00:00Le tyran n'a que deux yeux, deux mains, un corps, il n'a rien de plus que le dernier
00:04des habitants.
00:05Ça, c'est une phrase de Étienne de la Boétie, et elle remet de l'ordre dans notre idée du
00:09pouvoir.
00:09Parce que spontanément, on imagine que le pouvoir c'est quelque chose de supérieur, plus fort, plus intelligent, presque divin.
00:16La Boétie dit exactement l'inverse.
00:18Le tyran n'a rien de spécial, il n'a pas plus de muscles, pas plus de génie, pas plus
00:23de légitimité naturelle.
00:24Alors d'où vient son pouvoir ?
00:26Il vient d'ailleurs.
00:27Il vient de ceux qui obéissent.
00:30Un seul homme, même armé, ne peut pas contrôler un peuple entier.
00:33Il ne peut pas surveiller tout le monde, il ne peut pas frapper tout le monde, il ne peut pas
00:35décider tout, tout seul.
00:37Ce qui le rend puissant, ce n'est pas ce qu'il est, c'est ce que les autres font
00:41pour lui.
00:41Ils obéissent, ils relaient ses ordres, ils le défendent, ils l'habituent à exister comme tyran.
00:46Et avec le temps, le renversement devient total.
00:49On ne se demande plus pourquoi on obéit, on trouve normal qu'il commande.
00:53La Boétie ne dit pas que les peuples sont stupides, il dit que l'habitude est plus forte que la
00:56force,
00:56c'est que la servitude s'installe quand elle devient invisible.
01:00Alors à quoi ça sert de comprendre ça ?
01:01A déplacer le regard.
01:02A arrêter de croire que le pouvoir vient toujours d'en haut.
01:05A voir qu'il circule, qu'il repose sur des gestes quotidiens, des silences, des consentements.
01:09Et peut-être à se rappeler que si le pouvoir est donné, il peut être aussi repris.
01:13Avoir.
01:15Avoir.
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