La Russie accroit sa présence à la frontière ukrainienne depuis l’automne dernier, mais dément toute volonté d’invasion, et accuse Washington de renforcer les tensions en envoyant des militaires supplémentaires dans la région. Code source revient sur les origines de cette crise.
Dans ce podcast : L'Ukraine a peur d'être envahi par la Russie. Depuis cet automne l'Ukraine et les Etats-Unis affirment que plus de cent mille soldats russes sont déployés à la frontière. De son côté Moscou dément toute volonté d'invasion et affirme que Washington ne fait que renforcer les tensions en envoyant des militaires supplémentaires dans la région. Pour essayer de comprendre cette crise et ses origines Code source résume aujourd'hui l'histoire des relations entre l'Ukraine et la Russie.
Cela fait déjà plusieurs années que de nombreux soldats russes sont positionnés le long de cette frontière où s'affrontent les loyalistes ukrainiens et les séparatistes pro-russes du Donbass. L'armée russe elle est de l'autre côté de la frontière mais en soutien très clair de ces miliciens séparatistes. Depuis l'automne cette présence est massive elle a en effet grimpé jusqu'à environ cent mille hommes voire 125000 et même plus avec énormément de blindés…
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Sarah Hamny, Thibault Lambert et Clara Garnier-Amouroux - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network - Identité graphique : Upian
Archives : INA.
#Ukraine #Russie #Poutine
Dans ce podcast : L'Ukraine a peur d'être envahi par la Russie. Depuis cet automne l'Ukraine et les Etats-Unis affirment que plus de cent mille soldats russes sont déployés à la frontière. De son côté Moscou dément toute volonté d'invasion et affirme que Washington ne fait que renforcer les tensions en envoyant des militaires supplémentaires dans la région. Pour essayer de comprendre cette crise et ses origines Code source résume aujourd'hui l'histoire des relations entre l'Ukraine et la Russie.
Cela fait déjà plusieurs années que de nombreux soldats russes sont positionnés le long de cette frontière où s'affrontent les loyalistes ukrainiens et les séparatistes pro-russes du Donbass. L'armée russe elle est de l'autre côté de la frontière mais en soutien très clair de ces miliciens séparatistes. Depuis l'automne cette présence est massive elle a en effet grimpé jusqu'à environ cent mille hommes voire 125000 et même plus avec énormément de blindés…
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Sarah Hamny, Thibault Lambert et Clara Garnier-Amouroux - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network - Identité graphique : Upian
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00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12L'Ukraine a peur d'être envahie par la Russie.
00:15Depuis cet automne, l'Ukraine et les États-Unis affirment que plus de 100 000 soldats russes sont déployés à
00:21la frontière.
00:21De son côté, Moscou dément toute volonté d'invasion et affirme que Washington ne fait que renforcer les tensions en
00:29envoyant des militaires supplémentaires dans la région.
00:32Pour essayer de comprendre cette crise et ses origines, Codesources résume aujourd'hui l'histoire des relations entre l'Ukraine
00:38et la Russie
00:39avec Henri Vernet du service politique du Parisien qui suit ce dossier actuellement.
00:53Henri Vernet, le mardi 25 janvier, Emmanuel Macron est à Berlin, il vient de rencontrer le nouveau chancelier allemand, le
00:59social-démocrate Olaf Scholz.
01:00Et pendant la conférence de presse à l'issue de cette rencontre, à côté d'Olaf Scholz, il est interrogé
01:05sur la Russie et l'Ukraine.
01:07Il dit que de toute façon, si Poutine envahit l'Ukraine, s'il lance une action militaire contre ce pays,
01:14la réaction des Européens sera ferme, elle sera forte.
01:17S'il devait y avoir une agression, la riposte sera là et le coût sera très élevé.
01:25Henri Vernet, depuis l'automne dernier, l'Ukraine accuse Moscou d'avoir positionné environ 100 000 soldats russes à la
01:32frontière.
01:32Cela fait déjà plusieurs années que de nombreux soldats russes sont positionnés le long de cette frontière
01:38où s'affrontent les loyalistes ukrainiens et les séparatistes prorusses du Donbass.
