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Alors que les listes pour le second tour des élections municipales ont été déposées ce jeudi en préfecture, comment interpréter les alliances, les fusions et les désistements annoncés depuis dimanche soir ? Rémi Lefebvre, professeur de sciences politiques à l'université de Lille, répond aux questions d'ici Nord.

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Transcription
00:00Ici Matin.
00:02Allez, il est 7h43, c'est l'été d'ici matin.
00:05Les listes pour le second tour des élections municipales ont été déposées hier en préfecture.
00:09Comment interpréter les alliances, les fusions et les désistements qui ont été annoncés depuis dimanche soir ?
00:15Thomas, nous sommes en direct avec Rémi Lefebvre, professeur de sciences politiques à l'université de Lille.
00:21Bonjour Rémi Lefebvre.
00:22Bonjour.
00:22Vous avez beaucoup, lors de vos travaux, étudié la gauche dans la métropole lilloise en particulier,
00:26dans plusieurs villes de France, que ce soit Lyon, Toulouse, Brest ou encore Nantes,
00:30on voit des accords se nouer entre le PS, les écologistes et la France insoumise dans la métropole lilloise à
00:35part quelques exceptions.
00:36Ce n'est pas le cas.
00:37Comment expliquez-vous cette exception lillois, si c'est une exception ?
00:40Écoutez, la ville de la métropole lilloise sont plutôt très à gauche.
00:45Très souvent, les enjeux sont internes à la gauche, plus qu'entre la gauche et l'extrême droite ou la
00:55droite.
00:56Et du coup, quand il n'y a pas de menace de la droite, les dynamiques de fusion sont plus
01:04difficiles.
01:05Elles existent, mais à mon avis, c'est ça la caractéristique de la métropole lilloise.
01:10C'est-à-dire qu'il n'y a pas une particularité de la France insoumise dans la métropole lilloise
01:13?
01:14Les LFistes ne sont pas plus infréquentables qu'ailleurs ?
01:16Non, mais la France insoumise, quand il n'y a pas de menace à gauche, il n'y a pas
01:20de raison qu'elle fusionne.
01:22Donc du coup, elle défend sa carte, elle défend ses options.
01:28C'est la configuration électorale qui, à mon avis, explique très largement cela.
01:34À Lille, pour le second tour de ses élections dimanche, il y a eu une alliance entre le Parti Socialiste
01:38et les écologistes,
01:40manifestement qui ne convient pas à tout le monde, puisque Simon Jamelin, qui était candidat à LM, candidat écologiste, se
01:44retire.
01:44Les jeunes écologistes se désolidarisent également de l'initiative qui a été prise par leur tête de lille, Stéphane Bally.
01:51C'est frondeur chez les écologistes, ils sont minoritaires à Lille ?
01:54Écoutez, apparemment, ça a été très très disputé au sein de l'équipe.
01:59C'était à quasiment 50-50.
02:01Donc, en fait, c'est Stéphane Bally qui a pris la décision de plutôt privilégier une alliance avec le Parti
02:08Socialiste,
02:08sachant qu'il y a eu une espèce de surenchère dans la négociation.
02:11C'est-à-dire que tant les Insoumis que les Socialistes voulaient absolument obtenir l'accord avec Stéphane Bally,
02:19qui a été un peu faiseur de roi à Lille.
02:21Du coup, concrètement, moi, en tant qu'observateur, ce que je vois, c'est que l'accord que Stéphane Bally
02:26a obtenu pour les écologistes lui est très très favorable.
02:28C'est-à-dire que je pense que le paradoxe, c'est que s'il avait été deuxième et pas
02:32troisième comme actuellement,
02:33il y aurait peut-être eu moins d'éléments dans la négociation avec le Parti Socialiste.
02:38Est-ce qu'il y a des consignes qui viennent des sièges des partis quand c'est comme ça ?
02:42Parce qu'on parle d'enjeux locaux.
02:43Est-ce que le siège du PS à Lille a quelque chose à voir avec ça ?
02:46Les écologistes, les sièges parisiens, les grandes figures parisiennes,
02:50c'est vraiment des élections qui jouent au niveau local ?
02:52Alors, franchement, à part l'EFI, qui est très centralisée,
02:56c'est que le PS et les écologistes gèrent leurs affaires locales de manière complètement autonome.
03:03Il faut bien comprendre qu'aujourd'hui, les partis politiques sont essentiellement composés d'élus locaux
03:07et que ces élus locaux gèrent leurs intérêts territoriaux de manière vraiment indépendante.
03:15Et donc concrètement, Stéphane Bally a pris cette décision-là avec ses militants,
03:22sans injonction, en fait, du national.
