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  • il y a 4 heures
PRÉFACE avec Olivier Casas "Frères, les enfants de la forêt"

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Transcription
00:13C'est Préface, merci de votre fidélité à ce rendez-vous qui nous permet de rencontrer les auteurs qui font
00:19l'actualité.
00:20Olivier Casas, on vous connaît en tant que réalisateur, il y a eu Babyphone en 2017 et puis il y
00:25a eu en 2024, Frères, avec Mathieu Kassovitz et Yvan Attal dans les rôles principaux.
00:31Et puis là, vous revenez avec cette même histoire, mais sous la casquette du romancier.
00:35Alors, je vous présente en tant que cinéaste ou en tant que romancier finalement ?
00:38Aujourd'hui, romancier, c'est une nouvelle expérience, une nouvelle aventure pour moi.
00:42Mais non, non, c'est un roman que j'ai écrit en fait, avant de pouvoir écrire, de pouvoir démarrer
00:50une vraie véritable écriture,
00:52quand je suis parti de cette histoire vraie, du témoignage de Michel de Robert, qui a vécu avec son frère
00:59pendant 7 ans comme un enfant sauvage en forêt quand il était petit,
01:02j'ai discuté avec lui pendant 5 ans.
01:04En prenant des notes, de façon très irrégulière, ça dépendait parce qu'on découvre dans le livre que cette histoire,
01:12elle était secrète pendant longtemps, donc c'est quelque chose qui est sorti petit à petit pour Michel.
01:16Donc des fois, on se voyait trois fois dans la même semaine et puis on ne se voyait pas pendant
01:18trois mois.
01:20Donc ça a été très irrégulier et j'ai amassé cette tonne d'informations, ce matériau, et au départ en
01:27faire un film,
01:28mais il a fallu que je le digère pour pouvoir le condenser.
01:32Et avant ça, j'ai commencé à écrire ce qui était plutôt un roman, parce que c'était très très
01:37long,
01:37sur une structure de film, ça faisait plus de 4 heures.
01:39Et donc j'ai commencé à élaborer un manuscrit, et puis avec une forme qui était beaucoup plus littéraire que
01:44cinématographique.
01:46Et donc j'ai commencé à élaborer ce premier manuscrit, qui est resté un petit peu de côté,
01:51parce qu'après je suis parti sur le scénario,
01:54et sur lequel je suis revenu à des moments où le film n'a failli pas se faire,
01:57parce que le cinéma c'est quand même une aventure qui est souvent là, il y a beaucoup d'aléas.
02:03Et à un certain moment, bien avant de tourner le film, j'étais à deux doigts de sortir le roman,
02:06en me disant au moins ce sera un roman si je n'arrive pas à en faire un film.
02:09Et ce roman, ce manuscrit, était resté dans un de mes tiroirs.
02:14Et puis il y a eu le film, et maintenant il y a quand même le roman.
02:17Et il y a beaucoup plus de choses dans le roman aujourd'hui que dans le film,
02:19parce que j'ai coupé énormément d'éléments pour pouvoir leur en faire un film d'une heure et demie,
02:25une heure 45 exactement.
02:27Et donc voilà, la liste complète, c'est celle-ci.
02:29On va reparler de tout ça.
02:30Je me permets simplement de rappeler qu'en 2024,
02:32Frères a été l'un des gros succès de cette année cinématographique,
02:36avec plus de 700 000 entrées.
02:37Et effectivement, vous allez raconter dans ce film et maintenant dans ce roman,
02:41ce qui est une histoire vraie, à savoir l'histoire de Patrice et Michel.
02:44Nous sommes en 1948, une mère complètement absente,
02:48qui décide même un jour de les laisser dans la colonie de vacances près de Royan,
02:52où elle les a envoyés, à Châtélaillon précisément.
02:55Elle ne va jamais revenir les chercher, puis les deux gamins vont s'enfuir
02:58et vont grandir comme ça pendant plusieurs années dans cette forêt.
03:02C'est précisé dans le livre d'ailleurs, finalement,
03:04ce n'était pas tout à fait inédit à la fin de la guerre
03:07qu'il y ait comme ça des enfants livrés un peu à eux-mêmes.
03:09Non, c'était même malheureusement très courant.
03:13Un des gros enjeux démographiques et sociaux de l'après-guerre,
03:18ça a été cette quantité incroyable d'enfants
03:22qui se sont retrouvés privés de leur famille ou complètement déracinés.
03:26Certains étrangers qui avaient été déplacés par les aléas de la guerre.
03:31Et les structures sociales, à l'époque, n'étaient pas du tout prévues pour gérer ça.
