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En 2016, Naval Group s’était engagé à livrer douze sous-marins à l’Australie. Mais cinq ans après, “le contrat du siècle” a tourné court.
Dans ce podcast : Un contrat record de plusieurs dizaines de milliards d'euros pour la livraison de 12 sous-marins, le 15 septembre l'Australie annonce qu'elle déchire ce contrat passé avec l'entreprise française Naval Group. Un revers diplomatique et commercial majeur pour la France qui s'est aperçue au dernier moment que les australiens avaient développé un projet parallèle et secret avec les britanniques et les américains. Code Source raconte aujourd'hui la crise des sous-marins avec Henri Vernet du service politique du Parisien.
Le 20 décembre 2016 en Australie à Adélaïde un important contrat est signé avec l'Australie par le ministre de la défense Jean-Yves le Drian. C'est un contrat qui prévoit la livraison et la construction par la France de 12 sous-marins, des sous-marins d'attaque à propulsion diesel électrique de type barracuda. Ils sont destinés à faire des patrouilles ou pour assurer la défense navale australienne qui renonce à ses vieux sous-marins de type colisée qu'il fallait absolument remplacer…
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Thibault Lambert, Sarah Hamny, Raphaël Pueyo et Timothée Croisan - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian
Archives : Euronews, Elysée, France 24, 9News, France Info, BFM, LCI, Public Sénat, The Telegraph.
#sousmarins #australie #contrat
Dans ce podcast : Un contrat record de plusieurs dizaines de milliards d'euros pour la livraison de 12 sous-marins, le 15 septembre l'Australie annonce qu'elle déchire ce contrat passé avec l'entreprise française Naval Group. Un revers diplomatique et commercial majeur pour la France qui s'est aperçue au dernier moment que les australiens avaient développé un projet parallèle et secret avec les britanniques et les américains. Code Source raconte aujourd'hui la crise des sous-marins avec Henri Vernet du service politique du Parisien.
Le 20 décembre 2016 en Australie à Adélaïde un important contrat est signé avec l'Australie par le ministre de la défense Jean-Yves le Drian. C'est un contrat qui prévoit la livraison et la construction par la France de 12 sous-marins, des sous-marins d'attaque à propulsion diesel électrique de type barracuda. Ils sont destinés à faire des patrouilles ou pour assurer la défense navale australienne qui renonce à ses vieux sous-marins de type colisée qu'il fallait absolument remplacer…
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Thibault Lambert, Sarah Hamny, Raphaël Pueyo et Timothée Croisan - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian
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00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Un contrat record de plusieurs dizaines de milliards d'euros pour la livraison de 12 sous-marins.
00:18Le 15 septembre, l'Australie annonce qu'elle déchire ce contrat passé avec l'entreprise française Naval Group,
00:24un revers diplomatique et commercial majeur pour la France qui s'est aperçu au dernier moment
00:30que les Australiens avaient développé un projet parallèle et secret avec les Britanniques et les Américains.
00:37Codesource raconte aujourd'hui la crise des sous-marins avec Henri Vernet du service politique du Parisien.
00:44Le 20 décembre 2016, en Australie, à Adelaide, un important contrat est signé avec l'Australie par le ministre de
00:52la Défense, Jean-Yves Le Drian.
00:53La France et l'Australie se sont mariés pour 50 ans, a affirmé le ministre français de la Défense.
00:59C'est un contrat qui prévoit la livraison et la construction par la France de 12 sous-marins,
01:03des sous-marins d'attaque à propulsion diesel électrique de type Barracuda,
01:09des sous-marins d'attaque qui sont destinés à faire des patrouilles pour assurer la défense navale australienne
01:15qui renonce à ces vieux sous-marins de type Collins qui fallait absolument remplacer.
01:20Le premier ministre australien Malcolm Turnbull a confirmé la signature du méga-contrat.
01:27Ces sous-marins seront les vaisseaux les plus sophistiqués construits dans le monde, dit-il.
01:31On parle à ce moment-là de contrat du siècle, pourquoi ?
01:34Par son ampleur. Il s'agit d'un contrat qui au total doit représenter quelques 50 milliards d'euros.
01:40C'est un contrat qui est très long, qui s'étale sur plusieurs décennies.
01:43Les premières livraisons sont prévues pour 2030 et le contrat doit courir jusqu'à 2050 pour les dernières livraisons.
