- il y a 5 minutes
La FNSEA demande au gouvernement d'augmenter les aides aux agriculteurs pour faire face à la hausse du prix du gazole non routier, rappelle Arnaud Rousseau. Actuellement à près de 4 centimes par litre, le syndicat agricole demande une aide de 30 centimes par litre.
Retrouvez "L'invité de 8h20" sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien
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00:00Grand entretien ce matin avec Marion Lourdes. Nous recevons le président de la FNSEA, premier syndicat des agriculteurs.
00:07Bonjour Arnaud Rousseau.
00:08Bonjour.
00:09Et bienvenue sur France Inter. Nos auditeurs peuvent vous interpeller, vous interroger également au 0145 24 7000 ou l'application
00:18Radio France.
00:20Arnaud Rousseau, beaucoup de sujets à aborder avec vous ce matin.
00:23Vous étiez hier à Caen pour le dernier jour du congrès de la FNSEA qui s'est ouvert mardi.
00:27Ainsi, congrès conclu par une intervention de la ministre de l'Agriculture, Annie Gennevar, à laquelle vous avez demandé une
00:34aide de 30 centimes par litre dans un contexte de hausse inédite du prix du gaz non routier.
00:40Et on va y revenir. Sans réponse de la ministre demain, nous n'aurons d'autre choix que de nous
00:45remobiliser.
00:47Je ferme les guillemets et je vous cite. Est-ce que vous avez eu une réponse ?
00:51Non, la ministre de l'Agriculture hier ne nous a pas apporté de réponse supplémentaire.
00:56Mais Matignon a fait passer le message, et je l'ai lu dans la presse ce matin, que le Premier
00:59ministre était prêt à bouger dans les jours prochains en annonçant des mesures complémentaires.
01:05La situation des agriculteurs est comme celle des Français. Nous mettons dans nos tracteurs un gasoil non routier dont le
01:11prix a quasiment doublé depuis un mois.
01:14Et évidemment, le sujet pour nous, c'est la poursuite de l'activité. Et on a besoin évidemment de réponses
01:19gouvernementales sur ce sujet. Nous ne pouvons pas tenir comme ça.
01:21Une hausse de 60% de ce pétrole en trois semaines. Est-ce que les agriculteurs peuvent encore faire le
01:28plein ?
01:29Alors, nous continuons à être apprévisionnés en carburant, ce fameux gasoil non routier. Mais on commence à entendre de ci,
01:36de là, des problématiques où des volumes sont plafonnés.
01:40Pour le moment, nous avons ce qu'il faut. Mais encore une fois, le sujet est le prix.
01:43Pour le moment, c'est-à-dire ? Combien de temps ?
01:46J'espère qu'on pourra continuer à faire. Vous savez, les travaux des champs, c'est maintenant. On va semer
01:50les tournesols, les maïs, les premières fenaisons. La récolte de l'herbe va commencer.
01:55Non, mais vous connaissez les stocks ?
01:57Oui, les stocks, aujourd'hui, nous disposons dans nos fermes de carburant. Mais encore une fois, les premiers retours du
02:02terrain nous montrent qu'à certains endroits, on commence à être plafonné.
02:06Il n'y a pas de manque au moment où je vous parle. Mais encore une fois, le premier sujet
02:10pour nous, c'est le prix, bien sûr.
02:12Bien sûr.
02:12Alors justement, qu'est-ce que vous attendez du Premier ministre en début de semaine prochaine, Arnaud Rousseau ?
02:17Le gouvernement, il peut agir notamment en baissant, par exemple, la TVA qui existe encore sur ce gazole.
02:24Mais vous savez qu'il n'y a pas vraiment de cagnotte fiscale. En tout cas, elle n'est pas
02:28très importante. C'est ce que dit le gouvernement.
02:31Vous comprenez qu'il refuse un quoi qu'il en coûte de la guerre au Moyen-Orient ?
02:35Oui, vous savez, nous, les agriculteurs, on est des entrepreneurs et on voit bien quelle est la situation des finances
02:40publiques.
02:40D'ailleurs, on a des niveaux de prélèvement, comme toutes les entreprises de France, qui sont très importantes.
02:45Ce qu'on dit simplement, c'est qu'aujourd'hui, notre dépendance, et c'est aussi pour ça que nous,
02:49on prône la souveraineté alimentaire,
02:51notre dépendance énergétique nous mène aujourd'hui à être quelque part sous l'impact rapide et évident de ce qui
02:59se passe ailleurs sur la planète.
03:00Mais l'aide que vous avez aujourd'hui, c'est 4 centimes par litre, vous voulez 30, c'est quand
03:05même très énorme proportionnellement comme augmentation.