01:44L'armée russe, elle, est de l'autre côté de la frontière, mais en soutien très clair de ces miliciens
01:49séparatistes.
01:51Depuis l'automne, cette présence est massive.
01:54Elle a en effet grimpé jusqu'à environ 100 000 hommes, voire 125 000 et même plus,
01:59avec énormément de blindés, énormément de métal, comme disent les spécialistes.
02:03Et c'est évidemment une menace importante qui est pointée sur le régime démocratique de Kiev.
02:11L'Ukraine, c'est un pays de 44 millions d'habitants, assez vaste.
02:16C'est un peu une zone tampon entre la Russie et l'Europe ?
02:19Oui, c'est une zone tampon, à la fois géographiquement, comme vous le décrivez, mais également politiquement.
02:24Parce que c'est un pays qui est divisé entre une majorité qui est pro-occidentale,
02:28qui souhaite adhérer à l'Union européenne, qui veut davantage de démocratie, qui veut beaucoup plus de transparence.
02:35De l'autre côté, il y a ces séparatistes qui sont pro-russes, qui sont plutôt à l'est du
02:41pays,
02:42qui sont dans la région minière du Donbass, qui parlent d'ailleurs russe et qui, eux, ne veulent pas couper
02:46le cordon ombilical avec Moscou.
02:48Alors, on va voir comment on en est arrivé là.
02:49L'Ukraine, pour la Russie, c'est un territoire tout à fait particulier au niveau historique, si on remonte très
02:55loin.
02:56Oui, dans l'imaginaire, dans l'histoire des Russes, c'est vraiment le berceau de la nation slave.
03:00Au Moyen-Âge, donc entre le IXe et le XIIIe siècle, il y avait une principauté qui était la Russe
03:06de Kiev,
03:07qui rassemblait les peuples ukrainiens et russes dans une même entité politique.
03:12Et ce sont des territoires qui partagent en fait une culture, une religion, des langues qui sont assez proches.
03:18Et aujourd'hui encore, le russe reste très parlé, très courant au sein de l'Ukraine.
03:23Pendant l'époque de l'URSS, c'est-à-dire de 1922 à 1991, l'Ukraine est l'une de
03:30ces républiques socialistes soviétiques qui composent l'URSS.
03:33Oui, c'est l'une des républiques, mais c'est une république cruciale, qui a une extrême importance,
03:36parce que c'est le grenier à blé de cet immense espace soviétique, qui est l'ancien empire russe, l
03:42'empire des Tsars.
03:43C'est aussi l'endroit où il y a beaucoup de manufactures, c'est une usine, beaucoup d'ateliers.
03:48Donc c'est très stratégique pour le Kremlin. Mais les maîtres du Kremlin savent aussi diviser pour mieux régner.
03:56Et en Ukraine, il y a ce fameux épisode de la grande famine qui a sévi dans les années 30,
04:01et aux yeux des Ukrainiens, qui a toujours été sciemment organisé par Staline.
04:06En 1954, le dirigeant de l'URSS, Nikita Khrouchchev, fait un cadeau territorial à l'Ukraine.
04:13Elle lui offre la péninsule de Crimée, au sud du pays.
04:17Khrouchchev, d'abord, il veut rompre avec Staline. C'est lui qui a fait la déstalinisation.
04:20Et puis Khrouchchev, il a grandi en Ukraine, il y a passé sa jeunesse, donc il y a un lien
04:24particulier avec cette région.
04:26Et à l'occasion d'une célébration historique, il fait ce « cadeau » de la presqu'île de Crimée,
04:33et donc du port de Sébastopol à l'Ukraine.
04:35Maintenant, c'est un cadeau très théorique, parce qu'en réalité, l'Ukraine, on l'a dit, est partie intégrante
04:40de l'URSS.
04:40Et le port de Sébastopol, qui est dans la péninsule de Crimée, c'est vraiment stratégique pour l'armée russe
04:46?
04:46La péninsule de Crimée, c'est un endroit vraiment stratégique, parce que c'est l'accès sur la mer Noire,
04:51et donc l'accès aux mers chaudes, en l'occurrence à la Méditerranée, par le fameux détroit du Bosphore.
