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Pour ce Carême 2026, KTO diffuse une série de trois enseignements donnés par le cardinal Jean-Marc Aveline sur « La grâce de vivre », depuis l'église Saint-Ferréol à Marseille.
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00:00Il y a deux ans, pour nous préparer à célébrer la Pâque du Seigneur,
00:04nous avions réfléchi ensemble sur la personne de Jésus, le Christ,
00:09et nous avions exploré la façon dont la foi chrétienne au fil des siècles et des conciles
00:15avait peu à peu précisé sa réponse à la question que Jésus lui-même avait posée à ses disciples
00:21« Et vous, qui dites-vous que je suis ? »
00:25Nous avions suivi, vous vous en souvenez peut-être, les grands conciles christologiques et trinitaires
00:30de Nicée, de Constantinople, d'Éphèse, de Chalcédoine.
00:35Nous avions écouté le témoignage et la réflexion de nombreux pères de l'Église,
00:39Irénée de Lyon, Tertulien de Carthage, Athanas d'Alexandrie, Hilaire de Poitiers, Basile de Césarée, et bien d'autres encore.
00:48Et du Christ Jésus, nous avions découvert et déployé la profondeur avec laquelle on peut dire de Lui,
00:56à l'écoute de sa parole, qu'Il est l'Ami, qu'Il est l'Image, qu'Il est le
01:01Fils et qu'Il est le Sauveur.
01:05Alors que tous ces conciles que je viens de rappeler se sont déroulés entre le IVe et le VIIe siècle
01:12dans le bassin oriental de la Méditerranée, je vous propose pour cette année
01:19de regarder ce qui s'est passé lors de la même période, à peu près,
01:23dans le bassin occidental de cette même Méditerranée.
01:28Et comme nous allons le découvrir ensemble, ce ne sont pas les mêmes questions qui vont surgir,
01:34bien que le but soit en définitive le même, mieux comprendre l'originalité de la foi des chrétiens,
01:41mieux habiter notre crédo, mieux accueillir la parole de Dieu, afin qu'elle puisse faire son œuvre en nous.
01:49L'Orient méditerranéen avait été travaillé par les questions christologiques et trinitaires.
01:57Quels sont les liens entre le Christ Jésus et Dieu son Père ?
02:02Vous vous rappelez de la crise arienne qui a été remise en valeur lors du voyage du pape à Nicée,
02:08il y a quelques mois ?
02:11Quel est le rôle de l'Esprit Saint ?
02:14Comment le Christ a-t-il accompli notre salut ?
02:18Pour sa part, l'Occident méditerranéen sera davantage concentré sur des questions anthropologiques et ecclésiologiques.
02:30Quel rapport y a-t-il entre la grâce de Dieu et la liberté de l'homme ?
02:36Qu'est-ce que le péché ?
02:39Et comment peut-on lutter contre le mal ?
02:43Sur quoi repose l'unité de l'Église ?
02:46Et qu'est-ce qui fait la valeur et l'efficacité des sacrements ?
02:53Ce sont ces questions importantes que nous allons aborder cette année sur la liberté, le péché, la grâce, la vocation,
03:10l'homme devant Dieu.
03:12Voyez, en Orient, plutôt Dieu, le Christ, le Fils, l'Esprit, le Père, et on avait beaucoup développé cela, qui
03:22dites-vous que je suis ?
03:24Cette année, le bassin occidental plutôt, et d'autres questions, comment se comporter dans la vie ?
03:32Comment être libre ?
03:34Qu'est-ce que la grâce de Dieu ?
03:38Quel est le rapport ?
03:40Comment l'accueillir ?
03:43Toutes ces questions-là qui ont agité un certain nombre de moments, avec des débats, avec des conciles aussi, mais
03:52dans la partie occidentale de la Méditerranée.
03:54Le temps est court, bien sûr, trois conférences, et ce que je pourrais faire ne sera pour vous qu'un
04:01apéritif.
04:02Mais j'espère qu'il vous mettra l'eau à la bouche, pour que vous puissiez ensuite continuer à réfléchir,
04:09à explorer l'infinie richesse de notre grande tradition.
04:14Et je suis heureux que nous puissions prendre le temps ensemble, de carême en carême, pour approfondir cette belle tradition
04:24dont nous sommes les héritiers.
04:26Il y a tant de choses, tant de choses qui peuvent nous aider à vivre aujourd'hui et à suivre
04:32le Christ.
04:33En tout cas, ce temps de carême est un temps béni et privilégié pour faire route ensemble en approfondissant notre
04:41foi.
04:42Je salue tout particulièrement ceux et celles d'entre vous qui vont être baptisés prochainement.
04:49Je suis heureux de vous retrouver après la belle célébration de l'appel décisif dimanche dernier à la cathédrale.
04:57Ces trois conférences que nous inaugurons ce soir voudraient nous permettre de découvrir et d'habiter sereinement un moment particulier
05:08de la riche tradition de l'Église.
05:10Parmi les pères que nous allons rencontrer, nous verrons surtout saint Augustin d'Hypone, si cher à notre pape Léon.
05:20Mais nous parlerons aussi de Cyprien de Carthage, de Jean Cassien et de Salvien de Marseille, car ceux que la
05:28tradition appelle, je cite, « les Marseillais » ont joué un grand rôle dans toutes ces questions comme nous le
05:36verrons.
05:37Je pense aussi à Césaire d'Arles et à quelques autres.
05:42J'ai choisi de commencer par une première conférence centrée sur saint Augustin, lui qu'on nommera « le docteur
05:50de la grâce ».
05:51Et j'ai donné pour titre à ce soir « la grâce de vivre ».
05:59Non seulement Augustin eut à bâtir au début du Vème siècle une première théologie de la grâce lors de ce
06:07qu'on appela « la crise pélagienne » du nom d'un certain Pélage que nous aurons à découvrir la
06:14semaine prochaine,
06:15mais aussi parce que, avant d'avoir à réfléchir sur les rapports entre la grâce et la liberté, entre le
06:24péché et le pardon,
06:26Augustin en fit longuement et parfois douloureusement l'expérience tout au long de sa vie.
06:34Je voudrais donc vous inviter, pour commencer, à lire ensemble un extrait de l'un des sermons d'Augustin pour
06:42Noël.
