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Fabrice Luchini est à l'affiche de "Victor comme tout le monde", de Pascal Bonitzer. Il y incarne Robert Zuchini, un rôle à la fois proche et loin de lui.
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00:00Bonjour Fabrice Zucchini. Bonjour Steven.
00:02Merci d'être avec nous. Vous serez de retour au cinéma dans quelques jours avec Victor comme tout le monde.
00:06Rôle singulier, très proche de vous, très éloigné de vous aussi.
00:10Vous y incarnez Robert Zucchini, un acteur, grand amateur de Victor Hugo.
00:15Vous avez réagi comment quand vous avez lu ce scénario ? Vous vous êtes dit « Ouh là là »
00:20ou « J'y vais à fond ».
00:23Quand Sophie Filière a écrit, j'ai pensé qu'elle avait résolu le problème de parler d'Hugo constamment,
00:29sans faire une leçon didactique et scolaire sur ce génie qui s'appelait Hugo.
00:35J'ai senti qu'elle était malicieuse et qu'elle jouait sur un personnage qui s'appelait Zucchini.
00:43Zucchini ça veut dire petite courgette alors que mon nom c'est Loukini qui veut dire petite lumière.
00:49Donc je suis descendu en gamme et j'ai senti que ça serait la parole qui serait la patronne du
00:55film.
00:56Osez la parole, osez la parole, osez les dialogues comme Guitry, comme Pagnol.
01:01Je ne te dis pas que Sophie Filière c'est la même tessiture, mais osez faire un film où la
01:08puissance géniale d'Hugo est constante.
01:11Alors j'ai dit on y va, c'est un peu proche de moi, mais vous avez dit la belle
01:15phrase, c'est à la fois proche et très loin.
01:18Donc je me suis dit allons-y.
01:21La porosité quand même entre la réalité et la fiction, on s'amuse avec ça quand même.
01:25On s'amuse pour deux raisons, c'est que je ne jouais pas mon spectacle que je joue depuis deux
01:30ans et demi quand elle l'a écrit.
01:31Donc la fiction était avant la réalité.
01:35Et puis c'est très loin de ma vie.
01:40Moi, je n'ai pas une fille qui revient 23 ans après.
01:43Parce que ce qui est un peu bouleversant dans ce film, c'est que d'abord on rit par le
01:48fait qu'il y ait une dialectique conflictuelle entre toutes les copines de ma fille qui sont woke et qui
01:55disent qu'en gros, Hugo, ce n'est pas un génie uniquement, c'est un gros queutard.
02:00Moi, je suis sidéré.
02:01Moi, je représente la tradition.
02:03Hugo, pour moi, c'est l'homme qui a écrit les chefs-d'oeuvre.
02:06Et donc, il y a la dialectique entre elles qu'on dit, moi, je n'arrête pas de dire, c
02:10'était un grand amoureux.
02:11Non, c'est un gros queutard.
02:12Ah bon ?
02:13Donc, après, ce qui est merveilleux, c'est que Hugo perd sa fille, qui est l'événement majeur dans la
02:19vie d'Hugo.
02:19Et Sophie Filière lui fait retrouver sa fille.
02:23Et tout ça, à Guernsey.
02:26Tout ça, à Guernsey.
02:28Dans cet endroit dément qu'est la maison d'Hugo, décorateur de génie.
02:35Donc, oui, je ne sais pas trop quoi vous dire.
02:38C'est très...
02:39Tu sais, on ne sait pas trop ce qu'on fait.
02:41On dit oui à ça parce qu'on se dit...
02:44On se dit oui, on va dire oui à ce film parce qu'on est ému par Sophie Filière,
02:50parce qu'elle incarne une empathie.
02:52Et puis qu'on se dit qu'on va faire un film qui ressemble à un...
02:56Qui est de la même tradition que la discrète, qu'Alice et le maire, qu'Alceste à bicyclette.
03:02Voilà, c'est une filiation qui est très menacée à notre époque.
03:08On s'est dit pourquoi pas en faire un petit dernier comme ça.