04:56C'est ce qui permet donc à la marine russe, à l'armée russe, de rayonner sur la Méditerranée.
05:02Mais cet accès facile est d'autant plus crucial que les autres ports de guerre russes sont beaucoup plus lointains,
05:07près de l'océan Arctique ou à l'autre bout de la Sibérie avec le Nivostok.
05:16À 5h45 ce matin, premier coup de pioche sur le mur de Berlin.
05:20Des dizaines d'Allemands, Est et Ouest, sont montés sur le monument historique.
05:24La zone interdite est aux mains de la jeunesse allemande.
05:27Après la chute du mur de Berlin en novembre 1989 et l'effondrement de l'URSS deux ans plus tard,
05:33la Russie va perdre de son influence sur ces pays.
05:36À ce moment-là, c'est tout l'Empire soviétique qui éclate.
05:39C'est non seulement le système fondé par Lénine qui se démantèle à Moscou,
05:43mais ce sont toutes ces républiques qui étaient donc intégrées dans cet espace
05:47qui, peu à peu, vont réclamer et obtenir leur indépendance.
05:51La dislocation de l'Empire soviétique se confirme de jour en jour, pour ne pas dire d'heure en heure.
05:56Vers 16h, on a appris aujourd'hui que le président russe Boris Yeltsin avait signé un décret
06:01reconnaissant officiellement l'indépendance des républiques baltes d'Estonie et de Lettonie.
06:05Et vers 17h, autre flash, l'Ukraine a décrété son indépendance.
06:09Aux yeux de Moscou, ça signifie qu'elle tombe en quelque sorte dans l'escarcelle des Occidentaux.
06:14À partir de là, la Russie s'affaiblit ?
06:16La Russie est affaiblie parce que dans la foulée de la chute de l'URSS en 1991,
06:22sa fameuse armée n'est plus que l'ombre d'elle-même.
06:25Elle est sous-équipée, les soldats ne sont même pas toujours payés.
06:28Il y a d'ailleurs des problèmes d'indiscipline.
06:30Et donc cette Russie, cette armée rouge qui faisait régner la terreur,
06:33qui dominait le monde, elle n'est plus grand-chose.
06:42En avril 2008, il y a un sommet important pour l'histoire de l'Ukraine.
06:46Un sommet de l'OTAN, l'alliance militaire des Etats-Unis et de plusieurs pays européens.
06:50Alliance créée quelques années après la Seconde Guerre mondiale en 1949.
06:54L'acronyme OTAN signifie Organisation du Traité de l'Atlantique Nord.
06:59Henri Vernet, à ce sommet de Bucarest en avril 2008, l'OTAN promet notamment à l'Ukraine
07:06de pouvoir un jour faire partie de cette alliance.
07:09En réalité, c'est une volonté des Américains.
07:11C'est une volonté de Bush.
07:13Et donc Bush veut arrimer, via l'OTAN, ses anciennes républiques soviétiques au camp occidental.
07:20Mais les Européens sont beaucoup plus réticents.
07:23À l'époque, il s'agit d'Angela Merkel, la chancelière allemande, et du président français Sarkozy,
07:27qui se doute bien que tout cela va irriter au plus haut point Poutine,
07:31qui entre-temps a reconstitué l'armée russe,
07:35mais elle a retrouvé bien de sa vigueur et de ses équipements d'antan.
07:40Poutine redevient donc un chef d'État à prendre en considération.
07:44Les Allemands incitent à la prudence.
07:45Et donc la promesse qui est faite à l'Ukraine d'adhérer à l'OTAN reste très vague.
07:50Aucun calendrier d'adhésion à l'OTAN n'est proposé à l'Ukraine.
07:53Mais donc il y a cette promesse.
07:54Comment est-ce que Moscou voit ça à ce moment-là ?
07:56Poutine insiste régulièrement sur le fait qu'il y aurait une espèce de pacte
08:00qui a été fondé en 1991, donc dès l'écroulement de l'URSS,
08:06entre Moscou et les Occidentaux,
08:07pour qu'il n'y ait pas d'élargissement de l'OTAN dans l'ancien espace russe.