03:38On n'avait pas non plus le même rapport à l'enfance, il faut le dire.
03:40Donc, il y avait ce qu'on a appelé pendant longtemps les enfants des rues,
03:44mais finalement, moi, Michel, m'en a beaucoup parlé dans son souvenir.
03:48Mais c'est finalement assez peu raconté dans les livres d'histoire.
03:52Mais c'est par centaines de milliers d'enfants que le problème s'est développé.
03:57Il y a eu plus d'un million d'enfants après-guerre en France
04:00qui étaient livrés à eux-mêmes sans foyer.
04:02Dont certains ont eu des histoires absolument incroyables
04:05quand ils ont réussi à survivre.
04:06Et alors, ces deux gamins, Patrice et Michel, 3 et 5 ans au début ?
04:103 et 5 ans, quand ils ont fui, qu'ils se sont retrouvés en foyer.
04:13Et on va les suivre pendant les années qui sont passées dans la forêt
04:17où ils vont essayer de se construire.
04:20Pour ceux qui ont vu le film, ils retrouveront avec plaisir ces personnages.
04:23Et puis, ils découvriront aussi d'autres points importants.
04:26Et puis, pour ceux qui ne connaissent pas l'histoire,
04:27je me permets aussi de planter le décor.
04:29C'est qu'on va suivre les deux gamins.
04:31Et puis, il y a deux temporalités dans votre livre.
04:34C'est qu'on retrouve également Michel et Patrice qui sont devenus adultes
04:38et qui surtout ont fait leur vie en gardant ce secret.
04:42C'est-à-dire que pendant toutes ces années,
04:44ils n'ont jamais voulu expliquer quelle avait été leur enfance.
04:47Sauf qu'il y a un moment, les souvenirs reviennent en boomerang.
04:50Et Patrice et Michel vont devoir gérer ça.
04:52Ce qui veut dire que dans le roman, on est entre deux temps à chaque fois.
04:55Aujourd'hui, enfin dans les années 90.
04:57Et puis, lorsqu'on les retrouve enfants.
04:59C'est comme ça que vous avez construit le livre.
05:01Oui, c'est parce que quand j'ai découvert cette histoire,
05:03j'ai vu à quel point dans les propos de Michel,
05:10ce passé était encore vivant.
05:12À quel point cet écho était fort.
05:14Et à quel point ces deux hommes ont construit leur vie d'adultes
05:17en résonance avec cette enfance.
05:20Et pour moi, ça a été assez vite une évidence
05:23que la manière dont je voulais raconter cette histoire,
05:28ce serait forcément en résonance entre les hommes qu'ils sont devenus
05:31et les enfants qui ont vécu cette histoire-là.
05:34Et surtout, ce qui a été pour moi vraiment le moteur
05:37et la grande inspiration pour aller au bout de tout ça,
05:40ça a été vraiment la découverte absolument folle
05:44de ce bonheur et de ce lien incommensurable qui les a unis
05:47et qui a été justement une grande source de nostalgie pour eux deux
05:51parce qu'ils ont été tellement heureux enfants.
05:53Malgré ce qu'on peut imaginer, on se dit,
05:55ces deux enfants abandonnés, c'est terrible.
05:56Ils ont dû vivre, certes, ils ont vécu des moments très durs,
05:59mais ils ont aussi vécu des moments de bonheur absolument indestructibles.
06:03Indestructibles à jamais, bien sûr.
06:04Et au point adulte d'avoir du mal à trouver une certaine saveur à la vie, finalement.
06:09Donc cet écho était permanent.
06:10Volontairement, je ne vais pas rentrer dans l'intrigue,
06:12mais dès les premières pages, on comprend que Patrice a peut-être plus de mal
06:17avec ce passé et justement, on le recherche.
06:20Lorsque l'on est dans les premières pages du roman,
06:22il y a un coup de téléphone à Michel.
06:24Où est Patrice ? Il a disparu.
06:26Michel se doute où il va retrouver son frère,
06:28ce qui va être l'occasion d'un voyage
06:30et pour eux l'occasion de se retrouver pendant plusieurs semaines,
06:33voire plusieurs mois.
06:33Et puis une remise en question de leur propre parcours.
06:37On a parlé de vous en tant que cinéaste.
06:38Là, on vous découvre en tant que romancier.
06:40On sent qu'il y a pour vous un vrai attachement à ces personnages.
06:44Et vous dites d'ailleurs, en parlant de Michel,
06:45avec qui vous avez travaillé et sur le film,
06:48et donc aujourd'hui, incidemment sur le roman,
06:50c'est comme un frère maintenant pour vous.