03:10Vous êtes revenu voir le spectacle ?
03:12Nous aussi, on travaille sur Hugo.
03:13Vous travaillez sur Hugo ?
03:14Oui.
03:15Il faut vous reposer, monsieur Zucchini.
03:17Il va vous bouffer, votre Victor Hugo.
03:18J'aime que ça.
03:19Là, il y a quoi ? Il y a une mise en abîme ?
03:21Vous êtes dans votre personnage quand même à ce moment-là ?
03:25Là, on peut se poser la question.
03:27Bonitzer a tourné même lors de vraies représentations que vous jouiez au Tête de la Porte Saint-Baptain.
03:32Qu'est-ce qui s'est passé ?
03:34Evangelo a eu une idée géniale.
03:35On a eu la chance et Bonitzer a eu le génie de dire on va prendre Evangelo.
03:40Evangelo, c'est un des cinq grands opérateurs de l'histoire du cinéma.
03:44Eh bien, Angelo a réfléchi.
03:47Ses films avaient très peu de moyens.
03:49Parce que le film a provoqué une espèce d'inquiétude de la part des distributeurs.
03:53Et ils ont eu une petite inquiétude.
03:55Et ils se sont dit, oh là là, un film solant avec du langage, des paroles, des beautés, de fin.
04:00On veut de la comédie.
04:02C'est merveilleux, la comédie.
04:04Ils ont eu peur.
04:05Donc, du coup, j'ai dû le produire.
04:06Parce que, à mon avis, il n'y avait plus d'argent.
04:07Et pour réunir 1200 personnes chaque soir pendant trois soirs, c'est un gros budget.
04:13C'est 300 000 euros.
04:15On ne les avait pas.
04:16Angelo a eu l'idée de dire, et si on filmait une captation...
04:19Ce n'est pas une captation.
04:21Si on filmait deux représentations.
04:25Il y en a très peu dans le film.
04:26Mais c'est là où ça s'alterne formidablement.
04:29La fiction, la puissance du spectacle.
04:32Mais surtout, voilà, je ne sais pas si j'ai répondu, mais c'est possible.
04:36Tiens, viens voir.
04:37C'est Léopoldine qui est mort d'un 19 ans.
04:41Une colombe et moi, longtemps nous aimâmes.
04:45Maintenant, je sais l'art d'apprivoiser les âmes.
04:49Hugo semble habiter Robert.
04:51Quel est votre rapport à la littérature ?
04:54Est-ce qu'elle vous habite en dehors de la scène ?
04:56Est-ce que vous lisez beaucoup dans votre vie personnelle aussi ?
04:59Est-ce que ça vous habite de la sorte ?
05:01Alors, je ne sais pas si je lis beaucoup,
05:03mais un acteur qui ne serait habité qu'entre 8h et 11h,
05:08à mon avis, ce n'est pas le métier qu'il faut faire.
05:11Il faut être obsessionnel.
05:12Il faut être nourri.
05:13Parce qu'on est confronté à des immensités.
05:16Quand tu es confronté à Rimbaud,
05:18quand tu es confronté à Flaubert,
05:20quand tu es confronté à Victor Hugo,
05:22si tu n'as pas des années, des années de passion
05:25pour essayer de ne pas le trahir,
05:29de ne pas le détruire,
05:31que de ne pas faire cet acte atroce,
05:33de mettre quelque chose de vulgaire sur une beauté pareille,
05:37non, ça demande d'être investi névrotiquement jour et nuit.
05:47Oui, oui.
05:49Il n'y a pas la vie d'un côté et le métier de l'autre.
05:52C'est ça aussi le piège.
05:54C'est qu'on a...
05:55Je n'ai pas de vie autre que celle-là.
05:57Ça vous réveille la nuit, la littérature ?
05:59Je n'ai même pas à être éveillé.
06:00C'est comme je ne m'endors pas.
06:02Quand je ne m'endors pas, je travaille mon siorant, tu sais.
06:05Parce qu'en plus d'Hugo, je joue siorant.
