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  • il y a 2 jours
Les films et documentaires sur la mafia explorent le crime organisé, des fictions classiques aux enquêtes réelles sur Cosa Nostra, la Camorra, tandis que des documentaires et oubliée pas de vous abonnée
Transcription
00:00...
00:14Bienvenue dans Arte Reportage.
00:15Au sommaire de ce numéro, deux reportages pour une même destination, l'Italie.
00:19Retour sur l'actualité brûlante de la République transalpine.
00:23Une actualité qui réveille un vieux souvenir, celui du juge Falcon assassiné par son pire ennemi, la mafia.
00:2920 ans plus tard se tient à Palerme un procès-fleuve qui met au jour les liens étranges entre l
00:33'État italien et Cosa Nostra.
00:37Mais pour commencer, direction Pozzalo, dans le sud-est de la Sicile, où tout est prêt pour accueillir les vacanciers.
00:44Pourtant, c'est à un afflux inattendu que la petite localité doit en ce moment faire face.
00:49Car Pozzalo est devenu le nouveau Lampedusa, plus jamais ça, avait-on pourtant entendu en octobre dernier,
00:55lorsque 360 migrants s'étaient noyés au large des côtes italiennes.
00:59Depuis, le camp d'accueil de Lampedusa a été fermé, et la marine italienne a lancé l'opération Mare Nostrum.
01:05Désormais, elle récupère les réfugiés en haute mer et les débarque en Sicile.
01:09Mais ces mesures ont provoqué une recrudescence des traversées.
01:15Ces derniers mois, de plus en plus d'embarcations de fortune se hasardent en pleine mer.
01:19Malgré la bonne volonté, à Pozzalo, le défi ne fait que croître.
01:23Dans cette petite ville, on gère l'urgence, mais le flot de clandestins n'est pas prêt de se tarir.
01:29Un reportage de Méline Freda et Elsa Kleinschmager.
01:38C'est ici qu'il devrait arriver.
01:40Deux bateaux chargés de migrants venus de l'autre côté de la Méditerranée.
01:47Alors, tous ont convergé vers le port, peu avant 20h.
01:55Un balai qui désormais se répète inlassablement,
01:59sous les yeux des touristes, en partance pour Malte.
02:05Ce soir, c'est Marinella qui coordonne les opérations de la protection civile de Pozzalo.
02:10Bon travail.
02:15La préfecture alerte les associations et les différents groupes de volontaires, comme nous.
02:20Et à ce signal, toute la machine se met en route.
02:24Une machine bien rôdée, vu la multiplication des arrivées.
02:28Deux, rien que cette nuit, 420 personnes qui ont passé plusieurs jours en mer.
02:34Ici, on a tout le matériel nécessaire.
02:36Eau, jus de fruits, thé, couches pour les enfants, biscuits, lait.
02:42Et puis derrière, on a aussi des sandales pour les enfants et les adultes.
02:49Après 4 heures d'attente, le premier bateau de la marine italienne entre enfin dans le port.
02:53A son bord, 321 migrants, en majorité des Érythréens.
02:57Des hommes, une vingtaine de femmes, des enfants en bas âge.
03:08Une machine rôdée, mais une machine policière et administrative aussi.
03:12En posant le pied sur le sol italien, tous sont photographiés par la police.
03:16Ceux qui ont été identifiés portent au bras un numéro.
03:36Vient ensuite le contrôle sanitaire.
03:41On a mis en place un protocole.
03:43La prise de température, l'auscultation du thorax et la détection d'autres maladies.
03:48En fonction de cela, les médecins envoient ces personnes soit à l'hôpital pour les urgences,
03:53soit ils les confient aux médecins du centre où elles seront hébergées.
04:01Les bus emmènent les naufragés de la mer, ébêtés mais comme soulagés d'avoir poussé la porte de l'Europe.
04:09Pour Marinella et les autres, la nuit sera encore longue.
04:12Un deuxième bateau est annoncé.
04:20Avec l'opération Marénostrum et la multiplication des arrivées,
04:24Pozzallo s'est retrouvée sous les feux de l'actualité.
04:28Cette petite ville tranquille de 19 000 habitants,
04:31nichée dans l'une des plus belles baies de la Sicile,
04:33cette bourgade écrasée de soleil est devenue le symbole d'un exode que rien ne semble arrêter.
04:44En première ligne, un peu malgré lui, le maire de Pozzallo parle d'un deuxième Lampedusa.
04:51Nous sommes la porte d'entrée de l'Europe et on ne peut pas nous laisser seuls.
04:55Nous avons besoin de l'aide de l'État et besoin de l'aide de l'Europe.
05:02L'opération humanitaire Marénostrum, c'est une idée très noble qui sauve des vies.
05:07Mais désormais, il ne s'agit plus d'arrivée sporadique.
05:10Et s'il est vrai que de l'autre côté de la Méditerranée,
05:13il y a 800 000 personnes qui attendent de venir chez nous,
05:17vous comprendrez qu'on assiste à un exode.
05:19Et pour ça, on a besoin de structures d'accueil adaptées.
05:24Et c'est bien là le problème.
05:26Malgré les bonnes volontés, Pozzallo ne dispose pas de structures à la hauteur du défi.
05:30Juste un centre de premier accueil, un ancien dépôt de douane aménagé,
05:35situé dans le port, à 4 km de la ville.
05:39Ce centre est prévu pour 180 personnes.
05:44Il est équipé de lits superposés.
05:46Et quand il y a plus de monde, on est obligé de mettre des matelas par terre.
05:50Et donc, ça pose des problèmes.
05:54Comme aujourd'hui, par exemple, il y a 283 personnes.
05:57Donc, on a dû en installer une centaine par terre.
06:04283 entassés dans une seule pièce.
06:06D'un côté, des Syriens arrivés via la Libye avec femmes et enfants.
06:10De l'autre, des hommes seuls, des Tunisiens.
06:13Eux savent qu'ils seront rapatriés car l'Italie a signé des accords avec Tunis.
06:17Alors très vite, la tension monte.
