00:00Vous avez peut-être des nudes dans votre téléphone,
00:02ou des conversations que vous n'avez pas envie qu'on lise sans votre accord.
00:05Normal.
00:06Et d'ailleurs, personne ne pourrait y accéder sans vos mots de passe,
00:09votre code, votre tête ou vos empreintes digitales.
00:12Enfin, ça c'est quand vous êtes vivant.
00:15Mais après la mort, que deviennent vos réseaux sociaux ?
00:18Et est-ce que votre famille ou vos meilleurs potes
00:20pourraient avoir accès à votre téléphone ?
00:23Dans cette vidéo, vous allez voir que même après la mort,
00:25on continue de vivre encore un peu.
00:30Dans les minutes qui suivent, je vais vous parler de la mort.
00:31Si ce sujet vous met mal à l'aise ou touche votre sensibilité,
00:34n'hésitez pas à couper la vidéo si besoin.
00:36Prenez soin de vous.
00:40Si vous mourrez demain, vous ne disparaîtrez pas vraiment.
00:43Vous ne serez plus là, physiquement, devant votre écran,
00:45mais il restera des traces de vous.
00:46D'abord dans vos appareils, sur votre ordinateur,
00:48votre téléphone par exemple,
00:50et puis en ligne, sur vos réseaux sociaux,
00:52votre compte Apple iCloud ou Google Drive.
00:54Tout ça, c'est ce qu'on appelle l'identité numérique.
00:56Et comme pour l'identité physique, on ne la perd pas totalement en mourant.
01:01Même mort, vous garderez votre nom et votre histoire.
01:03Vos proches continueront à parler de vous et regarderont des photos de vous.
01:06Ils feront perdurer votre identité.
01:09Sur Internet, c'est pareil.
01:10Au moment de votre mort, vos données ne sont pas automatiquement supprimées.
01:13Votre vie en ligne continue.
01:15Et vous pourrez même choisir d'en avoir une nouvelle de vie après la mort,
01:18mais ça, on en parle un peu plus tard dans la vidéo.
01:20Là, se pose la question de savoir qui pourrait avoir accès à vos photos
01:25ou vos réseaux sociaux après votre mort.
01:28Ce qu'il faut comprendre, c'est que quand on meurt, on perd des droits.
01:31Normalement, en droit, juridiquement, on n'est plus une personne juridique après la mort.
01:34Alicia Mazouz est juriste.
01:35Elle travaille depuis plusieurs années sur la mort,
01:37et je l'ai contactée pour qu'elle nous explique
01:39où finiront nos données numériques une fois qu'on sera six pieds sous terre.
01:43Le règlement général des données personnelles,
01:45que quasiment tout le monde connaît,
01:46puisqu'on le voit tous les jours s'afficher sur nos écrans
01:48quand on ouvre une fenêtre avec les petites données,
01:51les petits cookies à cliquer, accepter ou pas.
01:53Ce règlement ne s'applique pas aux données après la mort.
01:55C'est un droit pour les vivants.
01:56En fait, le RGPD, qui est un texte européen,
01:59protège votre vie privée tant que vous êtes vivant.
02:02Mais une fois mort, c'est une loi française qui prend le relais.
02:04Et heureusement, sinon, toutes les entreprises
02:06à qui vous avez confié vos données, type Google, Meta,
02:09mais aussi votre banque, en théorie, elles pourraient en faire ce qu'elles veulent.
02:12Cet article va prévoir, va organiser les conditions
02:15de l'expression de la volonté de la personne pour après sa mort,
02:19et va aussi prévoir ce qui se passe si vous n'avez rien exprimé.
02:23Attendez, on va rembobiner tout doucement.
02:25L'expression de la volonté de la personne pour après sa mort.
02:30Ça veut dire que oui, de votre vivant, vous pouvez déjà prévoir.
02:33Cette photo, tu peux l'avoir.
02:34Mon compte Insta, il est pour toi, etc.
02:36Et c'est même conseillé de prévoir.
02:38Quand on exprime, d'une certaine façon, on organise.
02:42On permet, en fait, de clarifier une situation.
02:44N'hésitez pas à rédiger un testament
02:46en matière de données personnelles, de données numériques,
02:49et pas uniquement sur votre appartement,
02:52votre voiture, vos bijoux, vos biens de valeur.
02:54Concrètement, demain, vous pouvez aller voir le notaire
02:56et lui dire, alors, cet album photo, je ne veux pas qu'on le voit.
02:59Mon compte Tinder, je ne veux pas qu'on puisse avoir accès non plus.
03:02Par contre, mon compte Instagram, je voudrais bien le léguer à mon meilleur pote.
03:05Par contre, si vous n'anticipez pas votre mort numérique,
03:07c'est open bar.
03:08Vos proches pourraient consulter votre téléphone
03:10ou vos réseaux sociaux sans que vous ayez donné votre accord.
03:13Et ça pourrait créer des conflits au moment de l'héritage.
03:15Si vous n'exprimez rien, c'est le législateur qui, par défaut,
03:18prévoit que les héritiers peuvent avoir accès
03:20à certaines données qui sont nécessaires
03:22au règlement de la succession.
03:24Et ce sont des souvenirs de famille,
03:28des éléments qui sont classiquement transmis.
03:30Donc ça peut être, par exemple, des photos,
03:32ça peut être de la musique, des discussions.
03:35Mais là, la difficulté, c'est qu'en cas de litige,
03:37de contentieux ou d'opposition entre les héritiers,
03:41ou entre un opérateur qui ne voudrait pas remettre certaines données,
03:44eh bien c'est le juge qui devra trancher pour savoir
03:46si ce sont ou pas des souvenirs de famille.
