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  • il y a 2 jours
Ce dimanche 7 avril, les commémorations des 30 ans du génocide débuteront au Rwanda, pour une durée de 100 jours. A cette occasion, une rescapée Tutsi, Beata Umubyeyi Mairesse, raconte comment elle a échappé au massacre en 1994, au micro d’Emma Jacob.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Emma Jacob - Production : Raphaël Pueyo et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network.

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Transcription
00:03Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Le Rwanda commémore les 30 ans du génocide des Tutsis, le dernier génocide du XXe siècle.
00:18En l'espace de 100 jours, entre le 7 avril et le 17 juillet 1994, plus de 800 000 personnes
00:25ont été tuées,
00:26principalement des Tutsis et des Hutus modérés.
00:29La France est intervenue militairement, mais trop tard, à partir de la fin du mois de juin.
00:34Plus de 70% des Tutsis du Rwanda ont été exterminés dès les premières semaines du génocide.
00:40Une commission d'historien français a conclu en mars 2021, dans un rapport de 1200 pages,
00:46à un ensemble de responsabilités lourdes et accablantes de Paris,
00:50mais ce rapport écarte l'idée d'une complicité de la France, dirigée à l'époque par François Mitterrand.
00:56Chez Codesources, nous avons voulu donner la parole à une franco-rwandaise rescapée de ce génocide.
01:02Beata Oumoumbiei-Mérès a raconté son histoire dans un livre paru en janvier, Le Convoi.
01:07Elle est au micro d'Emma Jacob pour Codesources.
01:21Beata Oumoumbiei-Mérès est écrivaine et vit à Bordeaux avec son mari et ses enfants.
01:26Elle est née en 1979 au Rwanda, soit 17 ans après la fin de la colonisation du pays par la
01:31Belgique.
01:32Beata est née à Butare, une ville située au sud du Rwanda, et la deuxième ville après la capitale, Kigali.
01:38Beata est métisse, son père est polonais et sa mère rwandaise.
01:42Elle est fille unique et elle est élevée par sa mère, qui est employée dans un service d'optique.
01:47La mère de Beata fait partie de la minorité Tutsi, qui représente environ 12% de la population rwandaise au
01:53début des années 90.
01:55Dès l'école maternelle, Beata est inscrite à l'école internationale belge de Butare.
02:01J'ai donc grandi à la fois dans un milieu rwandais, puisque je n'étais qu'avec la famille de
02:09ma mère,
02:10mais également par l'école, je côtoyais un monde plutôt international, avec un accès à la culture plutôt privilégié.
02:20Dans un monde bilingue, je parlais le Kigali Rwanda à la maison, qui est la langue du Rwanda et ma
02:28langue maternelle.
02:29Et le français au quotidien, à l'école, avec les enseignants et les enseignantes, mes camarades de classe.
02:37Au début du XXe siècle et de la colonisation du Rwanda, la population rwandaise est divisée en deux groupes, les
02:43Hutus et les Tutsis.
02:44Ils habitent le même territoire, partagent la même culture et la même langue, mais se distinguent par les activités qu
02:50'ils pratiquent.
02:50L'agriculture pour les Hutus, l'élevage pour les Tutsis. Et il est souvent possible de passer d'un groupe
02:56à un autre.
02:58À leur arrivée, les colons établissent une hiérarchie entre ces deux groupes et ne les traitent pas de la même
03:02manière.
03:03L'administration coloniale s'appuie sur les Tutsis, tandis qu'elle considère les Hutus comme inférieurs.
03:08Le 1er juillet 1962, le Rwanda proclame son indépendance.
03:13Les Hutus prennent le pouvoir et installent une politique de discrimination à l'encontre des Tutsis.
03:18Victime de pogroms, des milliers de Tutsis fuient en Ouganda.
03:22Depuis ce pays frontalier, ils préparent une attaque pour reprendre le pouvoir.
03:26Elle a lieu en octobre 1990 et déclenche une guerre civile.
03:30Beata est alors âgée de 11 ans.
03:35La tension a augmenté. Il y a eu aussi toute une politique de propagande anti-Tutsis,
03:42avec l'apparition de journaux extrémistes, avec des barrages sur la route
03:49ou des contrôles d'identité qui étaient effectués par des militaires.
03:53On voyait bien des jeunes chauffés à blancs qui circulaient dans des pick-up dans la ville
04:01et qui étaient assez menaçants.
04:03Et c'est à ce moment-là, quand vraiment les tensions ont commencé à être fortes,
04:08que j'ai pris conscience de notre identité.