06:08Celui qui dit, ne nous suicidons pas tout de suite,
06:10il y a encore quelqu'un à décevoir.
06:13Et avec cette phrase géniale, c'est le début de mon spectacle.
06:17En permettant l'homme, la nature a fait une erreur de calcul.
06:21Voilà, pour te donner l'ambiance.
06:23Donc, voilà, je passe ma vie.
06:26J'ai passé beaucoup de temps avec Hugo.
06:30J'ai mis 30 ans pour essayer de dire ce poème sublime.
06:34Tu sais, elle avait pris ce pli dans son âge enfantin
06:37de venir dans ma chambre un peu chaque matin.
06:41Je l'attendais ainsi qu'un rayon qu'on espère.
06:44L'idée de le dire dans l'appartement d'Hugo est géniale.
06:48Elle entrait et disait bonjour mon petit père.
06:51Prenez ma plume, ouvrez mes livres.
06:53S'asseyait sur mon lit, dérangeait mes papiers et riait.
06:56Puis soudain s'en allait comme un oiseau qui passe.
07:00Alors, je reprenais la tête un peu moins lasse.
07:03Mon oeuvre, t'as vu la beauté ?
07:05Alors, je reprenais la tête un peu moins lasse.
07:07Mon oeuvre interrompue.
07:09Et tout en écrivant parmi mes manuscrits,
07:11je rencontrais souvent quelqu'un arabesque folle
07:13et qu'elle avait tracé puis maintes pages blanches
07:16entre ses mains froissées.
07:18Et il y a le visage de Léopoldine ici.
07:20Où je ne sais comment venait mes plus doux verts.
07:23Il continuait à l'aimer Dieu, les fleurs, les astres, les prévères.
07:26Et c'était un esprit avant d'être une femme.
07:29C'est une phrase étonnante.
07:31Et c'était un esprit, comme s'il avait prévu le féminisme, tu vois.
07:35Et c'était un esprit avant d'être une femme.
07:40Il continue.
07:41Son regard reflétait la clarté de son âme.
07:43Elle me consultait surtout à tout moment.
07:46Oh, que de soirs d'hiver radieux.
07:48C'est presque fini.
07:49Oh, que de soirs d'hiver radieux et charmants
07:51passaient à résonner langue, histoire et grammaire.
07:53Mes quatre enfants groupés sur mes genoux,
07:56leur mère tout près,
07:57quelques amis causant au coin du feu,
07:58j'appelais cette vie être content de peu
08:05et dire qu'elle est morte.
08:07Tous les soirs, ce n'est pas dans le film, ce poème.
08:10Dans le film, c'est plutôt des poèmes gays.
08:14Mais c'est prodigieux.
08:16Si tu ne te nourris pas pendant des années
08:19à essayer de voir à quel moment tu fais un blanc,
08:22à quel moment il y a un silence.
08:23Non, c'est un métier qui absorbe beaucoup.
08:27Une colombe et moi, longtemps nous nous aimâmes.
08:31Maintenant, je sais l'art d'apprivoiser les âmes.
08:34Votre personnage arrive en retard à une représentation.
08:37Ça ne vous est jamais arrivé ?
08:38Mais est-ce que c'est une peur ?
08:41C'est l'angoisse.
08:42Ça, c'est des cauchemars.
08:43Il y a les deux cauchemars banals,
08:46enfin, les deux cauchemars baneaux.
08:47Est-ce que ça se conjugue ?
08:49Bane avec un S.
08:50Ça se conjugue pas baneau ?
08:52Non.
08:52Ah bon.
08:53J'ai quitté l'école très tôt,
08:55donc il y a des énormes lacunes.
08:56Et d'ailleurs, je me suis demandé en analyse
08:58si je rattrape pas mon incapacité scolaire.
09:03Moi, j'ai quitté à 13 ans, 13 ans et demi.
09:06J'ai été apprenti coiffeur pendant 10 ans.
09:08Et après, je me suis occupé de texte
09:13par la découverte d'un professeur de génie.