06:43Puis je relirai avec vous, après un petit interlude musical, si vous voulez bien,
06:50ce que fut la vie de ce grand saint d'Afrique que Dieu offrit en cadeau à son Église,
06:57non seulement à l'époque où il vécut, mais encore aujourd'hui,
07:01et tout particulièrement depuis que le cardinal Prévost, religieux augustinien,
07:07qu'il me plaît d'évoquer dans cette Église de saint Augustin les réformés,
07:14pas des réformés, de saint Augustin Saint-Féréol, mais c'était les réformés Augustins, voilà, donc c'est pour ça,
07:21qu'il me plaît donc d'évoquer ici, donc surtout que depuis que notre cardinal Prévost
07:25est devenu successeur de saint Pierre sous le nom de Léon XIV.
07:29Vous avez ce texte dans le petit livret, on va pouvoir le lire ensemble,
07:33et le livret est accessible à ceux qui nous regardent sur KTO par téléchargement.
07:42« Homme, éveille-toi. Pour toi, Dieu s'est fait homme. »
07:48Vous l'avez trouvé ? « Pour toi, Dieu s'est fait homme. »
07:53« Réveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d'entre les morts, et le Christ t'illuminera. »
08:01« Pour toi, je le répète, Dieu s'est fait homme. »
08:06« Tu serais mort pour l'éternité, s'il n'était entré dans le temps. »
08:12« Tu n'aurais jamais été libéré de la chair du péché, s'il n'avait pris la ressemblance du
08:17péché. »
08:18« Tu serais victime d'une misère sans fin, s'il ne t'avait fait cette miséricorde. »
08:24« Tu n'aurais pas retrouvé la vie s'il n'avait pas rejoint ta mort. »
08:29« Tu aurais succombé s'il n'était allé à ton secours. »
08:34« Tu aurais péri s'il n'était pas venu. »
08:38« Célébrons dans la joie l'avènement de notre salut et de notre rédemption. »
08:43« Le jour de fête où, venant du grand jour de l'éternité, un grand jour éternel s'introduit dans
08:48notre jour temporel et si bref. »
08:51En effet, d'où vient la paix sur la terre, sinon de ce que la vérité a germé de la
08:57terre.
08:58Autrement dit, que le Christ est né dans la chair.
09:01Et c'est lui qui est notre paix, lui qui des deux a fait un seul peuple,
09:06pour que nous soyons des hommes pleins de bienveillance,
09:10tendrement attachés les uns aux autres par le lien de l'unité.
09:15En ce jour de grâce, réjouissons-nous pour trouver notre gloire dans le témoignage de notre conscience.
09:21Alors ce n'est pas en nous, mais en Dieu, que nous mettrons notre gloire.
09:26C'est pour cela qu'il est dit, « Seigneur, tu es ma gloire, tu me tiens la tête haute.
09:34»
09:34Dieu, pouvait-il faire briller sur nous une grâce plus grande que celle-ci ?
09:41Son Fils unique, il en fait un Fils d'homme.
09:45Et en retour, il transforme des Fils d'homme en Fils de Dieu.
09:51Cherche où est le mérite, où est le motif, où est la justice,
09:57et vois si tu découvres autre chose que la grâce.
10:04Jésus.
10:05Jésus.
10:06Jésus.
10:12Jésus.
10:13Jésus.
10:14Jésus.
10:17Jésus.
10:33Jésus.
10:34Jésus.
10:35Sous-titrage MFP.
11:05Le Saint-Augustin, sans perdre de vue l'objectif de cette relecture nécessairement sélective, essayait de repérer ensemble ce qui
11:14lui permettra plus tard de réfléchir théologiquement sur la grâce et donc chercher en quoi consiste pour lui la grâce
11:23de vivre et pour nous aussi, en dépit des méandres, des doutes et des échecs de nos existences.
11:33La première partie s'appelle « De Tagaste à Carthage ».
11:42Saint-Augustin est né le 13 novembre 354 à Tagaste, aujourd'hui Soukaras, une petite ville d'Afrique du Nord,
11:55dans ce qui s'appelait alors la Numidie, là où habitent les Numides.
12:04Ça me fait toujours penser à ce passage d'Astérix, ça n'a aucun rapport avec Augustin, vous voyez, ça
12:12m'y fait toujours penser quand je vois quelqu'un de Numidie, parce qu'à un moment quelqu'un s
12:16'emballe, s'échauffe, parle fort et alors quelqu'un lui dit « Attention, il ne faut jamais parler sèchement à
12:24un Numide ».
12:26Je n'avais aucun rapport avec la grâce ni rien du tout, mais ça m'est venu comme ça.
12:34Soukaras, en tout cas, Soukaras, c'est là qu'est né et qu'a grandi mon père, figurez-vous, près
12:40de la frontière tunisienne.
12:41Et vous comprenez aisément du coup que bien des choses me rattachent à ce grand saint qui est pour moi
12:46presque un compatriote.
12:49Augustin achèvera sa vie à Hippone, aujourd'hui à Nabat, la bonne de l'époque française.
12:57Là aussi, j'ai entendu mes vieilles tantes me raconter que bonne, bonne, oh là là, bonne.
13:04Et puis alors, il y avait le cimetière de bonne, qui était beau, qui était beau, qui était beau.
13:09Et alors on disait « Oh, le cimetière de bonne, oh, tellement qu'il est beau, a envie de mourir,
13:15il te donne ».
13:18Enfin bon.
13:19Alors il achèvera sa vie à Hippone, le 28 août 430, à un moment où la ville est déjà menacée
13:28par les vandales.
13:29En effet, le 24 août 410, Alaric était entré dans Rome avec les gaux, par la porte Salaria, au son
13:37des trompettes, avec des chants de guerre.
13:39Le sac de Rome avait duré trois jours et trois nuits, et on imagine aisément l'ampleur de la déflagration
13:46dans tout l'Occident.
13:49L'Occident à l'époque, c'est la Méditerranée occidentale.
13:52L'Afrique, protégée par la mer, l'Afrique à l'époque, c'est l'Afrique du Nord, protégée par la
13:59mer, ne s'inquiétait pas outre mesure,
14:02d'autant plus que les exilés romains, souvent riches, venaient se réfugier en grand nombre à Carthage, dans un flux
14:09migratoire allant du nord vers le sud.
14:13Mais en 425, les vandales construisent une flotte, et de la péninsule ibérique envahissent les baléares.
14:20En 429, ils traversent les détroits de Gibraltar sous la conduite de leur chef, Jean Serric.
14:27En 431, Jean Serric prend Ipone, et en 439, les vandales s'emparent de Carthage, de la Sardaigne et de
14:37la Corse.
14:38Si bien que quand Augustin meurt, le 28 août 430, sa ville d'Ipone est assiégée, et elle est près
14:47de tomber.
14:48Elle tombera l'année suivante, aux mains des envahisseurs.
