00:00Je suis à Darier, qui est le fief du Hezbollah à Beyrouth, et donc nous sommes ici à Darier dans
00:05la banlieue sud.
00:06Juste une image pour vous montrer qu'on profite quelque part, entre guillemets, que le Hezbollah ait accepté de nous
00:11faire entrer dans ce quartier,
00:12parce que c'est extrêmement dangereux. Les frappes sont très régulières, elles représentent 80% des frappes israéliennes depuis le
00:17début de la guerre.
00:18Ici, vous le voyez, c'est une frappe israélienne qui a détruit littéralement une société bancaire qui s'occupait de
00:24financer les activités du Hezbollah.
00:27Et tout autour de moi, il y a des traces, des frappes israéliennes sur cette zone de Beyrouth à Darier.
00:34Il y a sept quartiers. Les sept quartiers n'ont pas été épargnés une seule fois par des frappes israéliennes
00:39depuis le demain dernier.
00:41On peut le voir, il y a des dégâts partout, il y a des gravats partout, des vitres brisées un
00:45petit peu partout.
00:46Toutes les 10, 15, 20 mètres, on retrouve des traces des frappes israéliennes.
00:50Et hier soir, effectivement, c'est un stade de Darier qui a été visé aux alentours de 5 heures du
00:55matin,
00:55sans forcément tuer des gens.
00:58Mais il faut savoir que l'armée israélienne considère qu'ici, il y a non seulement des quartiers généraux du
01:04Hezbollah,
01:05mais aussi des infrastructures militaires qui sont souterrains, qui sont dans le sol.
01:10Et c'est sans doute cela qui a été visé cette nuit par l'armée israélienne dans ce stade de
01:14Darier
01:14qui se trouve à environ 5 minutes à peu près de là où je me trouve.
01:18Il faut savoir aussi que cette nuit, tous les habitants des 7 quartiers de Darier ont été appelés à évacuer.
01:25Il y a quelques habitants, vous le voyez ici sur les images de Clément Grosdenier,
01:29quelques véhicules qui circulent, quelques habitants, parce que des gens continuent de travailler autant qu'ils peuvent à Darier.
01:34Mais potentiellement, des frappes israéliennes pourraient arriver aujourd'hui à Darier.
01:39Oui, alors c'est effectivement très très impressionnant de voir cette image de vous, Igor,
01:44avec Clément Grosdenier devant ses gravats et de voir la vie qui, même s'il y a des airs de
01:49vie de fantôme derrière vous,
01:50on voit que malgré tout, la vie semble se poursuivre.
01:53Qui sont ces gens qui sont restés ? Est-ce que ce sont des gens du Hezbollah ?
01:58Puisque vous nous dites que cette zone est totalement aux mains du Hezbollah
02:01ou bien est-ce que ce sont des habitants qui n'ont pas fui et qui continuent d'essayer de
02:04vivre malgré tout ?
02:07Je vais vous montrer, Julien, regardez, il y a une image d'un monsieur juste en face qui passe le
02:11balai dans sa boutique.
02:12Bon ben ça, c'est un exemple d'habitants qui ne sont pas forcément pro-Hezbollah,
02:16qui ne défendent pas forcément l'idéologie du Hezbollah,
02:20mais qui sont là parce qu'ils sont nés ici à Darier,
02:22parce qu'ils ont grandi à Darier, parce qu'ils travaillent à Darier.
02:26Et l'une d'entre elles, une dame qu'on a pu interroger avec Clément,
02:29m'expliquait qu'elle ne partira jamais de Darier.
02:31Et ça l'épuise de faire ses allers-retours sans cesse,
02:34ses appels à évacuation de l'armée israélienne épuisent un petit peu tout le monde ici,
02:38parce que tout le monde ne se sent pas forcément militant du Hezbollah.
02:42Cette dame revenait pour la première fois depuis le début de la guerre,
02:45elle est allée voir ses enfants qui eux aussi font des allers-retours,
02:49elle leur a apporté de la nourriture et à boire,
02:51et ensuite est repartie pour être déplacée dans un appartement en dehors de Darier,
02:57à l'intérieur de Beyrouth.
02:58C'est ça la situation aujourd'hui à Beyrouth, et particulièrement à Darier,
03:01des allers-retours sans cesse de la population de Darier vers le nord de Beyrouth.
03:06Mais les gens ici ont la conviction que leur vie sera ici et finira ici à Darier, Hezbollah ou pas.
03:13Vous nous avez dit également, Igor, que le Hezbollah vous avait autorisé à venir.
03:17Est-ce que le Hezbollah est encore très très présent ?
03:20Est-ce que c'est encore lui qui contrôle cette zone ?
03:23Et est-ce que ça se voit ?
03:27Oui, on le répète depuis le début de la guerre, en réalité le Hezbollah a son fief ici.
03:32C'est le bastion du Hezbollah à Beyrouth,
03:34donc il faut demander l'autorisation au Hezbollah quand on est journaliste,
03:38et notamment au journaliste international,
03:40pour pouvoir rentrer dans cette zone, car elle est contrôlée un petit peu partout.
03:45Derrière Clément, derrière la caméra, il y a deux personnes du Hezbollah qui sont là à côté de nous,
03:50qui regardent ce qu'ils font.
03:50Quelqu'un nous filme actuellement parce qu'ils veulent des preuves de ce qu'on fait comme travail.
03:56Alors, on est relativement leaders, ils ne nous obligent pas à dire quoi que ce soit,
04:00ils ne nous obligent pas à filmer quoi que ce soit,
04:02mais par contre, on est autorisé à filmer là où on se trouve actuellement,
04:05mais on n'est pas autorisé à aller partout.
04:07Par exemple, Hassan Nasrallah, qui est l'éternel leader du Hezbollah
04:11et qui a été tué par l'armée israélienne lors de la campagne d'automne 2024,
04:16eh bien, la zone où il a été tué, on ne peut pas y accéder, par exemple,
04:19parce que c'était interdit, parce que le Hezbollah a décidé qu'on ne pouvait pas y aller.
04:23En revanche, on a pu interroger des gens après l'aval du Hezbollah.
04:27On a pu filmer telle ou telle rue après l'aval du Hezbollah.
04:30C'est la communication du Hezbollah qui est gérée comme cela.
04:33Et ici, au Liban, on ne peut pas faire autrement.
04:35Pour aller dans le sud, il faut non seulement une autorisation de l'armée,
04:38mais il faut aussi une autorisation du Hezbollah, par exemple,
04:40pour aller à Tire, à l'extrême sud du Liban.
04:42Là aussi, en fait, en réalité, le Hezbollah contrôle la communication de cette guerre,
04:48et notamment à Darier.
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