03:09D'abord, on a déjà des aides, si je suis honnête, puisqu'on a déjà un certain nombre de droits
03:14d'assises qui sont diminués sur les carburants agricoles.
03:16Nous avons obtenu, c'est la déclaration qu'a faite la ministre vendredi dernier, 3,86 centimes.
03:23Je rappelle que l'augmentation est de l'ordre de 50 à 60 centimes.
03:27Donc je comprends qu'à la fois le gouvernement ait des moyens limités, mais la réalité pour nous, c'est
03:33l'activité.
03:34Si on arrête notre activité, comment fait-on pour produire de la richesse pour ce pays et pour continuer à
03:39vivre sur nos fermes ?
03:40Mais Sophie Binet, d'un autre syndicat, la CGT pour le coup, vous dit que derrière ces opérations de ciblage,
03:46la solidarité nationale envers les agriculteurs, ce sont des millions d'automobilistes français qui sont laissés de côté.
03:53Est-ce que vous vous vivez en décalage par rapport au reste de la population ?
03:57Non, mais je rappelle que les agriculteurs ont aussi des véhicules et se déplacent pour emmener leurs enfants à l
04:01'école ou aller faire leurs courses.
04:02Donc on n'échappe pas à cette problématique.
04:05Et moi, je n'oppose pas la situation dans laquelle on est est évidemment critique.
04:09Je rappelle que pour nous, le sujet, c'est la poursuite de l'activité.
04:12Alors aujourd'hui, on est à un peu moins d'un mois de conflit.
04:16Et nous ne sommes pas au mois de mars-avril dans les mois où nous consommons le plus de carburant.
04:20Je le redis, les moissons, les fenaisons vont arriver vite.
04:23Mais il y a une forte inquiétude et l'impact est immédiat.
04:25Et je pourrais vous parler également des engrais, bien sûr.
04:27Bien sûr, on va y venir parce que l'autre enjeu lit à la fermeture du détroit d'Ormouz, Arnaud
04:31Rousseau,
04:31c'est que pour faire pousser du blé, du maïs, du colza, que sais-je,
04:35les agriculteurs ont besoin, ou en tout cas certains d'entre eux, d'engrais azotés.
04:39Ces engrais sont fabriqués à partir de gaz naturel.
04:42Avec le blocage du détroit d'Ormouz, la tonne de solutions azotées est passée à plus de 419 euros le
04:4919 mars.
04:50C'est plus 10% en quelques semaines.
04:53Est-ce qu'il y a urgence ? Et que demandez-vous ce matin ?
04:56Alors effectivement, même si une partie de nos engrais ne viennent pas de cette partie de la planète,
05:00il y a eu une augmentation extrêmement importante.
05:02Les engrais, pour vos auditeurs comprennent bien, c'est l'alimentation de nos plantes.
05:06Et si on ne les nourrit pas, nous n'avons pas de plantes, pas de récolte, pas de moisson.
05:10Et donc on a absolument besoin de ces engrais.
05:13Alors une partie a été achetée avant, mais nous subissons l'impact.
05:15Là aussi, on parle d'une cinquantaine d'euros à l'hectare.
05:18Nous avons besoin que rapidement on puisse regarder.
05:21Et ça pose à nouveau la question de la souveraineté.
05:24Est-ce qu'on est capable de plus produire en France d'engrais ?
05:26Et comment on fait avec les sujets énergiques ?
05:28De la souveraineté et à la fois aussi du modèle d'une agriculture
05:32qu'on voit dépendante, peut-être trop dépendante par rapport aux énergies fossiles et aux pays tiers,
05:38quand il existe des solutions décarbonées dans lesquelles nous n'investisserions pas assez.
05:43Qu'est-ce que vous répondez à ceux qui vous disent que l'agroécologie, par exemple,
05:46qui implique de réduire drastiquement, voire de supprimer les engrais azotés chimiques
05:51en s'appuyant sur la rotation des cultures, les légumineuses, les couverts végétaux,
05:55c'est une solution et c'est peut-être la solution.
05:58C'est ce qu'on met déjà en place, pardon.
05:59Mais vous savez, les agriculteurs ont intérêt à réduire leurs charges
06:02parce que tout ça nous coûte beaucoup d'argent
06:04et que tout ce qu'on peut produire en France,
06:07encore une fois, nous portons la souveraineté, a du sens.
06:09On le fait déjà quand on produit du biogaz à partir de nos fermes,
06:13quand on produit des biocarburants qui viennent supplanter le fossile,
06:16quand on essaye de réduire nos doses d'engrais,
06:18par exemple sur les engrais phosphatés,
06:20moins 40% en 30 ans.
06:22Donc cet effort, il est entamé.
06:23Il faut probablement aller plus loin.
