00:00Ce qui s'est passé, c'est que vers 10h30 du soir, quand j'ai voulu annoncer les résultats,
00:04comme je le fais à toutes les élections à Mante-la-Jolie en tant que maire,
00:07dès que j'ai franchi la porte du hall de l'hôtel de ville, je me suis fait insulter copieusement.
00:12J'ai dû franchir une foule extrêmement hostile qui m'est hurlé dessus à 10 cm de distance pour accéder
00:18à l'estrade.
00:19J'ai essayé de proclamer les résultats.
00:21Mon souhait, c'était de dire à Adam Agueil que je le félicitais, que je voulais organiser une transition en
00:24douceur jusqu'à samedi.
00:25Je n'ai pas pu en placer une, comme on dit, et j'ai dû repartir dans l'autre sens
00:30pour rejoindre mes proches qui étaient en haut
00:32et qui ont vu ça et qui sont extrêmement choqués de la violence que j'ai subie.
00:36Ma femme m'a dit qu'elle avait pensé que je ne pourrais pas revenir.
00:40C'est-à-dire vraiment, vous avez été empêché, suivi ?
00:44Empêché, insulté, hué, ça, ça peut arriver, mais insulté avec des mots extrêmement durs.
00:49Ma fille de 14 ans qui était au premier étage, qui avait été envahie d'ailleurs par des gens qui
00:53sont rentrés dans des zones de la mairie
00:54où vous n'avez pas le droit de rentrer, a été aussi insulté.
00:57Enfin, on avait l'impression vraiment qu'à tout moment, ça pouvait basculer.
01:01Et ce qui était très choquant, c'est que personne n'a demandé d'appeler au calme, personne n'a
01:05pu rétablir l'ordre.
01:06Alors, on nous précise que le maire nouvellement élu, donc Adam Agueil, n'était pas présent, c'est juste ?
01:11J'ai demandé ce qu'il était là pour essayer de ramener du calme.
01:14On m'a dit que non, voilà.
01:15Il s'est exprimé quelques minutes plus tard depuis le haut de l'hôtel de ville.
01:20Et un quart d'heure après, moi, la police municipale m'a dit, monsieur le maire, il faut qu'on
01:22y aille.
01:23Et donc, j'ai été exfiltré par ma propre police municipale, de façon d'ailleurs extrêmement professionnelle,
01:27dans ma propre mairie, dans une ville que je dirige depuis 8 ans et où je suis élu depuis 12
01:31ans.
01:31Donc, c'est des images qui sont terribles, pour moi évidemment, mais quand on voit l'actualité, on relativise.
01:36Mais surtout pour Mante-la-Jolie, parce qu'en voyant ça, tout le monde va se dire, c'est ça
01:39Mante-la-Jolie.
01:40Et moi, le message que je veux passer, c'est que non, c'est pas ça Mante-la-Jolie, et
01:43heureusement.
01:44Est-ce que vous portez plainte ?
01:45Non, je veux pas porter plainte, parce que vous savez, je connais assez la justice de ce pays pour savoir
01:49que la procédure va durer 3 ans,
01:51et qu'à la fin, on va me dire qu'on peut identifier personne et que c'est pas la
01:53peine.
01:53C'est terrible ce que vous dites.
01:54Oui, mais vous savez, moi, on m'a agressé en 2022, pendant une campagne électorale,
01:58j'ai reconnu l'auteur des faits, et il n'est jamais passé au tribunal.
02:02Vous voyez, donc c'est pas quelques insultes qui vont changer ça.
02:05Mais par contre, ce que je regrette, c'est qu'il n'y ait pas une solidarité totale des élus
02:09autour des faits comme ça.
02:10Ces gens-là, c'est les supporters de mon opposant, ils ont gagné.
02:13Mais qu'est-ce qui se serait passé s'ils avaient perdu ?
02:15Est-ce que vous imaginez ce qui va se passer à Saint-Denis et dans d'autres villes dans 6
02:18ans si ces gens-là sont battus ?
02:19Parce que le principe de la démocratie, c'est que parfois on garde, parfois on perd.
02:23Mais ce que vous dites surtout, c'est qu'il y a eu des précédents avant ce qui s'est
02:25passé dimanche,
02:26parce qu'en 2022, vous aviez été agressé, donc c'est pas un basculement récent.
02:30Non, en fait, on voit monter la tension petit à petit, on la voit monter aussi dans les bureaux de
02:33vote.
02:33La journée a été assez compliquée en fin de journée, on a eu des bagarres dans certains bureaux, etc.