04:11Quand il y a Rwanda, on disait « oui, il y a un vent mauvais, comme ça ».
04:16Et ça, j'en ai été consciente, oui, à l'adolescence.
04:18Des accords de paix sont signés en 1993 pour mettre fin à la guerre civile
04:22et partager le pouvoir avec les exilés Tutsis.
04:25Mais le 6 avril 1994, le président rwandais Juvenal Abiyarimana est tué à bord d'un avion
04:31alors qu'il revient d'un déplacement.
04:33L'attentat marque le début du génocide des Tutsis du Rwanda.
04:37Le jour même, les massacres débutent dans le nord du pays.
04:41Beata a alors 15 ans et avec sa mère, elles habitent toujours à Boutaré.
04:45Personne n'allait travailler ou alors le marché était fermé,
04:49le souvenir que j'en ai, c'était une impression de ville morte.
04:53On était conscients que des gens étaient tués à Kigali déjà.
04:58L'inquiétude s'est installée rapidement et puis ensuite, vraiment, la peur est arrivée
05:05et peut-être l'espoir que ce qui se passait resterait dans les autres villes
05:09et n'arriverait pas jusqu'à Boutaré.
05:11Rapidement, les forces armées occidentales évacuent les expatriés et quittent le Rwanda.
05:17C'était un moment où on pouvait encore un peu sortir de chez nous.
05:19Donc, on est sortis et on les a vus et nous en connaissions plusieurs d'entre eux
05:24puisque j'avais été scolarisée dans une école internationale.
05:28Et les gens sont partis en évitant parfois de croiser notre regard
05:32parce que sans doute, ils se doutaient que ce qui allait arriver ensuite était terrible
05:40ou peut-être avaient-ils aussi la crainte qu'on leur demande de nous emmener avec eux.
05:45Ça a été une sorte de sentiment d'abandon assez important à ce moment-là.
05:51Très vite, les massacres se généralisent dans tout le pays.
05:55Beata et sa mère doivent fuir leur appartement et se déplacent de cachette en cachette.
05:58Durant les trois premières semaines du génocide, entre 500 et 600 000 Tutsis sont assassinés.
06:05Les Tutsis étaient désignés comme des cafards.
06:08Donc, il y a vraiment une volonté de déshumaniser l'autre.
06:12Un autre terme, c'est celui de travail.
06:15Nous apprenons que les tueurs disent quand ils partent de la maison le matin
06:22pour aller tuer des Tutsis, nous allons travailler.
06:24Et quand ils ont tué beaucoup de Tutsis, ils prétendent qu'ils ont bien travaillé.
06:33La première cachette de Beata et sa mère est la cave d'un hôtel.
06:36Elles sont aidées par Caroli, un cuisinier Tutsi de l'hôtel qui a une fausse carte d'identité Hutu.
06:42Tous les jours, Caroli se débrouille pour leur apporter un peu à manger.
06:46À chaque fois qu'il vient nous voir, il nous raconte un peu ce qui se passe au dehors, finalement.
06:51C'est à la fois une sorte de macabre bulletin nécrologique.
06:56Aujourd'hui, nous avons appris que les miliciens Hutu ont tué un tel et un tel, des gens que l
07:03'on connaît.
07:05Et en même temps, c'est une sorte de temps où, oui, on se sent moins seul.
07:11Il y a des moments de grand espoir aussi, parce qu'on écoute la radio.
07:16Ma mère a un petit transistor.
07:19On entend qu'il y a des discussions aux Nations Unies pour éventuellement envoyer des troupes.
07:27Et puis, en fait, rien n'arrive pour autant.
07:36Chaque matin qu'il se lève, on se dit qu'on est encore en vie et on attend les heures
07:42qui vont suivre, qui sont extrêmement longues, en se demandant si on survivra à cette journée-là.
07:53La cave où elle se cache avec sa mère est très humide et Beata développe des problèmes respiratoires.
07:57Elles doivent changer de cachette et trouvent refuge dans la chambre d'un hôtel de Boutaré.
08:02Mais le 7 juin, un groupe de miliciens Hutu attaque l'hôtel.
08:06On les entend au loin, ils commencent par tuer deux jeunes employés tout type de l'hôtel qui étaient venus
08:14s'y réfugier,
08:14qui étaient cachés dans une cave et qu'ils extirpent de leurs cachettes et qu'ils assassinent.