03:49Si vous ne rédigez pas de testament sur vos données numériques,
03:52si on ne sait pas quoi faire, de votre vous en ligne,
03:55vos héritiers pourraient donc y avoir accès.
03:57Et les plateformes pourraient aussi en profiter
03:59pour continuer à vous monétiser.
04:01Vous continuez à générer, même si vous êtes mort,
04:04une activité par la plateforme
04:06du profit d'une certaine façon.
04:08Notamment, on pense au cas des influenceurs.
04:12Ce sont des sites sur lesquels il y a beaucoup d'abonnés
04:15qui peuvent continuer à générer des flux du profit,
04:18une activité d'une certaine façon.
04:20Exemple, Chadwick Bosman.
04:21C'était un acteur états-unien
04:23et il a joué dans pas mal de films,
04:25dont Black Panther, Avengers, 42 ou Get On Up.
04:28Eh bien, il est décédé en 2020, à 43 ans d'un cancer.
04:31Et l'annonce de sa mort sur son propre compte X
04:34est le tweet le plus liké de l'histoire
04:36avec plus de 6 millions de j'aime.
04:38Et son compte est toujours ouvert et actif aujourd'hui.
04:41Autre exemple, en France,
04:42Snapchat a laissé ouvert le compte d'une fille décédée
04:44pendant 379 jours,
04:46alors que son père avait réclamé sa fermeture.
04:50Finalement, plus d'un an après,
04:51la CNIL, la Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés,
04:54a statué que Snap devait se plier à la volonté du père.
04:58Bon, pour éviter tous ces conflits après votre mort,
05:01vous pouvez donc rédiger un testament,
05:03mais vous pouvez aussi donner vos directives
05:05directement aux plateformes.
05:07Discord, Facebook, WhatsApp, Apple iCloud,
05:09à certaines d'entre elles,
05:10vous pouvez leur dire dès maintenant
05:12ce que vous voulez que vos comptes deviennent
05:13si vous mourrez.
05:14Et tous les liens utiles pour le faire
05:16sont sur ce doc de la CNIL.
05:17Bon, j'en ai pas trop parlé,
05:18mais il y a des personnes qui, dans tous les cas,
05:20auraient le droit de consulter vos données.
05:22Les autorités, bien sûr.
05:23Dans le cadre d'une enquête judiciaire ouverte sur votre mort,
05:25des gendarmes, des policiers, des juges,
05:28pourraient avoir accès à toutes vos données.
05:30Enfin, s'ils arrivent à y accéder.
05:32Derrière, les empreintes sont sur cette clé.
05:34Tiens, pour eux, on me met un.
05:35À vrai dire, toutes ces questions
05:36sur ce qui reste de nous après la mort,
05:38ça date pas d'hier.
05:39Le numérique, c'est juste un autre décor.
05:41Un sociologue avec qui j'ai échangé
05:42avant d'écrire cette vidéo m'a dit
05:43« Comme notre propre naissance,
05:46notre décès ne nous appartient pas. »
05:48C'est vrai, si je veux être enterré dans mon jardin,
05:50sauf exception, l'État me l'interdit.
05:51Sur ma tombe, mes proches vont peut-être parler de moi.
05:54Ça paraît, je ne le contrôlerai pas.
05:56L'être humain a toujours laissé des traces après sa mort.
05:58Une pellicule photo, un journal intime, des vêtements.
06:00En réalité, on disparaît jamais vraiment tout à fait.
06:02Le numérique étant simplement le champ des possibles.
06:05Il permet de nouvelles traces,
06:06parfois plus compliquées à effacer.
06:08D'ailleurs, certains d'entre nous ne veulent pas que ça s'efface.
06:11Peut-être que ce qu'offre aujourd'hui
06:13la réflexion sur la donnée numérique après la mort,
06:17c'est qu'elle ouvre une nouvelle potentialité d'immortalité.
06:20Ça va sans doute attirer des personnes qui vont se dire
06:23« Ah bah tiens, finalement, la mort, ça peut être quelque chose de positif
06:26parce que je peux rester. »
06:27Cette question de l'immortalité numérique, elle est assez sérieuse.
06:30Aujourd'hui, il y a des entreprises qui proposent de rester en vie après la mort.
06:34Ça peut être des services de messagerie post-mortem.
06:36En gros, vous choisissez des messages, des photos ou des vidéos
06:39qui seront envoyées plus tard à vos proches.
06:41Ça peut être aussi, il y en a de plus en plus,
06:43des services de survie numérique, des deadbots.
06:45Grâce à l'IA, ils peuvent continuer à communiquer à vos proches à votre place.
06:50Et il y en a comme Elon Musk qui y croit dur comme fer à tout ça.
06:52Si vous disiez « Down the road »,
06:54vous pourriez dire que, avec le lien numérique,
07:00avoir au moins un snapshot approximatif de l'esprit de quelqu'un,
07:04et puis uploader ce snapshot approximatif à un corps optimiste ?
07:09Je pense que, à un moment donné, cette technologie devient possible.
07:12Et c'est probablement moins de 20 ans.
07:15Toutes ces nouvelles perspectives font qu'il va sans doute falloir prochainement
07:18se pencher sérieusement sur la question,
07:20la mettre à l'agenda, en parler.
07:22Même si, on ne va pas se mentir, la mort reste aujourd'hui un vrai tabou,
07:25mais si vous êtes restés jusqu'au bout de la vidéo,
07:27c'est peut-être déjà un premier pas.
07:45Sous-titrage Société Radio-Canada
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