09:16Et ça m'a donné ce qu'on appelle une vocation.
09:18Bon, c'est un mot qui dit beaucoup de choses.
09:22La vocation, la plus belle définition, c'est
09:24« Je vous vais, c'est un miracle à faire avec soi-même ».
09:27C'est quoi votre vrai nom ?
09:28Ange Luciani.
09:29C'est difficile, hein ?
09:30On est d'accord ?
09:31Certains l'ignorent peut-être,
09:32mais votre vrai prénom est Robert,
09:34comme celui de votre personnage.
09:35Pourquoi l'aviez-vous changé, vous ?
09:37Ah, c'est la...
09:37Pas moi, car...
09:39Moi, Robert Zucchini.
09:40Donc, ce qui est étonnant,
09:41c'est que mon personnage s'appelle Robert Zucchini.
09:44Et il y a une comédienne merveilleuse qui lui dit
09:46« Mais c'est un pseudo, vous vous appelez comment ? »
09:49Et il répond « Ange Luciani ».
09:51Ah oui, je comprends.
09:53Non, Robert Zucchini,
09:54quand j'ai été apprenti coiffeur,
09:56la première chose que le...
09:57C'était dans un salon très chic,
09:59où Joé Dassin, Sylvie Vartan,
10:03Johnny Hallyday venait faire des couleurs,
10:05des brushings.
10:06J'avais 14 ans,
10:07j'arrivais de la rue Poulet,
10:08à la Goutte d'Or,
10:10à Barbès,
10:11et je me débarque dans un endroit sublime
10:13avec des gens très puissants, très riches,
10:15tout ça.
10:16Je n'en revenais pas.
10:16Et le premier mot que le mec m'a dit,
10:18il m'a dit « Vous vous appelez comment ? »
10:20Je lui dis « Je m'appelle Robert Zucchini ».
10:21Il dit « Ça, ça ne sera pas possible. »
10:23Je lui dis « Mais pourquoi ? »
10:24Il me dit « Il faudra trouver soit Jean-Octave,
10:28soit Jean-Daniel,
10:30ou soit Gonzague,
10:31ou soit Fabrice. »
10:33« J'ai pensé que Fabrice était le moins conséquent. »
10:36« Oui, bonjour madame. »
10:37« C'est ma nièce Eponine. »
10:39« C'est merveilleux de s'appeler Eponine. »
10:40« Oui, je sais. »
10:42« C'est une meuf dans Les Misérables. »
10:43Vous l'évoquiez,
10:44le film, d'une certaine manière,
10:46aborde la contestation féminine,
10:48féministe de l'œuvre d'Hugo.
10:50Il y a cette phrase que votre personnage lance
10:52à un moment « Vous n'allez pas me mitoiser. »
10:55J'adore ce moment.
10:56Ah oui, c'est formidable.
10:57Quand elle arrive toute nue,
10:58« Ah ! »
10:59Il fait « Ah ! »
11:01« J'ai rien vu. »
11:02Enfin, je veux dire,
11:03« J'ai rien regardé. »
11:04Et elle, très décontractée,
11:06cette deux-beec,
11:06merveilleuse actrice,
11:08elle s'en va.
11:09« Vous n'allez pas me mitoiser. »
11:11C'est une des raisons
11:12pour lesquelles tu as envie
11:13de faire un film comme ça.
11:15Est-ce que ces jeunes actrices
11:16qui viennent comme ça
11:17un peu à sa rencontre,
11:20elles l'aident à quoi ?
11:21À prendre conscience aussi
11:22que le monde change
11:22à cet acteur
11:23qui est peut-être
11:24un pied dans le passé
11:25et un pied à peine
11:26dans le présent ?
11:27Dans toute situation,
11:28il faut un conflit.
11:29Sinon, il n'y a pas
11:30de situation cinématographique
11:33ou dramaturgique.
11:35Là, ce qui est passionnant,
11:37c'est qu'elles,
11:37elles incarnent les Walks.