08:20Et puis ensuite, ils cassent la porte de l'endroit où on est, ils cassent les fenêtres et ils font
08:29irruption.
08:29Et ils nous trouvent.
08:38Nous sommes terrorisées, tremblantes.
08:41Certains ont vraiment du sang sur les vêtements.
08:45Ils sont armés de machettes, de couclas.
08:52Je me rappelle de l'un d'eux qui a des pics en métal, des pics de brochettes en fait.
08:58Lorsque les miliciens les découvrent, l'un d'eux fait remarquer qu'il y a une blanche, en parlant de
09:02Beata.
09:03La jeune fille est métisse, mais considérée comme blanche au Rwanda.
09:06Beata décide alors de mentir.
09:09Je sais que pour les génocidaires, pour le gouvernement par intérim extrémiste Hutu, la France est considérée comme un pays
09:16allié.
09:17Et donc, je décide de leur faire croire que je suis française, que ma partie blanche vient d'un père
09:25français, ce qui n'est pas le cas.
09:26Et pour rendre ce mensonge crédible, je prétends ne pas comprendre le Kinyarwanda.
09:34Et je demande à ma mère, je ne comprends pas ce qu'ils disent, est-ce que tu peux traduire
09:39?
09:39Ce n'est pas quelque chose qu'on avait prémédité, mais elle comprend assez rapidement que c'est ce jeu
09:47-là qu'il faut jouer.
09:53Convaincus, les miliciens leur laissent la vie sauve grâce aux mensonges de Beata.
09:57L'un d'eux les informe qu'un français, qui est garagiste, est encore présent à bout arrêt, et pourra
10:02peut-être les aider à fuir le pays.
10:04Beata et sa mère sont amenés par ce français dans une école gérée par des religieuses, et alors occupée par
10:09une ONG suisse.
10:10Elle se nomme Terre des Hommes, et sa vocation est d'aider les enfants en détresse.
10:14À ce moment-là, l'ONG a exceptionnellement réussi à négocier avec le gouvernement génocidaire pour évacuer des enfants vers
10:21les pays voisins.
10:22Le 18 juin, l'ONG propose à Beata et sa mère de monter clandestinement dans un de ses convois,
10:28à destination du Burundi, un pays frontalier à 30 km au sud de Boutare.
10:34Donc il va s'agir de traverser ces 30 km, qui sont hérissés de ce qu'on appelle des barrières,
10:42c'est-à-dire des sortes de checkpoints improvisés par les miliciens,
10:46auxquels, depuis des semaines et des semaines, ils contrôlent toutes les personnes qui passent en regardant leur garde d'identité.
10:51Quand ce sont des Tutsis, les gens qui essayent de fuir, ils les tuent.
10:54Et donc, sur la route, chaque fois qu'on arrive à une barrière,
10:58nous nous cachons, nous nous couchons au fond du camion,
11:02on se couvre de tissus,
11:04et les petits-enfants s'assoient au-dessus de nous ou se mettent debout
11:07pour que, quand les miliciens regardent de l'autre bout du camion,
11:12qu'est-ce qu'il y a à l'intérieur, ils ne voient que des enfants
11:14et ils ne nous repèrent pas parce que nous, on n'est pas censés être visibles
11:18et on risque à tout moment d'être tués.
11:23On arrive à la frontière, au bout d'un temps que, je ne sais pas, mesuré.
11:30Et là, par contre, comme les camions doivent rester au Rwanda, tout le monde descend.
11:35Je sais que nous devons aller à la guérite de la douane, de la frontière,
11:41et que ma mère doit montrer son passeport.
11:45Un militaire qui doit bien voir que nous sommes des fugitives Tutsis,
11:52la met en joue.
11:53Et le souvenir que j'en ai, c'est qu'il y a un autre militaire
11:56qui a l'air d'être un officier, lui fait signe,
12:00en lui montrant des Blancs qui sont, avec une caméra,
12:04qui sont en train de tourner non loin de là.
12:07On devine que ce sont des journalistes,
12:09mais je ne sais pas du tout à ce moment-là que c'est des gens de la BBC.
12:13Ils ont cachetonné le passeport.
12:17Et moi, j'ai un faux papier disant que je suis française
12:20et que je dois quitter le territoire pour rejoindre mon père en France.
12:25Donc c'est ça qui nous permet de passer.
12:32Ce faux papier a été rédigé par le garagiste français
12:35qui les a accompagnés à l'association Terre des Hommes.
12:37Après l'avoir présenté aux miliciens,
12:40Beata passe finalement la frontière avec sa mère.