01:49C'est un contrat du siècle aussi parce qu'il y a une division du travail totalement inédite entre l
01:55'Australie et la France.
01:56C'est-à-dire que des ingénieurs français vont s'installer en Australie et inversement,
02:01des Australiens viennent à Cherbourg auprès de Naval Group pour plancher sur le projet de ces 12 sous-marins.
02:08Naval Group qu'on appelait avant DCNS, pourquoi est-ce que l'Australie n'achète pas de sous-marins nucléaires
02:13?
02:13La France sait aussi en produire.
02:15Parce que le nucléaire n'est pas du tout dans la culture australienne.
02:18Il faut se souvenir que cette région, c'est la région pacifique, on n'est pas loin de la Nouvelle
02:22-Zélande
02:22où justement tant les Australiens que les Néo-Zélandais avaient très longtemps protesté contre les essais nucléaires français.
02:28Donc l'opinion publique n'y est pas prête.
02:31Et à l'époque, le gouvernement, les militaires australiens avaient bien opté pour une propulsion classique.
02:46En 2018, le mercredi 2 mai, le président français Emmanuel Macron est en Australie.
02:52Il prononce un discours sur une base militaire à l'est de Sydney.
02:55Ça prouve l'importance de cette région pour la France ?
02:57Il faut savoir que la France est très présente dans la région.
03:00C'est même un des pays principaux puisque à travers la Polynésie française, c'est une puissance régionale.
03:06Et pourquoi la France veut y être présente d'autant plus maintenant ?
03:09Parce que c'est là que se joue l'affrontement entre la Chine d'un côté et les États-Unis.
03:14La Chine ayant une volonté expansionniste très importante et très marquée dans la région,
03:20l'Australie craint, redoute cette influence chinoise.
03:25Ce matin, nous avons eu l'opportunité d'exchange sur notre histoire et notre relation
03:31concernant votre commitment pour la liberté, votre commitment pour notre pays,
03:37un siècle avant et pendant la Seconde Guerre mondiale.
03:41Au mois de mars 2020, on le sait aujourd'hui, mais tout cela est tenu secret à ce moment-là,
03:46le Premier ministre australien, Scott Morrison, lance un projet alternatif à celui des sous-marins français.
03:52Scott Morrison, c'est un Premier ministre conservateur, il vient d'arriver au pouvoir.
03:56Il est le premier à briser le tabou.
03:59Mais pourquoi est-ce que l'Australie n'aurait pas des sous-marins nucléaires ?
04:03Alors attention, on parle de sous-marins, on parle de bâtiments à propulsion nucléaire.
04:07Il ne s'agit pas d'embarquer des missiles nucléaires.
04:10Ça, c'est vraiment le tabou des tabous et c'est le privilège, si je puis dire,
04:14de grandes puissances comme les États-Unis, la Russie, la France bien évidemment, la Grande-Bretagne.
04:20Mais c'est un club qui est tout à fait fermé.
04:21En revanche, avoir des sous-marins à propulsion nucléaire, quel est l'intérêt ?
04:25C'est que ce sont des sous-marins, des bâtiments qui sont très endurants,
04:29qui peuvent tenir très longtemps à la mer, donc sans revenir à leur porte d'attache.
04:34Donc ils sont très opérationnels.
04:36Scott Morrison, à ce moment-là, commence à en discuter avec les Anglais en leur demandant
04:41« Vous, vous-même, vous avez reçu des sous-marins nucléaires américains.
04:46Donc vous qui avez cette expérience, qui avez ce savoir-faire,
04:49est-ce que vous pensez possible que les États-Unis fassent avec nous comme ils l'ont fait avec nous
04:54? »
04:54C'est-à-dire nous fournissent des sous-marins nucléaires.
04:56Mais tout cela, encore une fois, c'est extrêmement secret.
04:58Dans les mois qui suivent, les discussions se tendent entre Australiens et Français
05:02sur des volets financiers et techniques du contrat du siècle,
05:05donc les fameux sous-marins français Barracuda.
05:07De quoi parle-t-on ? Il s'agit de retard d'élaboration du dessin,
05:11de la conception du sous-marin.
05:13Il s'agit de dépassement de paiements, les budgets qui gonflent pas mal.