06:24Et puis surtout, il faut regarder comment on produit en France.
06:26C'est ça pour nous l'intérêt.
06:27Mais Arnaud Rousseau, ce que vous vouliez, vous,
06:29c'était que Bruxelles, en tout cas dans l'urgence,
06:32accepte de suspendre la taxe carbone aux frontières
06:34pour faire baisser ce prix des engrais.
06:36Aujourd'hui, Bruxelles dit non.
06:37Est-ce que ce n'est pas le moment de vous dire
06:39qu'on va aussi amorcer un virage vers une agriculture
06:42où on serait moins gourmand en engrais ?
06:45Et notamment quand on entend, y compris les dernières études
06:48comme celle de la revue Nature,
06:49dont on parlait tout à l'heure à 7h moins le quart sur Inter,
06:51qui montrent que quand certains engrais sont mélangés,
06:55même quand ils ne sont pas jugés dangereux pour l'homme,
06:58ils peuvent finalement provoquer un surplus de cancer dans la population ?
07:01Non, attendez, il faut qu'on remette les choses à leur place.
07:05D'abord, nous avons besoin d'engrais, c'est la nourriture de nos plantes.
07:08Ensuite, il faut qu'on le fasse...
07:09Dans un certain type d'agriculture ?
07:11Non, non, vous savez, de l'engrais, il y en a besoin,
07:13y compris en agriculture biologique.
07:15On met de l'engrais organique ou de l'engrais minéral.
07:17Il n'y a pas de plantes qui puissent pousser sans engrais.
07:20Ça n'est pas possible.
07:21Eh bien, il faut inviter des agronomes, ils vous expliquent ça mieux que moi.
07:24Ce qui compte, en revanche, c'est d'adapter le modèle pour le changement climatique,
07:28pour les impacts, pour la manière dont aussi, nous, dans nos exploitations,
07:32on peut réduire nos charges, mais il y a un certain nombre de choses
07:33autour duquel on ne peut pas passer.
07:35J'entendais votre reportage sur le cuivre,
07:38il y a quelques minutes, concernant la production en viticulture,
07:41y compris en agriculture biologique.
07:42On a besoin d'un certain nombre d'éléments.
07:44Donc, on est trop dépendants et il faut produire.
07:46Mais sur les engrais, par rapport à Bruxelles,
07:47nous, ce qu'on dit, c'est que ça, ça tient si, par ailleurs,
07:50on produit en Europe pour être moins dépendant d'importations
07:53et pour avoir des bilans carbone qui sont meilleurs.
07:56Or, il y a quelques jours, on vient de fermer une usine en France.
08:00Une usine d'engrais ?
08:01Une usine d'engrais en Seine-et-Marne.
08:03Et donc, ce qu'on dit au gouvernement, c'est qu'il faut à la fois protéger,
08:06mais à la fois permettre de produire pour trouver des productions.
08:09Et vous avez compris que nous, nous n'opposons pas la protection et la production.
08:13On a besoin des deux.
08:14Il faut dire que la France importe à peu près 80% de ses engrais,
08:19dont une large part en provenance de pays qui sont en dehors de l'Union Européenne.
08:25Il y a une double dépendance à la fois aux pays tiers et aux énergies fossiles.
08:29Il faut sortir de cette double dépendance.
08:31Mais comment ?
08:32Est-ce que ce n'est pas une question qui interroge même le modèle agricole français ?
08:36Oui, il est déjà interrogé depuis longtemps à Libadou.
08:39Vous savez, par exemple, nous, on porte l'ambition de développer ce qu'on appelle des légumineuses,
08:44qui sont des plantes qui, pour pousser, captent l'azote qui se situe dans l'air.
08:49Les pois chistes, les haricots, ce genre de choses.
08:52Les févroles, les pois protéagineux.
08:54C'est ce que vous faites d'ailleurs avec votre entreprise.
08:56Absolument.
08:57On essaye de développer ces productions, même si c'est difficile.
09:00On est en train de progresser.
09:02Et d'ailleurs, le comportement alimentaire évolue aussi.
09:04Mais là aussi, nous n'opposons pas.
09:06Et puis, il y a le temps de la recherche.
09:07On a aujourd'hui, sur le plan de la génétique de ces productions,
09:10je pense aux pois protéagineux, besoin d'avancer.
09:12Il y a des plants protéines.
09:13Mais vous voyez, on se bat avec le gouvernement pour pouvoir financer ces plants protéines en ce moment.
09:18Donc, tout ça nécessite qu'on puisse avancer.
09:20Nous sommes conscients de la dépendance.
09:23Et notre ambition, nous, agriculteurs français,
09:25c'est de trouver des solutions pour continuer à être une des agricultures les plus durables.