03:25Ça, c'est aussi une particularité.
03:26C'est ça, en fait, qui explique aussi que les réalités territoriales soient très, très différentes.
03:33C'est le local qui prime sur le national.
03:35Ici, Norel et 7h47, nous sommes en direct avec Rémi Lefebvre,
03:39professeur de sciences politiques à l'Université de Lille.
03:42Si on s'éloigne de la métropole lilloise, Rémi Lefebvre,
03:43comment se porte la gauche dans la région, après le premier tour des municipales ?
03:47Écoutez, la gauche, elle ne se porte pas très, très bien.
03:49Il faut être clair. Globalement, les socialistes cherchent le statu quo.
03:54Ils cherchent à conserver leur ville et pas aller au-delà.
03:57Les écologistes dans la région, à part Lille, ne sont pas du tout développés.
04:04Et puis le Parti communiste a plutôt stabilisé son implantation.
04:10On l'a vu à Ollo-Emery, on l'a vu à Saint-Amand-les-Eaux avec Fabien Roussel.
04:16Donc, concrètement, la dynamique, très clairement, elle est plus à l'extrême droite,
04:20même si, pour l'instant, à part dans le bassin minier, ça ne se convertit pas forcément en commune gagnée.
04:25C'est la question que j'allais vous poser tout de suite après.
04:27Si la gauche ne se porte pas bien, qui se porte bien au lendemain de ces premiers tours ?
04:30Déjà, concrètement, la droite se porte bien dans la région.
04:33C'est-à-dire que, globalement, c'est avec la gauche la force dominante.
04:39Sauf que la région était culturellement, historiquement, plutôt de gauche.
04:43Et puis, effectivement, il y a une menace du rassemblement national,
04:46notamment, par exemple, à Douai.
04:48Mais il faut quand même rappeler qu'au premier tour,
04:51mais vous avez dû, évidemment, le développer ici sur vos antennes,
04:54c'est la stabilité et la continuité qui a dominé, primordial, sortant, etc.
04:58Que pensent les électeurs de ces alliances, de ces désistements,
05:00de ces fusions dont on parlait tout à l'heure ?
05:02Est-ce que ça joue vraiment sur une élection ?
05:03Je pense que, tendanciellement, ça joue de moins en moins,
05:06parce que les électeurs sont de plus en plus soucieux, en fait, de leur liberté.
05:11Et puis, en plus, concrètement, ils vont être sensibles aux fusions,
05:14parce qu'ils vont voir les listes.
05:15Il y aura des listes ou pas de listes, forcément.
05:19Mais en une semaine, l'entre-deux-tours est très, très court.
05:22Là, on est mercredi aujourd'hui, les listes étaient mardis.
05:27Les partis n'ont pas vraiment le temps de communiquer
05:29et de vraiment envoyer des signaux à leurs électeurs.
05:32Donc, il y a beaucoup d'électeurs qui vont décider quelques heures avant le vote
05:36et parfois même dans le bureau de vote.
05:39Donc, globalement, c'est l'électeur qui est un peu souverain dans le processus entre les deux tours.
05:45Et le taux de participation lors du premier tour dimanche, c'était autour de 57% au niveau national.
05:50En 2014, nous étions à 63,5%.
05:53Comment expliquer cette hausse de l'abstention ?
05:55Les élections municipales étaient plutôt préservées, traditionnellement ?
05:58Bah oui, mais globalement, elles sont gagnées par la fatigue démocratique, la crise démocratique.
06:03Il y a aussi beaucoup de jeunes générations qui sont peu attachées au local,
06:07qui ne connaissent pas bien le local, qui ne connaissent pas forcément bien le maire,
06:11parce qu'ils sont mobiles, parce qu'ils sont plus sur les réseaux sociaux,
06:14parce qu'ils sont plus intéressés par la politique nationale.
06:17Et puis, par ailleurs, souvent, les élections municipales, elles ne sont pas très concurrentielles.
06:20Quand vous n'avez qu'une liste dans votre commune au premier tour, ce qui est souvent le cas,
06:25ce n'est pas très, très attractif comme scrutin.
06:28Donc, on préfère aller se balader ou rester en famille plutôt qu'aller voter
06:33en étant sûr que le maire sortant va être élu.
06:35À voir si ce que vous dites se vérifie pour le second tour dimanche,
06:39le 22 mars, second tour des élections municipales 2026.
06:41Merci beaucoup, Rémi Lefebvre, d'avoir accepté notre invitation ce matin,
06:44professeur de sciences politiques à l'Université de Lille.
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