08:12Poutine voit donc cette promesse d'adhésion à l'OTAN,
08:14aussi vague soit-elle, comme une agression contre lui.
08:20Henri Vernet, en février 2014,
08:22l'Ukraine connaît une nouvelle révolution,
08:25dix ans après la révolution orange de 2004,
08:27la révolution de la place Maïdan à Kiev, dans la capitale,
08:31qui va conduire à un changement de pouvoir.
08:33Rappelez-nous cet épisode.
08:34La place Maïdan, place historique, très symbolique,
08:37est occupée par des milliers d'Ukrainiens,
08:40notamment la jeunesse, qui veut réellement adapter ce pays
08:45aux normes démocratiques réelles.
08:47Or, le pouvoir en place, celui du président Viktor Yanukovitch,
08:50est encore jugé comme étant beaucoup trop pro-russe
08:52et surtout beaucoup trop autoritaire, corrompu.
08:55Bref, cette jeunesse, elle veut donner du souffle démocratique à son pays.
08:59Et donc, elle va occuper cette place n'en démordant pas,
09:03y compris sous le coup de violences extrêmes
09:06qui sont perpétrées en répression par le pouvoir.
09:08J'espère que la police est capable de voir la détermination du peuple
09:12et se rend compte qu'on ne va pas partir d'ici.
09:15J'espère donc qu'un assaut sera peu probable.
09:20Dix jours après le début de cette révolution,
09:22le 28 février, la Russie commence à annexer la péninsule de Crimée,
09:27annexion qui va se faire en l'espace d'un mois.
09:29La Russie, elle est affolée par ce qui se passe en Ukraine.
09:32Elle voit cette possibilité, finalement, de contagion,
09:34de revendications démocratiques.
09:35Elle voit ça d'un très mauvais oeil.
09:37Et par ailleurs, il y a en effet des enjeux stratégiques.
09:41Donc, que fait Poutine ?
09:42C'est intéressant.
09:43Il commence par masser des troupes.
09:45Il fait en sous-main organiser aussi un vrai faux référendum
09:49dans la presqu'île de Crimée.
09:50Et en réalité, il l'annexe purement et simplement par la force militaire,
09:55parce que Poutine est quelqu'un qui, à la fin, agit toujours par la force.
10:00Il occupe et annexe une bonne fois cette Crimée
10:03et surtout donc ce port stratégique de Sébastopol.
10:07Au même moment, toujours à partir de février 2014,
10:10commence une guerre dans l'est de l'Ukraine, dans la région du Donbass.
10:13En résumé, entre d'un côté les Ukrainiens favorables à la révolution du Maïdan
10:18et donc au nouveau pouvoir ukrainien pro-européen, proche de l'Europe,
10:22et ce qui reste favorable à Moscou.
10:25C'est vraiment un séparatisme militaire par la force
10:28et se met en place un véritable affrontement,
10:31mais qui ressemble en réalité à la guerre de 14-18.
10:34C'est-à-dire qu'on creuse des tranchées
10:36dans lesquelles sont installés aussi bien
10:38les combattants loyalistes pro-ukrainiens
10:41et en face les séparatistes pro-russes.
10:44On se bat à coups de fusils assez archaïques.
10:47Donc c'est vraiment une guerre à l'ancienne
10:49qui dure et qui dure,
10:51qui fera 13 000 morts au total.
10:54Et puis surtout, très vite, de part et d'autre,
10:56ils vont recevoir du matériel et du soutien
10:58par les Russes d'un côté,
11:00par certains pays de l'OTAN de l'autre.
11:07En mai 2019, un nouveau président est élu en Ukraine.
11:11Il s'agit de l'ancien comédien humoriste Volodymyr Zelensky.
11:15Il est russe de naissance,
11:17mais il ne va pas se montrer proche de Moscou.
11:19Ce sera d'ailleurs la surprise,
11:20parce que beaucoup d'Ukrainiens craignaient cela,
11:22qu'ils se montrent trop conciliants envers Poutine.
11:25En réalité, pas du tout.