06:20Oui, il y a un peu d'agitation parce que c'est l'heure du déjeuner et ils ont faim.
06:26Il n'y aura pas de repas pour protester contre leur expulsion.
06:29Les Tunisiens entament une grève de la faim et empêchent la distribution.
06:37On ne veut pas vivre dans notre pays.
06:39On veut rester ici.
06:41Chez nous, on n'a pas de travail, pas d'argent.
06:43On n'a rien là-bas.
06:44On veut vivre ici.
06:46S'il vous plaît.
06:50Je vais quand même faire une tournée.
06:52Que les enfants au moins puissent manger.
06:54Ils sont d'accord qu'on serve les familles.
06:59Tu as noté ? C'est le 33 et...
07:01Le 35.
07:03Ok.
07:08Marisa est l'une des 15 personnes qui travaillent ici.
07:11Opérateurs, psychologues, traducteurs, tous salariés d'une coopérative catholique qui gère le centre au quotidien.
07:17Elle fournit les repas mais aussi les vêtements et les produits de première nécessité.
07:21Renzo s'occupe de la logistique.
07:25Chacun d'eux reçoit un kit.
07:27Un sac qui contient des vêtements et tout ce dont ils ont besoin.
07:32Des sandales, une paire de chaussures, des serviettes, du shampoing.
07:39Prestation que la coopérative facture 45 euros par jour et par migrant, facture payée par l'Etat italien.
07:45La commune de Pozzallo ne fait qu'avancer l'argent si besoin, ce qui n'est pas rare ces derniers
07:49mois.
07:53Ici, on travaille à flux tendu.
07:57Ce n'est pas un centre conçu pour un long séjour.
08:00Selon la loi, les migrants ne devraient pas rester plus de 72 heures ici.
08:04En période d'urgence ou quand il n'y a pas de disponibilité ailleurs, il peut arriver qu'il reste
08:08plus longtemps.
08:08Mais en principe, il y a un turnover très rapide.
08:12Une rotation nécessaire pour faire de la place, pour accueillir ceux qui continuent de débarquer.
08:18A l'arrière du bâtiment, les familles syriennes sont évacuées.
08:35Direction une ancienne ferme à 40 kilomètres, réquisitionnée et aménagée en centre d'accueil.
08:48Pendant ce temps-là, en ville, l'assistante du maire s'active.
08:54Bonjour, je suis Virginia Giugno, du cabinet du maire de Pozzallo.
08:59Sa mission, trouver des structures adaptées à l'accueil des mineurs isolés.
09:03Des gamins de 11 à 16 ans qui arrivent seuls.
09:06Un phénomène en pleine explosion.
09:08Vous en prenez 20 ?
09:10Très bien. On en a une centaine, alors c'est déjà ça, ça nous aide.
09:1620 à Palerme.
09:19Des enfants que la loi italienne place sous la responsabilité des autorités de la commune où ils arrivent, jusqu'à
09:24leur transfert.
09:29Ce sont un peu mes enfants.
09:31Pour eux, Pozzallo, c'est l'endroit où ils recommencent à vivre.
09:34C'est leur salut.
09:35Alors quand ils quittent Pozzallo, c'est un vrai déchirement, parce qu'ils quittent un lieu très important pour eux.
09:43Les uns partent, les autres attendront encore quelques jours, voire des semaines.
09:48Alors pour tuer le temps, parfois ils sortent du centre et poussent jusqu'à la ville.
09:54Moustapha vient d'avoir 17 ans.
09:56Il est arrivé du Sénégal il y a 3 mois pour aider sa famille.
10:01Depuis, il attend.
10:0316 ans, 15 ans, 14 ans, nous sommes beaucoup là, nombreux là-bas.
10:083 mois sans transfert.
10:09Aujourd'hui, on va vous transférer, demain on va vous transférer, chaque jour, demain, chaque jour, demain.
10:14Nous aussi, on a dit qu'on est fatigués ici.
10:17Ça fait longtemps qu'on est là, sans transfert.
10:20On n'est pas partis à l'école, rien du tout.
10:22Manger, dormir.
10:29Tout Pozzallo est dans la rue.
10:31C'est l'heure de la passeggiate, à une tradition du sud de l'Italie.
10:34La promenade après le travail et avant le dîner.
10:43Personne ne semble remarquer les migrants et pourtant, la cohabitation n'a pas toujours été pacifique.
10:48Après la fermeture du centre de Lampedusa l'an dernier,
10:50les bateaux ont afflué vers la Sicile et des centaines de migrants vers Pozzallo.
10:55Gianluca Manenti préside l'une des associations de commerçants de la ville.
11:05Nous sommes devant l'ancien stade communal.
11:08Aujourd'hui, tout est fermé.
11:09A l'époque, le gymnase est réquisitionné pour accueillir des migrants
11:13quand le centre d'accueil du port est bondé.
11:15Or, le stade est en ville.
11:17Il n'y a pas eu de réaction xénophobe ou raciste.
11:20Ce n'est pas dans la nature des gens d'ici, mais vous comprenez,
11:23il y a eu d'un coup l'arrivée d'un grand nombre de migrants en ville.
11:26500, 700 personnes qui erraient dans les rues sur une population de 5000 familles.
11:32Après quelques actes d'incivilité,
11:35une partie des commerçants et des habitants demandent au maire d'intervenir
11:38pour la quiétude de la ville et la sauvegarde du tourisme.
11:41Le stade est fermé, le calme est revenu, et pourtant...
11:47C'est un des meilleurs pizzaiolos.
11:52Nous, on ne les voit même pas.
11:55Les migrants débarquent au port,
11:57puis ils sont emmenés vers les centres d'accueil.
12:00À Pozzalo, ils ne créent aucun problème.
12:03Il n'y a pas d'effet négatif.
12:06Les affaires vont moins bien, mais c'est mécanique,
12:09à cause de la crise au niveau national et international.
12:32C'est calme aujourd'hui.
12:38Bon, ça va doucement.