11:39Elles veulent dire
11:40que Hugo était un patriarche,
11:42qu'il a exploité Juliette,
11:44qu'il était méchant
11:45avec les femmes.
11:46Pas méchants,
11:46mais très consommateurs.
11:48C'est vrai que ça a été
11:48un énorme...
11:50Tu sais qu'on a parlé
11:51que la nuit de noces
11:52est 10 à 13 fois.
11:54donc la pauvre Adèle Fouché
11:56qui n'avait jamais connu d'homme,
11:58il faut y aller quand même
11:5910 fois, 12 fois, 13 fois.
12:02Ça nous laisse songeurs.
12:03Même toi qui es très jeune,
12:06ça dépasse un peu
12:07nos capacités.
12:08Mais lui, il les avait.
12:10Mais ce qui est intéressant,
12:12c'est qu'elles incarnent ça,
12:13mais c'est une convention.
12:16il y a deux thèses.
12:18Il y a ceux qui pensent que...
12:19Je ne vais pas te la faire un télo,
12:21on est sur BFM,
12:22quoique quand même,
12:23par moments, BFM,
12:24ça monte.
12:27Proust a écrit un bouquin
12:28qui s'appelle Sandbush.
12:29Je la fais rapide,
12:30c'est de l'à peu près,
12:32c'est très moyen.
12:33Il y a des gens
12:34qui veulent analyser l'œuvre
12:35à travers le parcours authentique
12:40du personnage.
12:41Et Proust, il a l'air de dire
12:43que ce qui l'intéresse,
12:44c'est l'œuvre.
12:44Il s'en fout.
12:45Et il a raison dans le sens
12:47où l'œuvre n'a rien à voir
12:48avec la moralité.
12:49Il y a des abjects
12:51qui ont fait des chefs-d'œuvre.
12:52Et puis, il y a des gens très bien
12:53qui font des choses hyper rasoirs.
12:56J'ai toujours dit ça.
12:57Lionel Jospin, c'est globalement
12:59un homme qu'on aime beaucoup,
13:00mais il n'a pas écrit
13:02Le voyage au bout de la nuit.
13:03Ce n'était pas son projet.
13:04Et Céline, qui a été épouvantable,
13:06qui a été du mauvais côté monstrueux
13:09de la collaboration
13:11et de son délire de penser
13:12que tout le monde allait...
13:14Eh bien, Céline a fait
13:16Le voyage au bout de la nuit.
13:17Rimbaud a fait une œuvre immense.
13:19Rimbaud était hyper antipathique.
13:24Qu'est-ce que je peux te dire ?
13:25Enfin, voilà.
13:26Donc, elle, elle représente
13:28l'époque contemporaine.
13:31Éclairer l'œuvre par la biographie.
13:33Et moi, je dois...
13:34Mais ce n'est pas aussi compliqué que ça.
13:36En gros, elle décide de dire
13:37qu'il n'a pas été bien avec les femmes.
13:41C'est compliqué parce que je pense
13:43qu'elle a été très heureuse, Juliette.
13:45Elle a accepté, en tout cas.
13:46Oui, elle a accepté
13:47d'interrompre sa carrière.
13:50Il y a votre fille qui est venue.
13:51Mais enfin, il fallait la retenir, chevalier !
13:53Je ne savais même pas
13:54que vous aviez une fille.
13:55Il y a la question de la mélancolie aussi
13:56dans ce film qui traverse
13:57comme ça en pointillé le long métrage.
14:00Il y a cette phrase que vous dites
14:01à un moment,
14:02ça m'angoisse d'aller mieux.
14:04Vous auriez pu la dire ?
14:06Ça, c'est vrai,
14:06ça, j'aurais pu dire ça.
14:08C'est terrible de dire ça.
14:10Parce que tu as l'impression bêtement
14:12que tu vas devenir...
14:14Tu es prêt dans le...
14:15C'est très adolescent.
14:16Quand tu es très adolescent,
14:18tu te dis le moteur...
14:21Je n'irai jamais en analyse
14:22parce que le moteur
14:23de la création d'un artiste...