14:53Ce qui veut dire que, pour lui comme pour tous ceux qui habitaient là-bas, le monde qu'il avait
15:00connu est renversé.
15:03Tous les repères politiques ont volé en éclats.
15:07Qu'adviendra-t-il des communautés chrétiennes et de l'organisation ecclésiale ?
15:12Tout peut s'effondrer.
15:15Ce n'est pas rien que de se souvenir de ce moment-là.
15:21Mais revenons à son enfance.
15:24Augustin est un Méditerranéen d'Afrique.
15:27Cette terre d'Afrique, l'Iphrikia romaine, avec ses frémissements et ses élans,
15:33sa lumière et sa beauté se reflètent dans ses écrits, dans ses lettres et ses discours surtout,
15:40où on le sent vibrer avec le peuple de cette terre,
15:44partageant son quotidien, ses joies et ses souffrances,
15:48le protégeant, le guidant, surtout quand la menace d'un invasion barbare s'était précisée.
15:54Des invasions du reste, cette région d'Iphrikia, qui correspond à peu près au Maghreb actuel,
16:02en aura finalement connu beaucoup dans l'histoire.
16:05Des phéniciens aux Romains, des vandales aux Arabes, des turcs aux Français.
16:13Et j'espère pouvoir revenir lors de la troisième conférence
16:18sur le témoignage de l'Église d'Algérie actuellement,
16:22en cette année du trentième centenaire de la mort des bienheureux martyrs d'Algérie.
16:31Au quatrième siècle, Rome avait divisé l'Iphrikia,
16:35de la Libye à la Maurétanie, de Carthage à Cherchel, en sept provinces.
16:42Et dans cette région méditerranéenne, fière et fragile à la fois,
16:47chrétiens et païens partagent les mêmes réalités géographiques, ethniques, familiales et culturelles.
16:54Jusque dans les villes comme Hippone, une partie de la population parle encore punique
16:59et suit difficilement un serment en latin.
17:03Mais tous contemplent la même mer, les mêmes paysages enchanteurs ou austères.
17:12On pense à Camus.
17:16Et, comme nous le verrons, s'ils sentent que leurs pasteurs les aiment,
17:21alors ils aiment leurs pasteurs.
17:24Augustin voulait aimer et être aimé.
17:28C'est ce qu'il disait depuis sa jeunesse.
17:31Il le fut par une femme qui lui donna un fils, Adéoda,
17:36et il le fut d'une autre manière,
17:38mais fortement par le peuple dont il deviendra le pasteur.
17:44Mais revenons à son enfance.
17:46Toute la maisonnée de Monique, sa mère, était chrétienne,
17:50à l'exception du père d'Augustin, Patricius,
17:54qui, bien que païen lui-même,
17:56il ne se convertira que peu avant sa mort, en 371,
18:00laissa son épouse conduire Augustin vers la foi.
18:04Patricius, Monique et Augustin,
18:07selon toute vraisemblance, sont de descendances berbères.
18:11Et jusque dans son nom,
18:13on fait remarquer que Monica rappelle une divinité autochtone.
18:18Vers l'âge de sept ans,
18:20Augustin tomba gravement malade.
18:23Et sa mère,
18:24plus ardemante encore qu'elle ne l'avait faite à sa naissance,
18:27le confia au Seigneur.
18:30Elle l'avait faite à sa naissance,
18:32elle l'avait marquée du signe de la croix purifiée par le sel,
18:37mais sans j'allais jusqu'au baptême,
18:39suivant en cela une pratique commune
18:41dans certaines régions de cette époque.
18:43Le baptême des enfants était certes connu et pratiqué,
18:47mais il demeurait exceptionnel,
18:49conféré par exemple en cas de maladie grave,
18:52ce qui faillit arriver au jeune Augustin.
18:56Mais sa santé se rétablit,
18:58et Augustin put suivre sans encombre
19:01ses premières années d'école.
19:04Il se révèle alors un élève brillant,
19:09peu à peu d'ailleurs grisé,
19:11par ses réussites scolaires.
19:14Mais lorsqu'il relie cela dans ses confessions,
19:17Augustin regrette que cette éducation très païenne,
19:20finalement,
19:21ne lui ait pas permis d'être éveillé au sens de Dieu.
19:25Seule sa mère en avait le souci.
19:29« Quoi d'étonnant, écrit-il,
19:32si j'étais ainsi emporté dans les vanités,
19:35et si je m'éloignais de toi, mon Dieu,
19:37pour m'en aller au dehors,
19:40quand on sait les hommes qu'on me proposait à étudier. »
19:45Et relisant cette période de sa vie, il résume,
19:47« Ibam foras,
19:50je m'en aller dehors. »
19:53Le dehors signifiant pour lui
19:55une sorte d'aliénation de soi-même,
19:59puisque, comme il le découvrira plus tard,
20:02Dieu n'est pas dehors,
20:04il est au-dedans.
20:06Et on ne le trouve que dans l'intériorité.
20:11C'est aussi en cela qu'Augustin est très actuel,
20:14tant il est vrai que notre mode de vie contemporain,
20:18sollicité en permanence par des écrans
20:21et des notifications en tout genre,
20:23ne nous aide pas à trouver le chemin d'accès
20:27à notre intériorité
20:29et à l'emprunter suffisamment souvent.
20:33L'expérience d'Augustin,
20:36c'est que quand l'amour de Dieu n'est pas éveillé,
20:39alors naît l'amour du monde
20:41et que la frivolité
20:43prend la place de l'intériorité.
20:47Après un début de scolarité à Tagaste,
20:50puis à Mador,
20:52qui est un centre voisin un peu plus important,
20:56Augustin dut interrompre ses études
20:58pendant une année,
21:00car ses parents,
21:01de conditions modestes,
21:03n'avaient plus les ressources nécessaires
21:05pour payer ses études à Mador,
21:08où ils se formaient aux lettres
21:09et à l'art oratoire
21:11pour devenir raiteurs,
21:13et donc ils le font revenir à Tagaste.
21:17Il a 16 ans.
21:20Et le désœuvrement aidant,
21:24il se laisse dominer
21:25par des influences diverses.
21:30Désœuvré,
21:31l'adolescent erre dans la ville,
21:33battant le pavé des larges rues de Babylone,
21:36comme il dira plus tard.
21:38Il se laisse entraîner
21:39par ses compagnons d'infortune,
21:41volant des poires dans le verger d'un voisin
21:44et commettant d'autres petits forfaits.
21:47Rien de très grave,
21:49mais quand même.
21:51Il sait ce que c'est,
21:52de se laisser entraîner vers le mal,
21:56simplement par amour propre,
21:58surtout quand on a 16 ans.