12:39Depuis 3 à 4 ans,
12:41on ressent tous les effets de la crise.
12:44Avec la crise,
12:45on vient moins souvent.
12:48Oui, une fois par mois seulement.
12:51Avant, les clients venaient plus souvent,
12:532, 3 fois par semaine,
12:55pour la barbe.
12:56Et puis, ils faisaient aussi un shampoing.
12:59Ben, maintenant...
13:04Une baisse du chiffre d'affaires de 30 à 40 %
13:07et la saison tarde à démarrer.
13:10Fier de son pavillon bleu et de ses plages,
13:12Pozzalo attend le touriste.
13:14Mais voilà,
13:15beaucoup de maisons de vacances sont toujours allouées.
13:18Les hôteliers parlent d'annulation.
13:21Des vacanciers inquiets de ce qu'ils voient dans les médias.
13:24Une ville submergée par des flots de migrants.
13:29C'est chez nous qu'ils débarquent.
13:31Donc, nous subissons de plein fouet
13:33les conséquences de ces arrivées.
13:37On parle toujours de Pozzalo
13:39comme d'un centre d'immigration.
13:42Nous, on aimerait qu'on parle de Pozzalo
13:44comme d'une ville touristique.
13:59La protection civile, venez, on se rassemble.
14:02Au port, ils sont toujours fidèles au poste.
14:04Les bateaux n'en finissent pas d'arriver.
14:064 en 24 heures, plus de 600 personnes.
14:09Et d'autres sont annoncés.
14:13En 2013,
14:143 500 migrants sont arrivés à Pozzalo.
14:17Pour les 5 premiers mois de cette année,
14:19on en est déjà presque à 11 000.
14:24Débordés, le maire
14:25et ceux d'autres ports de Sicile
14:27pressent le gouvernement italien
14:28de décréter l'état d'urgence.
14:35On ne peut pas continuer à ce rythme.
14:38Avec ce nombre de personnes qui arrivent,
14:40avec cette fréquence,
14:41chaque jour,
14:42il y a 2 à 3 débarquements.
14:44On n'a pas le temps
14:45de reprendre notre souffle.
14:47Les secouristes travaillent
14:4824 heures sur 24
14:49et dans ces conditions,
14:51la machine risque vraiment de se bloquer,
14:53ce qui pourrait aussi créer des problèmes
14:54à ceux qui arrivent.
15:02Pour certains,
15:03la machine est d'ores et déjà défaillante.
15:06Voilà plusieurs années
15:07qu'il ne s'agit plus d'une urgence.
15:08Mais cette immigration est toujours gérée
15:10comme s'il s'agissait d'une urgence.
15:12Ce qu'on voit tous les jours ici,
15:14c'est la mise en œuvre
15:15d'une série de bonnes volontés individuelles,
15:17mais qui malheureusement
15:18se limitent à gérer l'instant,
15:20le ici et maintenant.
15:22Mais rien n'est planifié.
15:24Penser,
15:24pour apporter une réponse globale
15:26et pour l'avenir.
15:31Le centre d'accueil est à nouveau bondé
15:34et avec la belle saison,
15:35le flux des arrivées
15:36devrait encore s'intensifier.
15:39Si Rome ne répond pas
15:40à l'appel des communes
15:41en ouvrant de nouvelles structures d'accueil,
15:43en répartissant les débarquements
15:45dans toute l'Italie
15:46et en accélérant la délivrance de papiers,
15:48il y aura à Pozzale
15:50toujours plus de migrants,
15:52toujours moins de touristes
15:53et à terme,
15:54un risque de tension sociale.
16:09Restons en Sicile,
16:10à Palerme cette fois,
16:11pour parler de la mafia,
16:12car l'Italie est loin
16:13d'en avoir fini avec la pieuvre.
16:17Au début de l'année,
16:18depuis sa cellule,
16:19le chef de Cosa Nostra
16:20donne l'ordre d'exécuter
16:21Nino Di Matteo.
16:23Pourquoi ?
16:24Parce que Di Matteo
16:25est le procureur général du procès
16:27qui se tient actuellement
16:28et qui tente de savoir
16:30si la classe politique italienne
16:31a pactisé avec la mafia
16:32dans les années 90.
16:34Le gouvernement d'alors
16:36avait-il promis l'immunité aux mafieux
16:38en échange d'un arrêt des assassinats ?
16:40Rappel des faits,
16:42en 1992,
16:44les juges anti-mafia
16:45Falcon et Borsellino
16:46sont assassinés.
16:47C'est la fin des illusions italiennes.
16:50Le pays se rend à l'évidence,
16:52la mafia peut tout se permettre.
16:55Vingt ans après,
16:56les successeurs des magistrats assassinés
16:58tentent de lever le voile
16:59sur les manquements de l'État.
17:01A Palerme,
17:02un reportage de Cécile Allegra
17:04de Memento Productions.
17:22Giovanni était conscient
17:23d'avoir mis le doigt
17:24sur quelque chose
17:25de trop grand pour lui.
17:27A cause de son intelligence,
17:30il flairait le danger
17:32et tous ses intérêts
17:33cachés derrière la mafia.
17:36Giovanni Falcon disait toujours,
17:38comme d'autres juges
17:38qui ont été assassinés
17:39par la mafia,
17:41moi, je n'ai jamais voulu d'enfant
17:42parce que je ne veux pas
17:43mettre au monde des orphelins.
17:45Je sais que mon destin
17:47est marqué.
17:47Un jour ou l'autre,
17:48la mafia va me faire payer.
18:08Le 23 mai 1992,
18:11500 tonnes d'explosifs
18:12pulvérisent la voiture
18:14du juge anti-mafia
18:15le plus célèbre du monde,
18:16Giovanni Falcone.
18:18Il meurt avec sa femme
18:19et quatre membres
18:20de son escorte.
18:22L'Italie pleure son héros,
18:24la guerre entre l'État
18:25et la mafia
18:26vient de commencer.
18:34Vingt ans après
18:35l'assassinat spectaculaire
18:36du juge Falcone,
18:38s'ouvre à Palerme
18:39un procès historique.