05:17Et c'est donc là que les Australiens émettent des réserves,
05:21en disant que finalement, ils ajustent leurs besoins.
05:23Et là, on est dans la phase où il s'agit de lancer le design de base du sous-marin
05:28selon les besoins du client, qui se met un petit peu à renacler et à poser des questions.
05:33Et dans la presse australienne, à partir de là, il y a par moments des rumeurs
05:36d'un abandon du contrat passé avec la France pour la livraison des Barracudas.
05:41Et certains d'ailleurs s'en alarment.
05:42Moi, j'ai rencontré une députée LREM, qui est députée de l'étranger,
05:46donc de cette région-là, et elle rencontre des députés,
05:48et notamment des proches de Scott Morrison.
05:50Et elle est frappée par la virulence avec laquelle ses élus dénoncent le contrat français
05:57en disant qu'en gros, c'est pas la bonne solution,
05:59c'est pas du tout des Barracudas qu'il faut, qu'il faudrait plutôt se tourner ailleurs.
06:02Elle est tellement saisie qu'à son retour à Paris, elle en parle au Quai d'Orsay,
06:07elle s'en ouvre.
06:07Et là, elle a l'impression qu'on minimise l'affaire.
06:10Alors en même temps, ce qui est vrai, c'est que c'est classique.
06:13Pour un contrat d'une telle ampleur, il est normal que des ajustements soient faits en permanence.
06:18Et là encore, en 2019, en 2020, on est quand même vraiment dans la première,
06:23toute première phase du projet.
06:26On en arrive à cette année, du 11 au 13 juin.
06:29Le groupe du G7 se réunit au Cornouaille, à l'extrême sud-ouest de la Grande-Bretagne.
06:34Et en coulisses, les États-Unis, le Royaume-Uni et l'Australie
06:37évoquent un nouveau partenariat de défense entre leurs trois pays.
06:41À ce moment-là, personne ne le sait, personne ne se doute de quoi il parle.
06:45Au contraire, ce G7, ce sont les grandes retrouvailles
06:47entre les Européens et un Joe Biden et l'Amérique,
06:50après la Grande-Brui à l'époque de Trump.
06:53Et notamment, il y a une rencontre Macron-Biden qui paraît tout à fait prometteuse.
06:57Et Macron est un milieu de se douter de ce qui se trame dans son dos.
07:02C'est-à-dire, en effet, ces rencontres très discrètes,
07:05en marge du sommet, entre Boris Johnson, le britannique,
07:09Scott Morrison, l'australien, et donc Joe Biden,
07:11qui est à la manœuvre, l'américain.
07:13Et c'est là qu'est évoqué ce projet de fournir,
07:17pour la première fois, des sous-marins nucléaires,
07:19à propulsion nucléaire, à l'Australie.
07:22Livraison de sous-marins qui entreraient dans le cadre
07:24d'un partenariat de défense plus global,
07:27baptisé AUKUS pour Australia, United Kingdom et United States.
07:32AUKUS est une alliance clairement militaire, défensive,
07:37qui vise à contrer l'influence, la menace chinoise.
07:41Alors que Macron, lui, ce qu'il cherche avec sa stratégie indépacifique,
07:45c'est une troisième voie, c'est-à-dire de ne pas être
07:47dans l'affrontement brutal qui pourrait dégénérer militairement
07:51assez vite avec la Chine, mais être plutôt dans la recherche
07:54d'une voie à la fois économique et apaisante,
07:58tout en maintenant la garde militaire assez haute.
08:08Le 15 juin, à Paris, Emmanuel Macron reçoit le Premier ministre australien,
08:12Scott Morrison.
08:13Est-ce qu'à ce moment-là, il est question d'un éventuel abandon du contrat ?
08:16Abandon, non.
08:17Mais c'est vrai que Scott Morrison souligne,
08:19comme le font les Australiens désormais,
08:21les petites difficultés.
08:22Alors notamment à cette époque-là, il est question de conséquences
08:25sur l'environnement qu'aurait la technologie diesel.
08:29Mais justement, le Premier ministre australien dit que tout cela
08:32est parfaitement surmontable.
08:33Il donne toutes les assurances à Emmanuel Macron,
08:36qu'on va bien poursuivre avec ce programme de Barracuda,
08:39dénommé « attaque » dans la terminologie australienne.