09:29Alors, il y a une question que vous pose Fabrice sur l'application Radio France.
09:33Pourquoi les terres agricoles en France sont quatre fois plus polluées au cadmium,
09:37selon l'ANSES, que les terres des autres pays de l'UE ?
09:41Alors que depuis des années, la FNSEA proclame haut et fort
09:43que notre agriculture conventionnelle est la plus vertueuse au monde.
09:47Est-ce que vous soutenez ?
09:49Est-ce que la FNSEA soutient la recommandation de l'ANSES de baisser les seuils ?
09:53D'abord, cette question est intéressante.
09:55On s'y est penché de très près, puisque comme agriculteur,
09:58ce n'était pas forcément inné sur nos fermes.
10:00La réglementation européenne...
10:01Cadmium, on va juste rappeler que c'est un métal lourd qui est susceptible,
10:04selon l'ANSES, de favoriser les cancers du pancréas,
10:07cancers du sein notamment.
10:08Et c'est vrai que l'ANSES demande au pouvoir public
10:10de baisser les seuils de cadmium dans les engrais phosphatés.
10:13Donc, c'est une question qui vous est directement adressée.
10:15Oui, absolument.
10:16D'abord, il faut rappeler que le cadmium se trouve de manière naturelle
10:19dans l'environnement.
10:20Enfin, ce n'est pas un produit qui...
10:22Voilà, on le trouve de manière naturelle.
10:25Et on le trouve dans les engrais phosphatés,
10:27qui viennent notamment d'un certain nombre de milles.
10:28Oui, là, il y a un surplus quand même par rapport au taux naturel.
10:31Oui, absolument.
10:31Alors, c'est ce que je souhaitais vous dire.
10:33C'est qu'aujourd'hui, la norme en France, c'est 90 mg par kilo.
10:37Or, la norme européenne est à 60.
10:39Donc, on a besoin de descendre.
10:40Et l'ANSES préconise 20.
10:42Et l'ANSES préconise 20.
10:43Et donc, nous, on s'est rapprochés de ceux qui nous fournissent
10:45et qui nous disent aujourd'hui qu'ils pensent que c'est possible
10:47de descendre jusqu'à 20.
10:49Nous, ce qu'on dit, c'est que déjà, mettons-nous la réglementation européenne.
10:52Ça nous paraît important.
10:53Et ensuite, toujours pour les mêmes conditions,
10:55si on peut améliorer la protection de l'environnement,
10:57la santé des consommateurs
10:59et qu'on sait nous fournir des produits à 20,
11:01évidemment, notre intérêt, c'est de les avoir rapidement
11:03à des prix abordables.
11:04Mais vous ne remettez pas en cause le lien direct
11:06entre le cadmium et ces cas, donc,
11:10qui concernent la santé publique ?
11:12Écoutez, moi, je ne suis pas un spécialiste de la santé publique,
11:14je suis agriculteur.
11:15Ce que je dis, c'est que quand il y a des préconisations
11:17faites par une agence de santé sanitaire,
11:19qu'elle soit européenne ou nationale,
11:21il me paraît important de suivre ces préconisations
11:23et ensuite qu'on nous propose ces produits.
11:26Mais avec quel calendrier, alors ?
11:27Écoutez, moi, j'ai interrogé hier les pouvoirs publics
11:31qui nous disent que, d'ores et déjà,
11:32une partie importante des engrais phosphatés
11:34qui vient notamment du Maroc,
11:36la première entreprise marocaine, l'OCP.
11:38Premier producteur de phosphate
11:39et de produits phosphatés au monde.
11:42Absolument.
11:42Qui nous dit qu'elle est capable de fournir à l'Europe
11:44des cadmium, en tous les cas des engrais phosphatés
11:47avec du cadmium inférieur à 20 mg.
11:50Donc, moi, j'attends ça, évidemment, avec intérêt
11:52pour qu'on puisse, là aussi, protéger et produire.
11:55Alors, il y a de nombreuses questions qui reviennent
11:57sur cette question du carburant, de l'énergie,
12:00du modèle agricole.
12:02Charles, par exemple, qui vous demande s'il est possible
12:04que la FNSEA propose un autre système d'agriculture
12:07moins consommateur de gazole
12:09plutôt que de manifester pour avoir plus de pétrole.
12:13Violaine vous demande pourquoi la FNSEA
12:15ne s'oriente pas vers une culture sans fossiles,
12:19vers une vraie transition agricole.
12:21C'est devenu comme une sorte d'arlésienne,
12:24la transition agricole.
12:25On ne cesse d'en parler.
12:26On a l'impression qu'elle n'arrive pas assez vite.
12:29Alors, ça, c'est le sentiment.
