00:00Bonjour Guillaume Musseau. Bonjour Elodie.
00:01Vous êtes, sans conteste, l'auteur qui vend le plus de livres en France.
00:05C'est aussi l'un des plus traduits dans le monde.
00:06On peut lire vos livres en 47 langues.
00:08Alors après, il faut s'y mettre, évidemment.
00:10Vos romans se sont d'ores et déjà écoulés à 34 millions d'exemplaires.
00:13Un succès inspirant, lié au rêve.
00:15Ceux que vous aviez, enfin, lors de vos lectures dans la bibliothèque d'Antibes
00:18que dirigeait votre mère à l'époque.
00:20Et une belle victoire pour le professeur d'économie que vous étiez fut un temps
00:23qui a mis du temps à convaincre un éditeur de lui faire confiance.
00:26La bascule et la rencontre avec le public ont fini par se produire
00:29grâce à votre deuxième roman et après, publié en 2004, adapté depuis au cinéma.
00:34Aujourd'hui publié, le crime du paradis aux éditions Kalman-Levy.
00:37C'est une histoire qui fait à la fois froid dans le dos
00:39et qui, dans le même temps, irradie car elle convoque âme sombre et sensualité.
00:44Les deux incarnés par des personnages plus vrais que nature
00:47et dont vous avez le secret qui officie dans un décor qui sent bon la côte d'Azur
00:51puisqu'elle se déroule dans une somptueuse villa au cœur du Cap d'Antibes.
00:54Et ça aussi, vous connaissez bien ce lieu-là.
00:57C'est l'histoire d'un enlèvement, celui d'Oscar, un petit garçon de 3 ans
00:59ici d'une famille américaine fortunée qui passe ses vacances dans ce lieu idyllique
01:04en cette année 1928.
01:06Et de tout ce que cette énigme a finalement révéler dans une atmosphère lourde
01:10de par ses secrets.
01:11Et au cœur de l'enquête, Joseph Lecq, commissaire de la 9e brigade mobile de Marseille,
01:15assistée par Charlie qui a 25 ans et d'une aide imposée par elle-même, j'ai envie de dire,
01:19dont il se serait parfois bien passé, une romancière Agatha Harding, dont le seul but
01:25est de s'accaparer cette histoire, cette affaire en guise de scénario pour son futur roman.
01:30Guillaume Musso, de plus en plus, vos intrigues sont de bon, la reine du crime,
01:34donc Agatha Christie qui a beaucoup, on va dire, accompagné votre adolescence
01:38et qui semble guider vos pas et nourrir votre imagination avec un clin d'œil au jeu
01:41Cluedo, tout le monde y a joué.
01:44Cette histoire, elle est tissée d'histoires vraies.
01:48On pense évidemment à l'affaire du bébé Lindbergh en 1932.
01:53Je vais vous laisser la raconter, cette histoire, parce qu'elle a beaucoup inspiré aussi
01:56Agatha Christie, au point de lui donner d'ailleurs l'écriture, l'envie d'écrire
02:00le livre Le Crime de l'Internet Express.
02:02Absolument, absolument, oui, c'est une affaire qui s'est passée au début des années
02:0630 en 1932, le héros de l'époque, Charles Lindbergh, aviateur, a traversé l'Atlantique
02:15et c'est une figure américaine, mondiale même, de premier plan et son bébé est enlevé
02:22dans leur maison du Maine et cette affaire va devenir le premier fait divers mondial.
02:30Pourquoi ? Parce que finalement, les progrès techniques de l'époque permettent aux journaux
02:36de couvrir en temps réel cette affaire et cette affaire qui touche tout le monde parce
02:43que quand la vie d'un enfant, effectivement, est en jeu, tout le monde se sent de près
02:47ou de loin concerné par ça.
02:50Effectivement, je reprends ce début un petit peu d'histoire en le transplantant à Antibes
02:57et c'est, oui, oui, moi, j'ai toujours été fasciné par cette affaire depuis que petit,
03:03j'ai vu le film, effectivement, Le Crime de l'Orient Express.
03:06Je me souviens avoir cherché dans une encyclopédie du cinéma et avoir trouvé effectivement cette affaire-là.
03:11Il y a toujours ce côté aussi écriture très cinématographique.
03:15On plonge, par exemple, le départ, vous auriez pu nous raconter l'histoire telle qu'elle.
03:20Non, vous partez de ce policier et voilà, on est avec lui, attablé avec lui, on est dans sa réflexion.
03:26Il y a comme une caméra de recul.
03:28Exactement.
03:29C'est marrant que vous parliez de caméra parce que quand j'écris, j'ai toujours en tête ce que
03:33disait Hitchcock.
03:35Hitchcock disait « je veux faire des films à hauteur d'homme ».
03:38Comme si la caméra était toujours effectivement à hauteur des personnages pour être vraiment pleinement avec eux.
03:45Et ça, c'est un choix d'écriture assez fort.