08:41À ce moment-là, la France aurait proposé à l'Australie de lui vendre finalement
08:45des sous-marins nucléaires, puisque ça semble désormais l'intéresser.
08:49C'est ce que disent aujourd'hui nos confrères du Figaro,
08:51bien que l'Élysée les démentit.
08:53La France, elle fait des sous-marins depuis 120 ans.
08:56Elle en a construit plus de 250, y compris des nucléaires.
08:59Donc à partir du moment où l'Australie était engagée dans un contrat
09:03avec les chantiers navals français,
09:05il aurait été logique, s'ils changeaient de pied,
09:07de demander d'abord à leurs contractants, c'est-à-dire à la France,
09:10de passer finalement du diesel au nucléaire.
09:13Le 25 juin, dix jours après la visite de l'Australien Scott Morrison à Paris,
09:17c'est au tour du chef de la diplomatie américaine, Anthony Blinken,
09:20de venir parler avec son homologue Jean-Yves Le Drian
09:23et bien sûr avec le président Emmanuel Macron.
09:27Officiellement, tout va bien.
09:28Tout va bien et même mieux que ça,
09:30puisque Blinken, qui est parfaitement francophone et francophile,
09:33au contraire, applaudit à ce projet franco-australien de sous-marins,
09:38dit que ça cadre parfaitement avec la stratégie américaine dans cette région-là
09:42et que donc au contraire, il faut mener à fond ce programme.
09:46Là, on est vraiment dans la duplicité la plus totale.
09:48À la fin de l'été, le 30 août, Jean-Yves Le Drian,
09:50le ministre des Affaires étrangères,
09:52et Florence Parly, la ministre des Armées,
09:54reçoivent leurs homologues australiens.
09:56Et à ce moment-là, le discours reste le même,
09:58c'est-à-dire que le programme avance,
10:01on a surmonté les petites difficultés qui sont bien normales
10:04s'agissant d'un projet de telle ampleur.
10:06Ça avance d'ailleurs même tellement bien
10:07qu'il y a donc des Australiens qui sont arrivés,
10:10qui se sont installés à Cherbourg,
10:11plusieurs centaines, qui commencent à travailler.
10:14Inversement, des ingénieurs français sont envoyés,
10:17parfois avec leur famille, à Adelaide en Australie.
10:19Il y a même certains d'entre eux
10:21qui sont en train d'effectuer leur quarantaine sanitaire
10:24pour cause de Covid en Australie,
10:26puisque c'est ce qu'impose le gouvernement.
10:27Donc on peut donc penser que s'il y avait le moindre souci,
10:29on n'imposerait pas une telle quarantaine à des Français.
10:33Le mercredi 15 septembre, à l'Elysée,
10:36Emmanuel Macron apprend que le Premier ministre australien
10:38veut lui parler au plus vite.
10:40Oui, il semble bien que c'est à ce moment-là
10:42que tout ce jour, on est dans le Conseil de défense
10:44qui précède chaque mercredi le Conseil des ministres.
10:46Donc sont présents, outre le président Jean-Yves Le Drian,
10:50ministre des Affaires étrangères,
10:51et sa collègue des armées Florence Parly.
10:54Ils savent que les Australiens ont un message à leur adresser.
10:57Donc évidemment, tous les trois sont assez inquiets.
11:02À la stupeur générale, le président et ses ministres
11:05découvrent une lettre que vient de leur envoyer
11:07le Premier ministre australien, Scott Morrison,
11:10dans laquelle il leur annonce que le contrat de sous-marin français
11:13s'est terminé.
11:14Il n'en est plus question.
11:16Il est rompu.
11:16L'Australie choisit une autre option.
11:25Quelques heures plus tard, pendant une visioconférence,
11:27l'américain Joe Biden, le britannique Boris Johnson
11:30et l'australien Scott Morrison font une annonce importante.
11:33L'annonce de leur nouveau pacte stratégique,
11:36donc le fameux AUKUS.
11:54Cette alliance de défense totalement inédite,
11:57que personne n'attendait vraiment,
11:58et qui reposera notamment sur la construction,
12:03sur la fourniture de sous-marins nucléaires
12:05par les États-Unis aux Australiens.
12:10Et un peu plus tard, devant les journalistes,
12:12Scott Morrison, l'australien, justifie son choix.