12:31Et moi, j'entends les commentaires de vos auditeurs.
12:32Mais ça n'est pas la réalité.
12:34L'agriculture a énormément évolué
12:36ces 30 dernières années.
12:37Mais disons les choses avec sérieux.
12:39Non, on ne peut pas, à court terme,
12:41se passer du carburant.
12:43D'abord, parce qu'on ne va pas revenir
12:44à l'âge des chevaux et des attelages de bœufs.
12:48Et qu'aujourd'hui, dans nos tracteurs,
12:50on essaie de progresser.
12:51On a parlé de l'électrification du parc.
12:53Ça va pour les petites puissances inférieures
12:55à 100 chevaux, peut-être un peu plus.
12:57Ensuite, on a développé des biocarburants,
12:59donc du renouvelable qu'on additionne.
13:02Et on doit continuer à progresser.
13:04Mais attention, ne racontons pas
13:06que demain, on va pouvoir se passer de tracteurs.
13:07Et encore une fois, je le dis,
13:09tout ce qui permet la durabilité de nos modèles
13:12nous intéresse.
13:12Vous savez, nos fermes,
13:13elles sont ancrées dans les territoires.
13:14Et donc, on a besoin de permettre aussi
13:16qu'on les transmette demain.
13:17Mais je ne voudrais pas qu'on oublie,
13:18pour terminer,
13:19que encore une fois,
13:20l'agriculture française,
13:21il faut la comparer au reste
13:22de ce qui se fait ailleurs.
13:22Et que c'est une des plus durables.
13:24Ça ne veut pas dire
13:24qu'elle ne doit pas progresser,
13:26mais ça veut dire
13:26qu'il faut parfois donner acte
13:27des progrès qui ont été réalisés.
13:28Mais en attendant,
13:29puisqu'on parle de l'aide au carburant,
13:30vous ne nous avez pas dit
13:31à quel niveau vous dites
13:32« bon, finalement, on ne mobilise pas » ?
13:34Puisque vous réclamez 30.
13:35Vous espérez combien, en fond ?
13:38Là, il faut qu'on rediscute
13:40avec les pouvoirs publics
13:41et avec le Premier ministre
13:41que j'ai vu la semaine dernière
13:43et qui souhaitent nous revoir.
13:43C'est quoi le niveau acceptable ?
13:45Il faut qu'on regarde.
13:46Dites-moi si la guerre en Iran
13:48cessera dans 15 jours,
13:49comme l'annonce M. Trump,
13:50ou pas.
13:51Ça peut être reconduit mois par mois,
13:52comme ce que fait le gouvernement
13:53avec les ailes similaires.
13:54Aujourd'hui, ce qui est sûr,
13:55c'est qu'à minima,
13:56c'était les 15 centimes
13:57qu'on avait eus
13:58au moment de la guerre en Ukraine.
13:59Aujourd'hui, on a 4,
14:00vous voulez monter à 15 ?
14:01Non, mais on a demandé 30
14:02parce que l'augmentation
14:03est de l'ordre de 60
14:04et qui nous paraissait intéressant,
14:06intellectuellement,
14:06de dire qu'on prenait
14:08la moitié en charge
14:08dans nos exploitations
14:09et que la solidarité nationale
14:11nous permettait d'accompagner.
14:12Je le redis,
14:12l'objectif,
14:13c'est la poursuite de l'activité.
14:15Et sinon, c'est quoi ?
14:15C'est les tracteurs
14:16à nouveau dans la rue ?
14:17Non, mais attendez,
14:18on est en train de discuter
14:19avec le gouvernement
14:20et je rappelle que
14:21les agriculteurs
14:22sont en train de travailler.
14:23Vous savez,
14:23les beaux jours
14:24sont en train de revenir.
14:24Je viens d'entendre la météo.
14:25On a du travail dans nos fermes.
14:27Donc, l'action,
14:28ce n'est pas de gaieté de cœur.
14:30C'est juste pour dire
14:31qu'à un moment,
14:31si on ne peut plus travailler,
14:33il faudra bien
14:33qu'on aille l'exprimer.
14:35Il faut savoir
14:35comment et qui on défend
14:37et en l'occurrence,
14:38c'est le rôle des syndicats
14:39et évidemment des syndicats agricoles
14:41aux élections
14:42des chambres d'agriculture
14:43de février l'année dernière.
14:45L'alliance FNSEA
14:46jeunes agriculteurs
14:47est tombée
14:48à 46,7% des voix.
14:50Vous étiez largement au-dessus
14:53en 2019.
14:54La coordination urale
14:55réalise une percée inédite
14:57à près de 30%.
14:58Comment l'expliquez-vous ?
15:00Votre mandat,
15:00il est en train de s'achever.