14:25Comme si je me...
14:26À cette époque-là,
14:26je me prenais pour un artiste
14:27qui n'est plus du tout le cas.
14:28Mais à une certaine époque,
14:30tu dis ma névrose,
14:32si je commence à la résoudre,
14:34alors je n'écrirai plus.
14:35Ce qui est merveilleux,
14:36c'est souffrir.
14:37C'est un peu des conneries d'ado.
14:39Mais effectivement,
14:42d'abord,
14:43oui, c'est une réplique calme.
14:45J'aurais pu le dire,
14:46mais je ne le dirai plus.
14:48Tu t'es sérieusement dit
14:49que pour mes 4 ans,
14:49il fallait absolument
14:50m'envoyer les contemplations ?
14:52Là, je n'étais vraiment pas au point.
14:54Il y a dans le film
14:55également ce rapport à Lisbeth
14:56qui est un joli personnage,
14:57la fille de Robert.
14:58Et vous avez dans le passé
14:59pu dire que ça n'était pas
15:00si facile de vous avoir comme père.
15:03Est-ce que là,
15:04ça a pu vous bousculer
15:06un petit peu à certains moments ?
15:08Le génie de Sophie Filière,
15:09c'est d'avoir fait le contraire
15:11de ce qui est arrivé à Hugo.
15:14Hugo perd sa fille
15:15et mon personnage retrouve sa fille
15:18et où ?
15:19À Guerneset.
15:20Et il la sauve d'une noyade.
15:21Et il la sauve d'une noyade.
15:23Et ça, c'est très fort.
15:24Sophie Filière est très forte.
15:25J'ai toujours dit,
15:27pour ma biographie personnelle,
15:29je cite toujours Claude Berry.
15:31Claude Berry, oui, que j'adorais.
15:34J'adorais, il n'était pas super sympa.
15:36Parce qu'il faisait souvent la gueule
15:38sur le plateau.
15:39Et il ne disait jamais
15:40comment ça va.
15:41Je disais, mais Claude,
15:42tu ne demandes jamais aux autres
15:44comment ça va.
15:45Il dit, oui, non,
15:45je ne demande jamais.
15:46Chacun sa merde.
15:47Donc, évidemment,
15:49c'était en référence
15:50à un très grand producteur
15:52qui s'appelait Mouchkine,
15:53qui paraît-il était toujours,
15:55faisait un visage très fermé,
15:56très désagréable
15:58quand il était sur le plateau.
15:59Et les gens lui disaient,
16:00mais pourquoi vous arrivez
16:01si dur, si méchant ?
16:04Et il répondait,
16:05au cas où on me demanderait
16:06quelque chose.
16:07Voilà.
16:08Donc, moi,
16:09je répondrais à ce qu'a dit Claude Berry.
16:11Quand on a été un bon fils,
16:13ce n'est pas sûr
16:14qu'on soit un bon père.
16:16Moi, j'ai la vanité,
16:19l'illusion peut-être
16:20d'avoir été un fils,
16:22en tout cas extrêmement présent.
16:24Je déjeunais avec ma mère
16:25jusqu'à 55 ou 60 ans
16:27tous les midis.
16:29Donc, quand ma fille est née,
16:32j'avais, comme tous les gens
16:33de mon métier,
16:35des sollicitations,
16:37l'envie de séduire,
16:38l'envie de travailler.
16:39J'étais obsédé.
16:41Et puis après,
16:42je l'ai retrouvé
16:43beaucoup plus tôt,
16:44aux alentours de 13 ans,
16:45là, j'ai essayé
16:46d'être à la hauteur.
16:48Tu sais,
16:49il y a une phrase de Freud
16:50très belle
16:51qui dit
16:52« Il y a trois métiers impossibles.
16:55Président de la République,
16:57psychanalyste
16:57et père de famille. »
17:00C'est souvent
17:00qui fait tout dans le désordre.
17:01Pourquoi t'es parti ?
17:02J'ai eu un trac
17:03comme jamais.
