00:00La chambre du sultan, pour qu'il n'y ait pas tromperie sur la marchandise et que donner de faux
00:04espoirs à nos téléspectateurs,
00:05c'est pas ce qui se passe dans la chambre du sultan avec son harem, non, c'est la chambre
00:08noire du cinématographe.
00:10Exactement.
00:10Félix Moati, dans un film espagnol tourné à Tataouine, c'est déjà un début de pitch ça, non ?
00:14Je ne savais pas où j'étais, franchement.
00:16Le tournage était fou.
00:18On tournait dans les trucs de Star Wars, oui.
00:20Dans les décors de Star Wars.
00:22Dans les décors de Star Wars à Tataouine, oui.
00:24Alors, vous jouez donc Gabriel Vert, c'est un opérateur des Frères Lumière.
00:30Qu'est-ce que vous saviez de ce personnage-là avant ?
00:31Parce qu'il n'a rien réellement existé.
00:33Rien, mais j'ai compris, quand on m'a proposé le film, que j'ai rencontré Ravier Rebouillot,
00:37que j'ai commencé à me documenter et tout, que c'était un personnage quand même assez mythique,
00:43adulé par des cinéphiles.
00:44C'est une manière de parler de la colonisation, puisque Gabriel Vert, c'était un peu le soft power de
00:50l'Empire français.
00:51C'était les émissaires de l'Empire français qui partaient, pour le coup, avec des idées vertueuses,
00:56c'est-à-dire faire du cinéma, mais bon, c'était quand même de la colonisation.
01:00Donc, il y a cette ambiguïté-là.
01:02C'était aussi l'idée pour ces opérateurs.
01:04Les Frères Lumière voulaient envoyer ces opérateurs pour ramener aussi des images du monde.
01:09Parce qu'en fait, on ne s'en rend pas compte, mais il y a eu une époque où on
01:11ne savait pas ce qui se passait loin de chez nous.
01:13Et donc, tout d'un coup, c'était des explorateurs autant que des cinéastes.
01:18Alors, ce n'est pas vraiment des cinéastes.
01:19Antoine disait opérateurs.
01:20Ce n'est pas des caméramans, au sens où on l'entend aujourd'hui.
01:22C'était vraiment des techniciens, presque des scientifiques.
01:25D'ailleurs, on le voit dans le film, ce rapport presque un peu farfelu à la science.
01:29On les considère aussi comme des magiciens, parfois.
01:32Ces opérateurs-là, en fait, ils avaient fonction presque de journaliste.
01:36Ils venaient documenter le monde et le ramener en France.
01:39Et ce qui est amusant, c'est que vous en faites dans le film une fantaisie.
01:41Un truc où le cinéastes...
01:42À la West Anderson, un peu.
01:44Exactement.
01:44Totalement, oui.
01:45Ravier Rebolo, je voudrais dire deux mots de ce jeune homme.
01:48C'est son quatrième long-métrage, réalisateur madrilène.
01:51Et alors, j'ai lu une réflexion de lui, qui émanait de lui directement.
01:56Il disait avoir entendu des gens qui se posaient la question de savoir s'ils ne se suicidaient pas un
02:00peu plus à chaque film.
02:02Et que peut-être, possiblement, celui-là allait être le bon.
02:05Bon, il faut savoir que Ravier, qui est là...
02:08Ah, c'est un personnage.
02:09Moi, j'ai été addict à Ravier.
02:13J'avais du mal à m'en passer, après.
02:14Parce que c'est un personnage qui augmente l'existence, je ne sais pas comment vous dire.
02:18Oui, oui, je vois ça.
02:18Et qui est tout petit, tout excité, comme ça.
02:21Et qui me parle de Lacan, qui me dit, mais là, c'est sublime, c'est sublime.
02:25Et parfois, il me disait, maintenant, Félix, tu vas dans un coin et tu joues aux échecs.
02:28Je disais, mais je ne comprends pas, Ravier.
02:29Enfin, ça n'a aucun sens.
02:31Il me disait, ce n'est pas grave, fais-le, fais-le.
02:32Et je le faisais, je me laissais.
02:34Voilà.
02:35Il est hallucinant.
02:36Ça raconte, donc, l'histoire de cet opérateur envoyé par les Frères Lumière faire des images au Maroc auprès d
02:42'un sultan.
02:43C'est une histoire vraie, je te répète.
02:45Bien sûr, c'est le tout jeune sultan du Maroc qui a voulu se payer les services de l'opérateur
02:50Gabriel Vert pour avoir un peu plus accès à cet art nouveau qui émergeait.
02:55C'est un film étrange, c'est un film bizarre.
02:57Est-ce que c'est ce qui vous a séduit, cette étrangeté, cette bizarrerie ?