15:01Est-ce que vous en avez fait
15:03l'inventaire ?
15:04Pourquoi est-ce que la FNSEA,
15:05qui était un acteur
15:06absolument incontournable
15:07de la vie agricole en France,
15:09dont on disait même
15:10qu'elle co-gérait
15:11le ministère de l'Agriculture,
15:13pourquoi la FNSEA
15:14est-elle en perte d'influence ?
15:15D'abord,
15:16je ne connais plus
15:16d'un parti politique
15:17qui aimerait faire 46%
15:20au premier tour,
15:20mais plus sérieusement...
15:22Je ne connais plus
15:22d'un syndicat
15:23qui aimerait avoir
15:23autant d'électeurs
15:24qu'un parti politique
15:25en l'occurrence aussi.
15:27Il se trouve que...
15:29Vous avez 212 000 adhérents.
15:30La situation agricole
15:33est extrêmement difficile
15:34dans nombre de régions françaises.
15:37Et que quand vous ne savez pas
15:38comment vous finissez le mois,
15:40quand vous êtes impacté régulièrement
15:41par le changement climatique,
15:43quand vous n'avez pas
15:43de vision politique
15:44au niveau européen
15:45et au niveau national,
15:46évidemment,
15:47la colère vous gagne.
15:48Et que quand les élections
15:50Non au niveau européen ?
15:52Bien sûr, vous savez...
15:53Malgré les soutiens
15:54de l'Union européenne.
15:55Il y a une telle distance
15:56entre un agriculteur
15:57sur sa ferme
15:58et les institutions européennes
15:59qu'aujourd'hui,
16:00il n'y a plus de compréhension.
16:01Regardez ce qui s'est fait
16:02sur le Mercosur.
16:03Nous avons obtenu
16:04une saisine
16:05de la Cour de justice européenne
16:06après des mobilisations historiques.
16:08La commission dit
16:09je m'en moque
16:10et je mets par anticipation
16:12cet accord en application.
16:13C'est le traité
16:13de libre-échange
16:14avec l'Amérique latine ?
16:14Absolument, absolument.
16:16Donc, cette colère
16:17s'est traduite
16:18par une remise en cause
16:19du syndicat historique
16:21le nôtre, la FNSEA
16:22qui était jusqu'à maintenant
16:24le syndicat au-delà
16:25des 50%.
16:27Nous étions à 55%
16:28et qui aujourd'hui
16:29vient nous remettre
16:30nous en question.
16:31Mais je le redis
16:32nos principes sont clairs.
16:33Nous, on veut
16:35pouvoir continuer
16:35à avoir le goût
16:36d'entreprendre
16:37parce qu'on a besoin
16:38de produire en agriculture
16:38et qu'on a des territoires
16:39qui sont très différents.
16:40Mais on a besoin
16:41d'apporter une réponse concrète
16:42à la crise
16:43que traverse l'agriculture.
16:44C'est une certitude.
16:45Avec 6 gouvernements
16:46et 5 premiers ministres
16:47en 3 ans,
16:48c'est très difficile.
16:48Mais la politique
16:49agricole commune
16:50est l'une des grandes
16:51politiques européennes
16:53qui soit intégrée
16:54et qui soit
16:55très massivement
16:57redistributrice.
16:58Est-ce qu'elle ne l'est plus
16:58assez pour les Français ?
17:00Pour les agriculteurs français ?
17:01En tous les cas,
17:02elle est un soutien
17:02à l'alimentation des Français.
17:04Ça représente 130 euros
17:06par an et par habitant
17:07en France.
17:08Et elle sera renégociée
17:09à la fin de l'année
17:10avec une négociation
17:11très difficile.
17:12Ce qui est proposé aujourd'hui,
17:13c'est une baisse drastique
17:15de cette enveloppe.
17:16Pour nous,
17:16c'est absolument vital.
17:17Toutes les agriculteurs du monde
17:18sont aidés aux Etats-Unis,
17:19en Russie et en Chine.
17:20L'Europe ne doit pas être naïve.
17:21Mais vos concurrents,
17:22ils sont en Europe
17:23ou est-ce qu'ils sont
17:24en dehors de l'Europe ?
17:25Les deux, si je puis dire.
17:26Vraiment ?
17:27Bien sûr,
17:27la concurrence intra-européenne
17:29est très forte.
17:30C'est la Pologne ?
17:31C'est la Pologne,
17:32c'est l'Allemagne,
17:32ce sont les Pays-Bas.
17:33Mais encore une fois,
17:34avec un cadre qui n'est pas
17:35toujours le même
17:36partout en Europe,
17:37c'est pour ça que nous,
17:37on dit les règles européennes
17:38pour les Européens.