22:01Il suffisait d'un mot,
22:02allons-y, faisons-le.
22:05Et l'on avait honte d'avoir honte.
22:09On est honteusement honteux
22:12de n'être pas comme eux.
22:16Il ne put reprendre ses études,
22:18cette fois-ci à Carthage,
22:20que grâce à l'aide d'un ami de la famille,
22:23un certain Romanianus,
22:25un bienfaiteur,
22:26qui fait d'Augustin, en quelque sorte,
22:28ce qu'on appellerait aujourd'hui
22:29un étudiant boursier.
22:33Se rendant donc à Carthage,
22:35pour la première fois,
22:36à l'automne 370,
22:39Augustin ouvre des yeux éblouis
22:42sur la beauté de cette ville,
22:44une beauté jusque-là inconnue,
22:46qui ruisselle de tous les monuments.
22:48Il faut dire que les Romains
22:50avaient reconstruit la ville
22:51en la peuplant de colons
22:53venus de la capitale
22:54et des provinces d'Italie,
22:56faisant d'elle une véritable Rome d'outre-mer,
22:59patinée de soleil,
23:02romanisée par la culture,
23:04mais dont le sang demeurait berbère.
23:07Le tout jeune Augustin
23:08y découvre l'amour
23:10et ses brûlures,
23:13le bouillonnement des passions,
23:16les charmes enchanteurs de la vie.
23:19« La folie sensuelle me saisit »,
23:21écrit-il dans ses confessions.
23:23C'est durant ces années-là,
23:25à l'automne 371,
23:27qu'il se lie à une femme
23:30rencontrée dans ses vagabondages
23:33passionnés dépourvus de puissance,
23:35selon ses mots,
23:38et ensemble,
23:39ils allaient avoir un fils,
23:40Adéoda,
23:42né pendant l'été 372,
23:44et qui mourra jeune en 389.
23:49Durant 16 ans,
23:51Augustin vivra de son métier
23:53de raiteur avec sa femme et son fils.
23:56Il ne se séparera
23:58d'avec sa femme
23:59que lors de son séjour
24:01à Milan,
24:02sur l'insistance de Monique
24:04et afin de réaliser
24:06un mariage légitime.
24:08Cette femme repartira alors
24:10pour l'Afrique,
24:11on ne connaît pas son nom,
24:13en faisant, dit Augustin,
24:15le vœu
24:15de ne plus connaître
24:16d'autres hommes.
24:18Mais lui,
24:20bien plus tard,
24:21il écrira,
24:22« Moi,
24:23j'ai brûlé de ma souvire
24:25aux choses d'en bas
24:26pendant l'adolescence,
24:29et ma beauté s'est flétrie,
24:31et je me suis décomposé
24:33devant tes yeux, Seigneur,
24:34me plaisant à moi-même
24:36et cherchant à plaire
24:38aux yeux des hommes. »
24:41Sur votre livret,
24:42vous avez,
24:44vous pouvez regarder
24:45page 5,
24:53en haut de la page.
24:54Il y a plein de citations
24:55comme ça que vous pourrez
24:56lire ensuite et relire.
24:58Mais voyez,
24:59« Aimant la vie heureuse,
25:01je redoutais de la trouver
25:03où elle réside,
25:04et c'est en fuyant loin d'elle
25:06que je la cherchais. »
25:09Et puis,
25:10celle qui suit,
25:12« En suivant le sens de la chair,
25:14c'est toi, Seigneur,
25:15que je cherchais.
25:16Mais toi,
25:18tu étais plus intime
25:20que l'intime de moi-même
25:22et plus élevé
25:24que les cimes de moi-même. »
25:27Voyez toujours l'intériorité,
25:31plus intime à moi-même
25:32que moi-même.
25:34« Et moi, »
25:34on comprend mieux maintenant,
25:36« Et moi,
25:37je te cherchais dehors,
25:39alors que tu étais dedans,
25:42plus intime à moi-même
25:44que moi-même. »
25:48J'en viens à la deuxième partie
25:51de ce bref survol de la vie
25:55de Saint-Augustin,
25:56l'itinéraire de la conversion
25:58de Milan à Ipone.
26:01Tout à l'heure,
26:02c'était de Tagaste à Carthage,
26:05maintenant de Milan à Ipone.
26:09Déjà en 373,
26:12Augustin a 19 ans,
26:15alors qu'il aspirait avidement
26:17aux honneurs,
26:18aux profits
26:19et au mariage,
26:21il avait fait la lecture,
26:23dans le cadre de ses études
26:25à Carthage,
26:26d'une œuvre aujourd'hui perdue,
26:29l'Hortensius de Cicéron,
26:31qui se présente
26:32comme une exhortation
26:34à la sagesse.
26:35Ce livre,
26:37dit-il,
26:38changea mes sentiments,
26:41et m'orientant vers toi,
26:42Seigneur,
26:44il changea mes prières
26:45et rendit tout autre
26:47mes voeux et mes désirs.
26:50Ville devint pour moi
26:51soudain
26:52toute vaine espérance.
26:54c'est l'immortalité
26:56de la sagesse
26:57que je convoitais
26:58dans un bouillonnement
27:00de cœur incroyable
27:01et j'avais commencé
27:03à me lever
27:04pour revenir vers toi.
27:07Voyez,
27:08une lecture
27:09dans le cadre
27:11de ses études,
27:13Cicéron,
27:14l'amour de la sagesse,
27:16et notre Augustin
27:17qui cherche,
27:18qui cherche,
27:19qui cherche,
27:20et qui là
27:23a trouvé,
27:25croit-il,
27:27le chemin.
27:29En relisant ce passage
27:30pour préparer
27:32notre rencontre
27:33de ce soir,
27:34je me souvenais
27:35de bien des lettres
27:36de catéchumène
27:37reçues cette année
27:39et les années précédentes aussi,
27:43me racontant comment
27:44une lecture,
27:47un événement,
27:48une rencontre
27:50leur avait soudain
27:51permis de s'engager
27:52peu à peu
27:53sur le long chemin
27:54de la foi.
27:56Comme eux,
27:58Augustin n'avait pas été baptisé
28:00lorsqu'il était enfant
28:02et comme eux,
28:03c'est à l'âge adulte
28:05que s'était réveillé
28:07en lui
28:07un certain désir
28:09de Dieu.
28:10Vous connaissez
28:12cette phrase
28:14que l'on chante souvent,
28:16« Tu nous as faits
28:17pour toi, Seigneur »
28:18et notre cœur
28:19est sans repos
28:20tant qu'il ne demeure
28:22en toi.