03:00En fait, je me souviens très précisément, au moment où j'ai reçu le scénario, j'étais dans une période
03:05de vie.
03:06Où j'avais un grand désir d'enchantement et de malice et de magie.
03:11Et pile à ce moment-là, j'ai reçu le scénario et c'était très exactement ce que j'avais
03:15envie de faire.
03:15Et puis, je pense que c'est un cinéma très fragile qui va tendre à disparaître parce que c'est
03:19pas un cinéma de la productivité.
03:21Et donc, c'est des cinéastes précieux, quoi.
03:23Rares.
03:24Alors, on reçoit l'acteur, mais on reçoit aussi le jeune écrivain, le primo-romancier qui vient de publier Voir
03:30clair aux éditions de l'Observatoire, évidemment, parce qu'il s'agit de Voir clair.
03:35Ce seraient quoi les points communs entre le cinéma et la littérature ? À quel moment ça se croise dans
03:40votre vie ?
03:43Je peux faire une réponse un peu pompeuse.
03:44Allez-y, on est habitués.
03:46Je crois qu'en fait, c'est une manière, attention, de répondre à la convocation de l'existence.
03:53Vous pouvez développer.
03:54C'est-à-dire ?
03:54En quelle heure ? Quel est le sujet ?
03:57En devenant père, puisqu'il est...
03:59C'est le grand sujet du livre.
04:02J'ai eu l'impression que j'étais convoqué et qu'il fallait faire ma part.
04:09Pourquoi ça a pris la forme d'un livre, ça, je ne sais pas, mais en tout cas, je pense
04:14que c'est ça qui a motivé.
04:15C'est vraiment un livre que moi, je conseille à tout le monde.
04:17C'est très drôle.
04:18C'est l'histoire, en gros, de deux frères.
04:20C'est un peu les frères Karamazovs ont des névroses, à peu près.
04:23C'est-à-dire, c'est deux frères qui sont à la fois amis, ennemis, et qui vont nous raconter
04:28leur histoire à travers un dispositif que vous inventez,
04:31puisque vous êtes dans le livre et vous croisez un des personnages qui va vous raconter.
04:35En gros, vous jouez à « c'est moi, c'est pas moi, il y a un peu de moi
04:38», un peu partout.
04:39Avec un passage de ballon constant d'une histoire et d'une autre.
04:41Et en train de me diser, c'est vraiment une des poupées russe.
04:43C'est-à-dire qu'on part d'une scène à l'autre.
04:44Il y a vraiment un travail de montage, pour le coup, comme dans du cinéma.
04:47Moi, j'ai beaucoup pensé au cinéma de De Broca, en lisant votre livre.
04:50Les personnages qui courent tout le temps.
04:53Un peu empêtrés dans leurs sentiments.
04:54À Despléchins aussi, parce qu'il est beaucoup question de thérapie, beaucoup question de psy.
04:58Et de psy qui vont souvent moins bien que leurs patients.
05:01C'est vraiment un livre très drôle, très étonnant.
05:04Il est question d'espion, à un moment.
05:05On est presque dans un film d'Olivier Assayas.
05:08Moi, je me demandais, qu'est-ce qu'il y a de cinéma dans votre écriture ?
05:11C'est-à-dire, c'est vraiment un travail de...
05:13Est-ce que c'est votre travail de cinéaste, votre travail d'acteur qui vous a donné envie d'écrire
05:17et écrire comme ça ?
05:19– Bon, merci.
05:21– Bon, il n'y a rien.
05:22– Mais non, je pense qu'en fait, le cinéma ne permet pas autant de digressions que la littérature.
05:27Et là, en littérature, j'avais envie...
05:29– Ça serait un super film.
05:30– Ah, vous pensez ?
05:31– Ouais.
05:31– Ouais, bah...
05:33Si des gens veulent l'adapter, moi, avec grand plaisir.
05:35– Non, mais j'adorerais, ouais, ce qu'il y a de cinéma, c'est peut-être le goût, voilà,
05:39pour les images.
05:40Par exemple, quand Joachim rencontre, lui-ci, dans un métro à Budapest, que les lumières s'éteignent, que... Voilà.
05:48– On apprend même dans ce livre que c'est votre passion pour l'espionnage.
05:51Et moi, je sais de source sûre que vous avez envisagé, à un certain temps, de devenir espion pour de
05:56bon.
05:57Qu'est-ce qui vous a dissuadé de devenir espion pour devenir comédien ?
05:59– Je suis trop bavard.
06:01– Non, mais c'est vrai.
06:02En fait, je l'aurais dit.
06:03Je l'aurais dit direct.
06:05Tu fais quoi dans la vie ?
06:05Je travaille pour la DG.
06:06– Non, non, je ne peux pas.
06:09– Non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non,
06:09non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non,
06:09non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non,
06:09non, non.
06:09C'est parti.
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