02:38De l'intimidation des électeurs ?
02:40Du racolage devant les bureaux de vote, etc.
02:42Donc on est en train de basculer petit à petit, en fait, dans quelque chose qui ressemble plus tellement à
02:46de la démocratie.
02:47Moi, ça fait 20 ans que je fais de la politique au niveau local.
02:50J'ai gagné des élections, j'en ai perdu beaucoup.
02:52En 2022, j'ai gagné cette ville dans des conditions exécrables.
02:55On avait une campagne très difficile.
02:56Je n'ai jamais fait subir ça à mes adversaires.
02:58Et quand je vois que certains maires à côté de gauche disent qu'ils étaient là et que c'était
03:04une scène de liesse et qu'en fait, il ne s'est rien passé.
03:07Et que Raphaël Cogné exagère beaucoup.
03:09Ces images-là, ce n'est pas moi qui vous les ai données.
03:11Elles ont été prises par les gens qui m'ont insulté.
03:13Elles ont été fournies à la presse par TikTok.
03:15Donc vous voyez, on est vraiment dans quelque chose de très grave.
03:18Est-ce que vous allez siéger dans l'opposition ?
03:20Non, moi, je ne vais pas siéger dans l'opposition.
03:22C'est-à-dire ?
03:24Vous n'allez pas siéger dans l'opposition ?
03:25Non, je ne vais pas siéger dans l'opposition.
03:26Mais ça, c'est une question d'éthique personnelle.
03:28Quand tu es battu, tu laisses la main à d'autres.
03:30Tu es mère sortante, tu es battue, tu acceptes le jeu de démonter.
03:32Donc vous allez démissionner samedi ?
03:34Je n'ai pas besoin de...
03:34Oui, oui, je ne vais pas siéger samedi.
03:36Je vais laisser la place à d'autres qui sont mes suivants sur la liste.
03:40Je le fais parce que j'estime...
03:41Vous ne serez pas présent lors du conseil ?
03:43Non, je ne serai pas présent.
03:44Mais parce que vous craignez des violences ?
03:46Moi, je n'en crains pas parce que je n'y serai pas.
03:48Mais j'espère que mes élus seront protégés.
03:49Moi, j'ai appelé le préfet.
03:50Mais surtout, pensez aux fonctionnaires de la ville.
03:52Moi, j'ai des fonctionnaires qui, ce soir-là, se sont fait insulter.
03:55Alors qu'ils faisaient juste leur travail de prendre les résultats
03:58et de les transmettre sur un procès verbal qu'on doit transmettre en préfecture.
04:00J'ai une fonctionnaire qui a été traitée de salle prostituée.
04:04Ce n'est pas le mot qui a été utilisé.
04:06Parce qu'elle faisait son boulot.
04:07Ces gens-là, ils me disent, monsieur le maire,
04:09mais ça va se passer comment samedi ?
04:11Est-ce que je me mets en droit de retrait ?
04:12Est-ce que je veux au conseil municipal ?
04:13Donc, j'appelle moi tout le monde au calme.
04:15Mais c'est surtout, il faut que tout le monde prenne conscience
04:16de ce qui est en train de se passer.
04:17On est dans une commune.
04:19Il y a des alternances politiques.
04:20C'est normal.
04:21Encore une fois, moi, j'ai gagné des élections.
04:22J'en ai perdu.
04:22Si ça se passe comme ça désormais maintenant,
04:24il y a une quinzaine de villes, je crois, où ça s'est passé comme ça,
04:26ça veut dire que la prochaine fois dans six ans,
04:28il y en aura 150 et ça ne va pas arrêter de continuer.
04:31Vous imaginez un jour où des fonctionnaires municipaux,
04:33justement parce qu'ils seront craintifs des risques,
04:35choisiront de ne plus servir, de ne plus bosser pour les villes ?
04:39J'en suis absolument certain.
04:40Moi, dans les bureaux de vote, j'ai des élus qui ont été insultés.
04:42J'ai aussi des fonctionnaires qui ont été insultés.
04:44Imaginez que M. Gueye qui a été élu,
04:46il va devoir constituer une équipe autour de lui,
04:48y compris de cadres, parce qu'il y en a qui vont partir,
04:50d'autres qui vont arriver.
04:51Vous êtes cadre de la fonction publique, vous voyez ça.
04:53Vous vous dites, est-ce que je vais aller travailler à Mont-la-Jolie ?
04:55Évidemment non.
04:55Donc, c'est une dérive extrêmement grave.