17:39Et c'est pour ça qu'on se bat
17:40quand des produits sont importés
17:41d'ailleurs et ne respectent pas
17:42nos règles.
17:43Vous, vous avez un horizon aussi
17:44qui est la campagne présidentielle
17:46de 2027.
17:46Vous avez adopté
17:47pendant votre congrès
17:48de cette semaine
17:49votre rapport d'orientation
17:522026.
17:53L'objectif,
17:53c'est de mettre l'agriculture
17:54parmi les priorités
17:55ou même en priorité
17:56pour les candidats.
17:58Et vous avez parlé
17:59de faire supprimer
18:00le principe de précaution
18:01de la Constitution,
18:02de le remplacer
18:03par un principe d'innovation.
18:05Il n'est pas là
18:06pour nous protéger,
18:06le principe de précaution ?
18:07Bien sûr,
18:08bien sûr qu'il est là
18:09pour nous protéger.
18:09Et comme je vous l'ai indiqué,
18:10il n'est pas question
18:11de renoncer
18:12à protéger les Français,
18:13l'environnement,
18:14la sécurité.
18:14Alors pourquoi le supprimer ?
18:15Parce qu'aujourd'hui,
18:16pour nous,
18:16il est devenu
18:17un principe d'inaction.
18:18C'est-à-dire qu'au nom
18:20de la protection,
18:21on a mis un frein
18:22à l'innovation,
18:24à la possibilité
18:24d'avancer,
18:25aux bénéfices,
18:27risques,
18:27comme on le regarde.
18:28Et donc,
18:29il nous paraît,
18:29dans le cadre d'une campagne
18:30présidentielle,
18:31de remettre ce sujet
18:32sur la table,
18:33de s'emparer des sujets.
18:34Une élection présidentielle,
18:35c'est fait pour faire
18:36le bilan
18:36de ce qui a été fait.
18:38Or,
18:38nous constatons aujourd'hui
18:39qu'il est nécessaire
18:40de continuer à protéger.
18:41Et nous,
18:41comme agriculteurs,
18:42évidemment,
18:43comme citoyens,
18:43on y a intérêt.
18:44Mais il est là
18:45pour empêcher
18:45des catastrophes sanitaires ?
18:47Non mais bien sûr.
18:48Mais pour autant,
18:48on a eu un certain nombre
18:49de catastrophes sanitaires
18:50récemment.
18:51Regardez par exemple,
18:52pour prendre votre remarque,
18:55pendant le Covid,
18:56on a à la fois
18:58voulu protéger
18:59les Français,
18:59mais en termes de vaccins,
19:01on a été très vite
19:01parce qu'on a considéré
19:02que dans la balance
19:03bénéfice-risques...
19:04Donc l'innovation
19:04n'a pas été empêchée
19:05par le principe de précaution ?
19:06Alors,
19:07en l'occurrence,
19:08là,
19:08dans un certain nombre
19:09de sujets agricoles,
19:09c'est le cas.
19:10Nous,
19:11on a besoin
19:11d'aller plus loin
19:12sur l'innovation.
19:13Exemple,
19:14les travaux
19:14d'Emmanuel Charpentier
19:15prix Nobel française
19:17qui ne permettent pas
19:18de développement en France.
19:20On a besoin que,
19:21par exemple,
19:21sur nos semences de main,
19:22on puisse avoir
19:23des semences
19:23qui nous permettent
19:24d'être moins dépendants
19:25des maladies
19:25et donc de traiter moins,
19:26d'avoir des variétés
19:27plus robustes
19:28sur le changement climatique
19:29et donc peut-être
19:34sur l'application.
19:35Pourquoi avez-vous conclu
19:36votre congrès hier
19:36en demandant la suppression
19:38du principe de précaution
19:39dont je rappelle
19:40qu'il est inscrit
19:40dans la Constitution ?
19:41Comment pouvez-vous
19:42demander cela
19:43dans un contexte
19:43de multiplication
19:44des maladies chroniques
19:45et des cancers,
19:46notamment chez les agriculteurs ?
19:48Alors,
19:49d'abord,
19:49on n'a pas fini
19:50notre congrès là-dessus.
19:51On avait bien d'autres thématiques.
19:52Mais enfin,
19:52celle-là faisait partie
19:53des propositions
19:54qu'on souhaite remettre
19:55sur la table,
19:55je le dis encore,
19:56dans le cadre des présidentielles.
19:58Il y a l'élection
19:59votre reconduction,
19:59vous êtes le seul candidat ?
20:01Écoutez,
20:01on va attendre l'élection
20:02si vous permettez.
20:03Il y a peu de suspense.
20:04Il n'y a pas beaucoup de suspense.