28:24Que de catéchumènes
28:26peuvent en témoigner ?
28:30Mais Augustin
28:31ne trouve pas
28:32tout de suite
28:33de bons accompagnateurs,
28:34comme on dit aujourd'hui,
28:35pour les catéchumènes
28:37qui se présentent
28:38à nos communautés.
28:41Sans guide averti,
28:43le voilà que,
28:44emporté par ce nouvel élan,
28:46il se tourne
28:48vers une secte,
28:49le manichéisme,
28:51une religion syncrétique
28:53fondée en Perse
28:55par Mani
28:55et bien implantée
28:57dans la région
28:57qui l'attire
28:59par la simplicité
29:00de son discours
29:01et la radicalité
29:03de sa morale.
29:07Très important, ça.
29:09Aujourd'hui,
29:10il y a beaucoup de gens
29:11qui peuvent se laisser
29:13tromper
29:13par la simplicité
29:16du discours
29:16et la radicalité
29:18de la morale.
29:20C'est ce qui séduisit
29:21Augustin
29:22dans la secte
29:24de Mani.
29:25Ce Mani
29:26était né
29:27le 14 avril
29:28216
29:29en Babylonie
29:29dans l'actuel Irak.
29:32Il avait longuement
29:33sillonné
29:34l'Empire Perse
29:35puis s'était installé
29:36en Égypte.
29:37La propagande
29:38manichéiste
29:39s'infiltra
29:40à partir de l'Égypte
29:41en Libye
29:42et dans toutes les provinces
29:44de l'Iphrikia.
29:46Puis Mani,
29:47tombé en disgrâce,
29:48sera jugé,
29:49condamné
29:49et mourra
29:50le 26 février
29:52277,
29:53sa mort étant suivie
29:54d'une répression
29:56à laquelle
29:58cependant
29:58sa doctrine
29:59résista
30:00grâce à sa simplicité
30:02et à sa radicalité.
30:04Deux siècles plus tard,
30:07à l'époque d'Augustin,
30:10cette doctrine
30:10pouvait encore
30:11être séduisante.
30:13En tout cas,
30:15elle avait tout
30:15pour séduire
30:16le jeune raiteur
30:17de Carthage.
30:18Elle se présentait
30:19et cela s'accordait
30:20très bien
30:21à ce qui restait
30:23tout de même en lui
30:24de foi vivace
30:24dans le Christ
30:25à cause de sa mère,
30:26Monique.
30:27Elle se présentait
30:28comme une forme
30:29supérieure
30:30du christianisme.
30:32Mani
30:33se présentait
30:34comme apôtre
30:35de Jésus-Christ
30:37et même
30:38comme
30:39le paraclet
30:40promis
30:40dans l'Évangile,
30:42ce qui ne l'empêchait
30:43pas non plus
30:43de revendiquer
30:44en Iran
30:45la succession
30:46de Zaratoustra
30:47et en Asie centrale
30:48ou en Chine,
30:49car le manichéisme
30:50est arrivé jusque-là,
30:51la succession
30:52du Bouddha.
30:54Mais surtout,
30:55cette religion
30:56osait se définir
30:58et ça,
30:58ça a attiré
30:59Augustin
31:00comme,
31:02comment dire,
31:03rationnel,
31:04scientifique,
31:05on dirait
31:05aujourd'hui,
31:07démontré
31:08et elle promettait
31:10de satisfaire
31:11le besoin
31:12de sécurité,
31:14de vérité,
31:15de choses vérifiables
31:17qu'il habitait.
31:20ce qu'il y a
31:21de plus caractéristique
31:22dans cette doctrine
31:24du point de vue
31:25de ce qui nous intéressera
31:26lorsque nous en viendrons
31:27à la question
31:28de la grâce,
31:29c'est son dualisme.
31:32C'est simple.
31:33Deux substances,
31:35l'une bonne,
31:36l'autre mauvaise,
31:37se partagent le monde.
31:40La voie du salut
31:41passe par la connaissance
31:43de ce dualisme
31:46et on appelle
31:47cette connaissance
31:48parce que ce mot,
31:49c'est de là que vient
31:50ce mot en grec,
31:51une gnose.
31:53Une gnose,
31:54c'est une connaissance
31:55qui n'est accessible
31:56qu'à ceux
31:57qui sont initiés.
31:58D'où
32:00cette dimension sectaire.
32:03Mais évidemment,
32:05ça l'intéresse.
32:07Ça l'intéresse,
32:08Augustin.
32:10Saint-Irénée
32:11et Tertullien
32:12avaient vigoureusement
32:14combattu le manichéisme
32:15et le gnosticisme
32:17qui étaient contraires
32:18selon eux
32:18à la foi chrétienne.
32:20En effet,
32:22ils l'avaient vu
32:23et démontré
32:24et expliqué,
32:26en particulier
32:26dans le
32:27Adversus Ereses
32:28de Saint-Irénée
32:30et dans le
32:30Descarné Christi
32:31de Tertullien,
32:33ils avaient expliqué
32:34comment le manichéisme
32:35au fond
32:35refusait l'incarnation
32:37car la chair
32:39est identifiée
32:40au mal
32:41et ils préféraient
32:43dire que
32:43l'incarnation
32:44du Fils de Dieu
32:45au fond
32:46n'est qu'une apparence
32:49préparant
32:49ainsi le lit
32:51à l'hérésie
32:52du docétisme.
32:55On connaît,
32:57vous connaissez peut-être
32:58tous ces textes
32:59où on disait
33:00mais non,
33:00mais c'est pas possible.
33:01Dieu ne peut pas
33:02venir dans la chair.
33:04La chair,
33:05c'est le principe
33:05mauvais
33:06et Dieu,
33:07c'est le principe
33:08bon.
33:10Donc,
33:10l'incarnation,
33:11si vous voulez,
33:12c'est pour nous,
33:13c'est un leurre
33:14pour qu'on n'ait pas peur
33:16en le voyant
33:17mais il n'est pas
33:18vraiment devenu
33:19homme.
33:21On ne peut pas dire
33:22comme l'écrit Saint-Jean,
33:23d'ailleurs,
33:23il faudrait l'enlever
33:24et le verbe
33:24s'est fait chair.
33:27Ça n'est pas possible.
33:28D'ailleurs,
33:28Saint-Thomas d'Aquin
33:29relira tout cela
33:30simplement avec ce petit passage
33:32de Saint-Jean
33:32et le verbe
33:33s'est fait chair
33:34et il détaillera
33:36comment beaucoup d'hérésies
33:37dans les premiers siècles
33:38du christianisme
33:39et vous savez,
33:39les hérésies,
33:40ce n'est pas une maladie
33:41qui n'arrive qu'aux autres.
