On veut tellement que le rise soit spectaculaire
05:42qu'on va filmer la violence et la douleur,
05:44mais de manière très doloriste.
05:46C'est-à-dire qu'il y a des moments
05:47de cassage de gueule,
05:49de harcèlement scolaire.
05:50Il faut qu'on prenne conscience aussi.
05:51Oui, mais il n'y a pas que ça.
05:52Il n'y a pas que ça dans le film.
05:54Il y a aussi cette famille dans laquelle il accède.
05:56Il y a aussi ce copain
05:57qui se fait au travail.
05:59Il y a aussi ce moment-là.
06:01Moi, je pense que c'est une drôle d'idée
06:04de faire un film qui est aussi normatif
06:06d'une certaine façon
06:06et à l'intérieur de sans cesse reposer ça
06:10pour l'interroger.
06:11Plus fort que moi.
06:13Le film qui a emballé les BAFTA.
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