20:05Mais en tous les cas,
20:07sur cette remarque
20:08que nous font
20:08de nombreuses personnes,
20:09la peur demain
20:11que ce soit finalement
20:12un renoncement
20:13à la protection
20:14de la santé,
20:15de l'environnement
20:16versus
20:16un vilain productivisme
20:18dont parfois
20:19on nous taxe,
20:19nous,
20:20on essaye d'être
20:21des gens
20:21qui sont cohérents.
20:22Nous sommes en train
20:23de perdre notre appareil
20:24productif agricole.
20:25Je l'ai dit,
20:26nous sommes parmi
20:27les plus durables.
20:28Si demain,
20:28dans notre assiette,
20:29on ne veut pas
20:29d'importation souvent
20:31moins disante,
20:31on a besoin
20:32de se remettre en question.
20:33Non mais soyez clair
20:34sur le principe de précaution.
20:35Faut-il le remettre en cause ?
20:36Je redis
20:37qu'il n'est pas question
20:38de remettre en cause
20:39la protection des Français,
20:40mais que nous avons besoin
20:41d'y adjoindre
20:42un principe d'innovation
20:43dans lequel
20:44la balance bénéfice-risque
20:46est réévaluée.
20:47Il faut revoir
20:47la Constitution française ?
20:49Écoutez,
20:50en tous les cas,
20:50il faudra une réforme constitutionnelle.
20:52C'est la loi fondamentale
20:53dont on parle.
20:53Absolument.
20:54Et vous voyez bien
20:55qu'il y a encore du chemin
20:56entre cette proposition
20:57et sa concrétisation.
20:58Mais notre contribution
20:59veut que dans la présidentielle
21:01on puisse débattre
21:02de sujets de cette nature.
21:03Et Arnaud Rousseau,
21:03la loi d'urgence agricole
21:05doit être,
21:05en tout cas la dernière,
21:06doit être présentée
21:07en Conseil des ministres
21:08la semaine prochaine
21:08avec facilitation
21:10du stockage d'eau,
21:11de la lutte contre
21:12les prédateurs,
21:13les loups notamment.
21:14Est-ce qu'il faut
21:14y intégrer cette loi,
21:16la nouvelle loi du plomb
21:17qui prévoit
21:18de réintroduire
21:19à titre provisoire
21:20les pesticides,
21:21notamment les néonicotinoïdes,
21:22l'acétamipride ?
21:24Alors, nous,
21:25vous savez que nous avons
21:25toujours soutenu
21:27cette position
21:27pour deux raisons.
21:28La première,
21:29c'est que,
21:29je l'ai rappelé tout à l'heure,
21:30il faut des règles uniques
21:31en Europe
21:32et c'est utilisé
21:32partout en Europe.
21:34Et la seconde,
21:34c'est que j'ai compris
21:35que le président du Sénat,
21:37M. Larcher,
21:37avait interrogé
21:38le Conseil d'Etat
21:40qui dit
21:41y être favorable.
21:42Donc,
21:43nous avons cette loi,
21:44il y aura un débat parlementaire.
21:46Écoutez,
21:47il appartiendra,
21:47puisque c'est un projet
21:48de loi au gouvernement
21:49de savoir ce qu'il fait.
21:50Nous,
21:51nous souhaitons
21:51que ce débat puisse
21:52avoir lieu,
21:52puis il appartiendra
21:53enfin aux parlementaires
21:54de le décider.
21:56Mais je le redis,
21:57on ne peut pas,
21:57nous,
21:57avoir des mesures
21:58qui ne sont pas possibles
22:00en France
22:00et acceptées partout ailleurs.
22:01Dernière question
22:02qui concerne les amis
22:03et les protecteurs
22:04de la nature.
22:05Le quota relevé
22:06pour tuer le nombre
22:08de loups en France,
22:09qu'est-ce que vous en pensez ?
22:11Nous,
22:11on a vu la prédation
22:12augmenter terriblement
22:13et on pense
22:14qu'il faut mieux choisir
22:15les milieux,
22:16la production
22:18du pastoralisme
22:18et des ovins
22:19plutôt que le loup.
22:20Mais on est évidemment
22:21d'accord pour dire
22:22qu'il faut maintenir
22:23des loups en France,
22:23c'est la conversion de B1.
22:24Il faut qu'on accepte
22:25d'aller plus loin dans le tiers
22:26quand les animaux sont attaqués,
22:27protéger l'environnement,
22:28c'est aussi protéger
22:29le pastoralisme.
22:30Merci Arnaud Rousseau
22:31d'avoir été l'invité
22:32de France Inter ce matin.
22:34Merci à vous.
22:34Bonne fin de congrès,
22:35bonne élection.
22:35Sous-titrage Société Radio-Canada