12:42Après qu'on ait passé la frontière,
12:44des gens nous diront nous avoir vus à la télévision britannique,
12:49à la BBC, en train de quitter le Rwanda.
12:53Arrivée au Burundi Seine et Sauve,
12:55Beata et sa mère prennent un vol pour la France le 4 juillet.
12:58Le même jour, les Tutsis reprennent le contrôle de la capitale du Rwanda
13:02et mettent fin au génocide.
13:04Beata est accueillie en France par la famille de Christine,
13:07une religieuse qui s'est occupée d'elle au Rwanda.
13:10Peu de temps après, sa mère retourne au Rwanda
13:12et Beata s'installe durablement chez sa famille d'accueil française près de l'île.
13:16Elle est alors scolarisée dans un lycée
13:18qui a un programme d'accueil pour enfants venus de pays en guerre.
13:22C'est vrai que je parlais déjà couramment français,
13:24donc le retour à l'école n'est pas compliqué,
13:27je ne dois pas apprendre une nouvelle langue,
13:28j'ai un niveau scolaire qui correspond à celui des élèves français.
13:35Tout cela me permet de me reconstruire de façon assez privilégiée
13:40si on compare aux rescapés qui restent au Rwanda,
13:42dans un pays qui a été complètement détruit.
13:46Les écoles ne reprennent pas tout de suite,
13:48et puis l'accès aux soins est très très précaire.
13:51Beata passe son bac et après un master en coopération internationale à la Sorbonne,
13:56elle travaille notamment pour Médecins sans frontières.
13:59Pendant toutes ces années,
14:00elle n'oublie pas qu'elles ont été vues avec sa mère
14:02sur des images de la BBC lors de leur arrivée au Burundi.
14:05En 2007, elle décide de partir à la recherche de ces images
14:09qui attestent de ce qu'elle a vécu
14:11et qui lui permettront, selon elle, de se réapproprier son histoire.
14:15Commence alors une sorte d'enquête pour retrouver ces images.
14:20Avec plusieurs interlocuteurs, je retrouve l'équipe de la BBC.
14:24L'un des journalistes me remet quatre photos qu'il a prises
14:28et sur lesquelles figurent de nombreux enfants.
14:32Et à un moment donné, plusieurs années plus tard,
14:35je me décide à me mettre en quête des autres enfants
14:40qui étaient dans le convoi du 18 juin
14:42pour lesquels j'ai ces quatre photos
14:44en me disant que peut-être d'autres sont comme moi
14:46en train de chercher des traces de ce passé-là,
14:51de recomposer le puzzle de leur survie.
14:53Beata retrouve plusieurs enfants présents sur les photos
14:55transmises par le journaliste de la BBC.
14:58Mais de son côté,
14:59elle ne s'est pour l'instant reconnue sur aucune de ces images.
15:02Elle continue sa quête
15:04et finit par entrer en contact avec un photographe italien
15:07présent au Rwanda pour documenter l'action de l'ONG Terre des Hommes.
15:10En mars 2022, il lui envoie 76 photos.
15:13Et Beata se reconnaît sur l'une d'elles,
15:16accompagnée de sa maman.
15:17Et à ce jour, c'est la seule sur laquelle je figure.
15:21Où je me reconnais en zoomant très fort,
15:23en train de passer la frontière avec ma mère.
15:26Il est fort probable qu'il y en ait d'autres ailleurs.
15:28Des photos prises encore par d'autres
15:31ou que je n'ai pas encore retrouvées
15:33mais qui nous permettront de continuer à documenter ce fait-là.
15:37Et à le faire aussi depuis notre place à nous,
15:41des enfants survivants.
15:44Aujourd'hui, Beata veut continuer de documenter sa propre histoire
15:47et celle des autres enfants sauvés par l'association Terre des Hommes.
15:50Elle a notamment publié un livre en janvier 2024
15:53qui s'appelle Le Convoi.
15:55Ce livre a plusieurs objectifs.
15:58Je pense qu'on n'écrit jamais un livre pour une seule raison.
16:01Et à la fois l'histoire de ce sauvetage organisé par une poignée de personnes très courageuses
16:08qui, jusqu'alors, étaient peu documentées,
16:13dont peu de gens avaient parlé, sans reconnaissance.
16:17Il y a l'histoire des enfants de ces convois dont je suis,
16:22et donc à la fois des récits intimes et collectifs.