18:45Bonjour à tous,
18:46nous pouvons prendre place
18:47et commencer cette audience.
18:50Sur le banc des accusés,
18:52le numéro un
18:53de la mafia sicilienne,
18:54le sanguinaire Totorin.
18:56Il aurait tenté
18:57d'extorquer des faveurs
18:58de la part de l'État italien
18:59en échange d'une trêve.
19:01Son bras droit,
19:03Bernardo Provenzano
19:04et trois autres mafieux
19:05de premier plan
19:06sont également sous procès.
19:08À leur côté,
19:09des hommes politiques.
19:11Nicola Mancino,
19:12ex-ministre de l'Intérieur.
19:15Marcello Dell'Utri,
19:16ancien bras droit
19:17de Silvio Berlusconi.
19:19Calogero Mannino,
19:21ex-ministre des Transports.
19:23Enfin,
19:23Massimo Ciancimino,
19:25fils d'un ancien député sicilien.
19:27Sur le banc des accusés,
19:29il y a aussi
19:29trois membres des carabiniers.
19:32Ces douze suspects
19:33auraient tous participé
19:35à des négociations secrètes
19:36menées entre l'État italien
19:38et Cosa Nostra.
19:39Elles avaient pour but
19:40d'obtenir la fin de la guerre,
19:42une guerre qui a débuté
19:44peu avant la mort du juge Falcone.
19:47C'est la première fois
19:49qu'on passe en procès
19:50ensemble des hommes de la mafia
19:52et des hommes d'État.
19:53Ils sont accusés d'attentats
19:55au corps politique de l'État.
19:59Moi, je l'appelle
20:00le Nuremberg italien.
20:01C'est un procès
20:02qui examine les responsabilités
20:03de toute une classe politique.
20:06Il aura fallu 20 ans
20:08au juge de Palerme
20:09mené par Antonio Ingroia
20:10pour pouvoir émettre
20:11une hypothèse bouleversante.
20:14Quelqu'un,
20:14au sein de la classe politique italienne,
20:16se serait compromis
20:18avec la mafia
20:18pour faire cesser les attentats.
20:23Je suis fier et honoré
20:25d'avoir pu jouer un rôle
20:26dans la révélation d'une vérité,
20:28surtout pour les citoyens
20:30et les familles des victimes,
20:31parce qu'ils ont le droit
20:32de savoir comment se sont déroulées
20:34ces négociations secrètes.
20:38Aujourd'hui,
20:39Antonio Ingroia
20:40a quitté la magistrature.
20:42C'est Nino Di Matteo,
20:44son alter ego,
20:45qui mène l'accusation.
20:46Dans un procès sous haute tension,
20:49où aucun des accusés
20:50ne peut être présent.
20:51Le spectre d'un attentat
20:53plane toujours sur Palerme.
20:55Les mafieux témoignent
20:56par vidéoconférence
20:58depuis leur prison
20:59de haute sécurité.
21:01Monsieur le Président,
21:03messieurs de la Cour,
21:04nous voulons démontrer
21:06qu'une partie des institutions
21:08et le sommet de Cosa Nostra
21:11ont entamé un dialogue occulte
21:14qui s'est poursuivi longtemps.
21:20Cette hypothèse
21:21était inimaginable
21:23il y a 20 ans
21:23quand le juge Falcone
21:25a été tué.
21:26À cette époque,
21:27tout le monde pense
21:28que Tottoriina,
21:29le patron de Cosa Nostra,
21:31est seul responsable
21:32du massacre.
21:35Le parrain sicilien
21:37n'a pas hésité
21:38à exterminer
21:39les autres clans mafieux.
21:42Au tournant des années 1980,
21:44il laisse 3500 cadavres
21:46dans son sillage.
21:50En Italie,
21:52on ignore pourtant tout
21:53de celui que ses troupes
21:54surnomment le boucher.
21:59On niait l'existence même
22:01de la mafia à l'époque.
22:03Je me souviens qu'une fois,
22:05alors qu'il venait
22:06de commencer ses enquêtes,
22:08Giovanni m'a dit en riant,
22:10« Tu sais, aujourd'hui,
22:11un collègue du palais de justice
22:12m'a demandé
22:14« Mais dis-moi, Falcone,
22:16tu y crois, toi,
22:17cette histoire de mafia ? »
22:24Mais si le boucher
22:25fait régner la terreur,
22:27il suscite aussi
22:28la colère de ses ennemis
22:29qui brisent l'Omerta,
22:30la loi du silence.
22:33Le juge Giovanni Falcone
22:35est le premier
22:36à faire parler
22:37les mafieux siciliens.
22:39En 1986,
22:41il monte avec d'autres magistrats
22:42le premier grand procès
22:44contre Cosa Nostra,
22:46baptisé le Maxi-procès.
22:47L'existence de la mafia
22:49est enfin prouvée,
22:51475 mafieux sont condamnés.
22:57Cinq ans après ce procès,
22:59Giovanni Falcone
23:00est assassiné.
23:03Le juge Paolo Borsellino,
23:05ami d'enfance de Falcone,
23:06reprend le flambeau,
23:07avec la certitude
23:09d'être lui-même condamné.
23:14Paolo Borsellino est survolté.
23:16Il ne se donne aucun répit
23:18et travaille sans cesse.
23:20Il prend l'habitude
23:20de fermer la porte,
23:21alors qu'avant,
23:23la caractéristique de Borsellino
23:24c'était qu'il travaillait
23:25la porte ouverte,
23:26toujours prêt à discuter
23:28avec tout le monde.
23:32Et pendant 52 jours,
23:34il interroge tous les repentis
23:36que Falcone avait rencontrés.
23:43Paolo Borsellino m'avait promis
23:44qu'il continuerait
23:45les enquêtes de Giovanni.
23:48Je me souviens que 3 semaines
23:50après la mort de mon frère,
23:52Paolo m'a amenée
23:53sur le terrain de foot
23:54où lui et Giovanni
23:55jouaient quand ils étaient enfants.