33:42Ça peut nous arriver aussi
33:44et quelque chose
33:45qui a été plus ou moins
33:46précisé il y a 15 siècles
33:48peut toujours revenir
33:49aujourd'hui.
33:51Alors,
33:52il disait,
33:52voilà,
33:52c'est la chair.
33:53Non,
33:53non,
33:53non,
33:53non,
33:54non,
33:54non,
33:54non,
33:54non,
33:54non,
33:54non,
33:55non,
33:55non,
33:55non,
34:02encore plus forte,
34:04bien sûr,
34:04beaucoup plus forte
34:05que celle d'Augustin,
34:06un avocat.
34:08Il disait,
34:09mais alors,
34:09qu'est-ce que tu dis,
34:10Martion,
34:11parce que Martion
34:11faisait partie aussi
34:12de cette nébuleuse.
34:13Qu'est-ce que tu dis,
34:14Martion ?
34:15Vraiment,
34:16alors,
34:16il n'est pas...
34:16Mais alors,
34:17qu'est-ce qui était plus difficile
34:18pour lui ?
34:19De naître dans la crèche
34:21ou de mourir sur la croix ?
34:22Et un autre,
34:23Valentin,
34:24qui disait,
34:25oh,
34:25le Christ est né,
34:26bien sûr,
34:26il fallait bien qu'il naisse.
34:27Alors,
34:28il est né de la Vierge Marie,
34:29mais vous savez,
34:30quand il est né,
34:31il est passé
34:33sans toucher les bords,
34:36de peur de se souiller.
34:40Alors,
34:41c'était tout ça,
34:42le manichéisme.
34:43C'était toutes ces compréhensions
34:45qui résistaient
34:47à l'originalité
34:48de la foi chrétienne.
34:49Mais,
34:50nous,
34:50il nous faut comprendre
34:52qu'il peut nous arriver
34:53à force de le dire
34:56et de le redire
34:56et de le croire
34:57sans y réfléchir,
34:58de ne plus nous rendre compte
35:00qu'elle est vraiment
35:02scandale
35:02pour les Juifs
35:04et folie
35:04pour les païens
35:05l'affirmation
35:07qui dit
35:07que Dieu s'est fait homme,
35:09que le Verbe
35:10s'est fait chair.
35:11Nous,
35:12on a l'habitude,
35:14mais on n'y pense plus.
35:17Alors,
35:17tout ça,
35:18ça avait séduit Augustin.
35:19Plus tard,
35:20d'ailleurs,
35:20Augustin s'étonnera
35:21d'avoir pu
35:22si longtemps croire
35:23aux sottises
35:24des manichéens,
35:25comme il dit.
35:26Quel motif me fit
35:27pendant près de neuf ans
35:29mépriser la religion
35:30que mes parents
35:31avaient implantée en moi
35:32dès mon enfance
35:33et suivre ces hommes
35:34en disciples attentifs
35:36si ce n'est de les entendre
35:37affirmer que nous étions
35:38dominés
35:39par une crainte superstitieuse
35:41et que l'on nous imposait
35:42de croire
35:42avant de réfléchir,
35:43tandis que
35:44ne pressait personne
35:45de croire
35:46sans avoir au préalable
35:47démêlé,
35:48tiré au clair la vérité.
35:49Qui n'aurait pas été séduit
35:51par ses promesses ?
35:52Surtout un jeune homme
35:53comme moi
35:53à l'âme
35:55éprise du vrai.
35:57Peu à peu,
35:58cependant,
35:59son adhésion
35:59à la secte
36:00se fissure,
36:01surtout lorsqu'il se rend compte
36:03qu'en fait
36:04de prétendue science,
36:05on lui raconte
36:06d'interminables fictions.
36:08Le voyant s'éloigner,
36:09les manichéens
36:10lui ménagent
36:10un rendez-vous
36:11avec Faustus,
36:12célèbre évêque
36:13de Milèves,
36:14de la secte,
36:15plus modeste
36:16que les autres,
36:16dit Augustin.
36:18Il dit même
36:18« Il n'était pas
36:20totalement ignorant
36:21de son ignorance.
36:24Il n'est cependant
36:25pas, lui,
36:26convaincu.
36:26Et Augustin,
36:28déçu,
36:29sombre
36:30dans un grand
36:30scepticisme.
36:31On est en 383.
36:34Il part pour Rome
36:35afin d'y exercer
36:36le métier de réteur.
36:37Ni la secte
36:38manichéenne,
36:39ni l'Église catholique
36:40ne trouvent grâce
36:41à ses yeux
36:42tant le doute
36:43radical
36:43le submerge.
36:45À l'automne 384,
36:47il obtient un poste
36:48de réteur
36:48à Milan.
36:49Il y arrive
36:50dans le même esprit
36:51de scepticisme
36:52généralisé.
36:53« Je doutais
36:54de tout
36:54et je flottais
36:56entre toutes
36:57les théories. »
36:59C'est à Milan
36:59qu'un jour
37:00il rencontre
37:00l'évêque
37:01Ambroise,
37:02conduit vers lui
37:04inconsciemment
37:05pour être conduit
37:06vers toi,
37:07mon Dieu,
37:07consciemment.
37:10« Noverim me,
37:12noverim te »
37:14qu'on peut traduire
37:15par « me connaître,
37:16Seigneur,
37:18c'est te trouver. »
37:21Oh, regardez,
37:22regardez,
37:22page,
37:24page,
37:26page 6,
37:28page 6 en bas.
37:30« Bien tard,
37:32je t'ai aimé,
37:33ô beauté
37:34si ancienne
37:35et si nouvelle,
37:36bien tard,
37:37je t'ai aimé.
37:38Et voici que tu étais
37:40au-dedans
37:40et moi au-dehors,
37:42et c'est là
37:42que je te cherchais.
37:43Et sur la grâce
37:44de ces choses
37:45que tu as faites,
37:46pauvre disgracier,
37:48je me ruais.
37:49Tu étais avec moi
37:50et je n'étais pas avec toi.
37:52Elle me retenait loin de toi,
37:54ces choses qui pourtant,
37:55si elles n'existaient pas en toi,
37:57n'existeraient pas.
37:59Alors tu as appelé,
38:00tu as crié
38:01et tu as brisé ma surdité.
38:03Tu as brillé,
38:05tu as resplendie
38:06et tu as dissipé ma cécité.
38:08Tu as embaumé,
38:09j'ai respiré
38:10et à le temps,
38:11j'aspire à toi.