12:14Il explique que c'est soudainement
12:16ce dont son pays a besoin,
12:18pour des raisons d'endurance, de rayons d'action,
12:21pour contrer une menace chinoise
12:22qui, dit-il, est grandissante.
12:25Et ça, on sait bien que c'est l'optique américaine,
12:27c'est le discours de Joe Biden.
12:28Henri Vernet, à Paris, c'est la stupeur.
12:31La stupeur et la colère.
12:32Il suffit d'écouter les mots de Jean-Yves Le Drian,
12:35qui est plutôt quelqu'un d'habitude de pondérer,
12:37qui là, se lâche complètement.
12:39Nous avions établi avec l'Australie
12:42une relation de confiance.
12:43Cette confiance est trahie.
12:46Et je suis aujourd'hui en colère,
12:48avec beaucoup d'amertume, sur cette rupture.
12:51Et vous avez prévu...
12:52Autant plus que ça ne se fait pas entre alliés.
12:54Et ça ne se fait pas, en plus,
12:56quand il y a eu d'abord deux ans de négociations
12:58pour ce contrat.
12:59En disant que, finalement, Biden,
13:01c'est la même chose que Trump,
13:03les tweet en moins.
13:04Cette décision unilatérale,
13:08brutale, imprévisible,
13:10ça ressemble beaucoup à ce que faisait M. Trump.
13:12Les Français tombent de l'armoire.
13:14Ils découvrent d'un seul coup
13:16que leurs sous-marins ne font plus l'affaire
13:18et surtout que cette alliance s'est tramée
13:20sans qu'il n'en soit jamais question
13:23avec les Français.
13:23On va voir ce qui va se passer.
13:25Mais en tout cas, là, aujourd'hui,
13:26notre position est d'une grande fermeté,
13:28d'une incompréhension totale
13:29et d'une demande d'explication,
13:31d'une clarification de la part des uns et des autres.
13:33Du côté français,
13:34on trouve ce choix surprenant
13:36pour plusieurs raisons.
13:37Oui, d'abord,
13:38parce que, sur le plan technologique,
13:40les sous-marins français
13:41sont de dernière génération.
13:42Ils sont tout à fait performants,
13:44pratiquement autant, en réalité,
13:45que de futurs sous-marins nucléaires américains.
13:47Ensuite, les navires américains
13:49sont évidemment beaucoup plus chers.
13:50On estime en gros 3 milliards
13:52pour un tel engin américain
13:53contre 1 milliard
13:54pour les sous-marins type Barracuda.
13:56Et un autre argument de poids,
13:58c'est que les Français étaient prêts
13:59à livrer leurs premiers sous-marins
14:01dès 2030.
14:02Alors que quand les experts
14:03regardent le plan de charge
14:05des navires nucléaires aux États-Unis,
14:07ils pensent que le premier
14:08ne pourra pas être livré avant 2040,
14:11donc pour s'étaler très longtemps.
14:13Alors quand les Australiens
14:14tirent argument de l'urgence,
14:16de l'imminence de la menace chinoise,
14:18c'est évidemment étrange.
14:19Deux jours plus tard, le 17 septembre,
14:22Emmanuel Macron est à Lyon
14:23pour célébrer les 40 ans du TGV
14:25et vanter les mérites
14:26de l'industrie française.
14:27Ça tombe très mal
14:28parce que là, l'industrie française,
14:29elle vient de prendre
14:30une claque énormissime.
14:32Et aux yeux du monde entier,
14:33quelles qu'en soient les raisons,
14:35là, en réalité,
14:35les raisons sont beaucoup plus
14:38géopolitiques, diplomatiques
14:39qu'industrielles,
14:40il n'empêche,
14:41l'effet est là.
14:42Et au moment où le président
14:45vende justement l'industrie,
14:47la technologie,
14:48les fleurons français,
14:49ça fait mauvais effet.
14:50Et d'ailleurs,
14:51ses adversaires politiques
14:52ne s'y trompent pas
14:53parce que tout de suite,
14:54cette affaire des sous-marins,
14:56elle est prise par l'opposition.
14:58Une reddition en race campagne.
15:00Il n'y a pas d'autre terme
15:01pour décrire la conclusion
15:04du débat entre Emmanuel Macron
15:06et le président Biden.