06:52Oui, c'est le frère que je n'ai pas eu.
06:56Ça a été un cadeau.
06:58Je me permets de le dire parce que c'est lui qui m'a appelé
07:01pour la première fois frérot il y a quelques années.
07:03Il m'a souhaité un anniversaire il y a 5-6 ans
07:06en me disant « Joyeux anniversaire à mon frérot ».
07:08Et venant de lui avec le lien,
07:11avec la définition du mot « frère » qui est la sienne,
07:15je l'ai pris vraiment comme une vraie déclaration d'amour.
07:19Donc aujourd'hui, on s'appelle comme ça.
07:21Ce qui veut dire que finalement, le roman, il était inévitable.
07:24Parce qu'effectivement, vous nous avez dit,
07:25j'ai hésité entre, je ne savais pas si j'allais faire le film,
07:27donc ça aurait été un roman, etc.
07:28Mais aujourd'hui que le film avait été fait,
07:30vous auriez pu dire « bon ben voilà, j'ai fait le taf,
07:33maintenant mes notes je les garde dans un tiroir ».
07:36Non, si vous avez fait le roman, c'est que c'était indispensable ?
07:39Oui, parce qu'il y a eu beaucoup de frustration aussi sur le film.
07:45J'ai dû couper beaucoup de choses
07:46parce que je n'avais pas les moyens financiers de tourner tout ça.
07:51Parce qu'aujourd'hui, sortir un film qui fait 2h30 ou 2h45,
07:56c'est extrêmement compliqué.
07:58Donc il y a beaucoup de choses que j'ai dû mettre de côté,
08:00qui pour moi sont des choses importantes et essentielles.
08:03Et c'est vrai qu'après avoir fait le film,
08:05en reprenant ce manuscrit,
08:07j'ai retrouvé un rythme narratif
08:11qui est pour moi beaucoup plus en adéquation avec leur histoire.
08:15Il y a une introspection, il y a une temporalité,
08:19il y a quelque chose qui correspond beaucoup mieux
08:22à ce qu'ils ont vécu
08:24et à ce sur quoi j'ai travaillé pendant des années
08:26avant de commencer à écrire.
08:27La qualité de votre livre,
08:29ce n'est pas un scénario qui a été transformé en roman.
08:32C'est vraiment un roman.
08:33Il y a un vrai travail d'écriture.
08:35Et puis il y a plusieurs lectures possibles
08:36parce que vous nous emmenez parfois dans les années 50.
08:39Et on sent que vous avez eu à cœur aussi
08:40de raconter ces années-là
08:42avec pas mal de détails et d'anecdotes.
08:44Et puis il y a aussi les années d'aujourd'hui,
08:46les années 90-95.
08:48On aborde le thème des frères, bien sûr,
08:51mais le thème plus largement de la famille,
08:53des secrets de famille,
08:54de comment se construire.
08:55Il y a plusieurs grilles de lecture dans votre roman.
08:58Est-ce à dire qu'aujourd'hui,
08:59vous avez pris goût aussi à l'écriture
09:02et que finalement,
09:02vous ne vous interdisez peut-être pas
09:04de garder ces deux casquettes cinéaste et romaine ?
09:06En tout cas, moi, je ne m'interdis rien.
09:08La vie est faite pour vivre des expériences
09:10et tenter des choses.
09:12Donc vraiment, je ne m'interdis rien.
09:14Et surtout, il y a quelque chose de merveilleux
09:16avec le roman,
09:17c'est qu'on a beaucoup plus de liberté
09:18qu'avec le scénario.
09:19Le scénario, c'est quand même quelque chose
09:20de très contraint.
09:22Il y a énormément de règles
09:24qui ont du sens,
09:25dont on a besoin pour aller au bout d'un film.
09:30La forme littéraire,
09:32elle est d'une liberté absolue.
09:34Il y a tellement de choses
09:35qu'on n'a pas le droit de faire
09:36dans un scénario qu'on a le droit de faire
09:38quand on écrit un roman.
09:40C'est sûr qu'on y a goûté,
09:41ça donne envie d'y revenir.
09:42Alors, on va vous suivre de près.
09:43En tout cas, vous allez vous régaler
09:44avec l'histoire de ces deux enfants
09:46abandonnés en forêt.
09:47C'est votre actualité, Olivier Casas.
09:48Ça s'appelle Frères, les enfants de la forêt.
09:50Et vous êtes publié aux éditions Flammarion.
09:52Merci beaucoup.
09:53Merci.
10:06Sous-titrage Société Radio-Canada
10:07Sous-titrage Société Radio-Canada
10:10Sous-titrage Société Radio-Canada
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