00:00Le 8 mars, la Suisse a sauvé son audiovisuel public.
00:05On a fait des manifs, on s'est engagés, on s'est battus.
00:09Mais non, mais non, on est Suisse, on a juste voté non au référendum sur la baisse de la redevance
00:13pour les médias publics.
00:14Alors oui, on est en France.
00:16Alors un référendum, il faut que je vous explique ce que c'est.
00:19C'est quand le peuple, il peut voter sur une loi.
00:22La dernière fois pour vous, c'était en 2005 et ça a tellement traumatisé les présidents français
00:26que depuis ils regardent les référendums comme Yann Moix mat une femme de plus de 40 ans
00:31et qu'une peur irrationnelle et pas mal de dégoût.
00:34Bref, les Helvettes ont voté non à ce qui aurait fait passer la redevance annuelle de 335 à 200 francs
00:39suisses par ménage.
00:40Un peuple qui vote non à une baisse d'impôt, c'est pas fou ça ?
00:44Bon pour rappel, en 2012 en Suisse, on a aussi voté non à l'augmentation du nombre de semaines de
00:48vacances par année.
00:50Chez nous les dirigeants, ils n'ont pas peur des référendums parce qu'ils savent qu'on est complètement maso.
00:54Mais pour ce vote, les Suisses ont surtout affirmé qu'ils étaient attachés à un service fiable
00:59avec une information indépendante et qu'ils trouvaient que ça valait la peine de payer le prix pour ça.
01:03Ce référendum était porté par la droite nationaliste suisse
01:06qui reproche aux services publics d'être trop chers, élitistes, dépensiers et trop de gauche.
01:10Ça vous rappelle pas quelque chose ça ?
01:12En fait, les critiques des médias publics, ils se pètent pas le fiac, ils font copier-coller
01:17et ils changent juste le nom du pays sur la première page.
01:20Bah oui, en France c'est pareil, mais ça prend la forme de la commission d'enquête sur l'audiovisuel
01:25portée par un ami de la maison, le député Charles-Henri à l'oncle.
01:29Je veux pas m'avancer, je veux pas m'avancer.
01:31Mais j'ai l'impression que Charles-Henri, il aime pas beaucoup le service public audiovisuel.
01:35Bon, en même temps, à l'extrême droite, taper sur l'audiovisuel public, c'est un peu comme frapper sur
01:39une piñata à un anniversaire.
01:40Tout le monde sait ce qui va en sortir, mais ça fait quand même toujours plaisir aux copains.
01:43Mais c'est fou parce que mon Charlie, il était encore il y a peu inconnu du grand public
01:48et là il auditionne les grandes figures de la radio française et de la télévision.
01:52On dirait deux voices, mais à l'envers.
01:54Sauf qu'il n'y a pas le budget pour les fauteuils qui tournent, car l'argent public ne tombe
01:58pas du ciel, il faut économiser.
02:01Inconnu au point que le site d'information Les Jours a mené sa petite enquête
02:05pour mieux savoir qui était ce député proche de Ciotti.
02:07Et il se trouve qu'Alloncle était un des administrateurs d'un groupe Facebook officiel appelé Jordan Bardella
02:12où des centaines de messages racistes comme race de merde ou autres singes de banlieue
02:16étaient proférés sans que notre cher Charles-Henri Alloncle n'intervienne.
02:21Alors là, il est beaucoup moins vigilant que pendant la commission d'enquête sur l'audiovisuel, le garçon.
02:24Et ce monsieur est donc aujourd'hui député de la République.
02:28On choisit vraiment n'importe qui.
02:30Mais c'est peut-être ça aussi la beauté de la démocratie.
02:33Alors, je m'attends déjà aux commentaires.
02:35Ouais, tu défends le service public parce que ça te fait bouffer.
02:38Alors, si ça peut vous rassurer, chroniqueuse, remplaçante et remplaçant.
02:42Je ne suis pas non plus sur l'ISF, les gars.
02:46Mais en vrai, si on affaiblit le service public,
02:48on sait qu'on va finir avec pas beaucoup de journalisme de terrain ni d'enquête
02:52et beaucoup de table ronde avec des gens qui donnent leur avis sur tout.
02:55Alors oui, bon, là aussi, on a une table ronde.
02:57Mais ce n'est pas pareil, il y a la bonne table ronde et la mauvaise table ronde.
03:00Et laisser l'information uniquement au marché,
03:02c'est comme confier l'éducation sexuelle à Pornhub.
03:04Et encore, sur Pornhub, il y a plein de catégories différentes.
03:07Donc, il y a plus de diversité de profils que sur CNew, je vous le dis.
03:10Et les études montrent que plus on privatise les médias,
03:13plus la propriété se concentre dans la main d'un petit groupe.
03:15En France, 11 milliardaires détiennent 80% de la presse quotidienne généraliste,
03:19quasiment 60% de la part d'audience en télé
03:21et la moitié des audiences de la radio.
03:2411 personnes.
03:25C'est une équipe de foot, les gars.
03:26Mais qui ne seraient vraiment pas fortes
03:28parce que ce n'est presque que des mecs blancs
03:29et qui veulent quasi tous jouer sur l'aile droite.
03:32Mais c'est fascinant.
03:33La presse, c'est le seul secteur déficitaire
03:36dans lequel les milliardaires veulent quand même investir.
03:38Alors qu'il y aurait plein d'autres trucs,
03:39genre les hôpitaux, les écoles, l'agriculture, la culture.
03:42Alors ce matin, c'est en tant que Suisse que je pense à vous les Français.
03:44Car vous, vous ne pourrez pas voter pour sauver le service public
03:47à moins d'être député de la République.
03:49Mais il reste un petit espoir
03:50parce qu'on vient de voir que c'est un boulot
03:52qui est accessible à n'importe qui.
03:54Vraiment, mais alors vraiment n'importe qui.
03:55Sous-titrage Société Radio-Canada