11:27C'est quelqu'un qui entend lui aussi en finir rompre
11:30avec la soumission à Moscou.
11:32Donc il sera très ferme dans ses positions.
11:34Henri Vernet, pendant ces dernières années,
11:36l'Ukraine a continué de se rapprocher de l'OTAN
11:39et en 2020, elle accède même à un nouveau statut.
11:42Alors ce statut, il porte un nom.
11:44C'est partenaire, nouvelles opportunités.
11:46C'est une façon de compenser la note d'adhésion
11:49en bonne et due forme de l'Ukraine.
11:51Néanmoins, ça permet à ce pays,
11:53donc étant proie à une guerre,
11:55de recevoir des armements.
11:56Les Américains livrent des missiles,
11:58anti-chars, très efficaces.
12:00Il y a également, depuis plus récemment,
12:03des aides d'anciens pays de l'Est,
12:06comme les Tchèques,
12:07qui ont proposé de livrer des obus,
12:09qui tous appartiennent à l'OTAN.
12:11En revanche, se gardent bien de toute livraison d'armes.
12:15Deux grosses puissances à la fois de l'Union européenne
12:17et de l'OTAN, que sont la France et l'Allemagne.
12:19On en arrive à l'automne 2021.
12:21L'Ukraine et les États-Unis accusent Moscou
12:24d'avoir déployé le long de sa frontière,
12:26côté russe, 100 000 militaires.
12:28Est-ce que la Russie confirme ça,
12:29ce déploiement de troupes ?
12:30Je n'ai pas souvenir d'un démenti officiel,
12:33mais de toute façon,
12:33c'est la stratégie classique de Vladimir Poutine
12:36d'étaler sa puissance, d'étaler sa force.
12:39Tout cela est observé très minutieusement
12:41par les Occidentaux, les Américains notamment,
12:43qui partagent d'ailleurs beaucoup leurs renseignements,
12:45mais également les Français en propre.
12:47Et tous convergent sur l'état des forces
12:50qui est déployé,
12:51également sur l'arrivée ou non
12:53de moyens médicaux.
12:55Et ça, c'est important parce que
12:56s'il y a présence d'hôpitaux de campagne,
12:59ce serait le signe que décidément
13:01une action est imminente.
13:02Au-delà de ce qu'il se passe sur le terrain,
13:04Henri Vernet,
13:05il y a une autre forme de guerre
13:07qui est en cours.
13:08Il y a ce qu'on appelle la guerre hybride.
13:10C'est-à-dire que c'est une guerre
13:10qui tend à infiltrer,
13:12à démoraliser l'ennemi
13:14en sapant ses capacités de résistance.
13:16Alors ça passe par les cyberattaques
13:17qui ciblent les systèmes informatiques de l'État
13:20de manière à les désorganiser,
13:21notamment l'appareil sécuritaire,
13:24la coordination des forces de défense.
13:26Ça, ce sont des cibles régulières.
13:28Il y a des opérations de propagande
13:30qui sont menées de façon très assidue.
13:33Il y a aussi le recours aux mercenaires
13:35des sociétés privées,
13:36la fameuse société Wagner,
13:37dont on parle beaucoup
13:38parce qu'elle est présente au Mali.
13:40Mais nombre de ses membres
13:41sont présents auprès des milices
13:44séparatistes ukrainiennes
13:46dans la ligne de front pour les former.
13:48Le 17 décembre,
13:49Vladimir Poutine présente aux États-Unis
13:51et à l'OTAN un plan
13:54concernant notamment l'Ukraine.
13:55Que prévoit ce plan ?
13:56Quelle est la demande de Moscou,
13:58sa principale demande ?
13:59La demande principale,
14:00c'est toujours la même,
14:01c'est l'objectif de Poutine,
14:02obtenir un engagement écrit
14:05que l'OTAN ne s'étendra pas,
14:07ne s'élargira pas à l'Est.
14:09Il est d'ailleurs significatif
14:10que l'Ukraine soit le seul pays
14:12nommément cité par les Russes
14:14dans ce projet d'accord
14:15soumis à l'OTAN
14:16et soumis à Washington.
