00:00Votre père voulait vous fassiez tous les métiers, sauf le vôtre.
00:04Oui, il était un peu inquiet.
00:06Il avait une caméra pour filmer des choses sans intérêt.
00:12Mes parents avaient partie de ces gens qui filmaient leurs vacances
00:15pour pouvoir après les revoir au propre.
00:19J'avais mis ça d'ailleurs dans le casque bleu.
00:22Mais oui, il avait une petite caméra, mais c'est une caméra muette,
00:26en double 8 mm, c'était une tannée pour faire un film.
00:30Maintenant, avec un téléphone, on peut faire des films formidables.
00:33On peut les mixer.
00:35Oui, mon père, il était à terminer de directeur d'une petite entreprise
00:42avec un patron très tyrannique.
00:45Et pour lui, il était dans le bâtiment, couverture plomberie, tout ça.
00:51Pour lui, il aurait préféré que je sois dessinateur industriel ou ingénieur.
00:54Ingénieur, à l'époque de ma jeunesse, c'était important.
00:58Ingénieur.
01:00Et puis surtout, quelque chose qui ne soit pas bouché.
01:03À l'époque, il y avait des métiers bouchés.
01:05Maintenant, tout est bouché, donc c'est plus simple.
01:08Même ingénieur.
01:09Même ingénieur, oui.
01:13Et puis, il avait peur.
01:15C'était un métier à risque qu'il ne connaissait pas.
01:17Ça a été violent entre vous ?
01:18Oui, un peu.
01:19On s'est un peu tapé sur la gueule.
01:21Physiquement ?
01:21Oui, physiquement, un petit peu.
01:23Parce que j'ai eu la bêtise de lui dire que...
01:26Il me dit que ce n'est pas un métier à acteur, mais au cinéma.
01:30Et je lui dis...
01:33Et installer des chiottes, ce n'en est pas un non plus.
01:35Donc, c'est grotesque, parce que c'est très important, les toilettes.
01:41Mais après, c'était un taiseux.
01:44Ce n'était pas quelqu'un qui a fait beaucoup d'études.
01:46Donc, on ne pouvait pas trop...
01:49On ne communiquait pas trop.
01:50Mais il y avait...
01:52C'est quand même eux qui m'ont filé le virus.
01:55En emmenant au cinéma le samedi soir,
01:57voir les films des comédies françaises
01:59ou les films de KPDP avec Jean-Marie, Bourville.
02:02C'était le moment...
02:05Un moment assez formidable pour moi.
02:07C'était un moment d'évasion.
02:08Et je trouvais ça épatant, quoi.
02:12Et vous avez eu un moment où...
02:14Entre le splendide, le succès populaire,
02:17les films, où ça s'est apaisé avec votre père,
02:20où il vous a reconnu ?
02:22Où ça a toujours été un tabou ?
02:24Non, non, non.
02:25Non, il était très...
02:28Il était très content.
02:30J'ai eu la chance de le garder assez longtemps.
02:32Il est parti après M. Batignolle.
02:35Donc, bon, il ne comprenait pas toujours.
02:37Mais, d'ailleurs, j'avais fait Meilleur Espoir Féminin
02:41justement pour essayer d'exprimer ça.
02:45C'est-à-dire qu'il y a dans Meilleur Espoir Féminin,
02:49une scène où le père regarde sa fille qui pleure
02:52dans une scène de...
02:55projette un film où elle pleure,
02:56elle est dans un chagrin atroce.
02:58Et évidemment, elle joue.
02:59Et on sent dans les yeux du père,
03:01enfin, j'ai essayé de mettre ça,
03:02que c'est très, très bizarre pour un père
03:04de voir sa fille pleurer,
03:07se mettre désespérée,
03:09alors qu'elle joue.
03:11C'est faux.
03:12Mais en même temps, c'est vrai.
03:15Parce qu'elle a sans doute eu ces moments dans sa vie.
03:18Le cinéma, c'est le mensonge qui dit la vérité.
03:23Mais vous dites que votre père était taiseux,
03:25mais quand on prend le temps d'écrire un film,
03:28c'est à peu près 2-3 ans de le faire,
03:30de le monter, de le sortir.
03:34Ces messages que vous vouliez lui adresser
03:35à travers des films,
03:36est-ce que vous avez su lui adresser en vrai ?
03:38Ou est-ce que vous, au final,
03:40vous n'étiez pas aussi taiseux que lui ?
03:42C'est pas mal ce que vous venez de dire.
03:46Je n'avais pas pensé à ça,
03:47mais c'est vrai aussi.
03:49C'est vrai que j'ai...
03:51Mais c'est pas facile de dire ça.
03:53Donc c'est plus facile de le dire
03:55par film interposé.
03:59C'est pas mal.
04:01Je ne suis pas venu pour rien ici.
04:04Mais oui, parce que...
04:08Bon, après, je m'en suis aperçu,
04:09parce qu'il avait découpé tous les articles.
04:12Et puis, il a eu quand même la révélation
04:15quand Drucker m'a fait faire son...
04:17le premier canapé rouge,
04:19là, d'un seul coup-là.
04:22Si Drucker m'invitait,
04:23ça veut dire qu'il y avait une réussite.
04:25Mais malgré tout, il y avait toujours ce côté
04:28« T'emballe pas, ça ne va pas durer,
04:30méfie-toi ».
04:30Enfin bon, c'était assez fatigant.
04:33C'est pour ça que j'ai passé ma vie
04:35à essayer de dire à mon fils
04:38au baltois, plutôt.
04:40Mais ce que...
04:41Pour rebondir sur ce que vous venez de dire,
04:43c'est un truc que j'ai ressenti,
04:45et justement avec mon fils,
04:47avec qui je n'ai pas eu ces problèmes-là.
04:48Au contraire, je ne l'ai pas vu venir
04:50quand il a voulu faire ce métier.
04:51Maintenant, il fait plein de théâtre,
04:52il a des théâtres,
04:53il joue beaucoup,
04:55il fait un peu de cinéma,
04:56pas beaucoup, pas assez à son goût.
04:59Mais on a fait une pièce il y a deux ans,
05:02ça s'appelait « Le jour du Kiwi ».
05:04Qui est disponible sur Canal.
05:05Oui, de Laetitia Colombani,
05:07qui était une très jolie pièce.
05:11Et on s'est retrouvés à faire de la promo.
05:14Et on lui a posé des questions.
05:17Et il a donné des réponses
05:19sur des trucs dont il ne m'avait jamais parlé,
05:22sur sa jeunesse, sur sa vocation,
05:23pourquoi il avait fait ça.
05:24Jamais.
05:27On s'est parlé beaucoup,
05:28on n'est pas du tout...
05:30Mais quand même, c'est...
05:33On ne s'est pas dit un jour...
05:34Alors, dis-moi à mon gars,
05:36qu'est-ce qu'il a fait que tu avais voulu faire ce métier ?
05:38Et comment ça s'est passé avec ton père ?
05:40Là, il en parlait.
05:42Alors, c'était pas forcément avec lui.
05:43Et c'était assez troublant,
05:45parce que je me suis aperçu
05:46que je connaissais pas mal de choses
05:49et que j'en connaissais...
05:51En fait, pas du tout.
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