16:27Et c'est aussi une réflexion sur l'acte de témoignage,
16:33comment on témoigne d'un génocide
16:37et que peut la littérature
16:39pour transmettre, notamment aux jeunes générations.
17:00Emma Beata Oumoubié-Iméres a retrouvé le travailleur humanitaire
17:03de l'association Terre des Hommes
17:05qui a organisé le convoi qui lui a permis de fuir le Rwanda en 1994.
17:10Oui, ce n'était pas l'objet de sa quête.
17:12Au début, elle allait le chercher des photos,
17:14mais ça lui a permis de retrouver la trace
17:16de cet humanitaire suisse, Alexis Bricquet.
17:19C'est lui qui, avec une poignée d'autres personnes,
17:22a permis qu'environ 1000 enfants soient sauvés par ces convois.
17:25Il y en a eu trois au total entre juin et juillet 1994.
17:29Et donc Beata a retrouvé sa trace en 2020,
17:3126 ans après son sauvetage.
17:33Ils ont échangé par téléphone, par mail,
17:35mais ils n'ont pas eu l'occasion de se rencontrer
17:38car il a été emporté par un cancer quelques mois plus tard.
17:40Tu le disais dans le sujet,
17:41elle a le sentiment que ces images de la BBC,
17:44où on la voit fuir son pays, lui appartiennent.
17:47Il y a l'idée, avec ce livre,
17:50de se réapproprier le récit du génocide rwandais ?
17:53Oui, parce que sur place, au moment du génocide,
17:56il y a des humanitaires, des photographes,
17:57des journalistes qui filment, qui prennent des photos.
18:00Mais ce sont des journalistes occidentaux,
18:02donc britanniques, italiens, français.
18:04Peu de rwandais ont documenté le génocide.
18:06Et c'est pour ça que Beata, ou Moubié-Iméres,
18:08est partie à la recherche de ces photos, de ces images.
18:10Et c'est aussi pour ça qu'elle les a transmises
18:13aux autres enfants des convois,
18:14pour qu'ils puissent se réapproprier leur histoire.
18:16Est-ce qu'elle a perdu beaucoup de membres
18:17de sa famille dans le génocide ?
18:19Je ne sais pas.
18:20Elle n'en parle pas dans le livre,
18:21ni dans ses interviews.
18:23Je sais simplement que sa maman est repartie
18:24assez vite au Rwanda, après la fin des massacres,
18:27pour espérer retrouver des survivants, justement.
18:29On est donc 30 ans après ce génocide,
18:31qui a fait plus de 800 000 morts.
18:33Est-ce que la réconciliation est réelle au Rwanda,
18:36entre Hutu et Tutsi ?
18:38En tout cas, il y a une vraie politique de réconciliation
18:40qui est menée par les gouvernements
18:41depuis la fin du génocide.
18:43Ce qu'il faut comprendre, c'est que les victimes Tutsi
18:45et les bourreaux Hutus étaient très proches,
18:47littéralement, au moment du génocide.
18:50Ils travaillaient ensemble, ils vivaient ensemble.
18:52Donc après les massacres, il y a des dizaines de villages
18:54où les victimes du génocide doivent continuer
18:56à vivre à côté des assassins de leur famille.
18:59Donc il a fallu juger un très très grand nombre de personnes.
19:02Pour ça, il y a des tribunaux locaux qui ont vu le jour.
19:04Il y a aussi des programmes d'éducation
19:06qui sont mis en place depuis 30 ans
19:08pour comprendre les origines du génocide, notamment.
19:11Donc voilà, ce qu'on peut dire,
19:12c'est que l'unité et la réconciliation
19:14ce sont vraiment des priorités du gouvernement rwandais.
19:18Merci Emma Jacob.
19:20Le livre de Beata Oumoubi Imeres
19:22est intitulé Le Convoi.
19:24Il est paru en janvier chez Flammarion.
19:26Cet épisode de Code Source a été produit
19:28par Thibault Lambert et Raphaël Pueillot,
19:30réalisé par Julien Moncouquiol.
19:32Code Source, c'est le podcast quotidien
19:34d'actualité du Parisien.
19:36Chaque mercredi, il y a aussi Le Sacre,
19:38un nouveau podcast du Parisien
19:39consacré à Paris 2024,
19:42confidence de médaillés d'or
19:43olympiques et paralympiques
19:44au micro d'Anne Lorbonnet.
19:46Et puis n'oubliez pas
19:47Crime Story,
19:48une grande affaire criminelle
19:49chaque samedi.
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