14:21Une semaine plus tard,
14:22le jeudi 23 décembre,
14:24Vladimir Poutine organise
14:25sa conférence de presse annuelle
14:27à Moscou
14:27et concernant l'Ukraine,
14:29il explique, en résumé,
14:30que ce pays est historiquement
14:32une terre russe.
14:33Il rappelle qu'il y a une unité historique
14:36entre les Russes et les Ukrainiens.
14:38Il remonte à cette histoire fondatrice
14:40de la Russe de Kiev.
14:41Il ne faut jamais oublier que pour Poutine,
14:43il l'a dit dans un discours,
14:45la dislocation de l'URSS
14:47est tout simplement la plus grande catastrophe
14:49géopolitique du XXe siècle.
14:51Le 10 janvier,
14:53un sommet est organisé en Suisse,
14:54à Genève,
14:55entre les Etats-Unis et la Russie
14:57au niveau des vice-ministres
14:59des affaires étrangères.
15:00Des négociations tendues
15:02entre Washington et Moscou
15:03sont en cours.
15:04Les Etats-Unis et la Russie
15:06s'affrontent sur le sujet de l'Ukraine
15:07et chaque camp martèle ses positions.
15:10Ça donne quoi ?
15:11Sur le plan matériel,
15:12très concrètement,
15:13rien ne va bouger
15:14sur le front ukrainien.
15:16Néanmoins, ce qui est important,
15:17c'est que les protagonistes se parlent
15:18parce qu'à ce moment-là,
15:19la tension est telle,
15:21le risque d'une étincelle
15:22qui pourrait déclencher un conflit
15:23est tellement important
15:25que ne serait-ce que se rencontrer
15:28pèse dans la balance,
15:29ramène un petit peu de diplomatie
15:30dans le jeu.
15:31C'est aussi un message
15:32très important pour les Européens
15:33parce que qu'est-ce qui se passe à Genève ?
15:34Eh bien, ceux qui discutent,
15:35ce sont les Russes et les Américains.
15:37De quoi parle-t-il ?
15:38D'un problème qui se situe
15:39au cœur de l'Europe,
15:41aux portes de l'Union européenne
15:43et les Européens ne sont pas
15:44dans la discussion,
15:45ils ne sont pas dans le jeu.
15:46Henri Vernet,
15:47à la même période,
15:48des troupes russes
15:49sont entrées au Kazakhstan.
15:50Le président du Kazakhstan,
15:51allié et soumis
15:53à Vladimir Poutine,
15:54est menacé
15:55par une importante révolte
15:57des Kazakhs
15:57qui veulent eux aussi
15:58un peu plus de démocratie.
15:59Moscou envoie les troupes
16:01pour aider à mater
16:02ce début de rébellion.
16:03C'est toujours le même objectif,
16:05la même stratégie
16:06de la part du Kremlin,
16:08garder le contrôle,
16:09garder l'influence
16:10sur toutes les anciennes républiques
16:12et surtout sur cet espace
16:13considéré comme russe.
16:16Henri Vernet,
16:18concernant l'Ukraine,
16:18on a bien compris
16:19la demande de Vladimir Poutine
16:21d'obtenir un engagement
16:22écrit que ce pays
16:23ne rentrera pas
16:25dans l'OTAN.
16:26Que répond
16:27le président américain
16:28Joe Biden
16:28le mercredi 26 janvier ?
16:30D'abord,
16:31il a mis plus d'un mois
16:31à répondre.
16:32En effet,
16:32ce 26 janvier,
16:33au soir,
16:34c'est l'ambassadeur américain
16:35à Moscou
16:36qui va porter cette missive
16:37au Kremlin,
16:37la fameuse réponse.
16:39Dans cette lettre,
16:40Joe Biden répond clairement
16:41à Moscou que non,
16:42il n'est pas question
16:43que l'Amérique ferme
16:45à l'Ukraine
16:45la porte de l'OTAN.
16:46C'est à l'Ukraine
16:47de choisir librement
16:48son destin.
16:49Et d'un mot,
16:50les Américains envoient
16:51des troupes dans la région ?
16:52Ils ne cessent
16:52d'envoyer des renforts.