23:59Là, il m'a dit
24:00« Maria,
24:01je suis en train
24:01de découvrir quelque chose.
24:04Je me demande aujourd'hui
24:05qu'avaient-ils découvert ? »
24:08Nous n'aurons peut-être
24:08jamais la réponse.
24:09Nous ne pouvons pas nous donner
24:11une réponse sûre.
24:2119 juillet 1992.
24:25Paolo Borsellino
24:26meurt à son tour
24:27avec 5 membres de son escorte
24:29déchiquetés par l'explosion
24:30d'une voiture piégée.
24:32Le choc est tel en Italie
24:34que le gouvernement
24:35envoie l'armée à Palerme.
24:40Palerme vivait dans un climat
24:41de siège,
24:42un siège que je considérais
24:44d'ailleurs comme nécessaire
24:45pour ôter à la mafia
24:46tout espoir
24:48de pouvoir mettre
24:48l'État à genoux.
24:50Mais en réalité,
24:52la mafia avait déjà
24:54réussi à mettre
24:55l'Italie à genoux.
25:00Les mafieux incarcérés
25:02les plus dangereux
25:02sont placés à l'isolement.
25:05Le boss Totorin
25:05a riposte
25:07en posant des bombes
25:08à Milan,
25:09à Rome
25:10et à Florence.
25:12Puis subitement,
25:14les attentats cessent.
25:21Les magistrats Antonio Ingroia
25:23et Nino Di Matteo
25:24succèdent à Falcone Borsellino.
25:27Pendant 15 ans,
25:28ils travaillent dans l'ombre.
25:30Petit à petit,
25:31ils commencent
25:32à soupçonner
25:33l'État italien
25:34d'avoir joué un rôle
25:35dans l'arrêt des violences.
25:40Pour comprendre pourquoi,
25:42il faut revisiter
25:43l'histoire de l'année 1992.
25:46Dès le mois de janvier,
25:48quelque chose d'inhabituel
25:49se produit en Sicile.
25:51Le 30 janvier 1992,
25:54la cour de cassation italienne
25:56conforte le jugement
25:57du maxi-procès
25:58qui avait été initié
25:59par Falcone et Borsellino.
26:01Les très lourdes peines
26:02de prison pour les mafieux
26:03sont toutes confirmées.
26:06Aujourd'hui,
26:07un tueur repenti,
26:08Leonardo Messina,
26:10témoigne devant
26:11le tribunal de Palerme.
26:15Nous, les informations
26:16que nous avions,
26:17c'était que le maxi-procès
26:18aurait explosé
26:19comme une bulle de savon,
26:21que nous ne devions pas
26:22être inquiets,
26:23que les condamnations
26:24auraient été légères,
26:25que tout cela
26:25aurait été vite résolu.
26:27Voilà ce qu'on nous disait.
26:31Au début,
26:31la mafia croyait
26:32qu'elle s'en sortirait,
26:33qu'au niveau de la cassation,
26:35la décision des juges
26:36aurait été cassée.
26:37Pourquoi les mafieux
26:38croyaient ça ?
26:39Parce que cela
26:40s'était souvent produit
26:41par le passé.
26:44Vos chefs faisaient-ils
26:46référence à des personnes connues
26:47quand ils attendaient
26:49l'intervention ?
26:50Ces personnes avaient-elles
26:51promis d'influencer
26:52le procès ?
26:54Bien sûr,
26:55ils faisaient référence
26:56à Salvo Lima,
26:58ils faisaient référence
26:59à Giulio Andréotti,
27:00c'était les noms
27:01qui circulaient.
27:04Salvo Lima,
27:05député démocrate chrétien,
27:07et Giulio Andréotti,
27:09plusieurs fois premier ministre,
27:10seraient donc
27:11les interlocuteurs
27:12de Cosa Nostra.
27:14C'est là que les boss
27:15comprennent que leurs
27:16politiciens de référence
27:17n'ont rien fait
27:18pour changer l'issue
27:19du maxi-procès.
27:20Et là,
27:21ils décident de les punir
27:22pour marquer le coup.
27:24Le premier acte
27:25de cette vengeance
27:25de Cosa Nostra,
27:26c'est l'assassinat
27:27de Salvo Lima,
27:28le bras droit d'Andréotti,
27:30en Sicile,
27:31le 12 mars 1992.
27:35Salvo Lima est abattu
27:37en pleine rue.
27:38La classe politique
27:39tremble.
27:40Qui sera le prochain
27:41sur la liste
27:42de Totorina,
27:43le boucher ?
27:48Nous étions à Palermo
27:50quand Lima a été assassiné
27:51et je me souviens
27:53que Falcone m'a dit
27:54« Alors ça,
27:55ça change tout.
27:57À partir de maintenant,
27:59tout peut arriver.
28:01Comme si un équilibre
28:03s'était rompu,
28:04comme si la mafia
28:06avait franchi
28:07un point de non-retour. »
28:09la mafia
28:10n'était jamais arrivée
28:11jusqu'à ce moment.
28:13Alors,
28:14en coulisses,
28:15certains décident
28:16de négocier
28:16avec Cosa Nostra.
28:23Après le meurtre
28:24de Falcone,
28:25un groupe
28:26des forces spéciales
28:27des carabiniers
28:28qui avaient longtemps
28:28travaillé avec lui
28:29décident qu'il faut
28:31faire quelque chose
28:32car ils sont convaincus
28:33que l'État italien
28:34court un grave danger.
28:36Alors,
28:37ils cherchent un contact,
28:38un intermédiaire
28:39qui puisse se rapprocher
28:40de la mafia.
28:41Et ce sera
28:42Vito Ciancimino,
28:43ancien maire
28:44de Palermo,
28:45dont on pensait
28:46qu'il pouvait accéder
28:47au boss Totorina.
28:49Pour arriver jusqu'à lui,
28:50les carabiniers
28:51vont voir son fils,
28:52Massimo.
28:57Tout commence
28:58par une rencontre
28:59avec les carabiniers.