03:49Ce n'est pas toujours facile à faire parce qu'il faut trouver les bonnes scènes et, comme vous dites,
03:54les bonnes images
03:56pour être immédiatement dans cette action-là et en empathie avec le personnage.
04:03Vous avez toujours été très soucieux de laisser une place à la mémoire et à l'importance de la transmission.
04:10Là, vous avez donné ce prénom de Joseph et cette identité qui correspondait à celle de votre arrière-grand-père.
04:16De mon arrière-grand-père, oui, qui était un absent très présent en fait, puisque c'est quelqu'un qui
04:23est mort à la guerre en 1915, à 31 ans.
04:27Il faisait partie de ces générations qui avaient déjà fait un service militaire de trois ans et qu'on a
04:33rappelées au moment du conflit.
04:36Et pour moi, quand j'étais petit, c'était vraiment le symbole du héros qui avait eu une vie brève,
04:44et mon grand-père parlait de son père toujours avec émotion.
04:50Et finalement, en avançant dans l'âge, cette figure-là est devenue mentalement importante pour moi.
04:58Et comme la littérature, finalement, peut tout, elle peut ressusciter, finalement, cet homme,
05:04puisque je me suis imaginé que cet arrière-grand-père avait survécu au conflit
05:10et s'était engagé comme policier dans les brigades mobiles à Marseille après-guerre.
05:15Quand vous étiez petit, vous avez toujours souligné à quel point les livres vous ont permis de voyager,
05:20de vivre d'autres vies. Il y a une téléportation d'époque, une téléportation aussi personnelle.
05:26C'est ça, votre plus grande fierté, c'est de nous transporter, nous, enfin vous, à votre tour,
05:31de nous transporter à travers votre écriture, à travers vos histoires ?
05:34Oui, la plus grande fierté, c'est... C'est-à-dire que pendant longtemps, les gens, les lecteurs,
05:41me disaient, voilà, merci de nous faire rêver. Et de plus en plus, c'est... Le mot qui revient, c
05:49'est ailleurs.
05:49Merci de nous amener ailleurs. Et on a ce besoin, cette envie de fiction, d'épaysement, d'évasion.
06:00Et paradoxalement, on est à une époque où on lit de moins en moins.
06:05Structurellement, voilà, les pratiques de lecture sont en baisse, y compris chez les adolescents.
06:13Et donc, tout ça est assez inquiétant. Et moi, voilà, ma mission, un peu, c'est d'écrire des romans
06:20qui permettent de fédérer, qui permettent à tout le monde de partir ailleurs.
06:25Et le plus beau des compliments, c'est d'avoir redonné goût, moi et d'autres, à la lecture, à
06:33des gens qui lisaient peu ou plus.
06:35L'écriture permet donc aussi de ressusciter celles et ceux qui nous ont quittés, de leur donner corps et cher
06:42?
06:42Exactement. Ça, ça a été ma... Je crois que c'est l'une de mes plus grandes fiertés, effectivement, d
06:48'auteurs,
06:49et des plus inattendus aussi, d'avoir fait ce cheminement avec cet arrière-grand-père que je n'ai jamais
06:55rencontré,
06:56mais que j'ai ressuscité le temps des 18 mois d'écriture et avec lequel j'ai suffisamment aimé cheminer
07:04pour finalement même avoir envie de le retrouver peut-être lors d'une prochaine enquête dans les années 30.
07:12On a ce couple Livingstone, incarné par Florence et Juliane, qui ont beaucoup de celles et ceux qui ont laissé
07:19leur empreinte au cave d'Antibes.
07:21Vous citez Scott Fitzgerald, d'une certaine façon, vivre ensemble est plus important que vivre simplement.
07:27C'est ça, la morale, en tout cas l'adage, et ce qui finalement nous accompagne dans nos vies ?
07:35Oui, moi j'ai toujours vraiment eu cette peur de la solitude, ça c'est vraiment quelque chose d'assez
07:42terrifiant.
07:43Je pense que la lecture à un moment venait combler ça, l'écriture aussi est venue combler ça,
07:51et là effectivement on croise le chemin de personnages, notamment de ce couple,
07:57inspiré d'un couple qui s'appelait les Murphy, qui a inspiré Fitzgerald lorsqu'il écrit Tendre et la nuit,
08:06où il y a cette idée finalement que déjà être deux est déjà une sorte d'aboutissement en soi.
08:15Bon, il y a un fil rouge quand même, c'est la quête de la liberté.
08:19C'est quoi être libre ?
08:21Être libre, être libre, c'est dépendre le moins possible des autres,
08:29mais à la fois ça ne résout pas le problème de la solitude.
08:36Oui, être libre c'est savoir dire non, ce que j'ai dit à mes enfants aussi.
08:43Oui, mais cette quête de liberté, elle n'est pas, c'est pas quelque chose qui est,
08:51elle s'intègre dans d'autres quêtes et d'autres contraintes,
08:58mais tout le monde n'aime pas être libre,
09:00parce qu'être libre veut dire souvent être seul.
09:04Sous-titrage Société Radio-Canada
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