04:58Et je précise que Laurent Nunez, le ministre de l'Intérieur,
05:02a, parlant sans doute de Saint-Denis,
05:04où le maire a dit que si des agents municipaux
05:08n'appliquaient pas sa politique,
05:10alors ils n'avaient qu'à partir,
05:13il dit, Laurent Nunez,
05:14on a entendu un maire s'en prendre très directement
05:16aux agents territoriaux, aux agents municipaux,
05:19au mépris de l'application même,
05:21du statut de la fonction publique territoriale.
05:23Laurent Nunez qui précise, qui dit,
05:25je rappelle que nous sommes dans un état de droit.
05:27Mais au fond, cette question, elle se pose quand même.
05:30Il est vrai que lorsque l'on change de politique,
05:33certains agents municipaux n'ont peut-être pas à cœur
05:36d'appliquer cette nouvelle politique.
05:38Il est normal qu'il y ait des sortes de turnover.
05:40Oui, mais il y en a régulièrement dans les mairies.
05:42Vous savez, les fonctionnaires, ils rentrent, ils sortent.
05:44Il est d'usage que dans une mairie.
05:46Moi, par exemple, ma directrice générale des services,
05:48elle va partir, etc.
05:50Mais elle est en charge de la transition administrative
05:53pour que ça se passe au mieux.
05:54Et elle est en train de le faire.
05:55Avec d'ailleurs beaucoup de courage,
05:56parce que c'est son rôle de fonctionnaire.
05:59Mais en même temps, elle a le droit à la sécurité.
06:01Le ministre de l'Intérieur dit que c'est un délit d'opinion.
06:04Oui, moi en tout cas, si vous voulez,
06:07il faut quand même se dire que...
06:08Non, mais il a raison.
06:08Ou c'est le cas à chaque transition,
06:11à chaque changement de majorité.
06:14Aux États-Unis, on appelle ça le spoil system.
06:16On est très loin d'un spoil system en France.
06:18C'est le statut de la fonction publique
06:19qui fait qu'un titulaire peut rester en poste.
06:21Par contre, il doit neutralité et loyauté à l'exécutif.
06:23C'est normal.
06:24Raphaël Cogné, Laurent Nunez,
06:25pointe la responsabilité de LFI.
06:27Il dit que les communes dans lesquelles ces faits ont eu lieu
06:30sont souvent celles de LFI.
06:33Votre opposant, qui a donc gagné Adam Agaï,
06:35n'a pas l'étiquette LFI.
06:37Non, mais LFI l'a rejoint au deuxième tour
06:38de l'élection municipale.
06:40C'est là que la campagne a basculé
06:42dans une forme d'hystérisation.
06:43Moi, je ne sais pas qui étaient ces gens-là.
06:45Où est-ce qu'ils sont encartés ?
06:49La droite a pris des villes à Brest,
06:51à Clermont-Ferrand, à Tulle.
06:53Est-ce que vous avez vu des images comme ça ?
06:54Non.
06:55Ce n'est pas un phénomène qui est répandu
06:57dans tous les camps.
06:59Moi, je suis désolé, je suis quelqu'un de bien élevé.
07:01Quand je perds, je dis j'ai perdu et je pars.
07:04Jamais je n'aurais t'aurérité ça.
07:05Et si j'avais un militant un peu excité
07:07parce que ça peut arriver,
07:08tu prends la parole et tu dis
07:09on arrête ça tout de suite.
07:10Vous auriez aimé que de l'autre côté,
07:12il y ait une autorité qui s'exprime
07:14et qui dit on arrête.
07:15Imaginez même commencer un mandat avec ces images.
07:18Est-ce que c'est positif pour la ville ?
07:20Est-ce que c'est positif pour le maire ?
07:21Non, c'est positif pour personne.
07:22Au-delà du tort juste fait
07:24à la réputation de la ville, à son image,
07:26est-ce que vous craignez que la gestion municipale
07:28par cette nouvelle équipe
07:29soit entachée de violences,
07:31de partialités, de clientélisme ?
07:33Qu'est-ce que ça vous fait craindre ?
07:35Ils n'ont pas commencé,
07:36donc on ne va pas leur faire procès d'intention,
07:37mais quand on commence comme ça
07:39et qu'il n'y a pas de condamnation,
07:41même à postériori, etc.,
07:42on se dit mais en fait,
07:43ça veut dire que c'est toléré.
07:44Et donc ces gens-là,
07:45ils vont gérer la ville pendant six ans.
07:47Il faut qu'ils se ressaisissent
07:48et qu'ils se ressaisissent tout de suite.
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