29:00Là,
29:01j'ai convaincu
29:01mon père
29:02d'ouvrir les discussions
29:03avec la mafia.
29:06Massimo Ciancimino
29:07a longtemps assisté
29:08son père
29:08dans ses affaires courantes.
29:10Il est le fils cadet
29:11de Dom Vito,
29:12un ancien maire
29:13de Palermo,
29:14pilier de la démocratie
29:15chrétienne sicilienne,
29:16que l'on dit
29:17très bien entouré.
29:21À l'époque,
29:22il y avait presque
29:23une admiration
29:23vis-à-vis de Cosa Nostra.
29:25Moi, je voyais
29:26ces petits mafieux
29:27qui entraient dans les boîtes
29:28sans payer,
29:29à qui tout le monde
29:30s'adressait poliment
29:31et vers qui tout le monde
29:32se tournait.
29:33La politique,
29:35la société civile,
29:36la bourgeoisie
29:37palermitaine.
29:39Vous savez,
29:39tout le monde
29:40s'inclinait devant eux.
29:41Et moi,
29:42je savais que ceux
29:43qui venaient chez nous
29:44à la maison
29:44étaient de loin
29:45les plus importants.
29:47Au vieux politicien
29:49Dom Vito,
29:50les carabiniers demandent
29:51la tête de Tottorina,
29:53le parrain devenu
29:54l'ennemi public numéro un.
29:56Dom Vito fait alors appel
29:57à son ami de toujours,
30:00un certain M. Loverde.
30:01Sous cette fausse identité,
30:03se cache en réalité
30:04Bernardo Provenzano,
30:06numéro 2 de Cosa Nostra,
30:07en cavale depuis 40 ans.
30:11Et là,
30:13débutent de nombreux
30:14allers-retours
30:14et de nombreux rendez-vous
30:16entre Provenzano,
30:18mon père,
30:18et moi.
30:20Provenzano nous transmet
30:21des messages
30:21pour définir
30:22le contenu de l'accord.
30:24De mon côté,
30:25je suis chargé
30:26d'aller chercher
30:26chez un intermédiaire
30:28le papel,
30:29le papier
30:30que je donne à mon père.
30:31Qu'est-ce que c'est
30:32que le papel ?
30:33Le papier.
30:35C'est la liste
30:36des exigences
30:37de la mafia
30:37à faire passer
30:39à l'État italien.
30:41Voici la liste
30:42des revendications
30:43dressées par le parrain
30:44Provenzano.
30:46Révision du maxi-procès,
30:48abolition du régime
30:49d'isolement,
30:50c'est le prix à payer
30:51pour que Provenzano
30:52accepte de donner
30:53son chef.
30:57Six mois plus tard,
30:58Totorina est arrêtée
30:59et l'Italie exulte.
31:01Mais les Italiens
31:02ignorent que
31:02que les enquêteurs
31:03viennent de commettre
31:04une énorme erreur.
31:08Pendant des jours,
31:09la planque du boss
31:10reste sans surveillance
31:12policière.
31:14Et quand les magistrats
31:15se rendent compte
31:16de cette erreur,
31:17à savoir seulement
31:18des semaines après
31:19l'arrestation
31:20au mois de février,
31:21on décide précipitamment
31:23de perquisitionner
31:24la planque.
31:26Mais elle a déjà
31:26été vidée.
31:27Les meubles empilés
31:29au centre de la pièce
31:30sous des bâches
31:31et la maison
31:32a même été repeinte
31:33à neuf.
31:38Quand je lis
31:38dans les journaux
31:39que la planque
31:40de Totorina
31:40n'a pas été fouillée,
31:42je comprends
31:43qu'il y a quelque chose
31:43qui cloche.
31:45Non pas parce qu'ils
31:46n'ont pas pu
31:47perquisitionner,
31:49mais parce que
31:49quelqu'un n'a pas voulu
31:50qu'ils perquisitionnent.
31:55Cette erreur
31:56a-t-elle été commise
31:57volontairement ?
31:58En tout cas,
31:59pour les mafieux,
32:00la perquisition ratée
32:01envoie un message clair.
32:04Tous les mafieux
32:05savaient qu'une négociation
32:06était en cours.
32:07Et là,
32:08ils perçoivent
32:08toute la puissance
32:09de ces pourparlers.
32:10Si des hommes
32:11placés au cœur
32:12de l'État
32:12réussissent à éviter
32:13la perquisition
32:14de la planque
32:15du numéro 1
32:16de la mafia
32:16et à nous laisser
32:17le temps de tout vider,
32:18ça veut dire que tout ça
32:19se décide en très haut lieu.
32:23Pendant plus de dix ans,
32:24Bernardo Provenzano,
32:25numéro 2
32:26de Cosa Nostra,
32:27dont on ignore
32:28encore le vrai visage,
32:30vit dans la clandestinité
32:31et sans jamais
32:32être inquiété.
32:37Provenzano était
32:38le nouveau garant
32:38des négociations,
32:40le seul capable
32:41d'obtenir
32:41un cessez-le-feu.
32:43Donc,
32:43il devait être protégé
32:45et laissé en liberté
32:46car lui seul
32:47était capable
32:47de s'opposer au massacre.
32:49À cette stratégie violente
32:51initiée par Toto Rina
32:52avec les meurtres
32:53du député Lima,
32:54puis des juges
32:55Falcone
32:55et de Borsellino.
33:00Quand le fils cadet
33:01de Don Vito
33:02décide de parler
33:03au magistrat,
33:05Antonio Ingroia
33:06et Nino Di Matteo
33:07obtiennent
33:07pour la première fois
33:09un témoignage unique
33:10sur la teneur
33:11des liens
33:11entre politiques
33:12et mafieux.
33:14Mais pourquoi
33:15le fils de Don Vito
33:16a-t-il décidé
33:17de parler ?
33:21À la mort de mon père,
33:22mes protections disparaissent.
33:24Vous comprenez,
33:25je n'ai plus de couverture,
33:26plus rien qui me protège
33:28de toute cette histoire.
