00:00La guerre des filles, alors d'enjeux de société, objets de cinéma, c'est un thriller social que ce film.
00:07Est-ce qu'on se sent une responsabilité particulière quand on endosse ce genre de rôle ?
00:11Là vous avez une connexion au réel.
00:12Oui, en effet, il y a une connexion au réel qu'Anthony Deschaux voulait dévoiler à travers son film,
00:17une connexion qu'il a eue lui-même en face et qu'il a voulu mettre au profit de son
00:23film
00:24et qu'il nous fait découvrir à travers son scénario et ce qui m'a vraiment beaucoup touchée
00:29parce que dès qu'on rentre dans le film, comme à la lecture,
00:33on accompagne ce personnage d'Audrey à travers deux milieux qui sont très différents
00:37et pourtant qui cohabitent chaque jour ensemble.
00:39Et sa manière de nous faire circuler dans ces décors
00:43et nous faire comprendre un peu les dessous de ce qui se passe derrière les courses qu'on fait tous
00:49les jours
00:49en tant que consommateur, merci, m'a ouvert les yeux,
00:56en tout cas m'a vraiment fait découvrir un monde que je ne connaissais pas
00:59et de la compétition déloyale qu'il y a entre les paysans et les grandes françaises.
01:04Mais justement, c'est un monde sans pitié.
01:06Est-ce que vous, pour comprendre un peu les ressorts, les coulisses de ce monde-là,
01:10vous êtes livré à une espèce d'immersion ?
01:12Oui, bien sûr.
01:13Avec Julien Frison qui joue mon frère dans le film.
01:16De la comédie française.
01:17Julien Frison de la comédie française, tout à fait.
01:19On est parti deux fois dans différentes fermes
01:23et on a appris à comprendre un peu les maniements des éleveurs
01:27qui faisaient du lait et du fromage.
01:30Avec Julien, il y avait quelque chose qui nous a marqués
01:32parce qu'ils n'ont évidemment jamais de week-end, ils n'ont jamais de vacances
01:35mais ça sur des dizaines et des dizaines d'années.
01:39Et donc le travail que ça demande et l'engagement que ça demande
01:43m'a vraiment marquée et on a commencé le tournage dans une ferme
01:47d'un couple qui a repris une ferme agricole centenaire
01:50en utilisant les mêmes méthodes que le personnage de Julien dans le film
01:54en faisant du lait et avec un réseau bio et local
01:57avec d'autres fermes aux alentours.
02:00Et on a travaillé trois semaines, on a tourné avec eux pendant trois semaines,
02:03ils ont ouvert leur ferme mais la ferme continuait de tourner chaque jour.
02:08Ça ne peut pas s'arrêter pour un tournage.
02:10Ça ne peut pas s'arrêter pour un tournage et donc on a travaillé ensemble
02:13ce qui nous a permis ensuite d'amener tout ça, tout cet héritage avec nous,
02:17toute l'équipe de tournage, je veux dire, dans l'autre décor
02:20qui était celui justement de l'entreprise, avec ces portes vitrées de co-working
02:25et cette espèce de dédale un peu labyrinthique
02:28que Anthony avait voulu mettre en scène dans son film.
02:31Mais on a porté ensemble ce qu'on avait vécu à la ferme dans le reste du film
02:36et ça c'était important je pense.
02:37Est-ce que ça a changé votre regard en tant que consommatrice ?
02:40Oui, ça m'a apporté un petit peu plus de concret.
02:47Et donc j'essaye tant bien que mal de consommer au mieux bio, local,
02:55mais le système est assez bien fait quand même
02:57et donc on retombe souvent dans un système qui est déjà préétabli
03:02pour nous faire consommer d'une certaine manière aussi.
03:04On ne peut pas gagner, c'est un peu ce que le film a l'air de raconter par moments.
03:07On pourrait, mais le système est très fort, on va dire.
03:10Vous avez face à vous dans le film un ours, un rock, une montagne,
03:13en la présence d'Olivier Gourmet.
03:16C'est un plaisir gourmand de jouer avec Gourmet ?
03:19Vous êtes trop fort, je ne moue !
03:21Olivier Gourmet est un acteur extraordinaire, je le trouve,
03:25je le disais, c'est un peu un artisan du métier,
03:27quelqu'un qui arrive, qui joue sa partition et puis qui repart.
03:32Et il tape juste et net dans son personnage.
03:36Et je pense qu'Anthony aussi avait envie qu'on se rencontre uniquement sur le plateau.
03:41On s'est rencontrés exactement comme le personnage d'Audrey et de M. Fournier se rencontrent.
03:47Puis je pense que dans nos rapports, évidemment, il m'impressionne
03:50parce que c'est un grand acteur et puis il est grand aussi dans la taille.
03:55Il a cette aura assez impressionnante.
03:57Mais je voulais lui montrer que moi aussi, j'avais 17 ans de métier dans les pattes
04:01et que je savais ce que je faisais.
04:04Donc il y a quelque chose d'assez organique qui s'est passé entre nous
04:06et c'est un acteur incroyable.
04:09La guerre des prix vient confirmer une tendance assez passionnante du cinéma français en ce moment,
04:13celle de faire du monde agricole un espace de cinéma,
04:16plus qu'un sujet, une véritable arène où on peut raconter plein d'histoires,
04:20une manière à la fois d'explorer des sujets réels, Antoine l'a dit,
04:22très documentée, en même temps de jouer avec les genres du cinéma.