15:08Si les États-Unis nous méprisent,
15:10si finalement,
15:12les grands pays frères
15:13de l'Union européenne
15:15ne nous soutiennent pas,
15:16c'est parce que quelque part,
15:18on voit bien qu'en sous-main,
15:19ils se disent
15:19c'est l'arrogance de Macron
15:22qui est sanctionnée.
15:23Je pense que notre président
15:24de la République
15:25pêche par naïveté.
15:27Nous risquons de rester alignés
15:30derrière les États-Unis,
15:32dans ses visées guerrières.
15:34Tout le monde en tire argument
15:36pour parler d'un fiasco
15:37de la politique de Macron.
15:41Toujours ce vendredi 17 septembre,
15:43Paris rappelle ses ambassadeurs
15:45à Washington et Canberra.
15:46Vis-à-vis des États-Unis,
15:47c'est un geste énorme.
15:48Il est d'ailleurs inédit.
15:50On n'a jamais rappelé d'ambassadeurs.
15:52Même dans les crises les plus fortes,
15:53on se souvient, 2003,
15:54pendant l'affrontement
15:55entre Chirac et Bush
15:56sur la guerre en Irak,
15:57il n'y a jamais eu
15:58de rappel d'ambassadeurs.
15:59C'est donc évidemment
16:00un geste politique,
16:02diplomatique extrêmement fort.
16:03Il faut attendre le lundi 20 septembre
16:05pour entendre l'Union européenne
16:07soutenir la France.
16:08Les premiers à réagir
16:10et en effet plusieurs jours après,
16:12c'est la Commission européenne,
16:13Mme von der Leyen,
16:15le président du Conseil européen,
16:16M. Charles Michel.
16:17Mais disons qu'il n'y a pas
16:18de solidarité énorme.
16:19On ne peut pas dire
16:20que l'Europe en tant que telle,
16:21en tout cas dans un premier temps,
16:23se sente directement blessée
16:25et agressée par les États-Unis.
16:27Emmanuel Macron choisit
16:28de ne pas s'exprimer sur le sujet
16:30et le mercredi 22 septembre,
16:32il s'entretient au téléphone
16:34avec le président américain,
16:35Joe Biden.
16:35Il l'a fait patienter quand même
16:37parce que ça faisait déjà quelques jours
16:39que les Américains avaient sollicité
16:40ce coup de téléphone.
16:41Pour marquer sa colère,
16:43l'Élysée a donc temporisé cet appel.
16:44Les deux présidents publient
16:45un communiqué commun
16:47après cet entretien téléphonique.
16:48Il n'y a rien de très bouleversant.
16:49Cela dit,
16:50Joe Biden reconnaît qu'en effet,
16:52les choses auraient pu être faites
16:53de manière plus conforme
16:54à ce qui doit se passer entre alliés.
16:56Et d'ailleurs,
16:57il est rappelé dans ce communiqué
16:58que désormais,
16:59pour éviter que de tels déconvenus
17:02se produisent,
17:02les alliés se concerteront davantage,
17:04ce qui après tout est normal
17:06et qu'il faudra donc trouver
17:07les moyens,
17:08les voies
17:09pour cette meilleure concertation.
17:12Néanmoins,
17:13on ne dit pas concrètement comment.
17:15Alors,
17:16les deux présidents
17:17devront se rencontrer
17:18lors du prochain G20 à Rome,
17:20à la fin du mois d'octobre.
17:21Ce sera l'occasion.
17:22Mais enfin,
17:23il faut quand même constater
17:24qu'entre le moment
17:25où éclate cette grosse,
17:27grosse fâcherie
17:28et fin octobre,
17:30il y a quand même beaucoup de temps.
17:31Ça veut dire qu'on comprend bien
17:32que pour les Américains,
17:34il n'y a pas urgence extrême
17:36à se rabibocher avec la France.
17:38Toujours le mercredi 22 septembre,
17:40le Premier ministre britannique,
17:42Boris Johnson,
17:43devant des journalistes,
17:44s'agace de la réaction française.
17:46Sur un ton assez méprisant,
17:48un peu blessant,
17:48comme il sait le faire,
17:49Boris Johnson,
17:50il dit en gros,
17:50allez, ressaisissez-vous
17:51et donnez-moi un break,
17:53lâchez-moi les baskets.