33:29Car que je le veuille
33:30ou non,
33:31je reste l'héritier
33:32des connivences
33:32de mon père.
33:33J'ai assisté
33:34à la genèse
33:35de ces négociations.
33:39Aujourd'hui,
33:40Massimo Cianci Mino
33:41est convoqué
33:42à chaque audition
33:43dans un double rôle
33:45qu'il est le seul
33:45à tenir
33:46dans ce grand procès
33:47de Palerme.
33:50Je suis là
33:51pour faire
33:51ce que trop peu de gens
33:52font en Italie,
33:53répondre aux questions
33:54des magistrats.
33:55Mais vous êtes témoin
33:56ou inculpé ?
33:57J'ai les deux rôles,
33:58monsieur,
33:59et j'assumerai à la fois
34:00mon rôle de témoin
34:00et mon rôle d'inculpé
34:02dans le respect des lois.
34:07Pour avoir révélé
34:08au juge
34:08le détail
34:09des négociations secrètes
34:10menées par son père
34:11avec la mafia,
34:13Massimo Cianci Mino
34:14est en danger de mort.
34:15Il reçoit régulièrement
34:17des lettres anonymes.
34:19Nous seuls
34:20pouvons garantir
34:21votre protection.
34:22Nous surveillons
34:23tout le monde.
34:24Le juge
34:24dit Matteo
34:24est constamment suivi
34:25par nos hommes,
34:26aussi bien au café
34:28près de chez lui
34:29que dans une boutique
34:30d'ameublement
34:30qu'il apprécie
34:31et jusqu'à l'école
34:32de ses enfants.
34:33Nous en avons fait
34:34de même pour votre famille.
34:36Nous n'aurons aucun problème
34:37à vous frapper
34:38dès que ce sera nécessaire.
34:39Nos amis
34:40nous ont assuré
34:41du résultat.
34:42Écoutez mon conseil
34:43abandonner cette bataille
34:44inutile,
34:45nous pouvons vous écraser
34:46exactement quand nous voulons.
34:51Mais alors,
34:52qui,
34:52au sein de l'État,
34:53était au courant
34:54de ces périlleuses négociations ?
34:57Après la mort
34:58de Falcone,
34:59un étrange séisme
35:00secoue
35:00la classe politique italienne.
35:03Brusquement,
35:04le ministre de l'Intérieur,
35:05Vincenzo Scott,
35:06y réputé
35:07pour son action
35:07anti-mafia,
35:08est remplacé
35:09par un quasi-inconnu,
35:11Nicola Mancino.
35:16Quand les négociations
35:17ont commencé,
35:18le ministre de l'Intérieur
35:19était Vincenzo Scotti.
35:22Pourtant,
35:22les gens qui discutent
35:23avec mon père
35:24mentionnent déjà
35:24le nom de Mancino.
35:27Imaginez un peu.
35:28Mon père apprend
35:29avant tout le monde
35:30qu'au moment du nouveau gouvernement,
35:32Scotti aurait été éjecté.
35:33Et là,
35:34qu'est-ce qu'il se dit ?
35:35Eh bien,
35:36que pour évoquer un ministre
35:38et en nommer un autre,
35:39cette négociation
35:40doit être appuyée
35:41en haut lieu.
35:42L'ancien ministre
35:43Nicola Mancino
35:44est aujourd'hui accusé
35:45par les juges de Palerme
35:47d'avoir couvert
35:48les négociations
35:49entre l'État
35:49et la mafia.
35:51Exceptionnellement,
35:52il a accepté
35:53de nous répondre.
35:58Bien sûr,
35:59on peut évoquer
35:59la faiblesse
36:00de certains gouvernements
36:01face à la mafia sicilienne.
36:05mais on ne peut certes
36:06pas dire
36:07qu'il y avait
36:07un noeud gordien,
36:08un lien
36:09ou un rapport constant
36:11assidu
36:12entre la présence
36:13de la mafia
36:14sur le territoire
36:15et l'organisation
36:16de l'État
36:17ou de ses différents ministères.
36:22Mais en tant que ministre
36:23de l'Intérieur,
36:24vous deviez être forcément
36:25au courant
36:26des négociations
36:26menées avec la mafia
36:27par les carabiniers
36:29Vito Ciancimino
36:30avec qui vous étiez
36:31en contact.
36:33Mais moi,
36:34je ne suis pas
36:34en contact,
36:35mais moi,
36:36je n'autorise même
36:37pas cette question.
36:39Si quelqu'un me dit
36:40« Vous saviez forcément
36:41puisque vous étiez
36:42en contact avec eux »,
36:43moi,
36:44je refuse
36:45de répondre
36:45à une insinuation
36:46et à ce que je considère
36:48comme une calomnie.
36:54Pourtant,
36:54l'ancien ministre
36:55de la Justice,
36:56Claudio Martelli,
36:57qui était au gouvernement
36:58avec Nicola Mancino,
36:59estime que celui-ci
37:01connaissait parfaitement
37:02l'existence
37:03des négociations secrètes.
37:10Le 1er juillet 1992,
37:12Mancino est nommé ministre
37:14et quelques jours plus tard,
37:15nous nous rencontrons
37:17pour échanger entre ministres
37:18nos premières impressions.
37:20Et je me souviens
37:21de deux aspects
37:22de cette conversation.
37:24d'abord,
37:25je lui ai demandé
37:26« Dis donc,
37:27ils font quoi ces carabiniers ?
37:28Ils n'ont pas un peu
37:30franchi la ligne rouge ?
37:31Ils ne sont pas en train
37:31de prendre des initiatives
37:33un peu limites ? »
37:35Ces négociations,
37:36il me semble
37:37que c'est un peu hors
37:37de leurs compétences quand même.
37:40Et ensuite,
37:41je lui demande aussi
37:42de soutenir
37:43la bataille parlementaire
37:44pour faire passer la loi
37:45sur la prison dure
37:46pour les mafieux.