38:12J'ai goûté
38:13et j'ai faim
38:14et j'ai soif.
38:16Tu m'as touché
38:17et je me suis enflammé
38:19pour ta paix.
38:21Comme c'est beau.
38:49Sous-titrage MFP.
39:18C'est pas gêné par le soleil.
39:20Non, ça va.
39:48Sous-titrage MFP.
40:19Sous-titrage MFP.
40:22Sous-titrage MFP.
40:40Et il en profite pour l'encourager
40:42à lire la Bible.
40:43Mais Augustin n'y trouve pas son compte
40:45et il est même déçu par cette lecture
40:48qui ne répond pas à ses questions.
40:52Il dira plus tard,
40:53« C'est que je n'étais pas pour posséder mon Dieu,
40:56c'est que je n'étais pas assez humble
40:59et je ne savais pas quel enseignement donne sa faiblesse. »
41:04Toutefois, discrètement, la parole de Dieu, à son insu, agit en lui.
41:10C'est ainsi que de façon surprenante, et bien qu'il ait perdu toute confiance, tout espoir de trouver le
41:15vrai,
41:16Augustin, malgré son doute décide de s'inscrire au catechuménat.
41:22On est au début du carême de l'année 386, il y a tout juste 1640 ans.
41:31Dix ans plus tard, il deviendra évêque d'Hypone.
41:35Pour l'heure, il fait confiance à Ambroise,
41:38en qui il pressent quelqu'un qui pourra l'aider.
41:41À cette époque, écrira-t-il plus tard,
41:44« Je me sentais tout prêt à recevoir les leçons d'un maître,
41:47si toutefois je pouvais en rencontrer un. »
41:51Est-ce pour être sûr de rompre les liens avec le manichéisme une bonne fois pour toutes
41:55qu'il s'engage, encore envahi par le doute,
41:58sur la voie du baptême,
42:00est-ce pour se dégager de l'éprouvant scepticisme
42:03qui lutte en lui avec le désir de vérité ?
42:08Il semble que pour lui le problème soit désormais plus pratique que théorique.
42:14Si, quelques temps encore, se poursuivirent en lui des débats déchirants,
42:19c'est qu'il hésitait toujours entre ses ambitions temporelles,
42:22les honneurs, l'argent, le mariage,
42:26et l'appel à une vie parfaite.
42:29La dernière impulsion vint du récit que lui fit un ami
42:33de la conversion récente de deux jeunes policiers
42:36sous l'influence de la vie de saint Antoine,
42:39le père des moines du désert,
42:42écrite par saint Athanase
42:44et de la découverte de l'idéal monastique.
42:48À une telle âme, il fallait un désir au-dessus.
42:53Ce n'est pas moyen au Russin, ce n'est pas tiède.
42:56Mais là, la vie de saint Antoine, l'idéal monastique,
43:01alors ça, ça finit par le convaincre et il franchit le pas.
43:05Je résolus donc d'être catéchumène dans l'Église catholique
43:09aussi longtemps qu'une certitude ne me montrerait pas dans sa lumière
43:13où diriger ma course.
43:16Dans votre livret, vous avez un texte magnifique.
43:20À la page 3 en bas,
43:26qui traduit bien cette période.
43:29« Comme tu nous as aimés, Père bon,
43:33toi qui n'as pas épargné ton fils unique,
43:35mais l'as livré aux impies que nous étions.
43:38Comme tu nous as aimés. »
43:40On croirait lire Charles de Foucault.
43:43À juste titre, j'ai le ferme espoir en lui
43:47que tu guériras toutes mes langueurs
43:49par lui qui est assis à ta droite
43:51et intercède auprès de toi pour nous.
43:54Autrement, je serai au désespoir.
43:57Tu m'as réconforté en disant
43:59« Voici pourquoi le Christ est mort pour tous.
44:02C'est afin que tous ceux qui vivent
44:03ne vivent plus pour eux-mêmes,
44:05mais pour celui qui est mort pour eux.
44:07Alors voilà, Seigneur,
44:09je jette en toi mon souci
44:11afin de vivre. »
44:14La grâce de vivre.
44:16« Et je considérerai les merveilles de ta loi.
44:19Toi, tu connais mon ignorance et ma faiblesse.
44:22Instruis-moi et guéris-moi.
44:25Lui, ton fils unique,
44:27en qui sont cachés
44:28tous les trésors de la sagesse et de la science,
44:30m'a racheté par son sang.
44:32Que les orgueilleux ne me calomnie pas.
44:35Car je considère le prix dont j'ai été payé
44:38et je le mange et je le bois
44:39et je le distribue.
44:40Et pauvre, je désire être rassasié de lui
44:44parmi ceux qui se nourrissent et sont rassasiés.
44:47Oui, ils loueront le Seigneur,
44:50ceux qui le cherchent. »
44:53Nous tenons d'Augustin lui-même
44:54le récit de sa décision finale.
44:57C'est la scène la plus fameuse des confessions.
45:00Dans le jardin de sa maison de Milan
45:02où il méditait près de son ami Alipius,
45:04il entend la voix d'un enfant
45:06qui lui parut chanter
45:08« Prends, et lis, tolle, lege. »
45:12Il ouvrit le livre de saint Paul
45:13qui depuis quelque temps déjà ne le quittait plus.
45:16Ses visiteurs le trouvaient sur sa table
45:19et il l'avait comme naturellement
45:21emporté avec lui au jardin.
45:23Il ouvre
45:24et voici ce qu'il trouve.
45:27Romains, chapitre 13, verset 13.
45:29« Plus de ripaille, ni d'orgie,
45:31plus de coucherie, ni de débauche.
45:33Revêtez-vous du Seigneur Jésus-Christ
45:35et ne cherchez plus à contenter la chair. »
45:39Ce fut comme une illumination.
45:42Sa décision était prise
45:43d'entrer dans l'Église
45:44et de renoncer au monde.
45:46Il se retira en compagnie de sa mère,
45:49de son fils
45:49et de quelques amis
45:51dans la propriété d'un de ses collègues
45:53à Cassisianum,
45:54à 30 km au nord de Milan
45:56pour y passer les quelques mois
45:58qui devaient s'écouler
46:00avant le baptême.
46:02C'est ainsi qu'au cours
46:03de la nuit pascale,
46:04du 24 au 25 avril 387,
46:08Augustin fut baptisé par Ambroise
46:11en même temps que son ami Alipius
46:14et son fils Adéoda,
46:17âgés alors de 15 ans.
46:18C'était à Milan.
46:20Il était au sommet de sa carrière.