16:53Il y a eu longtemps
16:54des tergiversations
16:55aux côtés américains.
16:55Ça a flotté.
16:56Biden a paru ne pas
16:57s'intéresser plus que ça
16:59à ce dossier ukrainien.
17:00On s'est même demandé
17:01à un moment
17:01s'ils interviendraient
17:02en cas d'agression.
17:03Et ces dernières semaines,
17:05ces doutes ont été
17:05complètement levés
17:06par l'envoi répété
17:08de renforts américains,
17:09de mise en alerte,
17:10notamment de 8500 soldats américains
17:12en cas d'action russe
17:14contre l'Ukraine.
17:15Henri Vernet,
17:16on en revient
17:16à cette rencontre
17:17à Berlin
17:18entre Emmanuel Macron
17:19et le chancelier allemand
17:19Olaf Scholz
17:20le mardi 25 janvier.
17:22Macron promet
17:23en cas d'agression
17:25une riposte
17:26dont le coût
17:26serait très élevé.
17:27Pourquoi il dit ça ?
17:28Parce qu'il est important
17:29et urgent
17:30de montrer que l'Europe
17:31serait ferme,
17:33déterminée
17:33et solidaire
17:34de l'Ukraine
17:34en cas d'agression.
17:36Jusque-là,
17:37cette Union européenne
17:37a paru divisée
17:39et hésitante
17:40sur ce dossier.
17:41Là, Macron
17:42avec Scholz
17:43mettent les pendules
17:44à l'heure.
17:45En cas d'agression,
17:46il y aurait
17:47des sanctions économiques
17:47très fortes
17:48et pourquoi pas
17:49un volet militaire.
17:50Le président Macron
17:51a annoncé
17:52que la France
17:52était prête
17:53à encadrer
17:55une opération militaire
17:56de l'OTAN
17:57en Roumanie,
17:58un pays clé
17:59frontalier
18:00de l'Ukraine
18:00et sur la mer Noire.
18:03Quelques jours plus tard,
18:04le 28 janvier,
18:05le chef du gouvernement
18:05britannique,
18:06Boris Johnson,
18:07a dit vouloir
18:08éviter
18:09une effusion
18:10de sang.
18:18même si c'est ce qu'il faut
18:19éviter,
18:20bien sûr,
18:20ces mots
18:20peuvent faire peur.
18:22Henri Vernet,
18:22est-ce qu'il faut redouter
18:23aujourd'hui
18:24une éventuelle
18:24invasion de l'Ukraine
18:25par la Russie ?
18:26Tout est possible.
18:27Les diplomates eux-mêmes
18:28reconnaissent
18:29qu'on n'amasse pas
18:30ainsi plus de 100 000 hommes,
18:32autant de blindés,
18:33autant de matériel
18:34offensif extrêmement important
18:36pour, à la fin,
18:37ne pas s'en servir.
18:39Mais il est tout aussi possible
18:40que ce soit
18:41une démonstration de force
18:43de Poutine,
18:44comme il en a l'habitude,
18:45pour peser
18:46le plus efficacement possible
18:47avec le plus d'arguments
18:48possible
18:48dans la négociation à venir.
18:50Mais attention néanmoins
18:51à ce qu'un conseiller diplomatique
18:53de Macron
18:53appelle le scénario
18:55autoréalisateur,
18:56c'est-à-dire le fait
18:57qu'avec autant d'armes
18:58et de soldats
18:59massés les uns
19:00contre les autres,
19:01une simple étincelle
19:02fasse tout s'embraser.
19:08Merci Henri Vernet.
19:09Et pour suivre au quotidien
19:11l'actualité de cette crise
19:12en Ukraine,
19:13rendez-vous sur
19:14leparisien.fr.
19:16Cet épisode de Code Source
19:17a été produit par
19:18Sarah Amny
19:19et Thibaut Lambert.
19:21Réalisation
19:21Julien Moncouquiol.
19:23Code Source,
19:23le podcast d'actualité
19:25du Parisien
19:25est disponible
19:26sur toutes les plateformes.
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19:29chaque soir de la semaine
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