18:03Il y a une blessure d'orgueil
18:04pour les Français,
18:05c'est-à-dire qu'au-delà
18:06du camouflet diplomatique
18:07et industriel
18:08qu'ils ont vis-à-vis
18:09des États-Unis
18:10et de l'Australie,
18:11il y a le fait
18:12que le Royaume-Uni soit dedans,
18:13les éduper
18:14et jouer les entremetteurs.
18:16Et ça,
18:16ça énerve encore plus
18:17les Français.
18:24Le mardi 28 septembre,
18:26on apprend que la France
18:27va vendre trois frégates
18:29de défense à la Grèce
18:30deux semaines après la crise
18:31des sous-marins
18:32avec l'Australie,
18:33un contrat de 3 milliards d'euros
18:34et Emmanuel Macron
18:36s'exprime de l'Elysée
18:37suite à cette annonce.
18:38Il dit essentiellement
18:40que les Européens
18:41doivent sortir de la naïveté,
18:42c'est-à-dire qu'ils doivent
18:43cesser de s'en remettre
18:45quasi exclusivement
18:46aux États-Unis
18:47pour assurer leur sécurité,
18:48pour assurer leur défense.
18:50La France est une puissance
18:51indo-pacifique indépendamment
18:53de tout contrat,
18:55puisque nous avons
18:56plus d'un million
18:56de nos compatriotes
18:57qui vivent dans cette région
18:58et que nous avons
19:00plus de 8 000 soldats
19:01qui y sont déployés.
19:02Donc le choix australien,
19:04dont d'ailleurs
19:05toutes les conséquences
19:06sont encore à déterminer
19:07dans les semaines qui viennent,
19:10n'a pas d'impact
19:11sur la stratégie
19:11indo-pacifique française.
19:13Et là, ce contrat,
19:14pour les trois frégates
19:15à la Grèce,
19:16pour une valeur de 3 milliards,
19:17tombe à pic
19:18parce que ça montre
19:19qu'il est possible
19:20de bâtir
19:21une défense européenne.
19:22ça, c'est vraiment
19:23l'ambition
19:23d'Emmanuel Macron.
19:26Henri Vernet,
19:26malgré tout,
19:27est-ce que ce revers,
19:28l'annulation
19:28de cet énorme contrat
19:29avec l'Australie,
19:30ne prouve pas
19:31que la France
19:31est affaiblie
19:32au niveau international ?
19:34Ça traduit
19:34un retour brutal
19:35à la réalité.
19:36C'est-à-dire que clairement,
19:37la France n'a plus
19:38les moyens
19:38de la politique
19:39qu'elle ambitionne.
19:40On a vu cette stratégie
19:42indo-pacifique,
19:43donc cette volonté
19:44de peser dans une région
19:45où tout se joue,
19:46la Chine et les États-Unis,
19:47mais où tout simplement,
19:48la France n'a pas
19:50les moyens de peser.
19:51En revanche,
19:52ça peut aussi être bénéfique
19:54dans la mesure
19:54où ça fait prendre
19:55conscience aux Européens
19:57qu'ils doivent prendre
19:58eux-mêmes en charge
19:59leur sécurité.
20:00Parce qu'ils ne peuvent
20:01plus compter sur les Américains.
20:02On l'a vu depuis Obama
20:03avec la Syrie,
20:04on l'a encore vu tout récemment
20:05avec l'Afghanistan.
20:06Il s'agit maintenant
20:07de s'en occuper soi-même,
20:09d'avoir une Europe
20:11réellement souveraine
20:12sur le plan stratégique,
20:13voire comme le souhaite Macron.
20:15Et c'est une idée
20:16qui va développer
20:16pendant sa présidence française
20:18de l'Union Européenne
20:19en 2022,
20:20cette idée d'une armée
20:21commune européenne.
20:29Merci Henri Vernet.
20:30Je rappelle que vous êtes
20:31journaliste au service
20:32politique du Parisien.
20:33Le Parisien,
20:34c'est 400 journalistes
20:35mobilisés pour vous informer
20:37avec des bureaux
20:38dans tous les départements
20:39d'Ile-de-France
20:39et l'Oise
20:40à lire sur
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20:49Cet épisode a été produit
20:50par Sarah Amny,
20:51Thibault Lambert
20:52et Timothée Croisan,
20:54réalisation Julien Moncouquiole.
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