46:24Sa conversion intervenue
46:25au cours de l'été précédent
46:26allait imprimer un cours nouveau
46:29à son existence.
46:31Déjà, écrit-il,
46:33mon âme était libre
46:34des soucis
46:36qui jusque-là
46:37l'avaient rongé.
46:39Aussitôt baptisé,
46:41il veut rentrer en Afrique.
46:43Mais la mort de Monique,
46:44survenue à Hostie
46:45au moment où ils allaient embarquer,
46:48retarda finalement d'un an
46:49la traversée.
46:51Ce n'est que vers la fin
46:52de l'année 388,
46:54qu'il put enfin rejoindre
46:55sa terre natale.
46:57Avec Alipius et quelques amis,
46:59il s'établit à Tagaste,
47:00sa ville natale,
47:01sur les terres
47:02qui lui étaient revenues
47:03en héritage,
47:04partageant avec eux
47:05l'idéal monastique.
47:07Le retour d'Augustin
47:09au pays, cependant,
47:10n'était pas passé inaperçu,
47:12de même que sa conversion.
47:14On le savait instruit
47:15et il n'ignorait pas
47:17qu'il pourrait être appelé
47:18à devenir prêtre,
47:20aussi ou même évêque.
47:22Aussi évitait-il
47:23de se rendre dans des villes
47:25dont le siège épiscopal
47:27était vacant.
47:29Ne se doutant de rien,
47:30un jour,
47:31il se rend à Ipone,
47:33ville qui avait son évêque.
47:35Je vins dans cette ville
47:36pour voir un ami
47:37que je pensais pouvoir
47:38gagner à Dieu
47:38et l'inviter à partager
47:40notre vie dans le monastère.
47:41J'étais tranquille
47:42puisqu'Ipone était pourvu
47:43d'un évêque.
47:45Mais voilà,
47:46je fus empoigné,
47:48fait prêtre
47:48et cela me conduisit
47:50finalement à l'épiscopat.
47:53Ordonné prêtre
47:54en 391,
47:55ça va vite,
47:55je passe parce qu'on n'a pas
47:56trop le temps
47:57mais j'y reviendrai
47:57la prochaine fois.
47:59Il est ensuite nommé
48:01coadjuteur de l'évêque
48:02et l'année d'après,
48:03l'évêque décède,
48:04il s'appelait Valère
48:05et Augustin a 42 ans
48:07et il devient évêque d'Ipone.
48:10Il assumera cette charge
48:11pendant 34 ans
48:12jusqu'à sa mort
48:14en 430.
48:16Devenu évêque malgré lui,
48:18il voudra rester moine
48:20jusqu'au bout,
48:22partageant sa vie
48:23avec des frères,
48:24d'abord au monastère du Jardin,
48:26puis dans sa maison épiscopale.
48:29vous pourrez lire
48:31d'autres textes
48:31mais en particulier,
48:34et je terminerai par là,
48:36celui qui se trouve
48:37à la page,
48:38je crois,
48:40à la page,
48:42à la page 6 en haut.
48:48Le souci de ma charge
48:50me préoccupe sans cesse
48:51depuis qu'a été imposé
48:53à mes épaules ce fardeau
48:54dont est rigoureux
48:56le compte qu'il faut rendre.
48:58Je suis toutefois
48:59plus impressionné
49:00par son poids
49:01à l'occasion
49:02de l'anniversaire
49:02de cette charge.
49:04Ce fardeau
49:05déjà reçu auparavant,
49:06cet anniversaire,
49:07renouvelant le souvenir
49:08du passé,
49:10le place devant mes yeux
49:11de manière à me le faire tenir
49:13comme si je m'apprêtais
49:14à le porter aujourd'hui
49:15pour la première fois.
49:17Et
49:21il dira
49:22« Si ce que je suis
49:25pour vous m'épouvante,
49:26ce que je suis avec vous
49:28me rassure. »
49:30On le connaît par cœur,
49:30celui-là.
49:32« Pour vous, en effet,
49:33je suis l'évêque.
49:34Avec vous,
49:35je suis un chrétien. »
49:37« Évêque »,
49:37c'est le titre
49:38d'une charge
49:38qu'on assume.
49:39« Chrétien »,
49:40c'est le nom de la grâce
49:42qu'on reçoit.
49:44Titre périlleux,
49:46non salutaire.
49:48Comment toute cette vie
49:50l'aura-t-elle préparée
49:51à réfléchir
49:52sur le rapport
49:53entre la liberté humaine
49:54et la grâce divine,
49:56entre la volonté de Dieu
49:58et le péché de l'homme,
49:59entre le pardon
50:00et la miséricorde ?
50:01Vous voyez qu'il y a
50:02beaucoup, beaucoup de choses.
50:04Mais comment tout cela
50:05l'a préparée à réfléchir ?
50:07Eh bien,
50:08c'est ce que vous saurez
50:09si vous revenez
50:10la semaine prochaine.
50:12Pour le moment,
50:13je vous remercie.
50:15Merci.
50:26Il y a,
50:28à la page 7,
50:31il y a les paroles
50:31d'un chant
50:32que les plus anciens
50:33d'entre nous
50:34connaissent certainement.
50:35C'est un chant
50:36qui annonce la Pâque.
50:38Je vous propose
50:39que nous le chantions
50:41tout au long
50:42de ce moment du carême
50:43à la fin
50:43de chacune
50:45de ces conférences.
50:46Vous connaissez
50:47« Depuis l'aube
50:48sur la terre »
50:49Voilà,
50:49on peut se lever
50:50et finir ainsi.
50:53« Depuis l'aube
50:56sur la terre,
50:58nous t'avons
51:00revu debout,
51:03tournez dans la lumière,
51:07ô Jésus,
51:08reste avec nous.
51:17Si parfois sur notre route
51:23nous menace le dégoût,
51:27dans la nuit de notre doute,
51:31ô Jésus, marche avec nous.
51:35Dans la nuit de notre doute,
51:39ô Jésus, marche avec nous.
51:43Tu cherchais les misérables,
51:47ton amour allait partout.
51:51Viens t'asseoir à notre table,
51:55ô Jésus, veille avec nous.
51:58Viens t'asseoir à notre table,
52:03ô Jésus, veille avec nous.
52:06Au-delà de ton calvaire,
52:11tu nous donnes rendez-vous.
52:14Dans la joie près de ton Père,
52:18ô Jésus, accueille-nous.
52:23Dans la joie près de ton Père,
52:26ô Jésus, accueille-nous.
52:34Bonne marche vers Pâques.
52:36Sous-titrage Société Radio-Canada
52:40Sous-titrage Société Radio-Canada
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