04:25La guerre des prix, on l'a dit, c'est un thriller, c'est monté, raconté comme un thriller,
04:28un peu comme le petit paysan évidemment.
04:30Il y avait Vindieu et sa fabrique du fromage qui est devenu un teen movie.
04:34On peut penser au drame avec Au nom de la terre ou Goliath,
04:37le documentaire intime avec La ferme des Bertrand ou Rural qui est en ce moment au cinéma.
04:41On a même eu le film d'horreur avec La nuée.
04:43Est-ce que c'est, raconter l'agriculture aujourd'hui, en tout cas en faire un sujet,
04:46c'est aussi une façon de faire du spectacle mais d'avoir des choses à dire ?
04:49Est-ce qu'il y a une dimension politique pour vous dans ces films-là ?
04:52Le monde paysan, c'est notre monde, c'est d'ailleurs ce qui nous nourrit,
04:57ce qui nous permet d'être en vie et donc je pense que même dans notre héritage,
05:00c'est un monde qu'on a besoin de mettre en valeur énormément.
05:04Ça doit rester énormément, un sujet sur la table, l'une de nos priorités
05:08parce que si on le laisse échapper, ce monde-là, c'est nous-mêmes qu'on lâche.
05:15C'est l'industrie qui prend le relais ?
05:17C'est l'industrie, on se met à manger, quel film ?
05:22Non, ce n'est pas dans Gataka, dans Soleil Vert.
05:24Soleil Vert, oui, il finisse par manger, on va dire quoi, mais c'est terrible.
05:27Votre personnage d'Audrey et donc cette fermière, c'est un personnage très terrien
05:31et vous dites que vous avez travaillé la posture pour mieux l'approcher.
05:35Oui, j'aime bien travailler le corps pour mes personnages
05:39parce que je trouve que ça part de là, après je vais dans la voix,
05:42après il y a le vêtement, après évidemment il y a le texte
05:44et puis avant ça, il y a tout ce qu'on écrit sur le personnage.
05:48La musique par exemple, j'avais dit à Anthony, dès la lecture de ton scénario,
05:52tac, tac, tac, tac, j'ai un espèce de bruit comme ça qui revient de son
05:56et je me suis dit en fait, Audrey, quand elle était plus jeune,
05:58qu'elle avait besoin de s'échapper, elle a écouté de la techno dans la campagne
06:01et elle faisait des grosses raves parties à la campagne
06:05et pour moi la musique avait ce BPM qui lui permettait d'avancer comme ça
06:09et qui vient aussi par son héritage de la ferme.
06:12Je me suis dit, mais en fait, elle a grandi à la ferme,
06:14elle a grandi justement dans un monde qui ne pouvait pas s'arrêter
06:17et où il fallait avancer, même quand c'était difficile, on ne s'arrête pas.
06:22Et donc je voulais que ça fasse partie du personnage
06:24et je voulais que les bottes, je voulais des bottes très lourdes,
06:28je voulais une veste qui soit lourde aussi.
06:30On porte tous en fait notre quotidien et sur, enfin, non ouais, je trouve que travailler ça c'est important.
06:38Moi je reviens à ces personnages de femmes moins dociles que vous endossez depuis quelques temps.
06:45On se souvient évidemment de Marie Kinski dans La fièvre,
06:48alors ça peut dire qu'elle était peu docile, elle était même peut-être peu fréquentable.
06:52Souvenez-vous.
06:53Youpi, tout le monde s'aime, faisons une grande forandole, est-ce que quelqu'un revêt du jus de pomme
06:56?
06:56Elle parle de qui ? De sa meilleure ennemi.
06:59Mais ce qu'elle n'a pas compris, Mère Thérésa, c'est qu'on ne gagne jamais contre l'esprit
07:02de l'époque.
07:03Madame, elle, elle est en phase.
07:05Colère, peur, injustice, c'est ça qui mobilise.
07:07L'émotion reine aujourd'hui, c'est le ressentiment, pas la niaiserie.
07:12La fièvre d'Eric Benzécri,
07:15alors c'était une scène de peuse, influenceuse d'extrême droite.
07:19C'était le mal, absolu.
07:21Est-ce que ça a changé la nature des rôles qu'on vous a proposés par la suite ?
07:25Pas vraiment, non.
07:27On ne m'a pas proposé de sœur de Marikinsky.
07:31Non.
07:33Mais par contre, on m'a proposé de continuer l'aventure avec Marikinsky dans un projet…
07:40Ah, le fameux projet.
07:42Le fameux projet.
07:42Le match-up entre La fièvre et Baron Noir.
07:45Et Baron Noir.
07:45Non, non, on peut le dire.
07:46On laisse le dire, non, mais voilà, je préfère, oui, d'accord.
07:48Et donc, on va la retrouver ?
07:49Et donc, on va retrouver Marikinsky.
07:52Hum !
07:53Elle fait peur, moi, c'est un des personnages qui m'a le plus impressionnée et terrorisée
07:57dans les séries françaises récemment, parce que ce qu'elle incarne, à mon avis,
08:00n'est pas si loin de la vérité.
08:02Oui, oui.
08:02La lecture de cette nouvelle saison est toujours effrayante.
08:06Avant d'ouvrir le scénario, on se dit, qu'est-ce qui va se passer ?
08:09Merci.
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