17:04Le trac.
17:05Dernière question,
17:06vous continuez
17:06à interpréter,
17:08à faire vivre
17:09ces textes
17:09au théâtre de l'atelier.
17:10Vous y revenez toujours,
17:11d'ailleurs,
17:11à cet exercice
17:13de vivre des textes.
17:14On ne s'en lasse pas.
17:15Le théâtre,
17:16c'est vivant.
17:17Est-ce que réciter,
17:18est-ce que dire les textes
17:19est aussi vivant ?
17:20Ce serait mauvais signe.
17:21Non.
17:22Tu sais,
17:24je vais citer encore quelqu'un.
17:26Le miracle de mon métier,
17:28c'est qu'on sait
17:28que demain,
17:29on peut encore améliorer.
17:30Là,
17:31ça fait deux ans et demi
17:32que je joue.
17:32J'en ai encore
17:33pour au moins deux ans
17:34parce que j'ai ouvert
17:36la Porte Saint-Martin
17:38et comme si ce n'était pas suffisant,
17:40j'ai créé Cioran
17:41tous les mercredis
17:42à l'atelier.
17:44Donc,
17:44l'atelier,
17:44c'est complet
17:45jusqu'en mai.
17:47J'ouvre à la rentrée
17:48à Porte Saint-Martin
17:49là où Hugo,
17:50a mis en scène.
17:51Ça ne peut pas
17:52être de la lassitude
17:55car jamais
17:56tu as fait le tour
17:58avec
17:59la respiration
18:01de beau
18:02semelette
18:03ou bruit sourd
18:04des ruisseaux
18:05sur la mousse.
18:08Quand tu es confronté
18:09à la beauté
18:10et le film
18:11en témoigne,
18:13tu ne peux pas
18:14être lassé
18:15parce que
18:15tu sais
18:17qu'il faut l'atteindre
18:18et que tu n'y arriveras
18:19jamais
18:19et que le miracle
18:21du théâtre,
18:21c'est ce quotidien.
18:25Merci Fabrice.
18:26J'ai juste une dernière réplique.
18:28Un jour,
18:28Johnny me dit
18:31je ne sais pas
18:31est-ce que tu ne t'emmerdes pas
18:32toi
18:33pendant six mois,
18:34un an,
18:35deux ans même,
18:36de venir toujours
18:36dans la même salle ?
18:38Je dis
18:38tu sais Johnny,
18:40c'est tous les soirs
18:41nouveau.
18:42Moi,
18:43je sais que
18:44quand je fais des zéniths,
18:45c'est pourtant
18:47les mêmes
18:47mais je fais de la voiture
18:49entre.
18:49J'ai trouvé ça sublime.
18:51C'est-à-dire qu'il avait
18:52le même problème que moi,
18:53il va dans la même pièce,
18:55il va dans la même loge,
18:56mais il y avait du voyage
18:58alors qu'effectivement,
18:59moi,
18:59ce que j'adore,
19:00contrairement à lui,
19:01c'est le côté rituel
19:03de mon métier.
19:04Et puis,
19:06je voulais vous dire
19:07que Victor,
19:08comme tout le monde,
19:08ça vient d'une raison
19:10qui est merveilleuse,
19:12c'est qu'on cherchait
19:12un titre.
19:14Beaucoup de gens
19:15voulaient dire
19:15Hugo, Hugo.
19:17Les gens ont dit Hugo,
19:18ça fait un peu scolaire,
19:19ils vont se dire
19:20on va parler
19:20de la vie de Victor Hugo.
19:21Et ma compagne,
19:23Emmanuel,
19:23a eu cette idée géniale,
19:24c'est que je cite très souvent
19:26la phrase de Jules Renard.
19:27Je termine mon spectacle
19:28par Jules Renard
19:30qui dit
19:31Victor Hugo
19:31était tellement génial
19:33qu'on en oublie
19:34qui s'appelle
19:35bêtement Victor
19:37comme vous et moi.
19:39Je vous embrasse.
19:40Merci, Fabrice.
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