37:48Mancino m'a répondu
37:49« Écoute,
37:50je viens juste d'arriver,
37:51donc je prends mon temps. »
37:55Le ministre Martelli
37:56aura peu de temps
37:57pour s'opposer
37:58aux négociations secrètes.
37:59Il est remercié
38:01en janvier 1993.
38:03À la tête
38:04de l'administration pénitentiaire,
38:06on place un nouveau directeur
38:07qui prend une étrange décision.
38:11Immédiatement,
38:12dès le mois de juin 1993,
38:14ce monsieur décide
38:16de sortir 150 mafieux
38:18du régime d'isolement.
38:19À l'automne,
38:20il va en sortir
38:21encore 350,
38:22soit la totalité
38:24de ceux
38:24que j'avais placés
38:25à l'isolement.
38:26Des ministres qui valent,
38:28des mafieux
38:28dont le régime carcéral
38:30est allégé.
38:31Jusqu'où l'État italien
38:32a-t-il cédé
38:33aux revendications
38:34de Cosa Nostra ?
38:48Décembre 2013.
38:49Le tribunal se déplace
38:51à Milan
38:51pour entendre
38:52un témoin hors normes,
38:54indéplaçable
38:55pour des raisons
38:55de sécurité.
38:56Les Milanais
38:57sont venus nombreux
38:58pour assister
38:59à son audience.
39:01mais les gens,
39:02ils veulent les voir
39:03ces procès.
39:04Vous allez nous faire
39:05rentrer,
39:05oui ou non ?
39:09Couvert par 15 hommes
39:11des forces spéciales,
39:12visage caché,
39:13l'homme entre dans la salle.
39:18Ce témoin,
39:20c'est Giovanni Brusca,
39:21le tueur attitré
39:22de Totorina.
39:27Bonjour tout le monde.
39:28C'est lui
39:30qui a appuyé
39:31sur le détonateur
39:32pour tuer Giovanni Falcone.
39:35Giovanni Brusca
39:36aurait commis
39:37plus de 150 meurtres
39:38sur ordre de son chef.
39:41Aujourd'hui,
39:41les juges
39:42veulent comprendre
39:43lesquels ont été commis
39:44à des fins politiques.
39:47Est-ce que
39:49Cosa Nostra
39:50a facilité
39:51par des actions criminelles
39:53la carrière politique
39:55et le maintien
39:56au pouvoir
39:56de Vito
39:58Ciancimino ?
40:01Oui,
40:02oui,
40:03nous avons commis
40:03des meurtres
40:04pour le faire progresser
40:05plus rapidement
40:05dans sa carrière politique.
40:08Est-ce que
40:12vous avez commis
40:13des meurtres également
40:14pour soutenir
40:15la carrière politique
40:16de Salvo Lima ?
40:22Oui,
40:23le meurtre
40:24du commissaire
40:26de police
40:26Rocco Kinici.
40:28Ah,
40:29le meurtre
40:29du commissaire.
40:30Oui,
40:30le massacre.
40:31Comment le savez-vous ?
40:33Parce que j'y ai participé.
40:34J'ai participé
40:35aux réunions,
40:36j'ai participé
40:37à l'activité
40:37d'exécution,
40:38j'ai participé
40:39au meurtre
40:40avec les cousins
40:40Salvo.
40:44« Vous savez,
40:45monsieur le juge,
40:46nous,
40:47quand on commettait
40:47un meurtre,
40:48on faisait
40:49de la politique.
40:50Le meurtre
40:50de Lima
40:51devait servir
40:51à saper
40:52la candidature
41:06d'André
41:07Andréotti.
41:09D'après ce que je sais,
41:11et attention,
41:12ça n'est que mon opinion,
41:13car Totorina
41:13ne disait jamais
41:14ça ouvertement.
41:15Non,
41:16il ne dit pas
41:16de tuer physiquement,
41:17mais il a dit
41:18« Je dois lui briser
41:19les cornes ».
41:20Ça,
41:21c'est Totorina
41:21qui me l'a dit.
41:22Son premier objectif,
41:24c'était qu'il ne devienne
41:25jamais président
41:26de la République.
41:29Giulio Andréotti
41:30a donc payé
41:31les liens troubles
41:31qu'il a entretenus
41:32des années durant
41:33avec la mafia.
41:34Dans la salle,
41:35cette nouvelle révélation
41:36choque profondément
41:37le public.
41:5420 ans plus tard,
41:56croyez-vous
41:57que la mort
41:57de votre frère
41:58est d'une certaine
41:59manière imputable
42:00à une sorte
42:01de raison d'État ?
42:05Je ne veux pas
42:06y penser.
42:09Comme Giovanni,
42:10moi je crois profondément
42:11dans les valeurs
42:12de l'État
42:12et de la démocratie.
42:14Et donc,
42:15imaginer qu'il ait été
42:16tué pour ce genre
42:17de raison,
42:18ce serait trop douloureux.
42:24À Palerme,
42:25les premiers mois
42:26de procès
42:26ont révélé
42:27l'incroyable.
42:28L'État italien
42:30a négocié
42:30d'égal à égal
42:31avec Cosa Nostra.
42:33Deux grands magistrats
42:34anti-mafia
42:35ont été assassinés.
42:37Victimes
42:37des négociations
42:38secrètes.
42:39Aujourd'hui,
42:40la question est
42:41leur mort
42:42est-elle
42:43un crime d'État ?
42:51La semaine prochaine,
42:53nous changerons
42:53de continent
42:54avec une histoire
42:55qui a tout d'un compte.
42:56Le royaume du Bhoutan
42:58a mis un terme
42:58au produit national brut.
43:00Le petit État
43:01himalayen
43:02lui a préféré
43:02le bonheur national brut.
43:04Et si le bien-être
43:05n'avait rien à voir
43:06avec la croissance ?
43:07La réponse
43:08avec mon collègue
43:09William Irigoyen.
43:10En attendant,
43:11portez-vous bien.
43:11à la prochaine,
43:18Sous-titrage Société Radio-Canada

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